‹ L'art des jardinsChapitre 270 sur 341 · T R A VA U X D ' E X É C U T 1 0 N · texte numérisé non relu

T R A VA U X D ' E X É C U T 1 0 N

En variant les expositions, la nature des roches et la composition du sol, on peut ainsi obtenir des collections nombreuses, ne demandant presque aucun soin et renouvelant toute l'année leur parure de fleurs et de feuillage. Je ne saurais trop faire ressortir l'attrait des plantes de rocailles ainsi disposées et l'intérêt toujours nouveau qu'elles présentent à l'amateur.

Si les rochers, naturels ou artificiels, manquent absolument, on peut suppléer à leur absence en convertissant les fissures des vieilles murailles en autant de crevasses où seront plantées des espèces robustes, s'accommotlant de semblables situations. On ignore généralement que plusieurs centaines d'espèces pourraient vivre sans autre nourriture qu'un peu de terre,

Fig. 302. — Plantation pittoresque des vieux murs.

ilans laquelle leurs racines plongeraient de l'autre côté d'un mur. Mettant à profit cette rusticité de certaines plantes, j'ai semé et planté, en 1867, sur les rochers du parc des Buttes-Gliaumont, une quantité de plantes aujourd'hui solidement étabhes dans les joints de véritables murailles naturelles. Au mois de juin, l'aspect des valérianes rouges en fleur {Centninthus rubcr) y est remarquablement beau, au milieu d'une profusion de cinéraires maritimes {Cinerarùi maritima), de rosiers sauvages, de lierres, de grandes campanules {Campanula Médium), de mufliers (Antîrrhinum rnajus), etc. Parmi les scènes de ce genre, on peut citer la forteresse de Granville (Cal-

vados) dont les murs sont couverts de cette môme valériane et de sa variété blanche.

La figure 392 donne l'idée de l'un de ces murs situé au-dessus d'un bassin. Les capillaires (Adù/ntuin Capillns Vcneris) retombent gracieusement sur l'eau, des m\\\QiQ\x\\\e'& {Achillca Millefoliuiii), des verveines {Verbena officina- Us), des épiaires (Stachys) se suspendent au-dessus, et la joubarbe des toits [Sempervivum teclonnu) arrondit ses épaisses rosettes sur le chaperon de la muraille. On peut y ajouter des résédas (lîescda albti, IL odorafa), des linaires { fjiuiriti viiUjdris), des fumeterres {Corjjd/ilis liitca), des arabettes {Arubis arenosa), des campanules, saxifrages, gypsophiles, el une infinité d'autres plantes qui préfèrent ces situations à toute culture de jardin.

Fig. 393. — Ipomécs couvrant le toit d'uno maison, à Port-Saïd.

Nous avons vu (p. 509 et p. 519, fig. 30(3) comment les fougeraies devaient être construites, dans les serres ou en plein air. Bien qu'un certain nombre d'espèces de fougères vivent en plein soleil, la plupart aiment l'ombre et l'abri. Quelques-unes môme, comme la scolopendre {Scolopcndrium officinale), prospèrent à l'intérieur des puits. On devra donc placer la fougeraie au iwrd, sous le couvert des grands arbres et planter les espèces suivant qu'elles réclament plus ou moins d'ombre et d'humidité. On trouvera plus loin la liste (les plus jolies formes indigènes d(> cette gracieuse et remarquable famille.

Les plantes grimpantes herbacées, si utiles pour la garniture des palissades régulières, des murailles, des clôtures, sont aussi précieuses ])oui' l'ornementation des jardins paysagers. On peut obtenir des effets très-décoratifs en garnissant le tronc des arbres de plantes annuelles ou vivaccs, depuis les pois de senteur {FMthyrus odoratus), jusqu'au tamier [Tannis co)iimunis) à baies rouges, indigène dans nos forêts. Les ipomées, si gracieuses lorsque l'on sait les suspendre aux maisons en capricieux festons (fig. 303) sont annuelles comme le volubilis {Ipomcca piirpurea), ou vivaces comme l'espèce à grandes fleurs blanches, nocturnes et parfumées {Calonyrtiou macrantholeucum) de l'Amérique méridionale. On peut donner un aspect pittoresque à de nombreuses espèces. La courge vivace [Cuairhita pcrcnnis) suspendra ses grandes feuilles blanchâtres aux branches des arbres, sur les kiosques ou sur les tourelles, ou bien étalera ses longs rameaux sur le sol mamelonné; les coloquintes et les coloquinelles {Curnrbita Pepo, var. div.), aux fruits d'ornement, les cyclanthéras {Cijrltmthcra pcdata) aux feuilles palmées, le thladiantha [Tldadiantha diibia) aux fruits rouges, et bien d'autres cucurbitacées rivaliseront avec les nombreuses papilionacées grimpantes. Les maurandias [Maurandia Bardayana) garniront les treillages ou les murs, les cobéas {Cobœa scandcus) et les boussingaultias (Donssinganltid basclloides) couvriront de vastes surfaces en quelques semaines. La variété de ces ornements est considérable et leur culture généralement facile.

LISTES DES PLANTES A FLEURS D'ORNEMENT, DE PLEIN AIR, CLASSÉES SUIVANT LEUR EMPLOI.

Si l'ornementation florale des jardins avait une importance égale à celle de la plantation des végétaux ligneux rustiques, les listes des espèces exotiques qui vont suivre, complément des précédentes consacrées aux plantes herbacées indigènes, auraient pu prendre une étendue considérable. La floriculture a fait d'immenses progrès depuis le commencement de ce siècle et notamment depuis vingt ans ; le nombre des espèces cultivées s'est tellement accru, qu'il est nécessaire d'être sévère dans les choix, sous peine de multiplier à l'excès le travail de la culture, sans augmenter sensiblement Teffet ornemental. Il vaut mieux cultiver parfaitement un petit nombre de plantes que de conserver de vastes collections négligées. D'ailleurs, les éléments de In décoration végétale peuvent se renouveler chaque année et l'on doit même conseiller ces changements fréquents, pour varier l'intérêt des jardins et laisser l'amateur à sa propre initiative, après avoir guidé ses premiers pas.

Nos listes ne comprendront donc qu'un choix restreint, suffisant pour la plupart des jardins. A l'exception de quelques espèces des tourbières, Sarraccnia, Darlingtonia, etc., encore mal cultivées en Europe, presque toutes les plantes signalées ci-après sont d'une culture très facile, et ne craignent pas les hivers du climat de Paris.

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