GYMNASTIQUE DE L’ADOLESCENCE
Gymnastique physiologique. — La gymnastique et l’instruction primaire sont nécessaires à l’homme; elles devraient être obligatoires dans tous les pays.
De 7 à 12 ans, il faut diviser les sujets en deux catégories : l’une de 7 à 9 ans, l’autre de 9 à 12 ans; ainsi que nous avons divisé la seconde enfance en deux périodes : de 2 à 4 ans et de 4 à 7 ans.
Nous avons dit qu’en Allemagne et en Suède, les salles de gymnase sont spacieuses, d’une architecture sobre, mais grandiose. Les élèves de chaque catégorie y sont rangés par groupes distincts, selon les aptitudes, la constitution, la taille, etc.; et chacun de ces groupes est conduit par un chef-guide, choisi parmi les élèves les plus, âgés et les plus habiles, qui commande en sousordre sous l’œil et la direction du professeur.
Il serait bon, pour la facilité des exercices gymnastiques, de former dans chaque catégorie trois groupes distincts, comprenant les élèves les plus gros, généralement lymphatiques et sanguins; les plus grands et les plus petits, qui comprennent les tempéraments secs et nerveux.
Lhaque groupe ayant ses exercices particuliers, manœuvrerait tantôt seul, pendant que les autres se reposeraient, tantôt en même
ÉDUCATION DU CERVEAU ET DES NERFS
temps que ceux-ci, lorsque les exercices seraient communs à tous les groupes, ou lorsqu’on organiserait des exercices d’ensemble.
Faut-il séparer les sexes, ici? Oui.
Pourquoi? Pour deux raisons : parce que les prédispositions organiques de chaque sexe exigent déjà des exercices différents; et parce que l’émulation chez les petites filles, plus dociles, plus attentives, plus disciplinaires que les garçons, pourrait être poussée au point d’exalter et de surmener leur système nerveux. Elles voudraient être les premières, et peut-être le seraient-elles souvent, dans les leçons scolaires et les mouvements gymnastiques qui réclament plus de bonne volonté quede'force physique, et plus d’application que d’initiative.
La petite tille doit donc rester à l’institutrice, le petit garçon, des mains de celle-ci, passera aux mains de l’instituteur : c’est le commencement de l’éducation masculine d’une part, féminine de l’autre.
1° Éducation du cerveau et des nerfs.
Dans la première et la seconde enfances l’élève joue au gymnase un rôle essentiellement machinal. On commande, il exécute sans se rendre compte de ce qu’il fait, sans savoir pourquoi il a agi, sans se demander s’il ne vaudrait pas mieux s’y prendre de telle manière plutôt que de telle autre. C’est un automate qui écoute et qui se meut, par obéissance à une volonté étrangère, en gardant le souvenir des ordres qu’il a reçus, et en répétant de mieux en mieux, chaque jour, les évolutions qu’il a déjà faites ou qu’il a vu faire par ses émules.
11 n’en est plus de même dans la première jeunesse. Le cerveau s’est développé; il a fait provision d’idées, qu’il compare, qu’il agence. La curiosité naturelle de l’enfance ne se traduit plus par un perpétuel : pourquoi? Elle cherche d’elle-même à comprendre et à s’expliquer les choses, tant bien que mal. Le jugement se forme; le raisonnement le suit. L’âge de raison se prononce.
L’instituteur doit donc consacrer une partie de chaque leçon gymnastique à expliquer aux jeunes élèves, le mécanisme des mouvements, la nature des ordres, l’effet des exercices qu’ils vont
ÉDUCATION DES ORGANES DES SENS
exécuter ou auxquels ils viennent de se livrer. La théorie se joint ainsi à la pratique pour la justifier, pour la mieux faire comprendre et exécuter. On ne fait plus simplement recommencer chaque fausse manœuvre jusqu’à ce qu’elle soit bien rendue, on expose en quoi elle est défectueuse et comment elle deviendra irréprochable.
Tous les travaux corporels du système nerveux, des sens, des muscles et autres organes qui ont servi à mettre en action, à former progressivement l’organisme infantile, seront reperis, un à un, dans tous leurs détails et avec des combinaisons de plus en plus complexes, dans la première jeunesse, en y ajoutant les explications scientifiques élémentaires propres à en faire apprécier l’utilité, l'importance et les effets salutaires pour la santé et pour l’avenir de chaque sujet.
Désormais donc, et nous en faisons la remarque en ce moment pour tout ce qui va suivre, il ne s'accomplira plus un seul mouvement ou un seul acte gymnastique, privé ou public, volontaire ou sur commandement, qui ne soit prévu, connu, expliqué ou compris de l’élève, et qui ne devienne de cette façon un véritable exercice intellectuel, pour peu que le professeur veuille se donner la peine de conduire et de diriger ses élèves, non plus comme des machines, mais comme des êtres intelligents capables de réflexion, de mémoire et de raisonnement à la fois.
En un mot, chaque acte gymnastique sera désormais en même temps un acte physique et intellectuel, volontaire et réfléchi.
2° Éducation des organes des sens.
Le que nous avons dit déjà pourrait nous dispenser de parler encore de la gymnastique des organes sensoriels.
On commencera certaines leçons de la matinée ou de l’aprèsdinée par la répétition des exercices sensoriels simples et coordonnés, qui ont été institués dans la gymnastique infantile, en les expliquant et en les commentant tour à tour.
On continuera à développer les organes des sens par les manœuvres spéciales, en rapport avec l’intelligence de chaque groupe.
ÉDUCATION DES ORGANES DES SENS
Ainsi, on fera évaluer par la vue la distance métrique, la circonférence, les propriétés des objets; l’âge, les dispositions physiques et morales, le caractère et les sentiments dominants des personnes et des animaux, pour habituer les élèves à observer, â méditer et à déduire, tout à la fois.
L’ouïe et la parole seront de plus en plus exercées à l’harmonie, â la combinaison des sons par la lecture, la déclamation et le chant; et par l’imitation des bruits et des chants qui se passent dans la nature : sifflement des oiseaux, bourdonnement des abeilles, etc.
Les plantes les plus variées et les substances de toutes espèces pourront servir à l’exercice des sens du goût, de l’odorat et du toucher.
Tous ces travaux fournissent à l’intelligence des notions qui aident l’homme à s’orienter dans le monde, lui donnent le désir, l’habitude et les moyens d’observer avec fruit tout ce qui l’entoure, et lui permettent de tirer le parti le plus avantageux de ses observations et de ses réflexions.
L’instituteur aura soin, en outre, de commencer à prémunir les élèves de 7 à 12 ans contre les erreurs et les illusions possibles des divers sens, en signalant les causes physiques de ces fausses appréciations.
Ainsi un bâton plongé dans l’eau semble brisé. C’est un effet de lumière qu’on explique parfaitement, comme on explique la formation de l’écho, qui répète les sons produits dans certaines conditions favorables à la répercussion des ondes sonores.
On sait pourquoi les objets paraissent moins éloignés dans une atmosphère pure, complètement transparente, par exemple au haut des Alpes, que dans un air plus ou moins opalisé par les vapeurs humides des vallées.
De cette manière, l’enfant apprend à observer et à réfléchir pour rectifier, au besoin, des impressions inexactes et des jugements illusoires.
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3° Éducation des organes et apareils internes.
Tous les exercices de l’appareil locomoteur, simples et coordonnés, sur place ou avec déplacement du corps, avec ou sans engins, dans toutes les attitudes possibles, dont nous avons parlé à propos de la seconde enfance, seront reproduits, compliqués et perfectionnés dans les écoles primaires de garçons et de tilles, avec les explications ou commentaires que chacun de ces exercices comporte au point de vue théorique et pratique.
Les enfants partagés en trois groupes, les gros, les longs, les petits, répéteront alternativement ces divers exercices. Leurs muscles ayant déjà pris une certaine force, on insistera sur la lutte dans toutes ses variétés, le pas gymnastique, les sauts à la perche, le maniement du fusil et du bâton, le jet des disques, les jeux de bagues à la course , au fleuret long ; les mouvements par pelotons, par compagnies ou groupes : les petits, les gros et les longs réunis; la natation, l’équitation, l’équilibre et la marche sur des pierres, des pieux et des solives ; les ascensions au mur, aux échelles, aux cordes à nœuds, aux cordes lisses, aux planches, aux arbres, sans fardeaux ou avec fardeaux légers, plus embarrassants que pesants.
On aura soin aussi de leur faire représenter graphiquement sur le sol, sur le sable, ou avec la craie sur une planche, l’esquisse ou la silhouette des objets ou des êtres sur lesquels on appelle leur attention.
Cette récréation, bien dirigée, n’a pas seulement pour but d’inspirer le goût du dessin à l’élève, elle l’habitue à user d’un précieux moyen mnémotechnique, qui lui rendra d’excellents services par la suite.
Nous ne nous arrêterons pas à chacun de ces différents genres d’exercices; mais nous dirons un mot de la lutte, en général.
Lutte. — La lutte corps à corps est l’un des moyens les plus propres à développer la souplesse et la force musculaires des jeunes gens. Elle peut être variée de mille manières : mains contre mains, pieds contre pieds, dos à dos, à bras-le-corps;
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sujets de même force et taille, ou de taille et de force différentes, debout, assis, couchés.
La lutte met en action un grand nombre de muscles et donne lieu à des mouvements divers, dans tous les sens possibles, parmi lesquels nous mentionnerons : les mouvements doubles ou doublés, concentriques et excentriques, que la gymnastique suédoise a spécialement employés pour agir sur l’ensemble de l’organisme, par des phénomènes alternatifs ou simultanés d’expansion ou de refoulement de tous les éléments de l’appareil locomoteur, muscles, os, nerfs, vaisseaux.
Ainsi, lorsque deux individus luttent ensemble, deux cas peuvent se présenter :
1° Ils opposent des forces égales au même point. C’est le fait de l'homme qui pousse contre un mur. Les muscles se contractent vivement, se gonflent, mais ne parviennent ni à l’extension excentrique, puisque le mur ne cède pas, ni au refoulement concentrique, puisque le mur reste passif, immobile.
2° L’un des lutteurs est plus fort que l’autre, et le refoule en arrière plus ou moins lentement. Le plus fort se trouve dans l’état de contraction extensive (excentrique) ; ses muscles, nerfs, vaisseaux, ligaments, os, tendent à s’allonger. Le plus faible, au contraire, est en contraction rétractive; ses organes locomoteurs étant refoulés vers le centre de l’organisme, se plissent, se replient sur eux-mêmes.
On voit tout l’avantage qu’on peut retirer de ces luttes intelligemment combinées.
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Prenons, par exemple, un sujet de 12 ans qui grandit trop vite, et un bambin de 9 à 10 ans, trapu, qu’on voudrait voir se développer plus en hauteur. On commande la lutte dans les conditions suivantes : le sujet long sera refoulé, cédera toujours en opposant une résistance des pieds contre le sol et des muscles supérieurs contre son adversaire, résistance qui devra être inférieure à la farce de ce dernier, celui-ci fût-il en réalité le plus faible. Le sujet court, au contraire, poussera toujours triomphalement l’antagoniste en arrière, développant ainsi ses tissus dans un mouvement d’extension qui favorise l'afflux du sang artériel et les prédispose à l’allongement.
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On a imaginé des machines pour remplacer les effets de la lutte, dans le but d’activer ou de réprimer l’expansion de certains muscles et de leurs annexes, mais on ne parviendra jamais à remplacer, par un moteur inconscient, un antagoniste exercé qui oppose ou dégage à volonté une force variable, proportionnée a l’effet qu’il lui a été prescrit de produire à l’égard de son émule.
Ces mouvements doubles, si chers aux gymnastes suédois, ont un incontestable avantage sur les mouvements trop exclusivement excentriques, en vigueur dans la gymnastique allemande. Ils peuvent être localisés, circonscrits à certains muscles dont le développement est exagéré ou enrayé. Ils s’appliquent facilement à tous les sujets, forts ou faibles, sains ou malades. On les gradue à volonté. Ils sont aptes à rectifier, redresser des attitudes vicieuses invétérées. Ils n’occasionnent jamais d’accidents sérieux. Ils établissent un juste équilibre dans tout l’organisme, dont chaque partie acquiert à la fois force, activité et souplesse, sans laisser prédominer outre mesure les membres sur le tronc, la moitié supérieure du corps sur la moitié inférieure, la force musculaire excentrique en hauteur ou en largeur sur l’agilité, l’élégance, l’harmonie de l’ensemble du système locomoteur.
De là à croire que la gymnastique suédoise soit à même de guérir une foule de maladies, comme on l’affirme trop bénévolement dans certains ouvrages, il y a loin, ainsi que nous le verrons à la fin du présent chapitre.
Jeux et engins. — La distinction que nous avons établie pour la seconde enfance entre les jeux et les exercices avec les engins, n’a plus la même raison d’être pour les jeunes gens et les sujets plus âgés.
Tous les exercices gymnastiques des adolescents, s’adressant à la fois à leurs sens et à leur intelligence autant qu’aux autres appareils organiques, deviennent en réalité de simples jeux récréatifs et instructifs, ni plus ni moins que les jeux libres ou de pur agrément. Les jeux de quilles, de billard, de galets, doivent être mis sur la même ligne que les exercices corporels les plus élémentaires, du moment que les facultés intellectuelles prennent part aux uns comme aux autres.
Mais les vœux que nous avons formulés à propos des ateliers
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d enfants, destinés à initier les mioches des deux sexes aux éléments des arts et métiers, doivent être exprimés ici avec plus d’insistance.
Comme nous le dirons tout à l’heure, l'instruction et l’éducation scolaires l’une ne peut marcher sans l'autre — doivent etre instituées de manière à former un ensemble qui permette à 1 apprenti, après 1 âge de 12 ans, de devenir un excellent artisan et un citoyen complet, et à la jeune fille des classes laborieuses, d arriver, même en passant par les plus humbles conditions de commissionnaire, de bonne d’enfants, d’apprentie-lingère, à connaître et a remplir, un jour, les fonctions d’une ménagère intelligente.
Filles et garçons. — A peu de choses près, le programme des écoles primaires doit être le même pour les garçons et pour les filles, même en ce qui concerne la gymnastique, à l’exception des ateliers d’enfants, où les travaux propres à chaque sexe commencent à devenir distincts.
La fille, par la nature de ses fonctions dans l’avenir, a bien plus besoin que l’homme d’être parfaitement conformée.
C’est donc à elle surtout que nos conseils gymnastiques doivent être patiemment et méthodiquement appliqués. La bonne organisation du bassin est déterminée par le jeu régulier de tous les muscles des cuisses, à l’âge où les os sont encore souples.
On sait que ce sont les efforts irréguliers de quelques gros muscles insérés aux hanches, qui déforment le ventre des hiercheuses, au point de ne rendre, quelquefois, la maternité possible qu’en sacrifiant la mère ou l’enfant.
Ainsi, sauf ce qui a rapport aux arts et métiers ou aux professions et aux destinées de chaque sexe, dont nous allons dire quelques mots, toutes les remarques et les observations que nous avons faites jusqu’ici concernant l’instruction, l’éducation, l’hygiène et la gymnastique dans les écoles primaires, s’appliquent aussi bien aux filles qu’aux garçons.
L’adolescent qui entre dans les écoles moyennes, ainsi que celui qui est destiné â prendre rang immédiatement dans les classes laborieuses, doivent posséder les premières notions des arts mécaniques.
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Dans les ateliers d’enfants, on leur montrera les principaux instruments des professions manuelles, et on leur en enseignera l’usage et les applications. Ils doivent savoir comment se font les serrures, les portes, les miroirs, le mortier, les habits, les souliers, le papier, les bougies.
De leur côté, les filles seront initiées aux principales occupations de leur sexe.
On leur apprendra non seulement à coudre, tricoter, broder, laver et repasser le linge, mais de quelle manière on fait le pain, le beurre, le fromage, la laine, les étoffes; comment on entretient la propreté, la salubrité et l'ordre dans les appartements, les maisons et les classes scolaires.
Hygiène et morale. — Ceci nous amène à poser la question suivante : Faut-il enseigner V hygiène et la morale aux adolescents ?
La morale est écrite en toutes lettres dans leurs leçons de chaque jour et dans les exemples que citent les instituteurs et les institutrices, dans la classe et au gymnase. A quoi servirait un code de morale, trop abstrait s’il était complet, banal et insignifiant s’il ne contenait que les principes et les maximes rapportés dans tous les livres classiques.
Quant à Y hygiène, il n’est pas possible de l’enseigner méthodiquement dans les écoles primaires?
11 faut se borner à donner quelques notions pratiques sur les vêtements et les aliments ainsi que sur les soins et précautions à prendre pour éviter certains accidents, ou pour porter secours à ses semblables dans quelques cas déterminés : noyés, brûlés, pendus.
C’est encore au gymnase que les maîtres auront l’occasion d’entrer dans ces intéressants détails.
A ce sujet, faisons une dernière observation.
Tout élève, fille ou garçon, devrait savoir comment il faut se comporter dans le cas, si fréquent dans nos pays froids, où le feu vient de prendre, soit à ses propres habits, soit à ceux d’autrui.
C’est un accident qu’on doit simuler de temps en temps.
Par exemple : l’institutrice crie : a Au feu! Louise brûle 1 »
Celle qui brûle, Louise, doit aussitôt s’accroupir, se peletonner ou se coucher sur le ventre, pour protéger la face et les parties
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antérieures contre les flammes. Dans cette attitude, à l’aide de ses mains, elle cherche à étouffer le feu présumé, en pressant les plis de sa robe contre terre. De leur côté, ses voisines s’empressent autour d elle, après avoir serré leurs jupons contre leurs jambes. Avec leurs mouchoirs ou leurs tabliers, dénoués et détachés du 1 01 ps, elles s efforceront de comprimer contre terre ou entre deux linges les tissus prétendûment enflammés.
Ces petits exercices donneront du sang-froid et de l’aplomb aux personnes du sexe qui se trouveraient dans le cas que nous venons de supposer.
Il faut, d’ailleurs, ne jamais oublier cette vérité que, pour inculquer des pratiques et des méthodes rationnelles aux enfants et aux jeunes gens, il est nécessaire de toujours joindre le fait au précepte, Vexemple à la théorie.
Gymnastique thérapeutique. — L’école suédoise est tombée dans 1 excès contraire à celui où s’est laissé entraîner l’école allemande. Celle-ci s’occupait trop exclusivement de développer le système musculaire; celle-là visait plutôt au développement harmonique intégral de l’organisme. Mais les Suédois s’attachaient avec tant de sollicitude à corriger les vices, les difformités, les infirmités et à traiter par les procédés gymnastiques les maladies qui empêchent ce développement harmonique, qu’ils finirent par concentrer dans la gymnastique médicale tous leurs efforts et toute leur attention.
C’était un abus, un écart, dont ils commencent à revenir, comme les Allemands reviennent de leur méthode athlétique exagérée, qui fortifie les sujets forts et tue les faibles.
Chez les sujets de 7 à 12 ans, quand, comment, et dans quelles circonstances faut- il avoir recours à la gymnastique thérapeutique ?
Si les infirmités corporelles que nous avons signalées en parlant des enfants de 2 à 7 ans n’ont pas disparu, il est évident qu’il est requis de continuer à les combattre dans la première jeunesse.
Les courbures vicieuses des os et les raccourcissements insolites des muscles et des tendons, seront surtout l’objet de soins gymnastiques propres à redresser et allonger ces organes.
Parmi ces soins, citons les manœuvres actives des mouvements
ÉDl CATION DES ORGANES ET APPAREILS INTERNES.
doubles concentriques et excentriques, les tractions locales avec des aides ou des appareils appropriés, le massage; tout cela fréquemment répété.
Les petits sujets, minces ou trapus, par exemple, se suspendront par les mains, les coudes et les aisselles aux barres d’une échelle fixe ou mobile, à une faible distance du sol, de 40 à 70 centimètres; on leur attachera aux pieds des objets pesants, et ils se balanceront lentement dans l’air.
Les gros sujets seront soumis à des massages et à d’autres mouvements passifs, qui activent la circulation et la combustion dans les tissus.
Les longs feront la grenouille, sautillant et pirouettant accroupis, peletonnés sur eux-mêmes.
La gymnastic|.ue orthopédique dispose d’une foule de procédés et d’appareils fort simples qui peuvent être employés partout, à certaines heures de la journée, pour s’opposer aux déviations et aux anomalies du tronc et des membres, et qui sont infiniment préférables aux corsets mécaniques et aux autres bandages, qu’on applique à demeure pendant des semaines et des mois entiers, et dont l’usage doit toujours être sévèrement surveillé, quand on croit devoir y recourir, faute de meilleurs moyens.
Lorsqu’il s’agit des organes sensoriels, il est bon de se rappeler que si l’exercice de ces organes les développe et les perfectionne, le repos prolongé tend, au contraire, à les atrophier.
Supposons que les deux yeux aient une puissance fonctionnelle inégale, que doit-on faire? Exercer le plus faible, plus souvent que le plus fort. Pour cela, on fera regarder, de près et au loin, avec l’œil faible seul, en masquant l’autre, pendant des temps variables. L’équilibre visuel se rétablira à la longue.
Il en est de même pour les oreilles, pour les membres inférieurs et supérieurs.
Ainsi, au lieu de laisser les enfants employer toujours la main droite pour une foule d’actes journaliers, pour manger, boire, écrire, jouer à la balle, au volant, à la corde, aux quilles, au billard, etc., on les obligera de se servir comme moteur principal tantôt d’une main, tantôt de l'autre*
Même pour écrire?
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Pourquoi pas? Si l’on ne doit pas chercher à donner à la main gauche la même agilité qu’à la droite pour écrire, il faut au moins qu’elle acquière l’aptitude de pouvoir la remplacer convenablement au besoin.
Sous ce rapport, l’écriture belge doit être spécialement recommandée, parce qu’elle offre pour les bimanes un grand avantage sur toutes les écritures inclinées, dont le plus grand défaut est de provoquer chez les garçons, et spécialement chez les filles, des déformations de la poitrine et de la colonne vertébrale. — Suites inévitables des attitudes vicieuses trop prolongées que contractent ces sujets, en dessinant ou écrivant sur des pupitres ou des tables plus ou moins mal disposés.
L’instituteur devra donc faire écrire de temps en temps ses élèves de la main gauche. Cet exercice aura le mérite, en outre, de faire fonctionner l'œil gauche à l’unisson de la main correspondante, et de contre-balancer de cette manière la prédominance que l’œil droit prend habituellement, par suite de l'usage trop exclusif du membre supérieur du même côté.
En parlant des exercices sensoriels combinés, nous avons fait remarquer que plusieurs sens, agissant en même temps, arrivent à établir entre eux une harmonie et des rapports sensoriels plus actifs, plus rapides et plus nets.
Ces synergies peuvent être mises à contribution pour perfectionner tous les organes à la fois.
Dans cette catégorie de mouvements corporels, il faut tenir compte des corrélations naturelles qui s’établissent entre certains organes, et de l’antagonisme, au contraire, qui existe entre certains autres. Ainsi, les mouvements des membres d un côté mettent plus directement en éveil et en action l’œil et l’oreille du même côté, que l’oreille et l’œil du côté opposé.
Notons aussi, par exemple, que l’ouie devient plus fine et plus sensible, quand on écoule les yeux fermés. Si vous parlez dans
les trains ou ailleurs, défiez-vous des gens qui dorment en
apparence !
Education familiale et scolaire de 7 à 12 ans. Nous ne disons pas instruction scolaire, mais éducation scolaire, parce que nous ne séparons pas l’éducation publique de 1 instruction publique.
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Nous ne voulons pas qu’on fasse des houilleurs, des verriers, des forgerons, des maçons, des menuisiers, des boulangers, seulement; ni des avocats, des ingénieurs, des médecins, des négociants ; mais des hommes, des citoyens avant tout.
L’institutrice des écoles gardiennes et des orphelinats, c’est la mère officielle, substituée momentanément pour tout ce qui relève des soins privés et généraux de l’enfance, à la mère naturelle, absente ou défunte. C’est pour cela que nous voulons que ces écoles soient confiées aux mains et au cœur d’une femme.
L’instituteur pour les garçons, l’institutrice pour les filles, sont à la lettre, dans les écoles primaires, les substituts des pères et mères effectifs.
Nous avons entendu parfois des professeurs d’athénée et d’école soutenir la thèse absurde qu’ils étaient payés pour donner Y instruction, la science, et non pour s’occuper de Y éducation individuelle de leurs élèves.
Nous leur avons chaque fois déclaré nettement qu’un gouvernement soucieux de l’avenir des populations, dont il gère les intérêts, devrait congédier irrévocablement, sans pitié, tout instituteur ou professeur émettant une maxime aussi anti-sociale.
L’éducation familiale et scolaire de la première adolescence doit donc être instituée de manière à former des hommes complets, lors même, ce qui est la règle pour les classes laborieuses, que les adolescents, dès l’âge de 12 ans, quitteraient l’école obligatoire pour ne plus recevoir de nouvel enseignement public, ni dans les cours du soir, ni dans les cours d’adultes.
L’enseignement primaire doit donc être un enseignement intégral en soi, en même temps qu’un enseignement préparatoire aux écoles moyennes ou supérieures.
11 est évident que, par enseignement intégral, nous entendons l'enseignement élémentaire le plus complet possible, quand il s’agit d’aussi jeunes sujets.
L’écriture belge, le dessin, la lecture, le chant, le calcul, la langue nationale, avec explications et commentaires raisonnés, en constitueront les branches élémentaires les plus importantes, celles auxquelles on consacrera le plus de temps et le plus d’attention, afin que, par les sens exercés et par la réflexion soutenue, elles se