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Contre-marche d'escalier en bois rustique

mousse, de lierre, de plantes indigènes variées ; dans les petits jardins, on se sert de terre cuite, de faïences; dans les potagers, de buis, de plantes officinales; dans les jardins pubhcs urbains, de cerceaux de fonte rustique, c'est-à-dire imitant le bois (fig. 18/i).

Fii;. ISl. — Bordures en arceaux de fonte.

Ces arceaux ont 0'",33 de diamètre et sont pourvus, à leur extrémité en demi-cercle, de deux pointes qu'on enfonce dans le sol. On les entre-

croise et on les relie aux intersections par un anneau de fil de fer. De tous les modèles qui ont été proposés pour entourer les pelouses et protéger les bordures, aucun n'a produit un effet plus satisfaisant que les arceaux en fonte rustique.

Allées herbrrs. — Ces allées, autrefois très-employées, et dont les avenues de la Ferraudicre, près Lyon, offrent un exemple, le sont moins aujourd'hui, si j'en excepte les longues promenades extérieures dans les grands parcs et quelques propriétés où l'entretien est négligé. Elles constituent une économie, mais il est nécessaire de les tenir propres, de découper leurs bords, de ressemer de temps en temps les parties dénudées, etc. On leur reproche de mouiller les pieds des promeneurs par la pluie et la rosée. On peut obvier à cet inconvénient en laissant de chaque côté de l'allée un sentier sablé, large de 50 centimètres à 1 mètre, et dont l'entretien est peu coûteux. Ce sentier profile agréablement les bords de l'allée et procure en tout temps une promenade saine.

Places, platemix, carrefours, arrêts. — Les terre -pleins variés qui peuvent se rencontrer dans les parcs et les jardins sont soumis, dans leur formation, aux mêmes règles que les allées et subissent les conditions ordinaires de drainage, de pentes nécessaires pour l'écoulement des eaux, de placement des matériaux et d'entretien. On en trouvera des détails sur leur dessin dans le chapitre des parcs et jardins publics.

On peut, dès à présent, attirer l'attention du lecteur sur les arrêts ou vastes espaces destinés à recevoir momentanément un grand concours de visiteurs. Ces points, dans un parc public, offrent des places d'où la vue est attrayante et étendue. Les uns servent à attendre les voitures, les bateaux; les autres à jouir d'un défdé, d'un spectacle, à entendre la musique, etc.; un traitement particulier doit être affecté à chacun d'eux. Nous avons vu (i).38/i) que dans l'Amérique du Nord, où ils sont plus usités qu'en Europe, on a donné à ces points le nom de concourse. Nous reviendrons sur cet intéressant sujet en examinant les parcs publies en général, et particulièrement ceux des États-Unis.

LES TERRASSEMENTS

L'art des mouvements de terrain dans les jardins est moderne. A la fin du siècle dernier et au commencement du nôtre, on s'en préoccupait seulement dans les grands parcs de la France, de l'Angleterre et de l'Allemagne pour assurer l'exécution matérielle des terrassements indispensables. L'élégance que les ondulations de sol peuvent prêter aux jardins était ignorée. Un terrain était considéré comme le simple support des arbres, des constructions et des ornements pittoresques.

Les artistes de la première moitié du xix' siècle attachèrent une impor-

tance médiocre à cette question. G. Thouin, qui perfectionna le tracé des jardins et qui est, sans contredit, l'initiateur de nos dessins actuels, semble à peine se douter de l'intérêt décoratif des travaux du sol étudiés avec goût. Son livre, rempli d'ailleurs de bons modèles, est à peu près muet sur ce point. En Allemagne, Skell et Lenné essayèrent timidement les mouvements artificiels du sol, qu'un auteur de ce pays a nommés avec raison géoplastic. Le prince Piickler-Muskau recommandait d'éviter autant que possible les modifications du relief naturel du sol, précepte auquel il donna une éclatante contradiction en élevant son tombeau, dans le parc de Branitz, sous la forme d'un tumulus de 20 mètres de hauteur, au milieu d'une plaine.

Il est difficile de préciser l'époque et le lieu où prit naissance le goût des vallonnements, attribué à tort à Kent. Si mes renseignements sont exacts, le célèbre Paxton, l'architecte du Crystal Palace, en aurait eu l'idée, appliquée d'abord en Angleterre. J'ai vu, dans Varboretum de la ville de Derby, dessiné par lui' vers 18/iO, un exemple de ces jardins ondulés. Pour augmenter la surface à planter et disposer les arbres en groupes naturels, il avait formé, sur les côtés d'une allée droite, une suite de buttes et de dépressions inégales dont les pentes étaient adoucies et agréablement variées. Il développa cette idée sur de plus vastes dimensions, et quelques années après il l'appliquait à la création du parc de Birkenhead, près Liverpool. Appelé à Paris, lors des travaux d'établissement des parcs pubUcs, pour diriger chez M. de Rothschild l'embellissement de ses propriétés de Ferrières et de Boulogne, le mode d'opérer de Paxton frappa les chefs du service des promenades et plantations de Paris, qui prirent dans ses procédés d'utiles indications.

A cette époque déjà, MM. Bûliler, M. Varé et quelques autres artistes s'étaient occupés de l'étude des mouvements de terre dans les jardins. Mais M. Barillet-Deschamps, horticulteur de Bordeaux, que M. Alphand avait appelé à Paris, vit un grand parti à tirer de cette innovation et il contribua puissamment à la propager en y apportant des modifications. Le vallonnement devint un système ; on l'appliqua, non-seulement aux parcs, mais aux plus petits jardins. Le genre plaisait, la mode l'adoptait avec un enthousiasme un peu exagéré, ce qui faisait dire à un écrivain d'outre-Rhin que les jardins de Paris étaient faits de chaînes de montagnes lilliputiennes.

En réalité, les nouvelles règles appliquées au relief des jardins ne prenaient pas leur inspiration directe dans la nature. Elles révélaient sans doute une imitation des formes produites par l'action des alluvions naturelles, mais cette imitation était plutôt instinctive que raisonnée, et la cause de leur succès se trouvait dans cette affection générale pour la ligne serpen-

4. D'après A. Mongiedien. c'est à J.-C. Loudon qu'on devrait le dessin de ce jardio.

line, cette « ligne de beauté » tlont les contours caressent le regard, sans que la raison en recherche la cause.

Le vallonnement des jardins de Paris eut alors ses lois, tacitement adoptées par les dessinateurs de jardins, lois ni écrites ni formulées, mais généralement adoptées. Les uns n'y virent qu'un procédé à employer constamment , et fatiguèrent le public par une ennuyeuse uniformité. D'autres, plus habiles et plus ingénieux, se saisirent de l'idée et en firent d'heureuses applications. Tous se mirent à peu près d'accord sur les préceptes suivants, admis aujourd'hui et constituant une sorte de « code du vallonnement » :

i° Suivre, dans l'ensemble de la surface vallonnée, le mouvement géné ral du terrain naturel, et ne varier que dans les détails;

2" Creuser en cuvette le centre des pelouses, que ce centre soit gazonné ou occupé par des eaux ;

3° Relever le niveau des massifs d'arbres et d'arbustes, des groupes, des isolés, des corbeilles de fleurs, et leur donner une sailhe qui s'harmonise avec les pentes moyennes des pelouses ;

h" Faire sortir le vallonnement principal sur les allées par des sillons allongés, s'ouvrant entre les massifs et les corbeilles ;

5° Ne jamais planter/dans le milieu des vallonnements, que le regard doit parcourir sans obstacle ;

6" Disposer les groupes d'arbres et les végétaux isolés sur les contre-forts ou pentes des massifs et des corbeilles, en élevant chacun d'eux sur une légère éminence au-dessus du niveau moyen des pelouses ;

7" Faire suivre le vallonnement par les allées, qui ne doivent jamais être en saillie au-dessus des coulées. Les allées obéissent au mouvement des pelouses, et non les pelouses au mouvement des allées.

Cette dépendance du niveau des allées est expHquée par le profil fig. 185,

Echelle Jeg /taalsupy f....^ £f -I î'"

Fig. 183. — Profil du terrain de la fig. 03 (page 271), montrant le vallonnement entre l'avenue N et la butte h.

coupe du terrain pris sur la fig. 63, suivant la ligne ponctuée ([ui va de l'avenue N au kiosque de la butte A. Le sol, excavé et vallonné sur toute la partie médiane, a été creusé de 1 mètre 50 dans la partie la plus basse, qui fixe le niveau des eaux D D. Les terres provenant des fouilles ont servi à relever

TERRASSEMENTS

les massifs et à former la butte h, ornée de rochers, d'arbres pittoresques et de plantes saxatiles. Les deux allées CC se sont infléchies avec le vallonnement général, et leurs bordures, légèrement saillantes, les masquent à l'observateur placé au point A. Nulle saillie de terrain ne vient interrompre la ligne de pente douce de cette grande pelouse, et le regard est satisfait en se reposant sur le bassin, qui occupe sa véritable place, c'est-à-dire le fond de la vallée.

En toute circonstance il faut se préoccuper de la vraisemblance, même si la variété demande que l'uniformité des pentes soit de temps en temps rompue par un groupe d'arbres ou de beaux spécimens isolés.

La règle est applicable aux propriétés de moindre surface. Ainsi, dans la fig. 186, représentant une partie de parc dont la superficie n'atteint que 2,000 mètres carrés, le vallonnement, combiné avec les eaux et les plantations, a permis d'obtenir un effet paysager agréable. Le profil A B et le profil en travers CD suffisent à expliquer le modelé du terrain. En A est l'habitation, entourée de plates-bandes fleuries V, de chaque côté d'une porte T. Le centre de la pelouse est occupé par un bassin bétonné, alimenté par une source sortant des rochers Q, et entouré de quelques rochers isolés R. Les terres provenant du creusement de la pelouse ont servi à élever en P une butte formant le fond du tableau, et plantée d'épais massifs d'arbres et d'arbustes à feuilles persistantes EE. Le sommet de cette élévation est occupé par une salle de repos et un kiosque-champignon en bois rustique, couvert de chaume. On descend de la butte par un escalier de rocailles N, jusqu'à un sentier ombragé R, qui relie ensemble les deux allées de pourtour du jardin fleuriste B. Le mur D, bordant la route, est dissimulé sous des plantations dans toute sa longueur UU. En F II, sont des arbres conifères placés sur une légère éminence à pentes adoucies; des plantes tropicales sont placées en 1 1, un gros marronnier rouge en J, une touffe de bambous en K, des graminées ornementales en L et un gros rhododendron en M. Le sous bois 0 est occupé par un gazon de fougères indigènes. Des plantes d'eau meublent le bassin, près des petites anses et des rocailles Q. Les trois corbeilles de fleurs G G G sont abondamment fleuries pendant toute la belle saison. Elles sont élevées de 60 centimètres au-dessus du sol de l'allée, et leur saillie aide encore à l'effet des vallonnements qui, des points a, b, c, d, e, descendent par des pentes variées jusqu'au niveau des bords du bassin.

On peut dire que cet exemple résume à peu près les principes admis pour le vallonnement des pelouses, suivant la méthode que les parcs et jardins de Paris, et notamment le parc Monceau et les Champs-Elysées, ont fait connaître. Les modifications ne portent que sur les détails. Tantôt le thalweg de la vallée artificieUement créée formera une ligne sinueuse vers laquelle descendront de petits vallons latéraux ; tantôt de grands vallonnements se grefferont l'un sur l'autre et s'uniront par des pentes égales qui ne

varieront qu'en s'éloignant de leur centre; tantôt enfin quelque saillie du sol interrompra la vallée ou ses pentes, et se couronnera d'un groupe d'arbres, afin de diviser la vue en deux parties. Les plantations existantes qu'il faudra conserver, des rochers pittoresques, des ornements naturels varies pourront modifier le projet de vallonnement et faire un instant oublier ses lois.

Fig. 18G. — E\i)lication i\f< vallonnements. — AB, profil on long; CD, profil en travers. — Pare de La Croix (Indre-et-Loire).

mais on y reviendra dès que les circonstances exceptionnelles disparaîtront et que des ondulations harmonieuses du terrain pourront trouver leur place.

Les vallonnements doivent presque tout au goût individuel ; il est trèsdifficile de préciser les conditions dans lesquelles ils doivent être établis, autrement que par des exemples. Avant tout, on doit étudier avec soin les lignes de plus grande pente, depuis leur point de départ jusqu'au thalweg. Dans la fig. 187, l'allée étant considérée comme de niveau avec le terre-plein

TRAVAUX D'EXÉCU TION. — TEliRASSEMENTS. ^1

du cliàteaii A, et le tronçon du cours d'eau situé au-dessous de la butte B étant de niveau jusqu'au premier bief F, les lignes de pente partiront des points a, b, r, d, p our se réunir à la ligne du thalweg E, sans saillies ni jarrets. Il est facile de voir sur ce croquis, par le relief des massifs d'arbres et d'arbustes DD, des corbeilles 0 0, que c'est entre chacune de ces élévations, bordant généralement l'allée, que partent les coulées destinées à se

rig. 18". — Tliahvog dos vallonnements. — ParcdelaChaumette(Seine-et-Oise). Ed. André, architecte.

réunir au fond de la vallée. Tout le secret est dans l'harmonie de ces pentes et dans leur heureuse combinaison. On pourrait, au moyen de courbes de niveau, calculer à l'avance les degrés de vallonnement de chaque partie, mais nous avons souvent éprouvé la difficulté d'exécuter sur le terrain les projets les plus étudiés sur le papier. II est nécessaire de laisser une large part à l'imprévu et à la fantaisie de l'artiste. Un exemple frappant de l'insuffisance des calculs préalables pour l'établissement des vallonnements est le parc des Buttes-Chaumont à Paris, où les courbes de niveau rectificatives, tracées à l'avance avec le plus grand travail, ont reçu dans l'exécution des modifications considérables.

La routine et l'empirisme se retrouveront souvent dans la pratique du modelage des terrains, mais le vallonnement a été jusqu'à présent plutôt un côté de la vaste question des terrassements, un procédé intelligemment appliqué, que la conséquence de règles nettement posées. Ces règles exis-

tent cependant; dans la formation des parcs elles doivent, à chaque pas, guider l'artiste, et lui laisser d'ailleurs toute liberté pour les mettre à exécution avec leurs innombrables changements. Je me contenterai de signaler celles qui me paraissent mériter la plus sérieuse attention et qui résultent d'une étude attentive et d'une expérience déjà^longue.

Nous avons énoncé, dans les « Principes généraux de la composition des jardins » (p. 166 et suiv.), quelques considérations sur la forme et la nature du sol. Ce sont les conditions premières, auxquelles viennent s'ajouter celles qui vont suivre.

Les mouvements de terrain à effectuer dans les parcs et les jardins peuvent s'appliquer au style paysager et au style symétrique, et naturelle ment aussi au style composite.

Terrassements des parcs cl jardins paysagers. — Les mouvements de terrain, daus les jardins paysagers, peuvent être naturels ou artificiels.

Les formes naturelles d'un sol accidenté sont nombreuses. Chacune d'elles motive un traitement particulier, mais en général, l'objectif doit être d'etïacer les difformités du sol, et d'en faire valoir les côtés attrayants. Aider la nature est une tâche suffisante; il est inutile et souvent maladroit de chercher à créer de toutes pièces.

Auprès de l'habitation, les surfaces seront adoucies, les vallonnements soignés, si le sol est bossué, inégal, couvert de petites aspérités. Au loin, dès que le parc proprement dit commence, les abords seuls des allées et des constructions seront travaillés, et les autres surfaces seront boisées aussi naturellement que possible.

Une excavation médiocre doit être comblée en entier. Si elle occupe un grand espace et si elle coupe une vue importante, on pourra modifier le profil du sol de la percée, de manière à ce qu'elle soit à demi remplie par les terres du voisinage et que la dépression semble naturelle. Placées, au contraire, loin des vues principales, les excavations peuvent s'embellir à peu de frais, en les plantant en entier, en les accompagnant par des rochers ou les faisant servir à des effets pittoresques. Les carrières abandonnées offrent souvent ces conditions.

Les mares, abreuvoirs à bestiaux, trous d'essais de mines, fossés, digues d'étangs, fondrières, chemins creux non plantés, sont d"un arrangement difficile, et il vaut mieux les combler si leurs dimensions sont exiguës et leurs formes sans variété. Il en est de môme des jardins potagers, vergers, jardins symétriques anciens que l'on trouve sous les fenêtres de l'habitation, et qu'il faut supprimer ou transporter plus loin. Ces travaux sont coûteux, mais nécessaires, et ils se présentent fréquemment.

Devant l'habitation principale, toute butte qui masque les ])rincipaux points de vue doit disparaître. On calculera, pour le cube cà enlever, la masse qui empêche le spectateur, placé sur le perron, d'embrasser la ligne entière du vallonnement.

Une tranchée difforme, située clans la vue, devra être comblée de telle sorte que les terres aient un effet utile, et servent à développer les embellissements du parc. Le profil 188 offre un exemple de ces diverses dispositions; il se réfère à des travaux que j'ai exécutés à Soulangy (Nièvre). La ligne primitive du terrain A D était des plus défectueuses. En C, une bulle énorme masquait le paysage et la vue de la Loire, jusqu'au-dessus du mamelon boisé G. Un ravin, formé par une ancienne carrière, s'effondrait en B jusqu'au niveau E, à IZi mètres de profondeur. Un chemin boueux, bordé d'échalas, passait en F. Le profil vallonné A I supprima d'un seul coup la butte C, combla le ravin B, et fournit assez de terre pour masquer le chemin F par un simple talus à lib", sans mur de soutènement. La butte apparut dans son ensemble, plantée de D en G, et formant un agréable point de vue.

On trouvera, dans ce diagramme, la confirmation du précepte, qu'il faut repousser les demi-mesures. Souvent on se contente d'écrêter simplement une butte gênante, et l'on a tort. Si, dans la figure 188, on s'était réduit à abaisser le tertre jusqu'à la ligne H, tout le développement de la pelouse eût été perdu pour le regard, et les arbres du monticule G eussent été seulement visibles vers leur sommet.

Fig. 188. — Modilication et iimélioratiou des profils du sol naturel. — Parc de Soulangy (Nièvre).

11 est rare que de grandes dépenses, faites pour créer des mouvements de terrain sur un sol qui n'en comporte pas, produisent de bons effets, mais on peut parfois obtenir, sur un sol naturellement accidenté, des résultats excellents avec un terrassement fait à propos. L'exhaussement de la butte Mortemart, au bois de Boulogne, a révélé aux yeux des promeneurs, nonseulement une admirable vue sur les nouveaux lacs, mais des échappées attrayantes sur les coteaux de la Seine et sur Boulogne, en passant audessus des têtes des vieux arbres du bois. Dans le môme ordre d'idées, on peut couper par une ouverture angulaire la ligne horizontale A B d'une crête de colline trop uniforme, si l'on sait qu'un sommet existe par derrière (fig. 189). Bien dirigées, de pareilles vues sont du meilleur effet.

Les ravins profonds, pourvus ou non de roches saillantes, peuvent devenir des ornements de premier ordre dans les parcs ; nous les examinerons au chapilre des rochers.

Les bords des vallées doivent attirer l'attention de l'architectepaysagiste. Selon que le cours d'eau qui les parcourt est lent ou rapide, le vallon large ou resserré, les pentes seront adoucies ou rendues pittoresques. Si des affleurements de rochers se montrent çà et là, on obtiendra de très-jolis efl'ets, en variant leur silhouette. Ici des coulées de gazon les traverseront, là on augmentera leur saillie naturelle, en plantant cer-

Fig. 180. — Déblai ouvrant du nouveaux points de vue.

tains points, en dégageant les autres et cherchant avant tout la variété dans une nature accidentée. La fig. 190 représente des tronçons de vallées dans un parc du Jura suisse. Les bords de ces vallées, étroitement renfermées entre les lignes de roches stratifiées AB, CD, E F, formaient des courbes régulières, qu'un peu de travail suffit à briser et à rendre très-pittoresques. Des groupes G G furent plantés sur tous les sommets ; on

Fig. 190. — A'allées à bords accidentés, près Sissach (Suisse).

choisit les essences des bois d'alentour ; quelques sapins H II furent jetés sur les pentes, des aulnes II sur le bord de l'eau dont le cours fut contourné brusquement; quelques coupures dans les roches firent monter des coulées de gazon J J jusque sur les sommets. Pour rompre la ligne, on fit sauter des blocs de rochers dont les débris servirent à augmenter l'aspect pittoresque des talus voisins. La variété des ombres et de la lumière, des roches et des pelouses, des arbres et des buissons, les contrastes multipliés à chaque pas, firent bientôt, de ce fond de vallée, un endroit enchanteur.

Lorsque la chaussée d'un étang desséché vient barrer une vallée, et nécessite de grands travaux de terrassement pour rétablir le terrain primitif, il suffît de couper et d'enlever la partie du milieu, et de rejeter les terres sur les bords. En simulant ainsi un rétrécissement du vallon, et en plantant partiellement les côtés, on obtient un effet naturel.

Un des meilleurs accidents de terrain que l'on puisse produire naturellement est celui d'un cap au confluent des deux vallées inégales. Les pentes étagées en amphithéâtre, les côtés abrupts, seront terminés au sommet par un point de vue, un kiosque, [un motif de décoration adossé à un groupe d'arbres et dont l'aspect est toujours agréable. (K, fig. 190.)

Nous avons vu qu'une série de mamelons minuscules dans une plaine serait d'une médiocre apparence, et nous avons conseillé de niveler le terrain par un profil uniforme. Les conditions sont changées lorsqu'un petit nombre de ces buttes ont une certaine importance, ou que plusieurs peuvent être réunies. Par des sailhes bien distribuées, alternant sur les côtés d'un vallonnement et non en face l'une de l'autre, on produira des oppositions de lumière et d'ombre, qui varieront à chaque instant du jour et donneront un grand charme aux perspectives. Les contours de ces buttes ne seront pas circulaires, mais à courbes d'autant plus sinueuses que les lointains formeront une silhouette plus accidentée.

Dans un parc situé au milieu de plaines uniformes, comme celles de la Beauce ou des Landes, les tentatives de vallonnement seraient inutiles. Le seul mouvement de terrain permis en cette circonstance est le modelage du bord des eaux, au moyen des terres extraites, pour creuser les bassins et les ruisseaux. On a ainsi un prétexte pour donner quelque relief au sol. Tout le reste du paysage intérieur du parc doit se développer sur le terrain naturel, s'harmoniser avec les lointains, et la seule variété facile à obtenir dans les hauteurs sera le résultat des plantations.

Terrassements artificiels. — Les mouvements artificiels de terrain, si l'on en use avec modération, constituent un puissant attrait dans les parcs et dans les jardins. Ils augmentent notablement l'étendue des surfaces, produisent d'harmonieux contrastes et une infinie variété. Ils ont même une incontestable utilité, pour cacher les endroits disgracieux, impossibles à masquer par les plantations avant de longues années. On connaît les cafésconcerts des Champs-Elysées, dissimulés au milieu de massifs à sol trèsrelevé et plantés de rhododendrons.

On doit chercher la vraisemblance dans ces sortes de travaux, dès qu'il ne s'agit plus de jardins publics, mais de parcs privés. Dans l'agencement des parties accidentées, il faut que chaque vallée ait sa sortie et que toutes les inflexions du sol s'harmonisent les unes avec les autres, à l'exception de quelques parties abruptes, sur les flancs des vallées ou sur une butte, formant çà et là un contraste vigoureux.

LAUT DES JARDINS.

Une suite de monlicules sans motif, simulant de loin des taupinières, à pentes courtes et unies, à sinuosités égales et répétées, fatigue, déplaît et doit être repoussée. Je connais, en Angleterre, des exemples de cette disposition irrationnelle dans queUjues parcs publics de l'ouest; ils sont la condamnation du système des buttes arrondies et trop nombreuses. Ces buttes représentent un terrain couvert de dépôts, de décombres, garni de terre et planté après coup. Si l'on peut reprocher à quelques jardins de France un abus semblable, il faut convenir que le grand nombre offre plus d'harmonie dans le modelé du sol, et donne une idée de grâce et de variété dont la grande pelouse du parc Monceau, à Paris, est un modèle à citer.

On a conseillé, comme règle de ces ondulations, de suivre non les formes molles des eaux calmes, mais celles des vagues de la mer, avec leur variété sans cesse renaissante dans une apparente uniformité, et de former des vallées, sommets, crêtes effilées, brisures, pentes douces ou rapides, plis, rides, etc. L'idée est plus séduisante que juste ; elle serait réalisable sur une plus grande échelle que celle des vagues de l'Océan. De pareils détails se perdraient dans le modelé général d'un jardin, et seraient effacés par le gazon et les plantations. Il est plus exact de dire qu'il faudrait s'inspirer, pour la formation artistique des collines, des belles situations offertes par les montagnes.

On doit se défier de la tendance des jardiniers à uniformiser, adoucir et pohr les pentes. Un artiste seul trouvera, dans les souvenirs et les inventions de son esprit, les ressources suffisantes pour créer la variété. Ici des talus rapides, là des gorges allongées sur le coteau, une colline boisée et rocheuse du côté opposé h la vue du château si le point de vue est trop rapproché, les longues pentes gazonnées dans la direction de l'habitation, les brisures pittoresques dans les parties éloignées, un sentier à mi-côte sur les pentes, les sommets inégalement plantés sur les points escarpés, les vallées dégagées et ornées seulement de groupes isolés, sont quelques-uns de ces détails qu'une imagination habile et féconde saura prodiguer dans les jardins.

Il est superflu d'ajouter que la ligne droite doit être absolument proscrite de ces compositions.

De petits moyens produisent souvent de grands résultats. En se rappelant sans cesse qu'un mètre de déblai, réparti en remblai, fait une saillie totale de deux mètres, on peut essayer des combinaisons dont les effets sont aussi heureux qu'inattendus. De même, pour couper la ligne uniforme du bord d'une vallée, quelques terrassements auront rapidement formé des contre-forts, des anses, des promontoires, d'un agréable aspect.

Une utile recommandation, dans le traitement des petites vallées des parcs, est de tenir les sommets abrupts, de les exhausser encore par des plantations, et d'allonger ensuite mollement leurs pentes vers le thalweg,

comme si elles avaient été d'abord érodées, puis polies parles eaux d'alluvion. Pour augmenter l'étendue, on terminera la vallée par une courbe brusque, après avoir graduellement resserré son profil, de manière à ce qu'elle disparaisse dans un pli de terrain et donne l'illusion d'un prolongement lointain. Cet exemple se rencontre souvent dans les montagnes ; il est toujours meilleur que la disposition fermée.

Nous avons remarqué, en traitant des chemins, que les effets paysagers les plus pittoresques étaient souvent défigurés par les allées. Aussi, dans les vallées où le modelé du terrain aura été l'objet de soins attentifs, il serait regrettable de voir d'heureuses imitations de la nature détruites par des sillons jaunes qui traverseraient le paysage. Il est donc important de dissimuler ces voies de promenade; elles peuvent contourner les points principaux des sommets ou des pentes, en amenant brusquement le visiteur aux plus riantes scènes, s'enfoncer dans le sol et dissimuler leur passage dans les parties non plantées, au moyen de blocs de rochers émergeant des talus. Un ravin orné, varié, meublé de rocailles et de plantes saxatiles peut disparaître dans l'ensemble, sans rien cacher de son effet pittoresque au visiteur qui saura le découvrir.

Il se présente souvent, dans l'exécution matérielle des terrassements, des difficultés qui résultent de l'état des pentes ou de la nature du terrain.

Les talus rapides, lorsque le sol n'offre pas une grande consistance, ou s'ils dépassent Z|5 degrés, doivent être soutenus à divers intervalles par des blocs de rochers qui divisent les grands espaces où les terres pourraient ghsser. Il suffit d'entailler ces talus et d'y glisser, de distance en distance, de longues pierres dont une partie reste saillante et sur le sommet desquelles on fait ébouler les terres supérieures. Si le terrain est consistant, formé de roches ou d'argile bréchiforme mélangée de silex roulés, on peut souvent former des pentes plus rapides, mais toujours en les garniésant de rochers que l'on recouvre de terre, de gazon et d'arbustes sarmenteux.

Sur les terrains fermes, fortement inclinés, où le sous-sol se maintient, mais où le glissement de la terre végétale est à craindre, on ouvre des sillons étroits, plus ou moins rapprochés, perpendiculaires à la ligne de pente, et dont les arrêts répétés retiennent suffisamment les terres friables ; cette précaution suffit le plus souvent.

La formation géologique est-elle une argile glissante, un terrain comme le keuper, où les marnes irisées se montrent de temps en temps entre des assises calcaires et se laissent aller sous les infiltrations des eaux supérieures, la difficulté augmente. On sait quels travaux les plans de (jlisse)nenl nécessitent dans les tranchées de cliemins de fer, (juel surcroît de travail ils n'ont cessé d'imposer aux ingénieurs à l'entrée du tunnel du Mont-Gcnis, du côté de la France. Dans les Alpes, on a vu fréquemment des villages entiers

descendre ainsi dans les vallées. On a rencontré des complications de ce genre dans les travaux du parc des Buttes-Chaumont, à Paris. Un plan do glissement gigantesque s'étant produit sur le flanc de l'une des bulles, 60 à 80,000 mètres cubes de terre envahirent une des vallées qui descendaient vers le lac, et forcèrent à modifier complètement le projet de terrassements. Le pont de la rue Fessard s'écroula deux fois, malgré la construction de vigoureux contre-forts, et une maison de garde lui déplacée sensiblement, dans une nuit, sans être renversée.

Pour maintenir de tels terrains, on emploie plusieurs moyens, qui sont plutôt usités dans les grands travaux publics que dans le terrassement des parcs et jardins. Toutefois il est bon d'en faire connaître quelques-uns, si l'on avait à craindre des glissements dangereux. A la base des talus ne dépassant pas 30 à /|5 degrés, on construit un petit mur de soutènement, avec fruit , fortiiié de distance en distance par des cpis et contreforts perpendiculaires et descendant, s'il se peut, jusqu'au terrain solide. Un fossé, à la base, reçoit et canalise les eaux d'infiltration et les conduit au dehors. Une mesure plus efficace encore consiste à perrer partiellement le talus, en maçonnant à sa surface des arcades superposées, le pieil-droit de l'arcade supérieure reposant sur la clef de voûte de l'arcade inférieure, par rangées régulières. Ces arcs résistent à de fortes poussées. En d'autres endroits, on se contente de construire des bandes de maçonnerie en forme d"X, et dont les intervalles forment des losanges. Si le glissement n'est pas imminent, des placages de gazon fortement chevillés suffisent quelquefois. Des plantations de ,'végétaux à racines traçantes doivent être faites et aider au travail de consolidation.

Dressement et règlement. — Les jardiniers de Paris ont donné à ces deux termes des significations qu'il faut connaître. Lorsque le dépôt des terres a été effectué conformément aux profils, et sous la surveillance du chef d'atelier qui a dû suivre attentivement les travaux , ces matériaux n'ont subi qu'une opération d'épandage grossier qu'on a nommée régalage. La surface livrée reste bossuée et doit être modelée. Ce premier modelage s'appelle dressement. Il consiste à reprendre, à la pelle et à la brouette, les aspérités et excavations du sol remué et à leur donner un aspect agréable. Pour cette opération, il est nécessaire de choisir des hommes intelligents, ayant du goût et de l'expérience. Entre leurs mains, quelques pelletées de terre, déplacées à propos, peuvent modifier heureusement un profil disgracieux.

Le travail qui suivra est le règlement. Il se fait d'abord à la fourche-trident, autant que possible après une petite pluie, afin de concasser finement les mottes de terre et de bien ameublir la surface, et il se termine par le règlement fin au râteau, qui est la dernière main apportée à l'art du vallonnement. On conçoit que le règlement sera facilité par une préparation soignée du gros terrassement exécuté suivant des points de hauteur exacts, et par un dressement bien dirigé; mais le « tour de main » du dernier ouvrier

TERRASSEMENTS

a une grande importance , et un bon régleur est rare. Il doit obtenir des ondulations douces et ininterrompues, se rendre compte, au simple jeu de la lumière sur les surfaces, de la pureté de ses profils, de la grâce des saillies du terrain pour les arbres isolés et les corbeilles do fleurs. Les bords des allées seront l'objet de son attention et leur courbe d'arrêt sera terminée par le filet, petit sillon sur le bord même de la courbe, dans la ligne des piquets, destiné à empêcher la graine de gazon de dé])asser cette limite et à faciliter le découpage lorsque les graminées sont levées. Le régleur figurera exactement les contours des corbeilles par un sillon fait avec le manche du râteau, arrêtera les limites des massifs et livrera enfin une surface à molles ondulations. Dans les jardins réguliers, il rectifiera les piquets d'angle, vérifiera toutes les lignes, et dressera la surface avec une irréprochable rectitude. Après le passage du régleur, il ne reste plus qu'à semer la graine de gazon et à l'enterrer légèrement, à la fourche ou au râteau, sans dénaturer les profils. Les plantations des massifs, des groupes et des arbres isolés auront été faites préalablement, afin de ne plus piétiner sur les pelouses fraîchement semées.

De pareils soins, assez minutieux, sont nécessaires à tout travail bien fait; ils s'appliquent principalement aux petits jardins. Les grands jardins ne comportent pas un tel fini, et souvent les pelouses des parcs sont simplement traitées comme des prairies d'exploitation.

Terrassements des jardins symétriques. — Leur exécution matérielle ne diffère pas sensiblement de celle des jardins paysagers, mais les exigences de leur tracé sont très-diverses et entraînent ordinairement des travaux plus soignés et plus précis. Les terrasses des jardins symétriques s'obtiennent, le plus souvent, par des remblais sur des pentes, conformément au profil horizontal de la figure 34 (p. 16S). Les murs de soutènement, les escaliers, les rampes en maçonnerie, sont du domaine de l'architecture.

Lorsqu'on remplace les murs de soutènement par des talus , on réalise une grande économie, mais l'espace occupé est plus grand, les profils obtenus sont mous; il faut tâcher d'éviter ce défaut. Toutefois nous verrons dans le chapitre consacré aux jardins géométriques que l'emploi des talus à vives arêtes se combine agréablement avec les murs de pierre.

Les jardins d'utilité doivent toujours revêtir la forme régulière ; les tentatives de créer des jardins fruitiers curvihgnes, par exemple, doivent être proscrites. Le terrassement y nécessite des travaux particuliers, liés pour la plupart à la nature du sol et à sa préparation pour assurer de bonnes plantations. Le défoncement des plates-bandes pour espaliers et contreespaliers, le drainage, l'assainissement de la surface des allées, l'amendement et la fumure du terrain, sont autant de questions qui viendront à leur place lorsque nous traiterons spécialement de chaque espèce de ces jardins.

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