‹ L'art des accouchemens (volume 3)Chapitre 56 sur 62 · L'ART ARTICLE IL · texte numérisé non relu

L'ART ARTICLE IL

Des fausses grossesses , de leurs signes , et de leur curalion.

na 2330. Il est aussi difficile de donner une bonne grossesse. définition de la fausse grossesse , que d'en déterminer la véritable espèce d’après des signes bien positifs , quand on est auprès de la femme. C'est un état dont les symptômes ont assez de rapport avec ceux de la grossesse ordinaire , pour faire croire à l'existence de celle-ci, et induire en erreur les femmes même qui ont eu le plus d’enfans , ausst bien que les personnes de l’art qu’elles consultent. Nous en établirons deux espèces générales; une qui est la suite de la conception, mais dont le produit a dégénéré et changé de nature dès les premiers temps, et l’autre qui paroît absolument étranère à cette cause, Celle-ci peut être formée par de l’eau , de l'air , du sang , des matières glaireuses et muqueuses , ou par des excroissauces polypeuses : elle reçoit différentes dénominations , selon la nature du fluide qui la constitue, telles que celles d’hydropisie de matrice, de tÿmpanite, etc., tandis qu’on désigne sous le nom de mole ou de faux germe, les substances qui constituent la première espèce.

2340. Dans tous ces cas, ce qui donne ure apparence de grossesse est contenu dans la matrice, et en augmente réellement le volume; de sorte qu'il est bien plus aisé de se laisser induire en erreur quand on est consulté avant les quatre ou cinq

premiers mois ; maisilest d'autres circonstances où la femme paroît enceinte, éprouve tous les sympt6mes, les accidens de cet état, quoique la matrice ne contienne rien, n’ait point changé de forme, de volume, de dimensions, et ne présente aucune altération sensible. Il ÿ a suppression des règles, dégoûts, nausées, appétence singuière, souvent bizarre ; vomissement de matière aqueuse et glaireuse, comme dans la grossesse ordinaire; tuméfaction des mamelles, changement de couleur de l’aréole; sécrétion du lait, et quelquefois celui-ci est abondant; développement et augmentation du ventre comme dans une bonne grossesse: et ce qui achève d’affermir les femmes dans l’idée qu’elles sont réellement grosses, ce sont les mouvemens qu’elles commencent à ressentir à peu près au même temps où ceux de l'enfant ont coutume de s’annoncer, sans que leur imagination ysoit pour quelque chose, puisque la main de l’observateur, appliquée sur le ventre, peut les sentir également. Nous avons vu au moins dix fois ces sortes de grossesses, qui se sont soutenues tantôt pendant neuf mois entiers, tantôt plus et tantôt moins; qui se sont évanouies tout à coup chez la plupart des femmes, et lentement chez les autres. L'affaissement du ventre a été chez toutes le signal du retour très-prochain des règles. Le développement du ventre, le volume qu'il avait acquis chaque jour, ne provenoit que du météorisme des intestins (1).

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(x) D'autres que nous out recueilli des exemples de cette espèce de fausse-grossesse , et l’ont observée chez quelques animaux domestiques , comine dans la

De la môle

et du faux }

germe.

23/41. La môle et le faux-germe nous paroissent a même chose dans leur principe, et nous ne voyons pas pourquoi les Accoucheurs les ont distingués. Les débris du fœtus, qu’on a trouvés quelquefois dans ces sortes de masses parenchymateuses, et qui ont servi à caractériser le fauxgerme, annoncçoient au plus que l'enfant étoit mort un peu plus tard alors que dans les autres cas, et que quelques-unes de ses parties avoient été préservées de putréfaction et de dissolution : car le germe de l'embryon n’a pas moins existé dans les autres, quoiqu'on n’en eût retrouvé aucune trace. Toutes ces grossesses avortées étoient primitivement de l’essence de celles qui parviennent heureusement à leur maturité.

2342. La môle ne paroît pas toujours de la même nature, en ce qu’elle est quelquefois toute parenchymateuse, comme le placenta ; et d’autres fois, formée d’un amas de petites vessies remplies d’eau et attachées à une substance assez semblable à la première, qui leur sert de base et par laquelle elles tiennent à la matrice, Chaque hydatide ou chaque vésicule a son pédicule plus ou moins alongé, et un grand nombre d’elles tenant à la même tige, forment une espèce de grappe: ce qui a fait croire à certaines personnes dénuées de connoissances et d'expérience, que telle femme étoit accouchée d'une branche de groseiller, telle autre d’une grappe de verjus , etc., et que ces productions étoient l'effet de quelques désirs des premiers

femme. ( 7’oyez Journal de Médecine , etc., par MM. Corvisart ; Leroux et Boyer , tom. [fr , pag. 471.)

temps de la grossesse, qu’elles n’avoient pu satisfaire. Ces masses acquièrent quelquefois tant de volume, qu’elles rempliroient un grand local. Nous avons secouru des femmes qui les avoient portées jusqu’à l’époque du septième mois de la grossesse, et d’autres jusqu’au troisième seulement.

2343. Nous n’examinerons pas si chaque vésicule dont il s’agit sont autant de vers d'une espèce nouvellement connue , comme on l’assure, ni jusqu’à quel point est fondée l'opinion de ceux qui soutiennent que l’espèce de grossesse dont nous parlons peut exister sans qu'il y ait eu préalablement conception ; nous déclarerons seulement que toutes les femmes chez lesquelles nous l'avons rencontrée, s’étoient mises dans le cas de concevoir, et avoient réellement conçu.

2344. La première espèce de môle ne diffère pas essentiellement de ce qui constitue le placenta dans une bonne grossesse. La forme en est seulement un peu différente, et elle paroît moins organisée, parce qu’on n'y découvre pas ce plexus composé de veines et d’artères, qui garnit la surface interne de ce dernier. Ceux qui se rappelleront l'origine de ces vaisseaux et leurs usages, ne seront pas étonnés de ne rien trouver de semblable dans la môle. Cette masse s'accroît plus vite que le placenta ; mais la vie dont elle jouit n’est qu'une sorte de vie végétative. Il ne s’y fait pas de circulation réglée; le sang qu’elle reçoit passe des sinus de la m rice dans les sinus veineux qu'on remarque sur sa surface, parce qu'ils sont contigus, et ceuxci le versent dans l’espèce d’éponge dont elle est formée. Recevant beaucoup plus de ce fluide qu’elle

Espèce de môle la plus commune.

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n’en rend à la matrice , elle en est toujours tellement gorgée, qu’elle se détache au moindre effort ; ce qui fait que la femme éprouve souvent des. pertes irrégulières pendant le temps qu'elle porte ce corps étranger.

2345. Ces sortes de môles ont une cavité tapissée de membranes, qui contient plus ou moins d'eau. Si l'on ne trouve pas toujours ce fluide au moment de leur sortie, c’est qu’il s’en est écoulé avant, soit par une espèce de transsudatidn ou autrement. Dans le premier cas, tantôt il est coloré par le sang que l’action de la matrice exprime des cellules de la môle qui se sont déchirées, et tantôt il est limpide. Quand ce fluide s'écoule plusieurs semaines , et même plusieurs mois avant l'expulsion de Îa môle, celle-ci se pelotonne en quelque sorte sur elle-même sans se détacher de la matrice, et continue néanmoins de s’accroître : sa cavité, peu spacieuse à l'instant où les eaux s’évacuent, s’oblitère ou se rétrécit, au point qu'on ne la retrouve presque plus après l’expulsion de ce corps qui paroît alors solide, si on ne l'examine pas attentivement : elle est au contraire très-apparente lorsque les eaux ne se vident pas avant la sortie de la môle, ou le font peu de temps auparavant.

2346. Les môles se présentent encore sous deux aspects différens au moment où la nature s'en délivre; quelquefois elles sont humides et très-sanguines; d’autres fois, comme desséchées, leur parenchyme paroissant plus sec et plus serré. Dans le premier cas, elles sont beaucoup plus grosses, et leur sortie suit de près l'apparition du sang qui les précède toujours. Dansle second cas, l’hémorrhagie

DES ACCOUCHEMENS. Br

se manifeste long-temps avant ; elle est médiocre, et semble plutôt un dégorgement de cette masse, qu'une perte provenant des sinus de ja matrice. Nous avons donné des soins à plusieurs femmes qui ont rendu de ces môles quinze jours , un mois, et même six semaines après la cessation de l’écoulement en rouge. Ces masses étoient alors si sèches, qu'il auroit été difficile d’en exprimer quelques gouttes de sang. +

2345. La durée de ces fausses grossesses est indéterminée, la nature se délivrant plus tôt ou plus tard des substances qui les constituent , selon diverses circonstances dont la plupart peuvent être regardées comme accidentelles, Le plus souvent c'est du deuxième au troisième mois; quelquefois ce n'est qu'au quatrième, au sixième, au septième, et même au neuvième, On assure que des femmes ont porté de pareilles masses peudant des années entières. Chez une de celles qui furent confiées à nos soins, l’expulsion ne s’en fit qu’au onzième mois, et chez une autre au quatorzième , sans que la masse en ait paru plus volumineuse (x).

SECTION PREMIÈRE. Des signes qui caractérisent les fausses £TOSSSSesS.

2348. Aucun signe ne peut faire connoître d’une manière bien certaine avant l’époque du quatrième au cinquième mois, si la grossesse est vraie ou mm,

\ b, € LE LL LA L (x) L'on voit qu’it ne s'agit ici que des fausses-prossesses que nous régardons comine le fruit de la conception.

De la duréé des fausses grossesses.

Temps où

on peut re-

connoître la fausse grossesse,

ba L'ART

fausse, parce qu’elles offrent les mêmes symptomes , les mêmes signes ; que l'enfant qui caractérise l’une ne se manifeste clairement qu'à cette époque; et encore ne $€ découvre-t-il pas chez

Signes com- toutes les femmes. Les règles se suppriment égaa lement dans l’un et l'autre cas, ou si elles parois-

fausse gros- Sent quelquefois ,ce n'est qu'en très-petite quan-

Pa tité,etelles ne font, pour ainsi dire, que s’annon-

cer. Les nausées , les dégoûts, le ptyalisme, le gonflement du sein , etc. accompagnent la fausse grossesse, comme la grossesse la plus ordinaire; le ventre s’augmente insensiblement; et selon quelques Auteurs, il le fait bien plus dans les premiers mois de la fausse grossesse que dans la bonne; ce qui n’est pas assez constant pour que ROUS puissions en tirer la plus foible induction. Les mamelles ftrent quelquefois une sorte d'humeur laiteuse qui vient à Pappui des autres symptômes; et des mouvemens intérieurs que les femmes , même qui ont le plus d'expérience , prennent pour les mouvemens de l'enfant, achèvent de Îles confirmer dans l’idée qu’elles sont véritablement grosses. Tous ces symptômes peuvent se manifester également, quoiqu'il n'existe aucune espèce de grossesse réelle ; comme on le voit au . 2340.

Moyen de 2349. Le toucher , dans tous ces cas , est le seul 141 moyen qui puisse nous faire connoître l’état de la sesee. femme: mais il ne doit pas se borner à la sumple

application des mains sur le ventre, qui pourroit encore induire en erreur. Nous avons connu des femmes qu’on avoit jugées grosses , en palpant Île ventre, qu'on avoit traitées comme telles, et qui ne l’étoient en aucune manière; d’autres à qui l'on

avoit assuré le contraire, et qui sont accouchées quelque temps après. L’une des premières, confiée aux soins d’un Accoucheur des plus célèbres, qui avoit cru comme elle, jusqu’au dernier moment ) à l'existence d’une bonne grossesse, n’avoit qu’une sorte de tympanite intestinale , qui se dissipa dixhuit ou vingt-quatre heures après que j’eus annoncé qu’elle n’étoit pas enceinte, et parut céder alors au torrent de larmes que répandit cette femme. Le ventre s’étoit augmenté graduellement depuis environ neuf mois ; les règles ne faisoient que s’annoncer à chaque époque, etc., et depuis celle du quatrième mois, des mouvemens qu'on avoit pris pour ceux de l'enfant, se faisoient sentir intérieurement , et étoient quelquefois assez apparens à l'extérieur pour ne laisser aucun doute et à la femme et à l’Accoucheur.

2350. Il faut pratiquer le toucher selon les règles prescrites ailleurs, pour s’assurer du volume de la matrice; car c’est l’état de ce viscère qui nous instruit le plus. Quand il est assez volumineux pour faire présumer une grossesse du terme de quatre à cinq mois, on doit l’agiter un peu pour exciter le ballotiement de !l’enfant. L'absence de celui-ci, surtout au terme où il ne peut être mécounu de personne, et le volume de la matrice, caractérisent la fausse grossesse, quand on est assuré d’ailleurs que ce viscère n’est affecté d'aucune maladie. Mais de quelle nature est cette fausse grossesse? C’est ce qu'il y a de plus difficile à déterminer , et peut-être de moins

important à savoir, comme on le verra dans la suite.

APees 2351 Quand la fausse grossesse est formée par de quelques- de l’eau, la matrice est pesante , et l'on distingue, + es à travers son tissu , une fluctuation plus ou moins

fausses gros- profonde. Si les mêmes symptômes ont lieu , si les Lan he signes sont les mêmes, lorsque la matrice contient du sang au lieu d’eau, il ÿ a obturation de l’orifice ou du vagin. Lorsque ce n'est qu’une tympanite, la matrice est plus légère, quoique également volumineuse (1). Il n’est pas aussi facile de reconnoître l'existence d’une môle, et d’en distinguer l’espèce, c’est-à-dire si elle est en masse ou vésiculaire : l'absence des signes énoncés, et de ceux de la bonne grossesse, dans un temps où les mouvemens de l’enfant ne doivent plus être équivoques, porte seulement à croire que c’en est une.

2359. L’on ne peut rien inférer de l’état du col de la matrice en faveur de l’une de ces espèces de fausses grossesses plutôt que d’une autre; car le développement des diverses parties de ce viscère se fait toujours en suivant les mêmes lois, lors-

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(x) La tympanite de matrice est excessivement rare , s’il yen a des exemples hors le temps de grossesse. Nous ne l'avons observée que dans ce temps , et pendant le travail de l'accouchement après l’écoulement des eaux ; la tête du fœtus étant profondément engagée, ou fortement serrée sur l'entrée du bassin : un gaz dont nous n'avons pu déterminer la nature , avoit donné à la matrice incomparablement plus de volume que celui qu’elle avoit perdu par l'écoulement des eaux ; il étoit d’une odeur infecte , et s’échappoit avec bruit lorsqu'on insinuoit le doigt ou des instrumens entre la tête qui le retenoit et le bord de l’orifice.

DES ACCOUCHEMENS. 545 qu'il renferme des substances Stisceptibles de s’accroître ou de s’aügmenter.

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2353. L’hydropisie des ovaires, et celle du basventre même, en ont souvent imposé aux personnes de Part, à l’occasion des fausses grossesses. Quoique ces maladies aient leurs symptômes caractéristiques comme toutes les autres , il faut convemir qu'il n’est pas facile de les distinguer dans les premiers temps. |

SECTION IL

Du mécanisme de l'expulsion des substances qui constituentles différentes espèces de fausses £TOSsesses ; et des secours dont la femme peut avoir besoin.

2354. La dénomination de Fausse grossesse, si souvent employée par les Auteurs pour désigner celle qui est formée par des substances qu'on ne peut regarder comme le produit de la conception, où par ce produit lui-même lorsqu'il n'existe pas d'enfant, auroit dû les engager également à désigner sous le nom de Faussé-couche, la sortie, ou l’expulsion de ces mêmes substances , pour la distinguer de l’avortement qui n’est qu’un accouchement plus ou moins prématuré.

2355. Le mécanisme de l'expulsion de toutes ces substances est, à peu de chose près , le même dans tous les cas, et ne diffère souvent de celui de l'accouchement ordinaire, que par l'intensité et la durée des efforts nécessaires pour lopérer. Quand la matrice ne contient que de l’air , de l’eau

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