JEANNE I, ANDRÉ DE HONGRIE ET LOUIS DE TARENTE
i343. Jeanne, fille de Charles, duc de Calabre , et de Marie de Valois, née l'an i3a6, mariée, le 26 septembre i333, avec André , fils puîné de Lharobert , roi de Hongrie , es! proclamée reine de Naples, après les obsèques de Robert, son aïeul, qui, par son testament du 16 janvier i34^, lui avait légué s*s étals, avec substitution en faveur de Marie , sa sœur.
On refusa d'abord à son époux le titre de roi ; mais la reine Elisabeth, mère d'André, étant venue à Naples, Jeanne feignit de consentir à la demande qu'elle lui fit d'associer ce prince aux honneurs du trône. Le pape Clément VI intervint dans cette affaire, non comme médiateur, mais comme partie intéressée» et prétendit que la régence du royaume de Naples lui appartenait en qualité de suzerain , pendant la minorité de Jeanne. En conséquence, il fit dresser une longue bulle où ses prétentions étaient expliquées, et envoya le cardinal Aimen de Châtelus à Naples , pour la faire exécuter. La reine amusa le légat, et continua d'exercer les droits de la royauté, dont elle laissa à peine le titre à son époux. Rien n'était plus mal assorti que les caractères de Jeanne et d'André : l'une spirituelle, enjouée , pleine de grâces , élevée avec soin par le roi , son aïeul, dans toutes les connaissances qui convenaient à son sexe et à son rang, aimant les plaisirs, sans négliger les affaires; l'autre, suivant le commun des historiens, d'un esprit lourd et sans culture, farouche dans ses manières, grossier dans ses propos et dépourvu d'agréments dans sa figure. Malheureusement les conseils auxquels se livrèrent les deux époux , ne servirent qu*à augmenter leur antipathie naturelle. Le prince était gouverné par un dominicain hongrois , son précepteur , nommé Robert , qui faisait tomber toutes les dignités sur ceux de sa nation. Jeanne avait pour confidente la fameuse taianoise, qui, de lavandière, devenue sa gouvernante, l'excitait à retenir l'auto ri lé que son époux semblait vouloir lui ravir. Les grands se partagèrent entre le roi et la reine, qui eurent chacun leur cour à part. Le dernier parti l'emporta. L'an i345, non le 20 août, comme le marque Gravina, mais le 18 septembre, comme on va le voir, les deux époux étant au couvent de Massa, dans La ville d'Averse, les camériers éveillent le roi
Sendant la nuit, et, sous prétexte d'un tumulte qui s'était élevé lus la ville , l'engagent à sortir de la cfeamfcre de la reine. U
n'eut pas plutôt passé la porte , qu'elle se ferma sur lui ; aussitôt des assassins s'étant jetés sur lui , les uns lui mettent les mains sur la bouche pour l'empêcher de crier, les autres lui passant un cordon au cou, le suspendent à un balcon au-dessous duquel se trouvaient d'autres conjurés qui le tirèrent par les pieds , et ensuite le laissèrent tomber dans le jardin , où ils se disposaient à l'enterrer; mais la nourrice du prince étant accourue au bruit, ils prirent la fuite. Telle fut la fin tragique de ce prince, à l'âge de vingt ans. Plusieurs l'ont représenié comme un prince brutal, féroce et crapuleux; mais Pétrarque, qui devait le connaître , fatt< l'éloge de la bonté de son caractère. Villani lui donne la simplicité d'un enfant , et n'attribue qu'au défaut d'éducation et à son peu de capacité , son humeur brusque et ses manières sauvages. Son corps resta deux jours étendu à terre, sans que la reine donnât aucun ordre pour le faire inhumer, ni pour informer contre les auteurs de sa mort. Un chanoine enleva le cadavre et le fit ej terrer sans pompe, ha négligence de la reine dans une matière aussi grave et qui la touchait de sf près, donna lieu aux discours les plus fâcheux qui se tinrent sur son compte. On crut qu'elle avait consenti à ce meurtre; on prétendit même qu'elle avait tissu de ses mains le cordon de soie qui servit à cette funeste exécution, et que son mari , qui la voyait travailler à cet ouvrage, lui ayant demandé à quoi elle le destinait, elle avait répondu : Cest pour vous étrangler. Cependant effrayée de ces bruits affreux et des suites funestes qu'ils annonçaient , Jeanne adressa aux Florentins, ses alliés, la lettre suivante, où le déguisement des principales circonstances de l'événement qui en est l'objet , semble déceler la main de quelqu'un de ses favoris : « C'est m avec la plus vive douleur, dit-elle, et les yeux baignés de » larmes, que je vous apprends l'assassinat horrible commis m en la personne du roi, mon époux , le 18 septembre, lorsque » nous étions dans Averse. Il était descendu fort tard , au » moment où nous allions nous mettre au lit, dans un parc h attenant au château , où il allait fort souvent ; il y était seul , » suivant son usage, ne voulant écouter aucun conseil par une » imprudence de jeune homme, ni prendre personne pour » l'accompagner: en sortant, il avait fermé la porte de la cham- » bre où j étais, et où lassée de l'attendre, je m'étais endormie, » lorsqu'une dame hongroise, qui avait été sa nourrice, in- « quiète de ne le voir point arriver , prend la lumière et se » met à le chercher : elle le trouve sans vie au pied d'un mur. » Je ne puis vous dire et vous ne pouvez vous imaginer quelle a» fut mon affliction. Quoique l'auteur de cet horrible attentat « en ait été cruellement puni f autant qu'on a pu le savoir,
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» cependant , eu égard à l'atrocité du crime , la sévérité de.% » peines peut encore passer pour indulgence. L'auteur de ce » parricide redoutant les supplices qui l'attendaient, a.voulu, » nouveau Judas, les prévenir en se donnant volontairement » la mort : il a fait servir à l'exécution de son projet le minis- » tère d'un valet, qui n'a point encore été découvert ». (Papou, Hist. de Provence , tom. I , pr. , n. XL.)
Le roi André avait laissé la reine enceinte. Sentant approcher le tems de ses couches , elle pria le pape Clément VI , pour se ménager sa protection , de tenir sur les fonts de baptême l'enfant dont elle était enceinte. Le saint père y consentit , et lui laissa le choix de celui qui devait le représenter dans cette cérémonie. Ce fut Tévêque de Cavaillon qui fit la fonction, et donna Je nom de Charles à l'enfant né le 24 décembre 1.S4S. Louis , roi de Hongrie , frère d'André , n'apprit point sa mort violente sans l'émotion qu'elle devait lui inspirer. Résolu d'en tirer vengeance , il fait ses préparatifs pour aller l'exercer sur les lieux. Le pape, desonrAte,se crut obligé de faire éclater l'indignation que cet attentat lui causait. C'est ce qu'il fit par une bulle du I er . janvier i346, où il retrancha de la société les coupables, ordonnant que leurs maisons fussent rasées , leurs biens confisqués et leurs vassaux absous du serment de fidélité. Cette bulle ne satisfit point le roi de Hongrie : dans la lettre qu'il écrivit au pape à ce sujet, il demandait de plus l'administration du royaume de Naples et la tutelle du nouveau né , son neveu , qu'il voulait élever à la cour de Hongrie, pour le tirer, disait-il , ' des mains des traîtres dont il était environné ; il voulait surtout que le procès fût fait aux coupables hors du royaume , où personne n'aurait intérêt à s'opposer à la sévérité des lois. 11 iinissait en priant le saint père uc ne pas permettre à la reine d'épouser Robert deTarente, ou quelque autre prince du sang , dont la valeur soutenue par les droits que cette alliance lui donnerait à la couronne , pourrait l'enlever pour toujours à la maison d'Anjou-Hongrie. ( Papon.) Le pape tourna sa réponse de manière à satisfaire le roi de Hongrie, en ce qui concernait le châtiment des coupables et l'éducation du jeune prince; mais a l'égard de l'administration du royaume, qu'il demandait, il lui représenta que la reine en étant pourvue par droit de succession , elle ne pouvait en être dépouillée avant d'être juridiquement convaincue du crime dont on l'accusait. Pour ne pas donner de vai nés paroles, Clément chargea lecardinal-archevêque d'Embrun d'aller informer à Naples sur l'assassinat d'André." Mars la reine et ses ministres lui opposèrent tant de difficultés, qu'il prit le parti de renoncer à sa commission et se relira à> Bénévent. Le pape, craignant que cette retraite ne fut regardé*
comme un jeu entre lui et les commissaires, nomma Bertrand de Baux, comte de Montescaglioso , grand justicier du royaume, pour instruire le procès des meurtriers d'André , avec deux notables choisis par les Napolitains. Mais, par des lettres particulières, il lui ordonna de tenir les informations secrètes dans le cas où la reine et princes du sang se trouveraient impliqués parmi les coupables, s'en réservant le jugement. Quatre des parents de la reine craignant l'orage qui grondait, sur leurs têtes , en prévinrent les effets en se saisissant du sénéchal du palais, Raymond de Catane , soupçonné d'avoir eu part à l'assassinat du roi. Appliqué à la question , il déclare avoir eu connaissance du complot , et nomme parmi les complices la Catanoise , Robert de (abane, son fils, comte d'Évoli, et Sancia, sa fille, comtesse de Morcon. Arrêtés par ordre du grand-justicier, ces accusés furent mis à la torture dans une place entourée de palissades, afin que le peuple n'entendit pas leurs dépositions. La Catanoise, déjà vieille, succomba aux tourments, et laissa en mourant un exemple singulier, dit M. Papon , des vicissitudes humaines et des dangers des prospérités. Robert , son fils , et Sancie , sa fille, furent écorchés vifs et leurs corps jetés au feu , <l'où le peuple furieux les arracha demi-brûlés et les traîna par les rues divisés par lambeaux. Plusieurs autres des coupables subirent différents supplices, et quelques-uns furent conduits a la mort un bâillon à la bouche.
Ces actes de justice n'apaisèrent point le roi de Hongrie, qui ne cherchait pas moins à envahir le royaume de Naples , qu'à venger la mort de son frère. Dans ce double dessein , il alla trouver à Munich* l'empereur Louis de Bavière, à qui le pape Clément Vi venait de donner, le 19 juillet i34b , un concurrent dans la personne de Charles de Luxembourg. Le résultat de ce voyage fut une ligue que les deux princes conclurent. Le roi de Hongrie réussit encore , au moyen de l'argent u'il fit répandre par ses émissaires, à se faire, dans le royaume e Naples et dans les autres états de l'Italie , un grand nombre de partisans qui servirent à préparer la révolution qu'il méditait.
Jeanne , dans l'embarras où la jetaient ces conjonctures , sentit le besoin qu'elle avait de prendre un nouvel époux. Mais l'inclination décida plutôt du choix que la raison. Ses liaisons connues, du tems de son premier mariage, avec Louis de Tarente , son proche parent , la déterminèrent à lui donner sa main le au août i346, sans attendre les dispenses du pape et avant l'année révolue de son veuvage., Cette alliance , loin d'arrêter le roi de Hongrie , ne servit qu'à précipiter son voyage pour l'Italie. Ce fut envain que la reine lui écrivit une lettre
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touchante pour se laver du crime dont on l'accusait, et lui recommander Charles, son fils. La réponse accablante qu'elle reçut , fut regardée par son conseil, à qui elle la communiqua, comme une déclaration de guerre, et l'on résolut de se meure au plutôt en état de repousser l'ennemi. On aurait dû s'y prendre plutôt; car le roi de Hongrie élant parti, le 3 novembre i347 i des frontières de ses états, arriva le même mois à Friuli , près d'Udine , accompagné d'environ mille cavaliers, qui servaient comme d'avant-garde à une armée considérable qui les suivait, et que la disette des vivres l'avait obligé de partager en différents corps. Arrivé à Citadella, il y fut honorablement reçu par Jacques de Carrara , seigneur de Padoue , et s'étant rendu à Vicence et à Vérone , il y fut accueilli, avec la même distinction, par les seigneurs Mastin et Albert de l'Escale. Enfin, à l'exception d'imola et de Faenza , dont le duc de la Romagne lui fit refuser l'entrée de la part du pape , il n'eut que sujet d'être satisfait du traitement qu'on lui fit dans tous les lieux où il se présenta. A Foligni , dans l'Ombrie , il trouva le légat du pape , qui l'entretint des affaires du royaume de Naples, et lui intima, sous peine d'excommunication, défense de s'ériger en maître de cet état sans le consentement du pape. Mais le roi , qui connaissait les dispositions de Clément VI en faveur de Jeanne , lui répondit brusquement que le royaume lui appartenait par le droit que ses ancêtres lu» avaient transmis ; qu'il satisferait l'église pour l'hommage dont il était tenu envers elle ; et qu'à l'égard de l'excommunication dont on le menaçait, il n'en tiendrait compte , attendu qu'elle serait évidemment injuste. ( Villani , liv. xti , c. 106. ) L* Ixs troupes de la reine Jeanne, commandées par Louis de Tarente, son époux, étaient alors en marche, et vinrent se poster sur les bords du Volturne, vers Capoue, pour fermer au roi de Hongrie le passage de ce fleuve. Mais ce prince, laissant de côté le Volturne, tira droit à Bénévent, où étant arrivé, le ii janvier i348, il y rassembla son armée, qui se trouva monter à six mille cavaliers avec un nombre bien plus considérable de gens de pied. On vit alors tous les barons du pays f accompagnés des ambassadeurs de la ville de Naples , s'empresser de venir le saluer et lui offrir leurs hommages. A cette nouvelle, les royalistes qui se trouvaient à Capoue, abandonnèrent le prince de Tarente et se retirèrent à Naples. La reine elle-même qui s'y était renfermée dans un des châteaux, apprenant que le roi de Hongrie s'approchait, crut ne pouvoir mieux faire que d'assurer son salut par la fuite. S'étant donc embarquée secrètement pendant la nuit sur une galère qu'on lui avait préparée , elle fit force de rames pour se rendre en Pro-«
DES ROIS DE KAPlteS;
Vence; et descendit, le 20 janvier, à Nice. Le princè de TV rente, son époux , étant arrivé à Naples, peu de tems après qu'elle en fut partie , monta en diligence sur un petit bâtiment avec Nicolas Caraccioli , florentin, son homme de confiance 4 et alla débarquer dans la Maremmc de Sienne. Le roi de Hongrie, cependant , continuant sa marche , entra , le T7 janvier 1 , clans Averse , où la noblesse napolitaine se rendit pour lui présenter ses respects. Les princes de la maison royale se trouvèrent alors dans un grand embarras , incertains s'ils devaient prendre la fuite ou paraître devant ce monarque. Mais ils furent rassurés par un faut-conduit qui leur fut accordé , pourvu qu'ils n'eussent pas trempé dans le meurtre du roi André. Croyant après cela n'avoir plus rien à craindre , Charlss, duc de Duras, avec ses deux frères, Louis et Robert , Philippe et Kobert de Tarente, frères de Louis , se rendirent auprès du monarque hongrois, et furent tous bien accueillis parce prince qui les retint â dîner* Après le repas, ayant mis ses gens sous les armes, il monte à cheval pour se rendre à Naples; mais avant de partir, dans le dessein de voir la galerie d'où le corps de son frère fut jeté dans le jardin après avoir été étranglé , il se rend sur la place, et se tournant vers le duc de Duras, il l'accuse de ce forfait, dont il le convainc par des lettres qu'il montra; et, quoi que celui-ci dît pour s'excuser et pour implorer miséricorde, les Hongrois étant tombés sur lui, le renversèrent mort à coups de sabre et le laissèrent dans ce même jardin. Les autres princes de la maison royale furent pris et enfermés dans le château d'Averse, puis envoyés en Hongrie, où ils restèrent long-tems prisonniers: punition barbare que plusieurs condamnèrent, et comme exercée Sans observer aucune forme judiciaire, et parce que ce même Charles de Duras, outre qu'il était le plus estimé et le plus valeureux de tous ces princes, était regarde» comme innocent* Cette opinion ne fut pas néanmoins universelle; car il y eut des gens qui justifièrent la mort du duc ainsi que l'emprisonnement des autres princes.
Le roi fit ensuite son entrée à Naples, armé de toutes pièces,' ïnais sans vouloir accepter le dais qu'on lui avait préparé. Son neveu présomptif, l'enfant Charles lui ayant été présenté, il lui fit des caresses et le créa duc de Calabre ; après quoi il l'envoya, avec les autres prisonniers , en Hongrie, pour y être élevé. Il ne lui restait plus pour combler ses désirs, qu'à obtenir de la cour pontificale la couronne et l'investiture du royaume de Naples. Mais Clément VI se montra bien opposé à la demande qui lui en fut faite , allégant que le crime imputé à la reine Jeanne n'était nullement prouvé , avec d'autres raisons détaillées dans RainaldL Le roi de Hongrie ne réussit pas mieux dans la
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tentative qu'il fit pour avoir l'investiture de la Sicile. Même jefus de la part du pape. .
La peste , cependant, ayant pénétré dans le pays de Naples y faisait de grands progrès dans l'armée hongroise. Le roi , la voyant dépérir journellement, crut devoir, après Pavoir licenciée, pourvoir à sa propre sûreté en reprenant la route de Hongrie au bout d'un séjour d'environ quatre mois dans le pays «le Naples. En partant , il nomma pour son vice-roi Conrad Lupo , auquel il subordonna d'autres officiers pour gouverner et défendre le pays. Mais à peine se fut- il embarqué à Barlette , que la noblesse napolitaine commença à regretter la reine Jeanne sous le gouvernement de laquelle régnait l'abondance et les plaisirs. Cette princesse étant arrivée en Provence , y fut vue de mauvais œil par la noblesse , sur un soupçon qui s'éleva qu'elle voulait vendre aux Français ce comté. La maison de Baux lui fut la plus opposée , et la retint comme prisonnière pour observer toutes ses démarches. Son époux , le prince de Tarente, «'ayant pu obtenir la permission d'entrer à Florence t s'était embarqué à Pise , d'où n'osant mettre le pied en Provence, il s'était rendu, par une voie détournée, auprès du pape dans la ville d'Avignon. La reine Jeanne étant venue l'y joindre f après avoir été remise en liberté par les soins de Clément VI , ne tarda pas a mettre dans ses intérêts la cour pontificale où elle plaida elle-même sa cause en plein consistoire. Son mariage y ayant été validé par une dispense qui lui fut accordée , elle tourna toutes ses pensées vers le royaume de Naples pour en faire le recouvrement. Mais l'argent lui manquant pour cette entreprise, elle se trouva dans la nécessité de vendre au pape la ville d' Avignon avec son ressort pour la somme de trente mille florins d'or , somme trop modique, dit Muratori (i) , pour être regardée comme le prix d'une si belle acquisition 9 et qui doit passer plutôt pour un don suggéré par la reconnaissance. Mais comme Avignon était un fief impérial faisant partie
(i) C'est en suivant cet écrivain que nous réduisons le prix de la vente à trente mille florins. Cependant la reine assure, dans le contrat, avoir touché quatre-vingt mille florins ; et en effet, on trouve une quittance faite ne cette somme en faveur de Nicolas Acciaioli , dans le -compte qu'il rend de l'emploi qu'il en avait fait pour les besoins de lVtat. (Papon, Hist. de Provence ^ tome III, page 182 ) Quoiqu'il en «oit, la vente ou cession que fit Jeanne, était illégale, i«. parce «prêtant encore mineure, à la vérité, elle avait promis avec serment de ne faire aucune aliénation ; a», parce que le romté de Provenez était grevé d'une substitution faite en faveur de cadette.
èe l'ancien royaume d'Arles, l'aliénation, pour être solide, ne pouvait s'en faire sans le consentement du chef de l'empire. C'est ce que Clément VI n'eut pas de peine à obtenir de Charles IV , dont il disposait comme de sa créature. Charles approuva la cession d'Avignon et de son territoire dans toute l'étendue que le pape pouvait désirer. Léibnitz , dans son code du Droit des Gens ( tom. I , n. q'6 ) , a mis au jour l'acte de cette vente , mais avec une erreur considérable de date ; car au lieu de l'an i348 , elle y est datée de l'an i '6'6S. Le pape, après cette acquisition , ne fit pas de difficulté d'accorder à Louis de Ta-» rente le titre de rot.
Jeanne , cependant , et son époux , avec le peu d'argent qu'ils avaient reçu du pape , n'étaient pas en état d'entreprendre l'expédition qu'ils méditaient. Pour faire ressource, ils allèrent mendier l'assistance de leurs amis et de leurs sujets. Ce qu'ils purent recueillir leur servit à fréter, pour leur service , dix galères génoises ; et sur ce que Nicolas Acciaioli , qu'ils avaient envoyé devant eux, leur manda qu r il avait bien disposé les barons napolitains en leur faveur, et pris à sa solde le duc Garnier, avec douze cents cavaliers qu'il commandait, ils s'cmbanquèrent, sans perdre de teins, sur les galères génoises, et arrivèrent, sur la fin d'août, à Naples, où ils furent reçus avec de grands honneurs. Mais il restait à prendre les châteaux de la place qui étaient occupés par les Hongrois. Pour les en déloger , il fallut en former le siège. C'est à quoi le roi et la reine réussirent , non sans de grands efforts , avec l'aide des Napolitains, au commencement de l'année suivante. Le roi même, dans le cours de cette expédition , vint à bout d'emporter Nocera, défendue par une vaillante garnison. Domi— nique Gravina , historien partial du roi de Hongrie , raconte divers événements, qui rendirent mémorable celte guerre dont l'issue fut la conquête de la plus grande partie du royaume de Naples, en sorte qu'il ne restait plus aux Hongrois que Manfrédonia, le Mont-Saint-Ange, Ortone, Guiglionèse, et quelques châteaux en Calabre, avec celui de Noux, dont la garnison fit une si vigoureuse défense r que les Napolitains ne purent se rendre maîtres de la place. Ce fut la perfidie du duc Garnier qui fit manquer le coup. Cet homme sans foi , qui n'avait pour loi que son intérêt , était passé au service du roi de Hongrie, et s'étant joint secrètement au vice-roi Conrad Lupo, fit échouer tous les oVsseins d» roi Louis de Tarente. Les forces de l'armée hongroise s'accrurent encore par l'arrivée d'Etienne, vaivode de Transylvanie , qui vint la renforcer avec un corps de trois cents gentilshommes de son pays. Les Hongrois , avec ce secours , rangèrent swis leur obéissance
Baroli , Trahi , Bitonte , GiovenazZb , Molfetta et d'autres places. Mais le plus grand avantage qu'ils remportèrent , fut la soumission d'Averse, dont les habitants se donnèrent volontairement à eux. Fièrc de ces succès, l'armée hongroise s'avança vers Naples. Un bruit faux s'étant -répandu qu'il s'était élevé dans cette armée une grande querelle entre les Hongrois et les Allemands, les Napolitains, trompés par là , sortirent de leurs murs en foule pour livrer bataille à l'ennemi. Ce fut en vain que le roi Louis de Tarente voulut les arrêter. On en vint aux mains le 6 juin i34p. Les barons napolitains, à la tête de leurs bandes, commencèrent Pattaque avec un grand courage; mais ils furent si bien reçus par l'ennemi, qu'en peu de tems une déroute universelle fut le prix de leur témérité. Parmi les prisonniers qui furent faits, on compte Robert de Saint-Severin, Kaimond de Baux, le comte d'Armagnac avec une grande partie des principaux nobles de Naples. Après cette victoire , les Hongrois s'étant avancés jusqu'aux portes de la ville , obligèrent les habitants de payer vingt mille florins pour racheter leurs vendanges. (Muratori, Annal/ , t. VIII,
S. a63. ) Tel était l'état des affaires de Naples , tandis qu'en 'autres lieux de ce royaume la guerre continuait avec des succès variés.
Le parti du roi de Hongrie, après la déroute des Napolitains, semblait avoir pris le dessus, lorsqu'en i35o la fortune toutà-coup lui tourna le dos par l'infidélité des Allemands, commandés par le duc Garnier. Ce fut dans Averse qu'ils commencèrent à se soulever à l'occasion de leur paie qui ne s'acquittait pas. Le vaivode Etienne , général de l'armée hongroise , pour les apaiser, prit le parti de leur livrer les prisonniers napolitains, pour être remboursés de leurs arrérages par le prix du rachat. Gravina raconte que ces barbares employèrent divers tourments pour les contraindre à leur payer cent mille florins d'or , ou même le double , selon Yillani. Mais cela ne suffisant pas encore pour compléter le paiement qu'ils répétaient, on découvrit la résolution qu'ils avaient prise de faire prisonnier le vaivode lui-même , ce que celui-ci ayant appris, il partit dans une nuit avec tous les Hongrois, pour se retirer à Manfrédonia. Alors les Allemands qui étaient restés maîtres d'Averse et d'autres places, conclurent une trêve avec le roi Louis de Tarente et les Napolitains, moyennant une somme de cent < mille florins qu'ils reçurent. Pareille- somme leur fut promise , s'ils voulaient céder au même roi Louis, Averse, Capoue et d'autres places. Mais à la fin , ceux-ci manquant de vivres pour leur subsistance, se retirèrent d'Averse, et déposèrent celte vUle entre les mains du cardinaL.de Ceccana. Louis de Ta-*
rente l'ayant ensuite recouvrée , donna ses soins pour en augmenter les fortifications. Ses affaires semblaient se relever,' lorsque le roi de Hongrie vint débarquer avec une armée qu'il amenait avec lui au port de Manfrédonia. Ce prince ayant rassemblé toute* ses forces à Baroli, il se trouva qu'elles montaient à vingt-deux mille cavaliers, tant hongrois qu'allemands,' et quatre mille fantassins lombards. Avec ces forces, il fit rapidement la conquête de Bari, de Bitontc, de Baroli, de Canôse,' de Melfi, de Matalone, de Trani et d'autres lieux. Toute la Terre de Labour, à l'exception d'Averse et de Naples, suivit le même sort. Mais le siège d'Averse l'occupa plus long tems qu'il ne pensait. Après avoir épuisé ses forces devant cette place, il fut obligé d'en- venir à un traité, par lequel les assises voulurent bien, sous certaines conditions, se soumettre à lui.
Clément VI, cependant, n'épargnait aucun soin pour réta-' blir la tranquillité dans le royaume de Naples. Deux cardinaux
3u'il -employa pour l'exécution de ce dessein , trouvèrent peu 'opposition dans le roi de Hongrie , empressé comme il l'était de retourner dans ses états. La reine Jeanne et son époux: n'avaient pas moins d'intérêt à désirer de voir la fin d'une guerre qu'ils n'étaient plus en état de soutenir. On fit donc convenir les deux puissances belligérantes de s'en rapporter, pour leur différent, a la décision du pape, avec obligation , pour l'une et l'autre, de s'éloigner en l'attendant, du royaume de Naples, (article que Jeanne n'observa pas) ; que si cette princesse était déclarée coupable de la mort d'André, son époux, elle perdrait le royaume, qui serait adjugé au roi de Hongrie; que si au contraire elle était jugée innocente , elle rentrerait en possession de cette monarchie , à la charge de payer au roi de Hongrie, trois cent mille florins d'or ( trois millions de notre monnaie ) , pour les frais de la guerre. Le jugement de la cour
Î>ontifuale , rendu au commencement de mai iS5a, fut tel que es gens sages l'avaient prévu, c'est-à-dire favorable à la reine de Naples. Le roi de Hongrie eut non-seulement la docilité de s'y soumettre , mais éhcore la générosité de faire remise à sa rivale des trois cent mille florins énoncés dans leur convention. Il fit, de plus, élargir les princes du sang de Naples, qu'il avait envoyés prisonniers en Hongrie ; ce qui ne fut exécuté que le 22 septembre suivant. « Jeanne et Louis furent court ronnés le 27 mai , jour de» la Pentecôte , avec la plus grande » magnificence ; mais pour empêcher que le titre de roi dont s Louis allait être décoré, ne devînt une source de démêlés » entre lui et les héritiers de Jeanne , si elle le devançait au » tombeau, le pape, avant qu'on procédât à la cérémonie du
» couronnement, statua que ce prince , en recevant h cou-; » ronnc , n'acquerrait aucun droit , et que l'ordre de la suc* » cession , réglé dans la concession faite par le saint siège à » Charles premier, n'en serait point interrompu. Les deux » époux, au comble de leur joie, voulurent laisser chacun un » monument de leur reconnaissance t en mémoire de cet heu- >» reux événement. Jeanne fonda une église en l'honneur de » la vierge ; Louis institua l'ordre de la chevalerie du Saint- » Esprit, au droit désir, nommé par les historiens de Naples, » l'Ordre du nœud. Les chevaliers devaient être au nombre de » trois cents ; ils jeûnaient tous les jeudis ; s'engageaient à une » fidélité constante envers le roi, à faire la guerre aux ennemi» ,>» delà religion, lorsqu'ils en seraient requis par le pane, et » à visiter le saint sépulcre. Us portaient sur leur habit un » rayon de lumière en broderie , et au-dessus un nœud lié en » forme d'un double lac-d'amour ,. avec cette devise , Se Dieu » plaît. Lorsqu'un chevalier s'était distingué par quelque ac- » tion de bravoure dans une bataille, s'il avait tué, par » exemple , ou pris le général ennemi , enlevé ou renversé la » bannière, il déliait le nœud jusqu'à ce qu'il eût fait le voyage * de Palestine ; alors il le renouait , et prenait pour devise t » Il a plu à Dieu. » (Papon.)
Les princes Robert et Philippe de Tarent e , du nombre de ceux que le roi de Hongrie avait transportés dans ses états , étant revenus , en vertu du traité dont on vient de parler , fui ont comblés de faveurs par le roi Louis, leur frère, et par la reine; mais la préféreuce dont ils jouissaient à la cour ne manqua point d'exciter la jalousie de Louis de Duras , oui , se voyant négligé, résolut de s'en venger. S'étant mis à la (ête des mécontents , dont la négligence du gouvernement augmentait chaque jour le nombre , il arbora l étendard de la révolte , et ravagea impunément les plus belles provinces du royaume. Robert, son frère, partagea son mécontentement, et voulut s'associer à sa vengeance. S'étant rendu en Provence , il y forma une ligue avec le seigneur de la Garde, de la maison d'Adhémar , et ayant réuni leurs forces, ifs surprirent, pendant la nuit du 5 février i355, le château de Bourse , célèbre alors par l'avantage de sa situation et par le rang considérable que ses seigneurs tenaient à la cour de Naples. Ayant rendu la place,
{>ar capitulation, au mois d'août suivant, il passa au service de a France, et fut tué, le 19 septembre i35b, à la bataille de Poitiers.
La reine Jeanne perdit, sans le regretter, le 25 mai i36a , veille de l'Ascension, Louis, son époux, âgé de quarante-deux aqs* « Ce prince était beau , bien fait, mais du reste il n'avait
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» aucune élévation dans l'âme , aucune fermeté" dans le carac- » tère; il était inconstant dans ses goûts, pusillanime dans » l'adversité, vain et haut quand la fortune se montrait favo- *> rable : il craignait les hommes recommandablcs par leurs » talents ou leurs verlus ; aussi avait-il soin de les éloigner pour » se livrer sans réserve aux jeunes seigneurs les plus débauchés : » il aimait l'argent , négligeait la justice , et se faisait un jeu de » manquer à sa parole , se glorifiant de ce défaut comme d une » qualité estimable. Quoiqu'il dût son élévation à la reine, soit » caprice, soit mépris, il eut peu d'égards pour elle; il la mal- » traitait même, et la majesté du trône n'empêchait pas qu'il h ne se mélat à leurs disputes dé ces vifs débats, qu'on ne » devrait pas même trouver dans la populace. Louis ne man- » quait point de courage ; mais il se vantait si fréquemment et v si hors de propos des belles actions qu'il prétendait avoir » faites dans la guerre et dans la paix , que quand elles auraient >► été aussi glorieuses qu'il le disait , il en diminuait l'éclat par » la vanité qu'il y attachait» (Papon.) Il avait eu de son mariage deux princesses, mortes avant lui en bas âge. Mais il laissa deux filles naturelles; Esclarmonde, mariée à Louis de Capoue, de la maison de Hauteville , très-ancienne dans le royaume, et Clémence, femme d'Antoine de la Mendolée.
Dès que la mort de ce prince fut annoncée en France , le roi Jean pensa à donner, pour nouvel époux, à la reine, Philippe, son quatrième fils, alors duc deTouraine,puis duc de Bourgogne, surnommé le Hardi. Il s'adressa, pour négocier cette alliance, au
Ï>ape Urbain V. Mais Jeanne désirait un homme pour partager son it avec lui, et nullement pour l'associera sa puissance. Craignant, par cette raison, de se donner un maître en épousant un fds de France , elle jeta les yeux sur Jacques d'Aragon , roi tit laire de Majorque, comte de Roussillon et de Cerdagne, d( il n'avait également que le titre. Son père avait été tué, en combattant pour reconquérir l'île de Majore dont Pierre IV, roi d'Aragon, Pavait dépouillé. Jacques , ayant, été pris dans cette bataille, fut envoyé prisonnier à Barcelonne, où il resta prisonnier l'espace de près de treize ans. Ayant eu le bonheur de s'échapper de sa prison le 26 mai i3t>2 , il était sans patrie et sans fortune , lorsque la reine lui offrit sa main , le 14 décembre de la même année. Les conditions qu'elle lui imposa furent celles ^d'une souveraine a son sujet. Réduit au titre de roi de Majorque, il ne pouvait prendre celui de roi de tapies, ni recevoir l'hommage -lige des barons, non plus que le serment de fidélité des autres ; toute administration du royaume lui était interdite; et pour dernière clause, il était exclus de la succession au royaume , dans le cas où la reine et
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les enfants qui naîtraient de leur mariage Je précéderaient au tombeau. La situation où se trouvait Jacques d'Aragon lui fit accepter ces humiliantes conditions. Le mariage, conclu. le 14 décembre 1862 , se fit l'an x363 , environ un an après la mort de Louis de Tarente. ; »
Jacques s'ennuya bientôt de l'infériorité de rang et de l'état de subordination où le retenait la reine, son épouse. S'étant émancipé à prendre, en différents actes, le titre de roi de Naples, il indisposa par là contre lui non-seulement Les princes du sang, mais le pape lui-même. Irrité de ces oppositions f * il se retire a la cour de Pierre le Cruel, roi de Castille. Mais Pierre ayant été misà mort, l'an i368, par Henri de Trans— ta mare , son frère naturel, Jacques tomba au pouvoir de ce dernier, qui lui rendit, l'année suivante, la liberté, moyennant une somme de soixante mille ducats d'or, que la reine , son épouse , paya pour sa rançon. ( Murât.) De retour à N a pies , l'inquiétude et l'activité de son génie l'en firent sortir une seconde fois pour courir de nouveaux hasards. S'étant assuré de la protection des rois de France et de Castille , il passa le9 Alpes, et avec un corps d'armée qu'il rassembla, il entreprit la conquête du Koussiilon et de la Cerdagne. Ses armes y firent des progrès; mais ayant pénétré jusqu'en Aragon, il y éprouva des revers qui lui firent perdre le fruit de ses premiers succès. 11 mourut en ce pays Tan 1875 , après avoir été presque toute sa vie le jouet de la fortune.
Veuve pour la troisième fois, Jeanne, a l'âge de cinquante ans, convola à de quatrièmes noces, l'an i3^6, et prit pour époux, le 25 mars, Ûtton de Brunswick, fils aîné de Henri de Grèce, duc de Brunswick-Grubenhagen. {Giornale Napolit.) Otton s'était distingué en Lombardie, par la valeur et la prudence avec lesquelles il avait défendu les intérêts des enfants de Jean II , marquis de Montferrat, dont la tutelle lui avait été confiée par leur père en mourant. Mais la prudence et la valeur n'étaient alors qu'un faible appui pour un trône aussi chancelant que celui de Naples. Borné au titre et aux droits de prince de Tarente, sans avoir aucune part au gouvernement, Otton
Sassa, l'an 1^78, dans le Montferrat, pour y exercer la régence ont il était pourvu, pendant la minorité du marquis Otton. ( V, son article aux marquis de Montferrat,) Bientôt après son départ, la reine se trouva dans le plus cruel embarras. Barlhélemi Prignano, né son sujet, venait d'être élevé sur le saint siège sous le nom d'Urbain VI. Les ambassadeurs qu'elle envoya pour le complimenter, au lieu d'un gracieux accueil qu'ils avaient lieu d'espérer, furent reçus avec la plus grande hauteur, jusque-là que le nouveau pape osa menacer leur souveraine de l'envoyer
filer dans un cloître. Choquée de ctotfe brutalité, Jeanne se mit à la téle du plus grand nombre des cardinaux, qui, mécontents également des procédés d'Urbain à leur égara, lui opposèrent un autre pape dans la personne de Kobert de Genève,
pour crime de rébellion. Charles, qu'elle avait adopté pour Son fils, avant son dernier mariage, et désavoué ensuite, en nommant pour son héritier universel, par s »n testament du 26 juin i3c«o, Louis, duc d'Anjou, frère de Charles V, roi de France, éîait alors au service de Louis, roi de Hongrie, ennemi capital de Jeanne. Excité par Urbain et encouragé par ce monarque , il leva une armée , et se mit en route pour aller envahir le tr^nc de Naples. En passant à Rome, il y fut couronné par le pontife, qui l'avait appelé. De là, s'étant acheminé vers Naples, iî y fit son entrée lè 16 juillet i38i. La reine, a son approche, s'était renfermée, avec toute sa cour, dans le Château-Neuf, où Charles ne tarda pas à l'assiéger. Otton de Brunswick, alors de retour à Tarènle, accourut avec ses troupes au secours de la reine , son épouse; mais, dans une bataille qu'il engagea, il eut le malheur d'être fait prisonnier. La reine ayant vu, de ses fenêtres, la déroute de son armée, ipii fut la suite de la prise du chef, écrit à Charles pour lui dire qu'elle se remet en son pouvoir, le priant d'épargner ceux que la crainte ou l'attachement avait rassemblés auprès d'elle. Le vainqueur, accompagné de sa garde, s'étant rendu auprès de son illustre captive, lui prodigue les protestations de respect et d'attachement. Ce ne fut pas la seule visite qu'il lui rendit; et dans celles qui suivirent , il la pressa de confirmer son adoption , afin de s assurer par là le trône de Naples. Jeanne se refusant toujours à ses sollicitations, il se détermine à la reléguer au château de Muro, dans la Basiiicâte. Elle n'y vécut pas long-* tems. Charles , apprenant que le duc d'Anjou est en route pour venir la délivrer, la fit étrangler, selon les uns, étouffer entre deux matelas, suivant les autres, le 22 niai i38s, dans la cinquante-septième année de son âge. Telle fut la fin déplorable de Jeanne, dont les historiens ont parlé bien diversement. Mais s'il est difficile de la disculper, d'avoir au moins connivé à la mort de son premier mari , on doit convenir, avec le judicieux Muratori, que son gouvernement fut d'ailleurs très - sage ; qu'elle ne mit dans les places que des personnes capables de les remplir; qu'elle fut attable, généreuse, et plus portée à récompenser le mérite qu'à punir les délits.
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