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CHAPITRE IV

De l'usage du Levier.

1886. L- UTILITÉ du levier ne paroïtra pas aussi générale que celle du forceps, d’après ce que nous en avons déjà dit, et chaque Praticien, sans consulter notre opinion, s’en convaincra à la manière d'agir de ces deux instrumens. On ne doit employer le levier que pour corriger certaines positions défectueuses de la tête et favoriser secondairement sa sortie (1); au lieu que le forceps peut servir à l’extraire, toutes les fois qu'il n’existe pas un défaut de proportion trop cousidérable entre elle et le bassin de la mère.

1887. La têle, en s’engageant dans le bassin, s’écarte quelquefois de la marche qu’elle doit suivre pour le traverser librement. Le partie pestérieure du sommet, ou la région de la fontanelle postérieure, au lieu 4 s’avancer de plus en plus, peut s éloigner : à mesure que Ja tête descend; de sorte que le haut du front vienne se présenter sur le milieu du détroit inférieur , comme on l’a expliqué au $. 1288 et suivans. L’ occiput se trouvant alors plus ou moins renversé sur le dos

(x) Voyez depuis $. 1661 jusqu’au $. 1704 inclusive ment.

Cas où le levier peut étre utile.

de l’enfant, et le menton écarté de la poitrine; de manière que la tête offre de front le plus grand de tous ses diamètres, l'accouchement devient impossible sans les secours de l’art, chez beaucoup de femmes, ou tout ou moins très-difficiie. Nous ne saurions nous metfre trop en garde contre cette mauvaise position, soit pour la prévenir en empêchant la tête de s'engager ainsi, soit pour la corriger quand nous sommes appelés plus tard. (Voyez $. 1294 et suivans.)

Fnemrda 1808- L'indication, dans le premier cas, conlevier. siste à soutenir le haut du front pour l’empêcher de descendre; et dans le second, à fléchir la tête sur la poitrine de l’enfant, soit en repoussant le front dans une direction convenable, soit en entrainant l’occiput en en-bas. La main suffit presque toujours pour opérer ce changement avantageux ; et ce n'est qu'à son défaut qu’il faut avoir recours au levier. Nous préviendrons ici que les cas où ce dernier devient nécessaire sont tellement rares, que nous n'en avons pas encore trouvé un

seul où il füt indispensable (7).

De l'endroit 1889. C'est toujours sur l’occiput que nous re- D lin commandons d'appliquer cet instrument, dont la

appliquer ie courbure doit être proportionnée à la convexité levier.

{1} Nous allons cependant en indiquer plusieurs , indépendamment de ceux que nous avons déjà fait connoître en traitant de l'usage du forceps ; parce qu’on ne doit rien omettre dans un ouvrage destiné à linstruction des jeunes gens. Tous ces cas , pour les praticiens qui y donneront la moindre attention , ne paroîtront qu'autant de nuances d’un seul ; car dans tous , l’usage du levier se borne à faire avancer l'extrémité occipitale de la tête.

de cette région, pour qu’elle l’embrasse exactement, et que son extrémité puisse y trouver un point d'appui suffisant, pour Pentrainer. Il faut s'en servir comme d'une espèce de crochet mousse, et non comme d’un levier ordinaire. La manière de l’employer, quoique toujours selon les mêmes principes, doit être néanmoins un peu différente dans chaque position de la tête; parce qu’il faut avoir égard à la marche que celle-ci doit décrire dans les diverses situations où elle peut se présenter, pour franchir le bassin avec le moins d'obstacles possible.

SECTION PREMIÈRE

De l'usage du Levier dans la position du sommet Na . 7? , \ »

ou Pocciput répond au pubis de la mère et la face au sacrum ;. dans celle où l’occiput est contre celur-ct , et la face derrière le pubis.

1860. Le premier deces cas, qui est à peu près Premier cas celui pourlequel Roonhuisenrecommandait l'usage nee du levier, n’est pas fort commun , parce que la tête vier. descend rarement dans la position où l’oeciput répond à la symphyse du pubis. Si on la trouve presque toujours située de cette manière quand elle se dégage du bassin, c’est que l’occiput seporte en avant , dès qu’elle a franchi le détroit supérieur : mais elle ne peut exécuter ce mouvement de rotation quand elle a suivi une marche telle que l'usage du levier en devienne nécessaire. En supposant qu elle ait présenté l’occiput primitivement derrière le pubis , et qu’elle se soit engagée en se

De la ms:

mire de l’appliquer.

renversant sur le dos de l’enfant, si l’on ne peut repousser le front , ou abaisser la région occipitale avec les doigts seuls , on gnsinuera Île levier derrière la symphyse du pubis, jusqu'à ce que sa courbure embrasse exactement la rondeur de l’occiput. Pour l'introduire plus sûrement et plus méthodiquement , on le tiendra d’une main de sorte que l'extrémité qui lui sert de poignée soit trèsbasse , et l’on en dirigera l’autre bout dans le lieu indiqué, au moyen de l'index et du doigt du milieu de la seconde main, ou bien d’un seul, introduits à l’entrée du vagin. Pour faire pénétrer plus librement cet instrument, on aura soin d'en relever insensiblement l'extrémité qui est au-dehors , en la portant un peu alternativement vers l’une et l’autre cuisses de la femme , jusqu’à ce que la longueur de toute cette portion apparente soit à peu-près parallèle x l'horizon.

1891. L’ayant plongé à une hauteur convenable sur la tête, on le saisira d’une main placée en dessus, près le pubis , et de l’autre à son extrémité. De ceile-c1 on tirera à soi, en baissant légèrement , pendant qu’on agira dela première comme si l’on vouloit déprimer la tête vers le coccix de la mère, et la porter en arrière : c’est à ce moyen qu'on lui fera faire une espèce de bascule, dans laquelle l’occiput descendra , tandis que le menton se relèvera vers la poitrine. Si l’on ne réussissoit pas de cette manière à faire descendre l’occiput autant que la circonstance l'exige , il faudroit, dans le temps même qu'on agit avec le levier sur cette partie de la tête, repousser un peu le front qui est en arrière, au moyen de l’extrémité de quelques

DES ACCOUCHEMENS. 219 doigts de la main qui embrasse le milieu de l’instrument; mais disposée de façon qu'elle puisse affermir le levier dans sa situation , et agir de plusieurs doigts sur le front. Ce mouvement de bascule étant fait, il est rare que la tête tarde à sortir, à moins que d’autres eauses ne s’y opposent : alors on à recours au forceps, si les circonstances ne permettent pas à la femme de se délivrer seule.

1892. L’utilité du levier n’est pas moins évidente dans la position où le front répond au pubis et l'occiput au sacrum, que dans la précédente, lorsque le menton de l’enfant a quitté le haut de sa poitrine de trop bonne heure, et que la tête s’est engagée en se renversant un peu sur le dos : mais il ne faut encore s’en servir qu’autant que les doigts seuls ne peuvent corriger cette situation désavantageuse , c’est-à-dire , abaisser l’acciput.

1893. On plonge alors l'instrument entre l’occiput de l'enfant et le sacrum'de la mère , en Îe

Second cas où le levier est nécessaire.

tenant à peu près comme on gent l’algali pour

sonder à la méthode commune , ou par dessus le ventre ; avec cette différence cependant , que l’extrémité du levier doit être moins inclinée sur celui-ci, que le bout de la sonde. Pour le faire pénétrer assez loin et jusqu’au-dessus de la protubérance occipitale , 11 faut abaisser insensiblement, et autant que les parties extérieures de la femme le permettent, l'extrémité désignée , en la portant un peu alternativement de droite à gauche, comme on l’a ci-devant observé. S’étant assuré de la bonne position du levier sur la tête, ou de sa bonne prise, on place une main transversalement audessous de la partie moyenne de cet instrument.

Des autres cas où l’on doit avoir recours au levier.

216 nul ART

près le périnée, afin de le fixer contre l’occiput ; et de l’autre main on tire sur son extrémité. On observe d'agir en premier lieu dans une direction presque horizontale, et ensuite en relevant un peu, jusqu’à ce que la nuque ou le derrière du col commence à paroïître au bas de la vulve. On retire alors le levier, et on dégage la face de dessous le pubis, comme dans l’accouchement naturel , où elle s’est présentée de cette manière.

SECTION II

De lusage du Levier dans tous les cas où la téte de l'enfant est placée diagonalement ou transversalement sur le détroit inférieur.

1894. Lespositions diagonales dela tête à l'égard du détroit inférieur sont la suite de celles qu’on observe presque toujours au détroit supérieur , et qui sont les plus fdVorables à sa descente. Ce n’est pas pour changersces positions que nous proposons le levier : le doigt suffit pour faire prendre une autre direction à la tête, et ramener l’une de ses extrémités sous le pubis, quand elle ne s'y tourne pas d'elle-même : ce qui manque bien rarement. Si les efforts de la nature et le doigt de lAccoucheur étoient insuffisans, ce seroit au forceps qu'il faudroit avoir recours, et non au levier. Nous avons déjà fixé ces positions au nombre de quatre, que nous rappelierons sommairement ici. Dans les deux premières, l’oeciput répond à l’un des trous ovalaires ; ce sont Îles plus ordinaires : dans les deux autres , il est situé vis-à-vis l'une des échancrures ischiatiques.

1895. Lorsque la tête s’est engagée dans l’une ou l’autre de ces positions en se renversant sur le dos de l'enfant, comme nous l'avons remarqué au . 1288 et suivans, il faut s’efforcer de repousser le front et de faire descendre l’occiput, de la manière indiquée aux mêmes paragraphes. Si les doigts seuls ne suftisoient pas pour opérer ce déplacement, il faudroit avoir recours au levier. C’est dans ces sortes de cas que Levret le croyoit surtout recommandable , et pour lesquels il disoit avoir fait usage avec succès de l’une des branches du forceps, avant qu'il ne connût ce nouvel instrument : car ces cas sont les mêmes que ceux où il pensoit que l’épine ischiatique ne manquoit guère de s’enfoncer dans la suture sagittale. ( ’oyez $. 1665 et suiv.)

1896. Quand l’occiput est placé derrière l’un ou l'autre trou ovalaire, on y conduit l’instrument à peu près comme pour la position énoncée au $. 1890; si ce n’est qu'on le dirige un peu de côté, au lieu de l’insinuer directement sous la symphyse du pubis; afin qu'il soit toujours appliqué sur le derrière de la tête ; qu’on doit abaisser convenablement, pour abandonner ensuite le reste de l'accouchement aux soins de la nature : à moins qu'on ne soit forcé par les circonstances de l’opérer sur-le-champ; ce qu'il faudroit faire alors avec le forceps. Nous observerons que le succès de l’application de ce dernier seroit trèsincertain , si l’on ne faisoit faire préalablement à la tête l’espête de bascule dont il s’agit; comme on peut s’en convaincre en se rappelant la manière d'agir de cet instrument , et le rapport des

Manière de s’en servir quand l’occiput répond à l’un des trous ovalaires.

218 L'ART dimensions de la tête ainsi renversée sur le dos, avec celles du détroit inférieur.

Quandl'oc- 1897. Lorsque l’occiput répond à l’une des put PORT échancrures ischiatiques , il faut insinuer le levier échancrures dans cette direction, en tenant son extrémité qui ischiatiques. ect au-dehors fort haute d’abord , et plus ou moins

inclinée vers l’aine de la femme du côté opposé. L'on se conduira d’ailleurs comme dans la position où l’occiput répond directement au sacrum, jusqu’à ce qu’on l’ait fait descendre convenablement.

1898. Le levier peut être utile, non-seulement dans tous les cas énoncés dans ce Chapitre, mais encore dans ceux où la tête s’est engagée en présentant la face, comme on l’a remarqué ci-devant. Dans tous, on peut y substituer , au besoin, l’une des branches du forceps ordinaire, quoiqu’elle offre peut-être un peu moins d'avantage, et que son application exige plus de soins et d'attention.

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