ANOMALIES DE NOMBRE
Ce sont, avec les anomalies de direction, les plus fréquentes de toutes ; ce sont par conséquent celles que le médecin-lég-iste doit le mieux connaître et savoir interpréter.
Sans entrer dans la discussion des théories qui cherchent à les expliquer, nous dirons seulement que ces anomalies ont pour cause soit l'atrophie d'un germe ou l'absence de genèse primitive de ce germe, soit un relard dans son développement.
Nous avons eu deux clients de Costa-Rica, frère et sœur de la même mère, mais de père différent, l'un âgé de 28 ans et l'autre de 30 ans et qui n'ont jamais eu de canines supérieures droites. Nous n'avons pu savoir si leur mère présentait la même anomalie.
Un autre cas que nous avons eu l'occasion d'observer est celui d'un jeune homme de 18 ans, M. Gr..., a qui manque l'incisive latérale inférieure droite. Sa grand'mère, qui a conservé toutes ses dents de devant en très bon état, n'a pas non plus cette dent. On aurait pu prendre ces cas pour un exemple d'hérédité, si on les avaient examinés sans antécédent historique. Or nous avons pu savoir que la grand'mère avait perdu sa dent à la suite d'un traumatisme et que le petit- fils l'avait perdue, extraite par erreur par un dentiste de Paris.
L'absence congénitale de la totalité des dents a été signalée, mais, d'après Magitot, il ne faut pas ajouter beaucoup de foi à nombre de ces observations. Il n'est pas question, bien entendu, des cas où une maladie infectieuse a causé des troubles graves du côté des maxillaires et a amené la destruction des follicules. De tels faits existent et M. Guéniot en présentait un cas à la Société de chirurgie (1872) survenu chez un enfant à la suite d'une rougeole.
La diminution numérique est assez fréquente et doit être présente à l'esprit de l'expert qui examine une mâchoire. Elle se
rencontre rarement dans la dentition temporaire, mais si elle existe, elle entraîne évidemment la disparition de la dent permanente correspondante, comme nous l'explique le développement.
L'anomalie de nombre frappe surtout l'incisive latérale, puis les dents de sag-esse. Quelles qu'en soient les causes, ces anomalies doivent être connues du médecin-légiste, surtout pour la dent de sagesse, puisque celle-ci peut servir de base à la déterminât ion de lïige. Son absence dans une mâchoire ne doit donc pas être caractéristique d'un âge inférieur à sa date d'apparition, mais il sera nécessaire alors, comme le conseille Magitot, de faire des coupes du maxillaire au niveau de sa situation normale et de constater l'état de son follicule.
Actuellement la radiographie est devenue un auxiliaire précieux et nous montrera l'état de la dent dans l'intérieur de la mâchoire, sans qu'il soit nécessaire de pratiquer des coupes.
Comme nous le verrons dans le chapitre consacré aux variations Vîhniques des dents, Darwin, Owen, Mantegazza et d'autres considèrent la dent de sagesse comme un organe en décadence chez l'homme.
La diminution du nombre des dents est le plus souvent héréditaire. Magitot en a observé plusieurs cas très nets pendant deux ou trois générations. Xous avons relevé plusieurs observations semblables dans lesjournaux dentaires américains: Dental Cosmos^ Dental Revièw.
Certains auteurs, entre autres Darwin, ont voulu établir une sorte de balancement entre le développement des dents et celui des poils. Un cas célèbre est celui delà danseuse Julia Pastrana, qui avait du poil sur tout le corps et à laquelle il manquait la canine gauche, les dents de sagesse inférieures et supérieures et deux incisives. Magitot cependant a voulu voir le fait et l'étude du moulage ne lui a pas permis d'approuver complètement les assertions de Darwin.
L'homme-chien, qui a été exhibé à Paris, n'avait ni canines ni molaires. Magitot a tiré de ces faits les conclusions suivantes: le système pileux et la dentition sont en connexion ou en rapport intime tant au point de vue du développement et des caractères anatomiques qu'à celui des perturbations tératologiques.
M. Guilford (de Philadelphie) a fait, en 1893, au Cong-rès dentaire de Chicago, une communication surJes rapports entre les dents et les cheveux. Il note que les chiens dépourvus de poils, de la Chine et du Japon, ont le système dentaire extrêmement réduit, comparativement aux autres individus de la même espèce qui sont couverts- de poil normal. Le lamantin ou ours de mer, animnl herbivore aquatique, dont le corps est recouvert de quelques poils durs, a une dentition très imparfaite et très différente de celle de toutes les autres classes de mammifères.
L'auteur eut la chance d'examiner une famille chauve venant du centre de la France et composée de la mère, de la fille et du fils. Ces individus avaient le crâne entièrement dépourvu de cheveux; le duvet qui couvre ordinairement le corps manquait de même et les ongles des doig-ts étaient épais, étroits et pointus ressemblant à l'éperon d'un oiseau. Les dents cependant étaient normales comme dimension, forme et nombre.
Enfin M. Gruilford rapporte le cas remarquable d'un homme de 48 ans qui n'avait jamais eu aucune dent ni temporaire^ ni permanente. Sa tête était entièrement chauve et couverte seulement d'un léger duvet, tandis qu'on trouvait du poil sur le pubis dans les creux axillaires. Sur les autres régions du corps, pas de trace de duvet. Autre particularité intéressante : il n'avait jamais sué. Cet homme privé de l'odorat et dont le goût était très rudimentaire avait six enfants dont deux seulement présentaient quelques anomalies héréditaires; ils ne possédaient que la moitié du nombre ordinaire des dents.
L'augmentation numérique est très fréquente surtout à la mâchoire supérieure, et se rencontre aussi bien dans la dentition temporaire que dans la dentition permanente.
Ces dents surnuméraires ont été observées dans la série animale chez les carnivores et les herbivores. Dans les races inférieures, elles ont été signalées maintes fois et en 1880 M. Fontan faisait à la Société d'anthropologie une communication sur la fréquence des dents surnuméraires chez les Xéo-Calédoniens.
Magitot, qui en rapporte quelques exemples, dit que leur forme est analogue à celle des dents au voisinage desquelles elles ont