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PARCS

Le parc est une vaste étendue de terrain enclos, destiné à la promenade et aux exercices du corps, hygiéniques et récréatifs.

Il se divise en deux sections, le parc privé et le parc public.

Les PARCS PRIVÉS peuvent revêtir divers caractères et se distinguent en parcs paysagers, parcs forestiers et parcs agricoles.

Le parc paysager est une partie de pays où les plus beaux effets naturels ont été choisis et augmentés par la main de l'homme et où les divers genres et scènes indiqués plus haut peuvent se présenter.

Son caractère principal est la grandeur. Il est l'accompagnement rationnel d'une résidence opulente, dont le château est l'objet prédominant. Ses éléments sont surtout les forêts, les prairies, les eaux, les accidents pittoresques du sol, les vues. L'utilité n'y est que secondaire, et, sans être exclue, elle joue un rôle subordonné au plaisir de la vue et à l'agrément de la promenade.

Le parc, comme l'entendaient avec raison les grands artistes de la fin du xvin'' siècle en Angleterre et en France, se reconnaissait à première vue

DIVISION ET CLASSIFICATION DES JARDINS

par les arbres de grandes proportions, dispersés sur des prairies livrées au gros gibier. Les cerfs et les daims qu'il renfermait avaient fait disparaître peu à peu le sous-bois, et le soin apporté à respecter les beaux arbres en supprimant les mauvais produisait ces admirables exemples dont plusieurs ont résisté aux atteintes du temps. Les plus beaux effets paysagers seront toujours obtenus par l'heureux mélange des beaux arbres, bien groupés, sur un fond de prairie, surtout si cette prairie est accidentée. Nous verrons plus loin de quelle variété ces effets sont susceptibles.

Les dimensions qui motivent le nom de parc sont difficiles à fixer. Son étendue peut varier depuis une dizaine jusqu'à plusieurs milliers d'hectares. En dehors des résidences des souverains ou de l'ancienne noblesse, on voit peu de parcs mesurer plus de cent hectares. Les fortunes moyennes étant les plus répandues, le grand nombre des parcs ne dépasse pas une trentaine d'hectares- et beaucoup descendent jusqu'à dix. Au-dessous de ce chiffre, on arrive au jardin paysager.

Le parc forestier ou parc de chasse diffère du parc paysager propre- ■ ment dit par un aspect plus sévère et par son caractère Sylvain plus nettement déterminé. La forêt y est conservée dans son ampleur et dans sa forme presque natives. Il se mêle parfois au parc paysager dans une certaine mesure. Souvent aussi, quand le propriétaire est un fervent disciple de saint Hubert et que le pays tout entier est une vaste forêt, comme dans le Morvan, les Vosges, les Ardennes, la Forêt-Noire, le parc doit être l'objet d'un dessin particulier qui le distingue très-nettement du précédent. Le premier soin doit être d'y aménager des retraites pour l'élevage du gibier et de tracer les allées pour la chasse. Les percées y serviront à la fois de points de vue et de tirés ; les allées droites seront multipliées, commodes, étudiées selon les exigences des laisser-rourre . Le rôle du paysagiste sera réduit à l'ouverture de quelques parties compactes, où de beaux arbres seraient cachés mal à propos; à la variété apportée aux masses trop uniformes, à l'éclaircissement des futaies et des arbres sur le bord de la forêt, à la dentelure des lignes droites, à la suppression des haies, à l'assainissement des parties inondées et au reboisement des surfaces nues et disgracieuses.

Le parc agricole n'a rien de commun avec cette campagne ornée dont quelques auteurs ont parlé autrefois, et qui est heureusement restée dans le domaine de la fiction. Une véritable exploitation agricole ne saurait avoir raisonnablement l'aspect d'un parc. Sans doute le bon ordre, l'élégance même, ajoutés à la simplicité des bâtiments, l'entretien soigné des chemins, les plantations bien disposées peuvent s'allier au caractère rural et l'embellir. Mais les aspects paysagers y contrarieraient l'utilité. Un chemin de service doit être aussi direct que possible entre deux points déterminés ; il exclut les courbes et les développements sans objet pratique. Les arbres y doivent fournir des fruits ou du bois de construction et non pas des combinaisons agréables de feuillages. La rotation des cultures

s'inquiète peu de la couleur des récoltes dans le paysage. Il faut donc se défier de la ferme d'opéra-comique, ne tenant pas plus lieu de parc paysager que le parc ne peut devenir un sérieux faire-valoir agricole.

Le parc agricole peut s'entendre de cette condition dans laquelle la vie de château se trouvant remplacée par une existence moins luxueuse, le parc, accompagnement d'un habitation élégante ou confortable, mais simple, doit combiner dans une juste mesure l'élément paysager avec l'élément productif. Ce cas est très-fréquent. Près de la maison de maître, une « réserve » de culture, desservie par des constructions rurales appropriées, permet au propriétaire de suivre les travaux de la campagne sur un échelle restreinte, mais sans fatigue, sans trop de soucis, en y consacrant des loisirs occupés et fructueux.

Dans cet état, le parc doit comprendre les cultures d'utilité et d'agrément, qui se feront de mutuelles concessions. Les allées seront tracées à la fois pour le service et pour la promenade ; les bâtiments de la ferme recevront une ornementation simple qui n'exclura pas le bon goût, les cultures seront combinées de manière à ne présenter aux regards ni lignes ni couleurs choquantes ; les vergers remplaceront les bocages ; les bestiaux anuneront çà et là les pelouses ; les pièces d'eau serviront à la pisciculture ; les produits du sol allégeront les charges de la vie et permettront un accroissement de bien-être appliqué, si on le désire, aux embellissements du parc. L'art y sera sans prétention, peu apparent, libre d'ornements affectés; tout indiquera l'utilité et l'économie, et tiendra le milieu entre la recherche du luxe et le négligé de la nature sauvage.

D'autres parcs peuvent encore être distingués de ceux-ci, surtout les parcs mixtes, qui tiennent des trois formes que je viens de citer, mais ils rentrent dans les genres et dans les scènes qui ont été indiqués ci-dessus, et dont les détails trouveront plus loin leur développement.

Les PARCS PUBLICS ont un autre objet en vue et sont par conséquent créés sur d'autres bases que les parcs privés. Destinés à la promenade et à la recréation de toutes les classes des habitants des villes, ils doivent exercer une attraction assez vive pour que leur fréquentation soit la source d'un plaisir honnête et toujours renaissant. Leur surface doit être aussi vaste que possible; ils sont les i^oumons des cités populeuses. Leur proximité de la circulation urbaine doit être telle qu'ils soient facilement accessibles ; la proportion entre les voies macadamisées pour la promenade en voiture, à cheval ou à pied, doit être calculée de telle sorte que les effets paysagers, le principal attrait de ces promenades, soient réaUsés complètement.

En général, les premiers parcs pubUcs étaient des propriétés privées; ils passèrent dans le domaine national ou municipal par l'abandon, la vente, le don, l'échange ou même la dépossession des possesseurs. Depuis une vingtaine d'années, trente au plus, ces moyens n'ont plus suffi. Les Etats et les

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municipalités ont compris que rien ne les rendrait plus populaires et ne serait plus profitable à l'hygiène et à la santé publique que de multiplier les parcs publics. L'exemple, venu d'Angleterre, a été suivi en France, en Allemagne et surtout dans l'Amérique du Nord.

Les variétés de parcs publics sont d'autant plus nombreuses qu'on peut les considérer sous les divers rapports de la situation, du sol, du climat et de la destination. Ils peuvent être classés sous quatre chefs principaux : les parcs de promenade ou de jeux, les parcs des villes d'eaux, les parcs de lotissement, les parcs funéraires ou cimetières.

Les parcs publics de promenade et de jeux se reconnaissent à des traits caractéristiques correspondant à leur destination. La vue, aussi ouverte que possible, doit être dirigée sur le paysage extérieur, ou des grandes promenades de circuit sur les scènes intérieures. La distribution des routes, des terre-pleins, des carrefours, des places de jeux, sera faite de manière qu'un nombre considérable de visiteurs soit attiré à la fois et également sur presque tous les points de la surface du parc, afin d'éviter les encombrements. A ce caractère on reconnaît facilement si le plan d'un parc public a été bien ou mal conçu. De grandes pelouses où l'on puisse laisser les promeneurs s'ébattre en liberté ; des arbres isolés ou en groupes, à tige élevée; le moins possible de taillis opaques, excepté sur le périmètre du parc ou devant les endroits à masquer ; un terrain très-mouvementé, pour varier les aspects et former de nombreuses scènes de détail; des moyens faciles de communication ; des plantations et ornements qui soient difficilement endommagés par les maladroits et les malveillants; des eaux peu profondes, pour éviter les accidents; des jeux publics nombreux, moraux, développant les forces physiques; un entretien peu coûteux, tels sont les traits généraux qui doivent constituer les parcs publics sagement conçus.

Ces conditions varient un peu dans les parcs publics des villes d'eaux, où il s'agit de parer des lieux d'exercice et de récréation pour une population spéciale, composée de malades et de gens de loisir. Leur proximité des établissements sanitaires est nécessaire. Le dessin en sera difficilement pur et naturel ; avant tout, il faut de grandes voies commodes pour la promenade, un choix d'arbustes et de fleurs choisies, l'entretien de beaux gazons, des massifs, d'épais ombrages pourvus de bancs solitaires pour la lecture; dans d'autres parties, au contraire, les espaces découverts pour l'audition de la musique, des chalets pour les jeux, pour la vente des objets de luxe ou d'utilité, en un mot toutes les distractions que peut demander une population riche et forcément oisive.

Dans quelques villes d'eaux, comme à Baden-Baden, les forêts du voisinage forment naturellement de beaux parcs qui rentrent dans la catégorie précédente des grands parcs pubUcs.

Dans les villes, soit nouvelles, soit qui se transforment par le percement de grandes voies aérées et plantées et la création de parcs et jardins

publics, le percemenl et le lotissement sont l'objet de travaux qui seront étudiés amplement dans ce livre et qui rentrent dans un ordre d'idées particulier. Ici le travail de l'ingénieur, de l'architecte et de l'édile se mêle à celui du paysagiste.

Cette question est l'une des plus complexes de l'art des jardins. Si un artiste avait carte blanche dans de telles conditions, si cette bonne fortune de dresser le plan d'une ville future pouvait lui échoir, je lui recommanderais l'étude d'une très-belle conception due à l'habile architecte paysagiste américain, M. F. Law Olmsted, pour la ville de Buffalo (États-Unis). Les diverses parties de la ville sont reUées dans son plan par un système ininterrompu de parcs et de voies plantées, entendus de la façon la plus grandiose et la plus judicieuse.

Malheureusement, c'est là une rare exception. La tâche qui incombe le plus souvent à un artiste est d'harmoniser la conservation d'une partie d'ancienne ville avec les exigences des percements nouveaux et l'étabhssement de jardins et de parcs dans une proportion variable.

Dans ces combinaisons, le grand objectif est de conserver, auprès des parties améliorées ou créées à neuf, des terrains à bâtir qui se revendront avantageusement pour former des villas et dont le prix viendra alléger les dépenses de l'administration qui a entrepris les travaux. Ce lotissement de terrains a été depuis quelque temps l'objet d'études étendues et plusieurs grandes villes l'ont appliqué avec le plus grand succès, au point de vue esthétique et financier. Nous en examinerons plus tard quelques exemples.

Les parcs funéraires (je comprends sous ce nom les cimetières-promenades, très-différents du cimetière espagnol ou de l'ancien campo sunto de l'Italie) font désormais partie de l'art des jardins. On a pensé, avec raison, que le champ mortuaire pouvait être revêtu d'une certaine parure. Sans dénaturer le caractère funèbre et sacré du lieu, on a prêté à la dernière demeure des êtres aimés un peu de charme et de poésie. En France, presque rien n'a été fait jusqu'à présent sous ce rapport; je ne veux pas citer les amoncellements de pierres qui s'appellent le Père-Lachaise et Montmartre, à Paris. Le nouveau cimetière de Méry-sur-Oise est encore à l'état de projet.

En Angleterre, les cimetières sont de véritables jardins publics, bien entretenus, fleuris, ornés de loges d'entrée et de chapelles néo-gothiques, généralement d'un bon goût. Malheureusement, le tracé de ces jardins est presque toujours un mélange peu agréable de terrasses gazonnées, d'avenues et de sentiers droits mêlés d'allées courbes et entrecoupés de plantations mesquines.

Il n'en est pas de même dans l'Amérique du Nord. Ce pays nous offre en cela d'admirables modèles dus à l'initiative privée, et que la vieille Europe devra imiter un jour, sans doute prochain. J'ai vu un bon nombre de ces cimetières. New-York, Baltimore, Boston, Philadelphie, Cincinnati surtout

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offrent de vastes parcs, supérieurement dessinés, nécropoles touchantes où l'idée de la mort est doucement voilée par les ombrages, les gazons et les fleurs, et que la population visite comme une promenade favorite. J'ai été tellement frappé de la supériorité des Américains sous ce rapport, que j'ai recueilli sur leurs cimetières les matériaux d'une étude développée plus loin.

A la suite des diverses espèces de parcs que je viens d'énumérer, il serait peut-être opportun de parler des parcs symétriques, inspirés par les beaux modèles de la Renaissance et du siècle de Louis XIV et dont il existe encore de somptueux modèles de nos jours. Mais comme, dans leurs applications, ils ne formeront qu'une section des parcs publics considérée sous le rapport d'un style particulier, je renvoie au chapitre qui traitera ce sujet en détail. Une autre manière de les envisager, au point de vue archéologique, en examinant les conditions de leur restauration, trouvera sa place à la fm de cette classification des parcs et des jardins.

JARDINS

Le jardin est un terrain enclos, consacré à la culture manuelle des végétaux d'utilité ou d'agrément, et destiné à la promenade et au plaisir des yeux. Il se distingue du parc par plusieurs caractères, dont le principal est l'étendue plus restreinte. On peut dire que ses dimensions varient entre le jardin paysager de dix hectares et la fenêtre-jardin.

Les effets produits dans le jardin sont plus modérés, les formes plus élégantes, les détails plus soignés, les ornements plus nombreux, l'art plus apparent. Le jardin peut varier infiniment dans son objet, dans sou style, dans le genre d'intérêt, d'agrément ou d'utilité qu'il présente.

Gomme les parcs, les jardins présentent deux grandes divisions : les JARDINS PRIVÉS et Ics .lARDLNs PUBLICS. Chacuue de ces divisions se partage à son tour en jardins d\igi cnient et jardins d'utililé. Je placerai ceux-ci après les jardins d'agrément par une raison qui doit être connue. Ce livre est consacré à l'art, non à la science des jardins. La culture n'y saurait trouver place sous peine d'occuper un espace considérable et de faire double emploi avec les nombreux traités spéciaux que l'on possède déjà sur la pratique horticole. Je n'envisagerai donc les jardins d'utihté qu'au point de vue de leur tracé et de leur formation première.

Les JARDINS PRIVÉS cousacrés à l'agrément peuvent se subdiviser en : jardins paysagers de 1 à iO hectares, jardins de moins de 1 hectare, jardins géométriques^ dits aussi symétriques ou parterres, jardins urbains, dans les espaces restreints, cours, hôtels, terrasses, jardins au bord de la vier, et jardins couverts, comprenant les serres, jardins d'hiver, salons, etc.

Le jardin paysager de 1 à 10 hectares est très-répandu. On le nomme souvent parc lorsqu'il se rapproche de 10 hectares. Bien qu'il soit difticile

(le poser des règles sur cette question un peu vague, et surtout de les faire adopter par un public de régions diverses, il est l)on de conserver cette limite de 10 hectares pour indiquer la transition entre le jardin et le parc.

Des scènes analogues peuvent d'ailleurs exister dans les deux, leurs éléments procédant des mêmes causes et ne différant que par les dimensions. Cependant l'élégance, la fraîcheur, le soin dans les détails, l'absence des contrastes violents et des formes dures, remplacées par des contours doux et délicats, des ornements plus multipliés, feront du jardin un tableau de choix qui semblerait surchargé, si tous les objets avaient les mêmes proportions dans un plus grand cadre.

Les jardins de moins de i hectare de superficie sont à peine dignes du nom de paysagers. Sans doute, même sur de faibles surfaces, on peut obtenir des effets dont les modèles sont pris dans la nature, comme le jardin d'Oak-Lodge à Londres, — mais c'est l'exception. Cette sorte de jardins a été l'objet, dans ces dernières années, d'une recherche dans les détails et d'un luxe d'ornementation végétale qui n'avait jamais été atteint jusque-là. En Angleterre, cette surface s'applique à la majorité des jardins réservés et comprend le flower-garden ou parterre; en France, l'eftet pittoresque et la décoration florale s'y mêlent étroitement; en Allemagne, ce mélange y est empreint d'une raideur tout artificielle.

Les limites dans lesquelles sont renfermés ces jardins étant assez difficiles à définir, je n'insisterai pas sur leurs caractères, qui tiennent h la fois du grand jardin paysager et du parterre, et qui seront examinés ultérieurement.

Le jardin géométrique, — que l'on nomme aussi jardin symétrique, parterre, jardin fleuriste, — est beaucoup plus nettement déterminé. C'est un terrain réservé exclusivement à la culture et à la disposition ornementale des plantes à beau feuillage ou à belles fleurs.

L'ancien parterre régulier était tout le jardin d'ornement. Aujourd'hui, à moins qu'il ne s'agisse de jardins de ville de très-petite surface, il ne forme qu'une des parties du jardin paysager. En France, il est rarement l'objet d'un emplacement séparé ; il consiste simplement en une plus grande abondance de fleurs, éparses ou distribuées en corbeilles groupées près de l'habitation. On ne le voit guère prendre une place à part que dans les anciennes propriétés ou dans les jardins d'amateurs.

Les Anglais, au contraire, fidèles à leurs anciennes coutumes, ont conservé religieusement l'ancien parterre ou jardin-fleuriste (floiver-garden), qu'ils ont varié à l'infini, dans la forme et dans les combinaisons des plantes destinées à l'orner. Toujours cette partie de la propriété y est distincte du parc ou du jardin paysager. Les soins dont elle est l'objet sont tels, qu'il semble que le jardin fleuriste fait plutôt partie de la maison que du jardin, et qu'on le traite comme un salon ou une serre.

En Allemagne, le blumen-garten procède du flower-garden anglais.

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quoique généralement moins séparé du reste des jardins, avec lesquels d'ailleurs ses dessins géométriques et tourmentés se relient assez mal.

C'est avec raison qu'on a appelé les parterres jardins géométriques. Les formes obtenues par les combinaisons régulières des lignes droites et des courbes sont les plus favorables à la division et au groupement des collections de fleurs. Pendant toute la première moitié de ce siècle, un grand nombre de parterres en France, sous prétexte de jardinage paysager, dit anglais, ne se composaient que d'une multitude de tortillons disgracieux auxquels on a bien fait de renoncer pour revenir aux formes symétriques.

Les combinaisons de lignes pour les parterres peuvent varier à l'infini. Nous verrons comment on peut les approprier au style des bâtiments qu'ils accompagnent et rendre ces jardins aussi rationnels qu'agréables à l'œil, en tenant compte des terrains sur lesquels ils seront établis, du climat plus ou moins favorable à la culture et des ressources financières qui leur seront consacrées.

Les jardins urbains, considérés dans leur sens le plus restreint, c'est-àdire comme l'expression la plus réduite du jardinage d'ornement, par l'étendue et par les conditions sanitaires où se trouvent les végétaux, ne sont pas sans intérêt pour l'art. Les difficultés contre lesquelles il faut lutter pour les rendre agréables doivent exciter l'imagination et le talent des artistes, avec d'autant plus de raison que les ornements artificiels leur viennent en aide à chaque pas.

Qu'ils soient jardins de résidences privées, d'hôtels pubhcs, cours, terrasses, balcons, façades de boulevards ou de places, tous peuvent être dessinés avec goût, plantés d'essences appropriées, ornés de productions artistiques choisies.

Leur tracé sera le plus souvent symétrique, mais si l'on dispose d'un espace assez étendu, ils rentreront dans l'une des catégories de jardins examinées précédemment.

Les jardins au bord de la mer ne comportent pas de style particulier, mais leur ameublement végétal est soumis à des règles qu'il serait fâcheux de transgresser. Dans la plupart des cas, le terrain sur lequel ces jardins reposent est le sable roulé des dunes, sol infertile, rebelle à la culture de la plupart des essences arborescentes et ne permettant des gazons qu'en situation un peu abritée. Nous avons rappelé, en parlant des scènes maritimes (p. Ihh), que ces abris étaient la première condition du succès. J'ajoute qu'on peut obtenir avec leur secours des résultats de culture que beaucoup de situations, en apparence meilleures, ne sauraient fournir, et j'espère démontrer que la difficulté de leur établissement et de leur entretien est loin d'être insurmontable.

Pour clore la liste sommaire des jardins d'agrément, il faut citer encore \e& jardins couverts.

On entend par jardins couverts les espaces destinés à la culture d'or-

uement et renfermés sous un abri vitré, c'est-à-dire les serres et jardins d'hiver. En Angleterre, où la vie intime, — le ho^ne — est l'objet d'une attention particulière, où d'ailleurs le climat offre si peu d'attraits, on a depuis longtemps popularisé l'adjonction du jardin couvert {conservatory) à la maison. Peu d'habitations, soit urbaines, soit rurales, manquent de cet accessoire obligé. La serre-salon fait partie de l'architecture ordinaire; elle est le domaine particulier et favori de la maîtresse de la maison.

Les dimensions de ces attrayantes retraites varient depuis le palais de verre d'une résidence opulente jusqu'à l'appentis vitré de l'artisan de Londres.

Cette mode s'est répandue, depuis quelques années, d'abord dans les grandes villes du reste de l'Europe, puis dans les habitations de campagne. On ne saurait trop l'encourager. Pendant l'hiver, si l'on passe toute l'année aux champs; dans les tristes journées de pluie ou de froid, si l'on rentre tardivement à la ville, le jardin d'hiver annexé à l'habitation fournit une distraction excellente.

Le dessin extérieur en sera étudié plus loin, mais l'aménagement intérieur aussi a son importance. Au lieu de ranger en longues files fastidieuses des plantes en pots, d'une médiocre végétation, il serait préférable d'essayer la reproduction, même réduite et très-imparfaite, d'une de ces scènes tropicales esquissées à la fin du chapitre dernier.

Avec quelle satisfaction se passerait la vie de famille dans ce coin de nature luxuriante, où l'atmosphère, épurée par la respiration des feuilles, verserait en abondance un oxygène bienfaisant !

J'essayerai de donner la description, le dessin et les moyens d'exécution de quelques jardins couverts comme je les comprends et d'augmenter la faveur dont ils commencent à être entourés, en présentant quelques suggestions sur leur arrangement pittoresque.

Les jardins jjrivés consacrés à Vutilité se divisent en jardins fruitiers, jardins potagers, jardins ynixtes et leurs subdivisions.

Le jardin fruitier est affecté à la culture des arbres à fruits. Il se divise en verger et jardin fruitier mixte.

Le verger est une plantation en lignes d'arbres fruitiers à haute tige, laissés dans une liberté de végétation à peu près complète. Sa plantation et sa conduite rentrent dans le domaine de l'arboriculture fruitière, le choix des essences qui le composent dans celui de la pomologie.

Mais sa position dans un parc n'est pas indifférente. Indépendamment des considérations d'utilité, qui sont de premier ordre, il en est d'autres qui regardent son effet dans l'ensemble et qui sont du ressort de l'architecte paysagiste. Un verger mal placé peut gâter tout un paysage. Nous examinerons ses conditions d'étabUssement sous diverses formes.

Il en est de même du verger mixte, qui tient le milieu entre le verger complanté d'arbres à haut vent, en liberté, et le jardin fruitier réservé aux

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seuls arbres tailles et palissés. Si le verger peut être utilisé dans la décoration générale d'un parc en masquant les tiges des arbres et n'en laissant voir que les tètes, il n'en est pas ainsi du verger mixte, caractérisé par l'introduction des pyramides, des murs et espaliers, des contre-espaliers, des gobelets, des cordons, dont les formes taillées sont difficiles à dissimuler. L'art de modifier ces aspects artificiels demande une étude particulière. On s'en est trop peu préoccupé jusqu'à présent; elle sera l'objet de paragraphes spéciaux.

Le jardin potager, qui a pour objet la culture des légumes, est plus facile encore à définir. On en distingue deux sortes, le potager muraicher et le potager bourgeois.

Le jardin potager maraîcher est destiné à la production des légumes pour la halle. Il obéit à des règles de tracé et de culture dont nous avons peu à nous occuper ici. Son but unique étant l'exploitation avantageuse du sol, la culture intensive portée à son plus haut degré de perfection, je n'aurais rien à en dire, s'il ne devait pas jouer parfois un certain rôle dans les parcs agricoles au point de vue de son effet dans le paysage. Les moyens de le masquer aux regards ou d'en tirer parti comme point de vue, suivant la façon dont il se présente, nous occuperont en leur temps.

Le jardin potager bourgeois est d'un intérêt capital dans l'art des jardins. On ne lui attribue généralement pas l'importance qu'il mérite. Peu d'arrangements sont aussi difficiles à combiner que ceux qui le concernent. Voici les conditions qu'il doit remplir :

Être voisin de l'habitation et des bâtiments de service ;

Être consacré à peu près exclusivement à la culture des légumes;

Avoir son chemin de service indépendant de ceux de la promenade ;

Être entouré de murs ou de clôtures efficaces qui ne fassent pas tache dans le paysage ;

Présenter en lui-même un agréable coup d'œil par l'harmonie de son tracé, son mode de plantation, la proportion de ses diverses parties, l'introduction des fleurs sur ses principales plate-bandes.

Pour toutes ces raisons, le jardin potager bourgeois doit être l'objet de toute la sollicitude du dessinateur de jardins.

Le jardin mixte ou jardin potager-fruitier, est le plus répandu de tous. Il consiste dans le mélange des arbres fruitiers taillés et des légumes. On y voit les plates-bandes plantées de poiriers en pyramide, bordées de cordons de pommiers sur paradis, ornées de rosiers alternant avec des groscillers, le tout accompagné de légumes couvrant le sol. Cet attrayant et... mauvais système, sous prétexte de comprendre fruits et herbes, ne donne ni l'un ni l'autre, et devrait être généralement abandonné. L'ombrage et les racines des végétaux ligneux nuisent aux légumes, et la culture des plantes herbacées appauvrit le sol occupé par les arbres, dont les parties souterraines sont d'ailleurs régulièrement coupées par les outils

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de labour. On trouvera difficile, cependant, de faire renoncer le propriétaire au jardin mixte. Il répondra le plus souvent qu'il ne cultive pas les légumes pour le profit, qu'il consent à un peu moins de production pour avoir un agréable ensemble de beauté et de produit, etc.

Si la résistance est inutile, appelons à notre aide le talent pour tirer le meilleur parti de la situation. Que le tracé du jardin, la disposition des arbres par rapport aux légumes, que les murs, les contre-espaliers, la distribution de l'eau d'arrosage, la construction des bâtiments, châssis, serres à forcer, maison du jardinier, hangars, places aux terreaux, etc., soient l'objet d'études approfondies, appropriées au pays et au climat ! Dans ces conditions, le jardin mixte peut encore donner des résultats à demi satisfaisants pour le produit, et tout à fait satisfaisants pour l'ornement.

La deuxième grande division des jardins comprend les jardins publics et leurs diverses applications. Leurs dimensions les distinguent des parcs pubUcs ; elles se sentent plutôt qu'elles ne se précisent, et d'ailleurs elles se rapprochent de celles que j'ai données pour les jardins privés.

On peut également diviser les jardins publics en jardins publics d'agrément et jardins publics d'ulililé.

Au premier rang des jardins publics d'agrément se placent ceux qu'on a très-improprement appelés des squares. Le nom est venu d'un mot anglais qui veut dire carré, les premiers de ces jardins ayant été établis à Londres sur des places carrées. Depuis, on en a fait d'oblongs, de ronds, d'ovales, de triangulaires, qui sont toujours des squares.

On a transporté en France ce nom inexact, en même temps que la chose, en 1856. Les squares de Londres ne sont pas publics comme les nôtres. Les locataires des maisons qui ont vue sur le jardin en ont seuls la jouissance.

Il serait bon de chercher un nom meilleur à ces jardins. Je propose provisoirement celui d'()^/.s/.v.

La première condition à remplir pour un jardin de ce genre est d'offrir un plaisir pour la vue en même temps que de vastes allées et de grands espaces sablés, destinés aux jeux des enfants. Leurs gazons ne peuvent être livrés au public, qui les endommagerait rapidement. L'ombrage doit y abonder, les bancs être nombreux, les eaux en être proscrites à moins qu'elles n'ofl'rcnt aucun danger.

Leur tracé sera simple, souvent réguher quand leur périmètre l'est déjà et qu'ils accompagnent des constructions d'une certaine valeur architecturale. Ils peuvent aussi recevoir une disposition en allées courbes et en pelouses plantées et fleuries.

Les placc.y proprement dites ne comportent qu'un dessin ramené aux Hgnes symétri([ues. Elles doivent être traitées dans le genre appelé iuail, c'est-à-dire en surface sablée sur laquelle sont plantées des lignes d'arbres, généralement en quinconce. Si la place est un vaste terrain bordé par des

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rues, sans clôture, elle ne comporte aucun autre élément que des arbres à haute tige, les lampadaires d'éclairage, une ou plusieurs fontaines d'ornement et d'utilité, des kiosques pour la vente des jouets et des rafraîchisse ments, des endroits de retraite, etc.

Mais, si elle est entourée d'une grille, il sera bon de l'accompagner d'une bordure d'arbustes à verdure sombre et à feuilles entières et persistantes, encadrées par des bordures de gazon.

Avant toutes choses, une grande simplicité dans le dessin et l'ornementation sera la première règle à suivre.

Les j)romenades-hoHlevards ou voies plantées (avenues, boulevards, cours, quais) ont été portées, dans ces derniers temps, à un très-haut degré de [)erfection dans quelques grandes villes. Paris a pris l'initiative, et ses boulevards sont justement réputés. Londres, en retard sous ce rapport, a suivi l'exemple, et ses plantations des quais de la Tamise sont remarquables. De nombreuses villes montrent de très-belles voies de ce genre, comme les quais de Lyon et les « cours » de Boi'deaux, (|ui offrent l'aspect le plus imposant.

Nous verrons quelles sont les règles de formation de ces sortes de promenades, et nous les examinerons surtout dans l'Amérique du Nord, où elles ont été l'objet, dans ces dernières années, de travaux qui diffèrent notablement des créations similaires en Europe.

Les j/irdiiis des cheminH de fer méritent d'attirer notre attention. Presque partout, leur dessin serait passible d'une critique qui ne serait pas toujours favorable, si l'on envisageait avec justesse l'objet auquel ils doivent tendre. En effet, on voit généralement ces jardins coulés dans un moule uniforme. Confiés à un entrepreneur qui a copié sur toute la ligne ferrée un modèle stéréotypé, on trouve le même dessin, les mêmes plantes dans les terrains les plus divers, quelques arbustes, corbeilles de fleurs, arbres isolés, conifères dont le développement futur n'a pas été prévu, enfin un assemblage de combinaisons irrationnelles. x\ peine peut-on constater de meilleurs dessins, parce qu'ils se développent sur une plus vaste échelle, dans les jardins des gares des grandes villes.

Cette exagération et ce faux goût dans le tracé et l'ornementation des petits jardins des chemins de fer se retrouvent en x\ngleterre, où ils sont souvent laissés à la fantaisie du chef de gare ou à des employés subalternes, dont le goût est fort varié, comme on peut le penser. J'y ai vu souvent des noms de stations écrits en cailloux blancs ou en fleurs sur un talus, et autres puérilités de ce genre.

En Allemagne , les jardins des gares sont mieux conçus qu'ailleurs. Dans une notable j^artie de la Prusse du nord ou du centre, ils se réduisent généralement à des terre-pleins sablés, entourés de quelques arbustes verts et plantés de grands arbres qui donnent une ombre épaisse.

Cet ombrage est la première condition à demander au jardin d'une

station de chemin de fer. Quelques fleurs n'y seront point déplacées ; mais il faut surtout assurer un couvert pour protéger les voyageurs qui attendent le train, pendant l'été, à l'ardeur du soleil. Un libre parcours pour la circulation, les plantations combinées de sorte que les têtes des arbres n'empêchent pas de voir le mouvement des machines, l'établissement de kiosques de rafraîchissement et de vente de journaux pour l'été, un terrain assez vaste pour la promenade des voyageurs dans cette ennuyeuse attente du train, une extrême simplicité dans le dessin et l'oi'nement végétal, tels sont les principaux traits que doit présenter le jardin d'une gare, grande ou petite.

J'arrive maintenant à la deuxième division des jardins pubhcs, à ceux qui ont un but déterminé d'utilité.

Ils sont nombreux et je n'indiquerai pas toutes leurs variétés, qui, d'ailleurs, viennent se ranger, presque sans exception, sous les titres suivants : jardins botaniques, zoologiques, d'acclimatation, d'institutions et de sociétés (jardins écoles, etc.), d'hôpitaux et de fondations diverses, d'expositions et Jardins gy?nnases.

Le Jardin botanique peut être divisé en plusieurs parties. Son objet principal est la culture des plantes pour l'étude. Il comprendra une école de botanique, où les plantes seront disposées le plus souvent suivant la série linéaire. Quelquefois cette série sera à la fois linéaire et concentrique, comme au jardin botanique de Bruxelles, ou basée selon les affinités naturelles, comme à celui de Liège. D'autres portions du jardin seront consacrées aux serres, aux collections variées, à V arborctum, à la promenade, suivant l'extension du jardin et la richesse de son crédit d'entretien. On comprend donc que le dessin en soit soumis à des exigences variables. Mais on doit convenir qu'un grand nombre des professeurs qui plantent un jardin de ce genre soient plutôt versés dans la science que dans l'art des jardins, et que l'agencement des diverses parties soit plutôt faite pour la disposition commode et méthodique que pour la récréation des yeux. Voilà pourquoi tant de jardins botaniques ont un aspect si peu agréable, bien qu'une ou plusieurs de leurs parties soient destinées aux promeneurs et que par conséquent ils doivent, sous ce rapport, suivre la loi des jardins publics.

C'est à conserver la juste mesure entre ces diverses exigences que doit s'attacher le dessinateur de jardins, et il lui faut pour cela être assez entendu dans les choses de la botanique pour que ni la science ni la pratique ne soient sacrifiées au point de vue artistique, et réciproquement.

Les jardins médicinaux, destinés aux Écoles de médecine et de pharmacie, rentrent sous ce rapport dans la catégorie des jardins botaniques.

Les Jardins zoologiques sont des endroits consacrés à la conservation et à la reproduction des animaux sauvages, au point de vue scientifique. Ils

DIVISION ET CLASSIFICATION DES JARDINS

exigent des conditions de tracé toutes particulières. La promenade doit y être facile et agréable, mais avant tout les conditions hygiéniques pour les animaux y seront l'objet des plus grands soins. Dans la formation d'un pareil jardin, il faudra s'inspirer des créations de ce genre que l'expérience a reconnues pour des modèles, comme les jardins zoologiques d'Anvers, d'Amsterdam, de Cologne, de Hambourg. Je ne cite qu'en passant les jardins zoologiques du Muséum à Paris et de Regent's Park, à Londres, tous deux établis dans des conditions d'espace qui laissent à désirer.

Les jardins d'aa liuiaidiion se distinguent des jardins zoologiques proprement dits en ce qu'ils sont réservés aux seuls animaux dont la domestication et la naturalisation peuvent rendre des services à l'humanité. Sans prendre au pied de la lettre le mot « acclimatation », que Dupetit-Thouars appelait « une douce chimère », et qui peut entretenir quelques espérances exagérées chez certaines personnes disposées à trop croire ce qu'elles désirent, on ne peut nier que ces établissements rendent des services.

Ils ne peuvent être vraiment utiles, comme écoles d'élevage, que s'ils sont établis sur une vaste échelle, beaucoup plus largement que les jardins zoologiques proprement dits, et si l'union du jardin et des parcs réservés aux animaux en demi-liberté procure à la fois d'excellentes conditions sanitaires et la jouissance d'un parc pour les promeneurs. Nous examinerons les plus beaux exemples des jardins de ce genre, qui peuvent être classés dans les jardins ou dans les parcs, suivant leur étendue.

Les j'/irdifu d'institutions et de sociétés, jardins-écoles, etc., forment toute une classe dont on a peu étudié jusqu'ici les exigences. Il serait bien nécessaire de les voir se multiplier dans les collèges, les institutions, les séminaires, les écoles de hautes études, pour inculquer à la jeunesse, par la vue quotidienne des végétaux utiles, des connaissances qui rendent de si grands services à l'humanité.

Ces jardins, à l'exception de la partie réservée à la promenade, des cours ou mails plantés de grands arbres, doivent être généralement rectilignes, symétriques, de culture et d'accès faciles, assez ouverts pour que la surveillance y soit permanente, disposés de telle sorte que l'instruction y soit attrayante. Leur multiplication peut créer une source puissante de vulgarisation scientifique et de production nationale.

Les jardins d'hospices, d'hôpitaux, de fondations reHgieuses, les jardins des casernes, des usines, des grands étabhssements industriels, publics ou privés doivent encore attirer nos regards et peuvent inspirer quelques suggestions, développées plus loin, sur la façon normale de les concevoir, de les approprier à leur destination et de les mettre à exécution.

De ce nombre encore sont les jardins des fondations rehgieuses diverses, qui doivent aussi remplir certaines conditions pour répondre à leur objet d'une manière satisfaisante. On pourrait objecter que ces jardins seraient plutôt considérés comme privés que comme publics. Je répondrai qu'ils

peuvent être classés dans les jardins publics, parce qu'ils correspondent à l'utilité ou à l'agrément d'êtres humains vivant en société. Cette distinction a peu d'importance d'ailleurs; il s'agit surtout d'indiquer le meilleur mode de les dessiner.

Les gymnases publics sont souvent un accessoire des parcs, quand ils ne sont pas situés dans un lieu couvert. Parfois aussi, ils sont établis sur un emplacement spécial, comme je l'ai vu à Manchester et dans d'autres villes. Leur multiplication, dans les centres populeux, serait très-désirable. Les anciens savaient de quelle importance est la gymnastique pour le développement de la force physique et de la santé des citoyens ; l'axiome ryiens sana in rorpore sono vient d'eux. Que ne le mettons-nous davantage en pratique dans notre société moderne?

Si l'on considère comme faisant partie des gymnases les vastes terrains destinés aux diverses sortes de sport, par exemple le rri'kel en Angleterre, je renverrai au paragraphe des parcs. Mais si l'on entend les terrains situés dans les villes, par conséquent à la portée de tout le monde et d'une surface restreinte, j'en indiquerai l'aménagement, d'après plusieurs modèles déjà mis à exécution.

Les jardins des Expositions constituent un genre très-distinct. Ils ont pour but de grouper, dans un espace réduit, les collections de plantes comestibles ou ornementales que les cultivateurs viennent livrer au suffrage des visiteurs et d'un jury spécial. C'est un art de savoir disposer les collections de manière à ce qu'elles produisent le meilleur effet décoratif et que les objets exposés soient faciles à examiner en détail. En Angleterre, les Expositions sont faites pour l'examen des plantes plutôt que pour leur effet d'ensemble. Aussi, à l'exception des grandes exhibitions internationales de South-Kensington, voit-on rarement autre chose que des banquettes de gazon ou des tablettes de bois sur lesquelles les produits végétaux sont alignés, sans grande élégance, mais à la satisfaction des membres du jury chargés de les examiner.

En France, au contraire, on a imaginé des jardins d'Exposition dits paysagers, miniatures de parcs boursouflés, oîi les rivières sont en ciment, les rochers en carton, les pelouses en orge germée dans l'eau chaude,. fantaisies où l'on recherche plus l'effet d'une décoration passagère que la facilité d'examen des produits et la supériorité de la culture. Je ne veux pas dire que de jolies et riches Expositions horticoles ne soient fréquentes en France ; mais je pense qu'il est bon de s'élever contre celles qui procèdent d'un faux goût, et qu'il serait facile de rendre plus simples et plus rationnelles.

11 me resterait à examiner une autre question intéressante, la restauration des anciens jardins. C'est le côté archéologique des jardins ; il n'est pas de talent trop grand pour l'envisager dans son ensemble et dans ses détails. Les cas où cet art peut s'exercer sont rares; ils n'en sont pas

DIVISION ET CLASSIFICATION DES JARDINS

moins intéressants, au contraire. Mais il faudrait à un artiste la science et l'art mélangés dans les plus heureuses proportions, la possession entière et le respect de l'histoire des jardins, des connaissances architecturales approfondies et une longue pratique des choses de l'horticulture. Difficile assemblage, qu'il sera peut-être donné à quelqu'un de nos successeurs de réaliser, si l'art des jardins se dégage enfui comme un idéal digne de tenter les esprits élevés.

Enfin, j'ai gardé pour la fin de ces notes sommaires sur la classification des jardins une autre section qui est restée jusqu'ici chez moi à l'état de projet. Je veux parler des jardins dans les régions chaudes. Qui sait ? la réalisation de cette fantaisie, que j'ai esquissée sous le titre de Scènes tropicales (pages lliQ et suiv.) n'est peut-être pas éloignée. Le goût des voyages autour du monde se vulgarise de plus en plus. Il suffirait qu'un millionnaire, enthousiasmé par l'aspect de la nature exubérante des régions du soleil, adoptât quelque jour une de ces plages bénies oii, comme disait Humboldt, « la nature végétale a étalé toutes ses richesses », et se donnât le plaisir d'acquérir des terrains où il réunirait les plus beaux végétaux, non-seulement de la contrée qu'il aurait choisie pour résidence, mais encore des autres régions chaudes de la terre.

Telles sont les principales sections dans lesquelles peuvent rentrer les parcs et les jardins. Je les reprendrai plus loin en détail, en indiquant les moyens d'exécution. Il est indispensable pour cela que nous connaissions ces moyens par le menu et qu'avant de chercher des apphcations précises et de donner les descriptions des jardins qui servent d'exemples à nos théories, nous examinions les procédés que la pratique met à la disposition de l'art. Ce sera l'objet des chapitres qui vont suivre.

Dans le classement résumé qui précède, j'ai voulu seulement donner quelques définitions et de rapides éclaircissements sur les diverses sortes de jardins qui peuvent être exécutés. Il fallait s'entendre sur les noms et la nature des terrains variés sur lesquels nous aurons à appliquer nos idées.

Cette énumération sera rendue plus facile à saisir en la présentant sous la forme du tableau synoptique suivant, résumé des divisions indiquées, groupement des divers éléments dont l'ensemble constitue les jardins de notre temps :

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