PREMIÈRE CATÉGORIE
1° Mouvements simples et coordonnés sur place, dans des attitudes différentes.
Chaque phalange d’un doigt, chaque doigt des mains et des pieds, le poignet et la cheville, le coude et le genou, l’épaule et la cuisse, la tête et le cou, les muscles de la poitrine, du ventre, du dos, des reins (région lombaire et sacrée), doivent exécuter tour à tour, isolément d’abord, et concurremment ensuite par séries plus ou moins nombreuses de 2, 3, 4, etc., éléments organiques à la fois, tous les mouvements directs ou obliques, circulaires ou elliptiques, de flexion, d’extension ou de torsion, dont chacune des articulations correspondantes est susceptible.
Cette classe ne comprend pas moins de 10,000 exercices différents possibles.
Ces mêmes exercices peuvent être répétés dans toutes les attitudes générales : debout sur deux jambes jointes ou écartées, sur une jambe, incliné en avant, en arrière, sur le côté; assis, à genoux, accroupi ; couché sur le dos, sur le ventre, sur le côté; appuyé sur les mains et les pieds, sur deux pieds et une main, sur deux mains et un pied, etc.
De semblables exercices, variés et renouvelés à différentes vitesses, sont bien faits pour donner à tous les muscles : force et souplesse, et à tous les mouvements : étendue et agilité, sans exiger le déplacement total du sujet.
2° Mouvements simples et coordonnés, avec déplacement dans diverses attitudes.
Cette classe comprend toutes les variations de mouvements possibles dans la marche, la course, le saut, la danse, les gambades et pirouettes, la nage, avec toutes les attitudes particulières que chacun de ces exercices comporte.
Prenons la marche, par exemple.
On peut marcher en avant, en arrière, de côté, directement ou
t)ü MOUVEMENTS AVEC DÉPLACEMENT DANS DIVERSES ATTITUDES.
obliquement, à pas lents, précipités, longs ou courts ; en montant ou descendant des plans inclinés, polis ou escarpés, mous ou durs; avec ou sans fardeau; une main ou les deux mains libres, ou occupées, ou maintenues immobiles de telles et telles manières.
On peut encore marcher sur les genoux: dans les montagnes du Tyrol les chasseurs de chamois se tueraient cent fois s’ils ne marchaient souvent sur les genoux; sur les mains et les pieds, une main ou un pied étant immobilisé; sur le ventre, sur le dos ou le coté (ramper), en s’aidant des pieds et des mains, d’un ou plusieurs de ces membres, de la tête et de la nuque.
A ce propos, faisons une remarque spéciale pour le talon : le talon joue un grand rôle dans l’ascension et la descente des montagnes.
Ce que nous venons de spécifier pour la marche peut être appliqué à toutes les variétés de course, de saut, de danse, de gambades et pirouettes, ainsi qu’à la natation, dans les différentes attitudes et dans les conditions si variées qui peuvent se présenter : un ou plusieurs membres enrayés, embarrassés, chargés, rapprochés, écartés, etc.
On nous a souvent demandé ce que nous pensons des cumulets et de ces exercices aux barres ou aux cordes, fixes ou mobiles, escarpolettes, trapèzes, échelles suspendues, qui font porter et maintenir plus ou moins longtemps la tête en bas ?
Nous ne voyons nul inconvénient à laisser les enfants faire des cumulets en avant et de côté.
Quant aux cumulets en arrière, ils sont si dangereux par le fait de la compression possible de la moelle allongée, que nous les proscrivons impitoyablement, aussi bien que les renversés prolongés avec la tête en bas. Les vaisseaux sanguins du cerveau et de la face sont d’un tel calibre, et si nombreux, que des congestions graves, mortelles même, peuvent aisément se produire durant des positions aussi anormales.
L’homme, enfant ou adulte, 11e s’habitue pas plus à rester la tête en bas qu’à se tenir suspendu en l’air à l’aide d’une corde passée autour du cou.
MOUVEMENTS AVEC LES ENGINS DE TOUTES ESPÈCES
3° Mouvements simples et coordonnés avec les engins de toutes spèces.
Celui qui voudrait prendre la peine et la patience de décrire tous les engins et les appareils qui peuvent être employés dans la gymnastique de la seconde enfance ferait œuvre plus futile qu’utile.
11 n’est pas dans la nature un objet mobile ou fixe, à portée des sens et des organes de l’homme, qui ne puisse, disons mieux qui ne doive servir d’engin ou d’appareil pour les exercices infantiles, sous la direction d’un professeur intelligent.
Avec la vue, il fait apprécier, même de très loin, les distances, les formes, les aspects, la couleur, les rapports, ainsi que la position des corps.
L’ouïe sert à distinguer la situation, la direction, l’origine et la nature des sons qui viennent frapper l’oreille des divers points de l’horizon.
De même, on peut, à l’aide de n’importe quel objet qui se trouve à la portée des mains, exécuter une foule d’exercices musculaires des plus variés.
Nous avons toujours été d’avis qu’il faut accorder la préférence, dans cette catégorie d’exercices aussi bien que pour les exercices sensoriels et intellectuels, aux engins naturels, aux corps et aux êtres qui se rencontrent autour de nous, plutôt qu’aux engins artificiels. Les chaises, les bancs, les fenêtres, les murailles, les seaux, les mannes, les pavés, les cordes, les chaînes, les cannes, les petits fusils, les charrettes et chars, les barrières, les échelles, valent bien sous ce rapport tous les instruments qui ont été imaginés pour les salles de gymnase.
Evidemment nous ne blâmons pas l’usage de ces derniers : les institutrices ne disposant pas dans leurs classes de tous les objets usuels de la vie courante, sont bien obligées d’avoir recours à des engins et à des appareils artificiels. Tout ce que nous demandons, c’est que ceux-ci ne fassent pas perdre ceux-là de vue, comme cela se lait trop généralement de nos jours : le cheval de bois ne remplacera jamais complètement le vrai cheval, sensible et pétulant.
Tous les engins et appareils destinés aux exercices musculaires,
MOUVEMENTS AVEC LES ENGINS DE TOUTES ESPÈCES
soit pour développer, soit pour perfectionner, soit pour rectifier les organes locomoteurs, les seuls dont il s’agisse ici, peuvent être rangés en deux classes, selon le mode d’emploi dont ils sont l’objet.
11 y a, d’abord, les engins mobiles el portatifs, puis les engins fixes. L’enfant fait pirouetter les premiers; il pirouette autour des seconds.
De là, deux espèces d’exercices corporels, qui diffèrent beaucoup plus les uns des autres en apparence qu’en réalité.
Engins mobiles. — 11 est évident qu’avec des objets mobiles on peut répéter presque tous les exercices corporels, dont il a été fait mention sommairement dans les deux classes précédentes de mouvements simples et coordonnés. Ainsi, on peut attacher un poids à chaque phalange par un cordon rond ou plat, et la faire agir seule en paralysant momentanément l’action des autres organes locomoteurs au moyen d’un léger appareil contentif. C’est une manière non seulement d’exciter l’action et la vie des tissus musculaires et fibreux des différentes articulations, grandes ou petites, mais aussi de mesurer leur degré de force respectif.
Est-il nécessaire maintenant de signaler les principaux engins mobiles et portatifs avec toutes les manières imaginables de les faire concourir, tantôt isolément, tant concurremment, au développement de tous les muscles? C’est dans la pratique que tous ees détails se présentent et offrent de l’intérêt.
Il y a, d’ailleurs, pour ceux qui aiment les enseignements tout faits, de nombreux traités didactiques qui leur énuméreront tout ce qu’il est possible de faire en gymnastique au moyen d’un bâton, d’un sabre, d’un fusil, aussi bien qu’avec des haltères ou des mils.
Engins fixes. — Nous ne ferons que citer ici les cordes, échelles, anneaux, perches, barres, pédales, tremplins, qui peuvent recevoir une foule de positions horizontales, verticales, inclinées dans tous les sens et à tous degrés, et qu’on rend à volonté immobiles, rigides ou flexibles.
Nous n’avons pas plus à décrire par le menu les exercices si multiples qui peuvent être exécutés à l’aide de ces engins, que nous ne l’avons fait pour ceux dont nous nous sommes occupé
MOUVEMENTS AVEC LES ENGINS DE TOUTES ESPÈCES
déjà. Il est de ces détails minutieux que la théorie indique et que les principes déterminent, mais que la pratique seule énonce et fait connaître à mesure que les occasions se présentent.
Contentons-nous de poser quelques règles générales à ce sujet.
Première règle générale : « Tout exercice corporel doit être rigoureusement approprié à l’âge, à la force et à la constitution anatomique de chaque sujet. »
Il n’y a aucune exception possible à cette règle. C’est, à proprement parler, un axiome qui devrait servir d’épigraphe à tous les traités classiques de gymnastique, mais qui malheureusement est trop souvent méconnu dans la pratique, surtout dans les exercices avec les engins.
Les exercices naturels sont forcément limités à la puissance fonctionnelle de celui qui les exécute. Les jeux infantiles sont pour la plupart dans le même cas.
Ce qui ne veut pas dire qu’on doive abandonner les enfants à leur fougue, à leur ardeur, à leur esprit d’imitation et d’émulation, dans ces deux sortes de manœuvres corporelles. Il en est beaucoup qui finiraient par se surmener, s’échauffer outre mesure, et qui s’exposeraient ainsi à contracter l’une ou l’autre des affections sporadiques ou épidémiques particulières à cet âge, telles que le croup, l’angine tonsillaire, la scarlatine, la variole et la rougeole, ou même quelquefois des maladies organiques sérieuses des poumons, des plèvres et du cœur, ou enfin un rhumatisme articulaire universel, l’une des plus tristes et des plus redoutables conséquences d’un refroidissement subit ou prolongé. L’enfant au gymnase doit donc toujours être surveillé et rappelé à une sage dépense de forces. Mais c’est spécialement lorsqu’on passe aux manœuvres d’ensemble avec les engins que la surveillance et mieux encore la prévoyance doivent être sévères.
Deuxième règle générale : « De 2 à 7 ans, l’enfant ne peut se livrer qu’à des exercices musculaires légers et courts. »
A cet âge, les fibres musculaires sont peu solides dans la race humaine. Mollasses, pâles, imbibées de lymphe plastique, elles ne jouissent pas encore de la tonicité et de l’élasticité qui les caractérisent dans l’adolescence et l’âge mûr. Les os eux-mêmes, nous l’avons dit, sont mous, llexibles.