GAZONS
Pour faire un bon semis, on sèmera d'ahord les graines légères, et ensuite les plus lourdes. Une seule opération, en mélangeant des semences de poids différents, rendrait irrégulier le répandage des graines et occasionnerait une mauvaise levée.
On doit recouvrir la graine très légèrement, au moyen d'un hersage et d'un roulage, et si l'on a eu soin d'opérer par un temps frais plutôt qu'humide, les chances de réussite augmenteront notablement.
L'époque des semis coïnciderait naturellement avec celle de la maturité des graines, mais à cette époque les terres sont sèches ou occupées par des récoltes. On pratique donc ordinairement les semis au printemps et à l'automne. Dans les climats du Nord et dans les montagnes, où la graine et les jeunes plantes souffrent des grands froids, on préfère les semis de printemps. Il en est de même pour les terrains humides; on choisit le mois d'avril, quand le soleil prend de la force et que le sol commence à s'échauffer. Si les terrains sont sablonneux, légers, ou calcaires et secs, le semis d'automne, vers le 15 septembre, est préférable.
Dans les parcs sur terrains secs, on peut encore former des prairies en semant des légumineuses diverses, luzerne, trèfle, sainfoin, etc. Pour la grande culture, on mélange généralement la luzerne {Medirago sativa, L.), en avril, avec un blé ou une céréale de mars ; on la sème seule quand il s'agit de garnir des pentes sèches, des dunes, etc. Dans ce cas, on répand la graine par rangs ou sillons perpendiculaires à la pente. La quantité à semer est de 20 à 25 kilos de graine par hectare. Des luzernes bien établies peuvent durer vingt ans et plus et donner une verdure assez fraîche si l'on fauche souvent. Leur principal défaut est de laisser des surfaces clairsemées, inégalement couvertes de touffes isolées.
Le même inconvénient se produit avec les semis de pimprenelle {Poterium Sanguisorbû, L.); cette plante garde sa verdure dans les endroits arides, et cependant elle n'est pas propre à faire des gazons uniformes.
Placage des prairies. — Le placage des prairies, peu usité en France, est une opération fréquente en Angleterre, oîi on l'appelle sodding. Elle consiste à lever, par bandes régulières, des plaques de gazon que l'on rapporte sur une autre surface à convertir en pré. Cette surface est préalablement unie
Fig. 379. — Placage par carrés alternes (greffe du gazon).
avec soin. On lève les gazons en carrés ou en bandes roulées. Si la quantité dont on dispose est suffisante pour couvrir toute l'étendue de la prairie nouvelle, on replace les plaques ou les bandes côte à côte. Lorsque l'on veut économiser, on se contente d'alterner les carrés et de laisser autant de vides que de pleins (fig. 379). On remplit les vides de terre meuble, on sème et la prairie devient rapidement un tout homogène. Ce dernier procédé se nomme grelJ'e du gazon. En a a sont les mottes de gazon plaquées, m h h les intervalles semés.
Les prairies étant bien constituées, les soins d'entretien consistent dans des fumures annuelles, des apports de bonnes terres en couverture, des chaulages dans les endroits humides, l'extirpation des mauvaises herbes, Yétaupinngc et les irrigations, dont il a été précédemment parlé (p. !xl\). Les opérations du fauchage et du ramassage des foins sont du domaine de la grande culture.
Pelouses. — Les pelouses demandent des travaux un peu plus compliqués que les prairies proprement dites. Elles ne comportent plus ces mélanges d'espèces nombreuses, à grand développement herbacé, fauchées seulement après la floraison. La finesse du gazon et l'uniformité de la verdure sont leur principal mérite.
Les plus beaux gazons se trouvent en Angleterre. Sous l'influence d'un climat brumeux, d'un sol fertile, de fauchages répétés, de sarclages rigoureux, on y obtient ces pelouses courtes, fines comme de la mousse, à la fois douces et fermes, unies comme un tapis. Jusqu'ici on avait cru qu'il était impossible d'obtenir de pareils résultats sur le continent. L'expérience a prouvé que ces craintes étaient sans fondement et, grâce à un traitement approprié, on peut avoir aujourd'hui à Paris des gazons aussi beaux que ceux d'outre-Manche. Les précautions à prendre se résument ainsi :
Préparer le terrain comme il a été dit (pp. /il 8-^19), par les labours, le dressement, les roulages nécessaires, afin d'opérer sur une surface meuble et ferme à la fois.
Semer les grandes pelouses du 10 au 20 septeml)re, ainsi que les parties ombragées, et les petites pelouses et jardins de ville, parterres, etc., au mois d'avril. Les terres calcaires, sèches, sablonneuses se trouvent mieux des semis d'automne; les sols argileux et froids, des semis du printemps.
Dans les petits jardins, dresser le terrain avec le plus grand soin, répandre la graine avec une grande uniformité, et arroser préalablement les pentes, afin qu'elle ne ghsse pas sur le sol. Couvrir ensuite d'un lit de terreau fin de « couches » et rouler après l'opération.
L'ivraie vivace ou Rye-grass^ [Lolium perenne, L.) semée à raison de 100 kilogrammes à l'hectare, fait ordinairement le fond des pelouses d'ornement. Cette graminée donne une herbe fine et brillante, mais elle dure
1. On dit généralement Ray-gras; la prononciation correcte anglaise serait Raïe-grass.
peu, surtout dans les villes. II résulte d'expériences faites dans le service des Promenades et Plantations de Paris, qu'après deux années de semis, des gazons ne contenaient plus trace de rye-grass. Cette graminée avait été remplacée peu à peu par d'autres espèces déjà contenues dans le sol, ou apportées par les vents, les oiseaux, etc. Il convient de la remplacer par un mélange qu'on a appelé « gazon de pelouses » (laivn grass) et qui est constitué, pour les gazons des jardins, par des compositions analogues à celles employées pour les prairies, selon les divers terrains. Ces mélanges, où le rye-grass n'entre que pour garnir rapidement le terrain et disparaître ensuite, sont aussi variables dans la quantité de leurs divers éléments à l'hectare, que les graines pour prairies.
Le tableau suivant indique quelques-uns de ces mélanges :
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