LOUIS I D'ANJOU
Louis I, duc d'Anjou , fils de Jean II, roi de France, né le 23 juillet i33g, adopté , l'an i38o , par la reine Jeanne , couronné le 3o mai 1 382 , à Avignon , par Clément VII , passe en Italie le i3 juin , à la tête d'une florissante armée , pour chasser du royaume de Naples Charles de Duras, son compétiteur , et délivrer la reine, sa bienfaitrice, dont la mort ne lui était pas encore connue. Arrivé dans l'Abruzze, il se mit en possession de l'importante ville d'Aquila , qui lui fut livrée par Ramondaccio Caldora. Noie , Matalone et d'autres villes se donnèrent pareillement à lui. Plusieurs barons, du parti de Jeanne , vinrent se joindre à ce prince , qui , se voyant supérieur en lorces à son rival , aési rai t ardemment , ainsi que toute son armée, d'en venir à une action décisive. Mais, par le conseil d'Otton de Brunswick , et par celui de Jean Aucud, fameux partisan anglais, qui, ayant quitté le service des Florentins, était passé avec sa troupe , le 22 octobre , à celui de Charles , ce dernier évita toujours de livrer bataille à son rival, se contentant de l'amuser par des défis qu'il ne remplit jamais, de ruiner le pays où l'ennemi devait passer, et de laisser l'armée française se détruire peu à peu.
Louis, désespéré de voir ses troupes dépérir par la disette et les maladies , en tomba ma-i
DES RftlS
servira plus contre lui. ( Muratori, Annal. , t. VI II , p. 4°7«) Etant de là retourné à Barlette, Charles y apprend la mort de son rival, arrivée le 10 ou le i i octobre i384«
Urbain VI était alors à Notera , dans le royaume de Naples , où il tranchait du souverain. Charles , d'un caractère altier et impérieux, cherche à éloigner de ses états ce pontife orgueilleux et intrigant, dont le dessein était de lui ôter le royaume pour le donner à son neveu Butillo. Une maladie où tomba Charles dans le même tems à Barlette, semblait favoriser les vues du pontife. Mais la reine, sa femme , pour contraindre Urbain à retourner à Borne , eut la hardiesse ( Muratori dît l'insolence) d'empêcher le transport des vivres à Nocera. Charles, relevé de sa maladie , et de retour à Naples le io novembre , invite le pontife et le somme, en quelque sorte , de transférer son domicile en cette capitale , afin de l'avoir sous sa main et de veiller de près sur sa conduite. La réponse fut que la coutume élait que les rois vinssent aux pieds des papes , mais non pas que ceux-ci allassent trouver les rois. La rupture fut dèslors ouverte entre Urbain et Charles. Les choses en vinrent au point, qu'au commencement de Vannée suivante i385, Urbain fulmina solennellement, à îïoeera , une sentence d'excommunication contre Charles et la reine , sa femme , les priva du
de naples. 33o/
lade lui-même, et mourut la nuit du 10 au n octobre (et non le 20 ou le 21 septembre) i384, à Bisélia, près de Bari.
Telle fut la fin de ce prince, qui n'eut que le titre de roi de Naples sans royaume, ruina la France pour ce titre qui fut le germe de presque toutes nos guerres en Italie , et enfin mourut dans les horreurs de la pauvreté, n'ayant jamais cessé d'accumuler des richesses, et ne possédant à sa dernière heure qu'une cotte d'armes de toile peinte pour toute marque de dignité royale , avec un seul gobelet d'argent. On prétend que la principale cause de sa perte fut l'infidélité de Pierre de Craon , son chambellan y qui, chargé par la duchessereine , femme de Louis , de lui porter des sommes considérables, alla, dit-on, les dépenser en débauches à Venise. Mais ce récit est détruit par M. d'Egly, qui prouve que la duchessereine , loin d'être en état d'envoyer des fonds à son époux , se trouva réduite, peu de tems après son départ , à imptorer le secours du roi Charles VI pour subsister ; que Pierre de Craon ayant été fait prisonnier à Raguse , avec d'autres officiers commensaux de Louis , dans le tems qu'on le suppose en France ou à Venise, y resta long-tems captif; que la duchesse-reine négocia elle-même sa délivrance ; qu'à son tour elle le reçut au nombre de ses officiers ; et qu'il était si peu reliquataire envers le feu roi Louis, que
Toyaume de îfaples, n 11 '^ mU en interdit , et cita Charles à venir lui rendre raison de sa conduite. {Giornale napolit. , tome XX, Ker. ital. ) Charles, pour se venger, étant venu assiéger Urbain dans Nocera , Raymond des Ursins marche
au secours du pontife , et , mencé à le prend
lui-même sollicita long-lcn»
le remboursement de sommes considérables qui lui avaient été avancées. ( Hist. des Deux- Si— elles , tom. 11 , p. 27 1 . ) Louis d'Anjou ne porta le titre de roi de Naples que treize mois et douze jours , n'avant corn—
après une bataille, où, malgré une blessure qu'il reçut au pied, il resta victorieux; il entre, le 5 juillet, dans Nocera. Urbain, toutefois, ne fut délivré que le 8 août suivant. (Ibid.) On rapporte que, pendant ce siège, Charles fit mettre à prix la tête du pape, et en offrit dix mille florins d'or, qu'Urbain, de son coté, se mettait tous les jours trois ou quatre fois à une fenêtre du château avec un flambeau et une clochette à la main, et que chaque fois il excoramu niait les assiégeants.
Charles, peu content d'une couronne acquise par le crime, veut en usurper une autre par une voie aussi odieuse. Les seigneurs hongrois, mécontents du gouvernement de Marie , leur reine, et d'Elisabeth, sa mère, l'ayant invite à venir s'emparer du royaume , il vole en Hongrie , où il se fait couronner roi le 3i décembre i386. Mais le 5 février de Tannée suivante, il est assassiné par ordre d'Elisabeth. Il ne mourut pas sur-lechamp , et vécut eucore trois jours. Ce prince était âgé de quarante-deux ans, et en avait régné quatre à Naples, Comme il était mort excommunié, son corps resta sans sépulture jus-
re que le 60
août i383. Auparavant, dans tous les actes qu'il fit depuis son arrivée en Italie, il se qualifiait simplement duc de Calabre. Louis avait épousé, le 9 juillet i36o, Marie, fille puînée de Charles de Blois , duc de Bretagne (morte le 7 novembre a 4°4 ) * dont *l eul Louis, qui suit; Charles, duc de Calabre , etc. , mort sans alliance, le 19 mai 1 4°4 î et Marie d'Anjou.