‹ L'art des jardinsChapitre 261 sur 341 · LES GAZONS · texte numérisé non relu

LES GAZONS

Toutes les surfaces, couvertes d'herbe et connues sous le nom de gazons ou de pelouses, ne sont pas traitées d'une manière uniforme dans les parcs ou dans les jardins. Il convient de distinguer les grandes étendues, qui sont de véritables prairies, des pelouses, caractérisées par leurs moindres dimensions et par les soins particuliers de leur établissement et de leur entretien.

Prairies. — Autant les pelouses d'un gazon court, fin, homogène et fréquemment tondu, sont nécessaires à l'ornement d'un parterre ou d'un jardin paysager de moyenne étendue, autant une recherche exagérée est déplacée sur de vastes surfaces. Dans les parcs, la pelouse soignée doit être réduite aux alentours immédiats de l'habitation et au jardin-fleuriste. Plus loin, la prairie naturelle doit reprendre sa place, s'harmoniser avec le paysage environnant et produire des récoltes régulières.

La création d'une prairie entraîne une succession de travaux qui nos du ressort de la pratique agricole, mais l'architecte-paysagiste ne doit pas les ignorer. Nous les étudierons rapidement, avant de passer à la formation des pelouses de jardin.

Les travaux de premier étabhssement du sol pour la préparation des prairies et des pelouses, depuis les gros terrassements jusqu'aux détails des vallonnements et des règlements minutieux du terrain, ont été indiqués p. 147). C'est sur la surface modelée du sol travaillé que nous aurons à établir la prairie. Le plan a été levé avec soin, les courbes de niveau

sont tracées, le drainage souterrain est terminé, le système d'irrigation étudié conformément aux conditions que nous avons signalées dans les chapitres spéciaux à ces travaux et aux enseignements plus précis de la science agricole.

Le terrain doit être aussi uni que possible, non suivant un plan uniforme, mais pour permettre à la faux de fonctionner régulièrement. Les arbustes, les plantes sarmenteuses, les pierres, les taupinières, les flaques d'eau stagnantes, toutes les inégalités du sol qui peuvent entraver l'exploitation devront disparaître.

Les pentes seront calculées de manière à réunir les eaux, soit naturelles, soit d'irrigation, vers un point bas unique, ayant un écoulcmen assuré.

Selon le choix des plantes qui les composent, les prés peuvent donner du foin doux ou du foin aigre.

Le premier, dans les montagnes, est un composé de graminées et de plantes aromatiques; il forme aussi les plus riches prairies des vallées, comme celles de la Normandie, au moyen de graminées mélangées de quelques légumineuses. Les moutons et les bœufs ne s'engraissent rapidement qu'avec les foins doux.

Le foin aigre est formé d'herbes de mauvaise qualité, où les cypéracées [Carex, Cypcrm, Srœhnus, Eriophonim) et les joncées [Junnis, Luziila) ont pris une place trop considérable; il ne peut être utilisé que pour les chevaux. Ces plantes croissent dans les endroits inondés, tourbeux et marécageux. Le dessèchement et le nivellement du sol, de rigoureux chaulages et des cultures préalables d'avoine, puis de plantes sarclées, sont nécessaires avant de ressemer ces mauvais prés et de récolter de bon foin.

Le gazonnement des prairies peut se faire de deux manières : le semis ou le placage.

Semis des prî-s. — Le semis se fait après avoir bien préparé le sol, au moyen du labour, du hersage et du roulage, afin d'ameublir suffisamment la couche superficielle pour que les graines fines puissent lever.

Si le sol est argileux et compact, on fera le labour avant l'hiver afin que les gelées produisent un émiettement suffisant; la herse en fer ou la herse d'épines fera le reste. Les terrains secs, au contraire, ne doivent être remués que peu avant le semis, pour conserver toute leur fraîcheur intérieure.

On choisit ordinairement, pour semence, les graines qui tombent naturellement au temps de la fauchaison, et ramassées sur le lieu où l'on décharge les voitures de foin. Quand le fourrage a été récolté dans de bonnes prairies, ce procédé est assez satisfaisant. Mais il offre l'inconvénient d'empêcher toute certitude sur la quantité de graine semée, de ne donner à récolter que les espèces mûrissant au même moment, et d'exiger pour le semis le poids considérable de 300 à AOO kilos à l'hectare, en tenant compte de la poussière et des débris divers mêlés aux graines. Le propriétaire aura un grand

avantage à acheter ses semences dans une maison honorablement connue ; il fera hvrer chaque espèce séparément et on opérera les mélanges sous ses yeux. Un poids quatre ou cinq fois moindre, de ces graines pures, suffira pour l'ensemencement des prairies, avec garantie de réussite.

La quantité de graine d'une seule espèce, nécessaire pour ensemencer un hectare, est connue, mais à l'exception de l'Angleterre, où l'on voit des prairies exclusivement semées en lîye-grass {Lolium perenne), on emploie partout des mélanges, qui varient suivant les terrains. Le tableau suivant lionne le poids de chaque espèce à semer à l'hectare, et leur répartition, indiquée par une + , selon les qualités des différents sols.

Page 1