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L'art des jardins

PercoeUezHQK)! tout d'abord de réclamer votre indulgence pour Torateur iDeipérimeDié que vous ave^ devant vous^

Ce&U saios doute, uqç grande léoiérité de ma part d'avoir accepté de voas entretenir ce soir, sous la Torme difficile d'une conférence. C'est plutôt une lecture qu'il faudrail dire, car, je ne puis songer à imiter, même de lois, les brillants cooréreocjer^ dont les Improvisations cbarmaiiies vous ont tant de fois séduits dans cette même salk.

Il n'y B guère plus d'un aa^ en qualité de président de la Société Académique, j'avais Tboimeur de vojus parler de ''' botanique ; en venant aujourd'hui causer avec vous de

lortÂcuUure el des jardins, )e ne fais que suivre ui^e pente

!\turelle. La iMXanlque pourrait être .appelée le flambeau de.

ortici^lure* si ce langage o'était devenu nu peu suranné.

Comment, en effet, se livrer avec succès h la culture des plantes si Ton ignore leur structure intime, les phénomènes de la vie chez les végétaux, leurs affinités naturelles, leur patrie, leur histoire, leurs usages même ? .

On peut être un grand botaniste et rester complètement étranger à rhorlicullure, mais on ne saurait être un horticulteur complet sans posséder, tout au moins, les principes fondamentaux de la botanique.

Est-ce à dire que Thorliculture ne rend pas à la botanique les services que celle-ci lui prête ? Bien au contraire. Grâce aux procédés perfectionnés de la culture contemporaine nous pouvons aujourd'hui admirer dans nos serres et étudier tout à notre aise l'admirable flore des régions inter-lropicales.

Qui donc, parmi les amants passionnés des plantes, ne regretterait pas de n'avoir pu parcourir ces magnifiques serres chaudes ou tempérées oii les palmiers étalent leurs élégantes frondaisons, oii les orchidées nous conduisent de surprise en surprise par leurs formes d'une fantaisie si imprévue, si bizarre, et par la délicatesse exquise de leurs coloris. Et ces obtentions nouvelles qui naissent chaque jour d'une sélection accumulée ou d'hybridations raisonnées entre les mains habiles de nos horticulteurs ! Sans cet art aujourd'hui si avancé, pourrions-nous jouir du spectacle enchanteur de ces innombrables variétés de roses, de cette fleur par excellence qui, malgré les nombreuses rivales que la mode lui suscite chaque jour, reste toujours la merveille des merveilles, parce que nullef autre ne possède à un même degré la grâce, cet attribut souverain de la beauté.

Ces glaïeuls que l'hybridation transforme de plus en plûr agrandissant les corolles, avivant les couleurs. Ces superl)e balisiers cultivés naguère pour leur seul feuillage et qui noi donnent aujourd'hui des fleurs rivalisant de beauté avec le

glafeuls eux-mêmes. Ces chrysanthèmes dom la filasticîté est* telle que le botaniste peut à peine croire que Tinnombrable phalange que nous montrant nos expositions soit sortie de deux seuls types primitifs (0.

Toutes ces nouveautés, qn'on a pu qualifier de créations, témoignent suffisamment des immenses progrès accomplis, surtout depuis une vingtaine d'années, dans le domaine de rhorlicullure.

Mais je ne puis me dispenser de faire remarquer que c'est seulement à partir du moment oii nos horticulteurs ont pu s'appuyer sur les découvertes scientifiques récentes, qu'ils sont arrivés ^ de pareils résultats. On le comprendra sans peine si l'on songe, par exemple, qu'au commencement de noire siècle un grand nombre de botanistes doutaient encore de l'existence de la sexualité végétale, en dépit des œuvres de Camerarius (1691) et de Kœlreuler (1761), que les expériences décisives de Gaërlner sur l'hybridation ne datent que de 50 ans à peine.

Pour mieux faire ressortir le chemin parcouru et, quoique ffl'écartant un peu de mon sujet principal, je vous demande la permission de vous citer quelques-uns des préjugés, à peine croyables, de rantiquité et du Moyen -Age, préjugés tellement enracinés qu'on en retrouve encore de nos jours la trace (î)-

Au premier rang, je placerai les préjugés astrologiques.

Tous les travaux du jardinage étaient autrefois réglés sur le cours et le décours de la lune. Selon Claude Mollet, un des grands maîtres de l'hortiéullure du XVIII* siècle, il était d'une extrême importance pour le jardinier de considérer

(1) Ckrytanthemum indicum et C. tinente.

(2) Voir Les erreurs et letpréjugéi dans l'ancienne horticulture, par M. GibauH CJ9um, d9 Ut S0$. d'hort. de Fr„ mort 1897 J

souvent Télat de ia lune, car, disait -il, une plante veut être sçmée en nouvelle lune, l'autre plantée au premier quartier, une autre réx!oltée au décours, etc.

Le malheureux jardinier n'écbappait ii la tyrannie de Tastre des nuits que pendant les périodes dites inlunes, c'est-à-dire pendant les deux jours qui précèdent et les deux jours qui suivent la nouvelle lune, jours pendant lesquels, paraît-il, Phébé perdait son pouvoir.

Ne serait-ce pas pour se livrer avec succès au jardinage que M. Jourdain tenait tant à apprendre à lire afin de connaître les jours de lune ?

Toujours est-il qu'à l'heure actuelle, je sais plus d'un vieux jardinier qui appartient encore à cette école célèbre.

En 1565, la Maison rustique nous apprend que le deuxième jour du mois « jour où Eve fut créée, il fera bon « faire jardins, vergiers et parcs, labourer terre, semer ». Mais le troisième jour ou naquit Gain r Ton ne doit entreprendre aucune besogne, jardiner ny planter, sinon ce que l'on voudra perdre. » Ce livre étrange indiquait encore les jours dangereux pendant lesquels il était prudent de rester chez soi et de « se tenir pacifiquement sans rien faire ».

On lit dans le journal manuscrit d'un sire de Gouberville, gentilhomme campagnard du Gotentin :

« Année 1558. — Le mardi XIII* jour de solstice, je ne bouge». C'était sans doute un jour réputé dangereux, car on remarque qu'il ne bougeait pas en ces jours de mauvais augure.

Le 29 octobre 1558, il écrit : « Je fys commencer à semer A\x froment. Nostradamus dysoit en son almanac qu'il faysoit bon labourer ce jour ».

Vous trouverez peut-être plus singulières encore les prati ques qui voulaient que le Basilic, la Rue et le Gumin fussen semés avec accompagnement d'injures et de malédictions ;

de plus, pour la Rue, il fallait la dérober au voisin ; cette plante, d'après les auteurs, venant mieux quand elle a été volée.

J'en passe et des meilleurs, car si je ne citais pas mes auteurs, mon auditoire finirait par douter de l'existence de pareilles inepties.

Cependant, j'espère que vous me saurez gré de vous indiquer le procédé suivant attribué à un Grec, nommé Démocrite, et qui me semble inraillible pour la destruction des chenilles.

Il consistait à faire promener, trois ou quatre fois autour des carrés infestés, une femme échevelée ayant les pieds nus et poussant des cris de douleur, a Cela fait, dit Ch. Ëstienne, CD verra tomber les chenilles des herbes et des arbres fruictiers, ne plus ne moins que si, en secouant, vous abbatîez la pluye ou l'eau de l'arbre, mais cependant il faut se donner de garde que cela se fasse à soleil levant, parce que tout se flétrirait dans le jardin. »

De telles absurdités pourraient vous sembler inventées tout exprès pour égayer mon auditoire ; cependant elles ont été imprimées tout au long dans la Maison rustique de 1565, de Ch. Ëstienne et Liébault, ouvrage qu'il ne faut pas confondre avec la Maison rustique du XIX^ siècle.

On le voit. Dieu merci, nous sommes loin de ces fadaises et l'horticulture, comme je l'ai dit tout à l'heure, entrée enfin dans la voie scienlifique, a produit et produira encore de véritables merveilles.

Après lui avoir payé ce juste tribut d'hommages, j'aborde sans plus tarder mon sujet principal : L'art des jardins,

j'espère. Mesdames, Messieurs, que l'étude rétrospective le je suis forcé de faire et que je tâcherai de dépouiller

plus possible de son aridité, ne vous paraîtra pas trop

jgue, grâce aux projections dont elle sera parfois accom-

pagnée. Je dois plusieurs de cet reproductions ^ rexlr6m« obiigeaDce de MM. Tréndant el Tenaud.

Je prendrai surtout pour guide dans celte analyse deux magnifiques ouvrages ; je ne craindrai pas d'en reproduire des pages entières, désespérant de mieux dire et heureux de pouvoir recourir à une telle érudition, jointe ^ une connaissance approfondie du sujet. £e sont r

Le« Promenades de Paris ^ splendide in-folio, publié en 1868, par M. Âlphand, directeur des travaux de Paris^ el le Traité général de la composition des parcs ei jardins^ par M. Bd. André, publié en 1879 (0*

Les plus vieilles traditions de Thumanité nous montrent le xûoX jardith comme synonyme de lieu de délices : c'est dans un jardin enchanté que la Genèse place le berceau de rhumanité. Un vieux mot, paradis, que Thébreu, conome toutes les. langues de TOrient, avait emprunté à la Perse^ désigna d'abord les parcs des rois acbéméoides (2). Le jardin des Hespérides, lee jardins d'Âlcinous, tes Ghamps-*Elysées, ont exercé imagination des poètes de Tantiquilé. Plus près de nous, Mabomet lui-^méme promettait k ses adeptes t« jouissance future d'un jardin planté d'arbres ombreux au milieu duquel est le tuha (arbre du bonbeur).

Les bas-reliefs, les hiéroglyphes, sont venus jeter quelque lumière sur ce qu'étaient les jardins égyptiens. Il est permit de supposer qu'à cette époque les plantations durent être ordonnées suivant les conditions générales de l'art* La ligne droite et la forme roctangulaire en fournissaient les principaux éléments.

\{) l'ui reproduit anssi plusieurs passages du lirre 1res intéressant de M. Arifai lloftgih: niitoirè detjnrâiiii, mais \t$1.

{^) Heiwii, Vn 4$ Jétut, I, 11. ^ iobéHéAMes, ttynalMe p«l«t à&A Aebtl&eiti fut ie fonduleur.

Les ombrage» épais, les eaux, les bassins devaient êlrç surtout recherchés dans ces climats brûlants.

Ces pièces d'eau étaient parfois assez vastes pour former des^ piscines destinées aux bains ou pour porter des barques, ainsi que le montre la figure, un peu schématique, réproduite par M. Alphand d'après un bas-relief d'Hector Moreau et que je vais faire passer sous vos yeux. Des avenues plantées de citronniers, de grenadiers, de palmiers, se croisaient en forme de quadrilatère.

11 y avait aussi des tonnelles formées de colonnettes sur lesquelles s'enroulaient des plantes grimpantes ou de la vigne.

Lq% jardins grec$ semblent peu différer, dans leur ordonnance générale, de ceux des Egyptiens, quoique d'un caractère moins symétrique. Les beautés naturelles paraissent y avoir occupé une plus large part si Ton en juge par ce passage de Boettinger : • Les environs romantiques de la » grotte de Calypso servaient de modèle aux Grecs pour 9 orner leurs nymphéas, qui étaient les plantations les plus 9 embellies de l'ancien monde ».

Homère décrit ainsi dans YOdysiée les abords de celle fameuse grotte : « Autour de la grotte, l'orme, le peuplier » et le cyprès odorant formaient un bocage toujours vert. o Là avaient construit leur nid les oiseaux aux larges ailes : » l'épervier, le hibou et la corneille noire à grande langue, » qui se plall k vivre sur la mer. Une jeune vigne étendait, » autour de la grotte profonde, des rameaux couverts de » raisins. Quatre sources voisines Tune de l'autre y roulaient » leur onde limpide et serpenlaient de tous côtés. Autour » d'elles verdoyaient d'agréables prairies de violellès et » d^acbe. Un dieu même, arrivant dans ces lieux, les verrait • avec admiration ».

Vous voudrez bien ra'excuser, n'est-ce pas, Mesdames, Messieurs, si je ne puîs vous montrer ce soir ni la groUe ni Galypso ; nous devons nous contenter de la description du poète : elle dénote un sentiment des beautés naturelles qui ne saurait nous surprendre chez un peuple dont l'esthétique n'a guère été dépassée ; on peut s'étonner davantage que ce sentiment soit, chez nous, d'origine si récente et que nous nous soyons complu si longtemps aux fadeurs du paysage académique, comme le comprenait le Poussin.

Les jardins chinois, dont je vais essayer de placer un spécimen sous vos yeux, ont un caractère d'originalité qui dénote une création typique fort ancienne, laquelle s'est développée sans aucun mélange étranger; ils semblent plutôt la caricature de nos jardins paysagers actuels ; les accidents de terrain y sont multipliés à plaisir par des moyens artificiels. La recherche, le faux goût sont visibles dans le cours tourmenté des ruisseaux.

« Ces ruisseaux, dit Âlphand, ont vraiment l'allure des » bergers de Florian, enrubannés, portant manchettes et » travaillant à plaire. Les paysages chinois sont précieux, » maniérés et le tout a l'aspect d'un charmant fouillis, frais, ii gracieux, gai, fleuri et faux comme un travestissement ».

Les jardins romains de l'antiquité se sont inspirés de l'art grec.

Le Palais d'Or de Néron était environné de champs de blé, de lacs, de bois, avec des espaces découverts el des perspectives.

Mais les artistes romains ne surent pas éviter les écueils où tombèrent nos artistes des XV1I« et XVIII® siècles en France. Les arbres ne tardèrent pas, sous un prétexl d'abord plausible d'alignement et d'harmonie architectural! à subir les tailles les plus bizarres, en cylindre, en sphèn

en pyramide; on alla jusqu'à leur donner Tapparence des aniniaux et même celle de la figure humaine.

Cependant, au dire de M. Alexandre de Laborde, œ mauvais goûl ne fui pas général. C'étaient partout, nous dit-il, des grottes couvertes de mousses et de violettes et des antres sauvages, ornés de guirlandes de vigne et de lierre, dés ruisseaux coulant à travers des bosquets rafraîchis par le vent, des bois épais, des lacs d'eau vive, et surtout ces ileai de délices nommés nymphéas qui réunissaient la clarté €l la fraîcheur des eaux à la grandeur des arbres.

La perguta (aujourd'hui pergola) des Italiens était un berceau couvert de treilles qui s'est d'ailleurs perpétué jusqu'à nos jours.

Mon ami M. Allard a reproduit un berceau de ce genre vis-à-vis la salle à manger de la Maulévrie, près d'Angers. Grâce à son obligeance, je vais pouvoir vous le montrer. Rien de plus gracieux que cette pergola couverte des plus jolies espèces de rosiers grimpants 0).

Si, comme nous l'avons vu, les grands jardins de la Rome antique, accompagnant les palais des riches patriciens, donnent déjà l'idée de nos jardins pittoresques, ces beautés naturelles n'étaient cependant que l'accessoire, et le vrai sentiment de la nature ne présidait pas encore à ces créations du luxe, qui ne tardèrent pas, d'ailleurs, à dégénérer en un goût pitoyable.

Autour de Rome agonisante, les prairies, les bois el les champs firent place aux avenues, aux colonnades, aux char-

ci) Le parc de la MauléTrie, créé par H. Allard, est tout simplement une des curiosités botaniques do TOuest. On y foit un Arboretum magniûque, d'une contenance de 6 hectares, renfermant 100 espèces et variétés de chênes, la plupart issus des semis du propriétaire, 130 espèces de conirères et environ 900 espèces d*ar()res, arbustes et arbrisseaux, tant par séries qu*en pépinière.

la

oiilles taillées, dans les innombrables villas don( nous voyons encore les vestiges. Ce qui avait sa raison d'être avec des proportions grandioses, devint ridicule sur de petits espaces. L'invasion des Barbares ensevelit Tart des jardins, comme bien d'autres, sous les ruines de TEmpire romain*

Les jardins du Moyen-Age ne méritent guère d'être considérés coonne des créations artistiques.

Des vergers, des vignes, des jardins dé simples, voilà ce que nous voyons surtout dans les ricbes abbayes.

Sous Charles V, le jardin de Saint-Paul était de ^iO arpents ; il était divisé en carrés. Le jardinier-chef se nommait Philippot Persan et ses appointements, ô temps de l'Âge d'or ! étaient de 60 écus par an. Sauvai parle avec admiration d'une plantation de 5,913 ormes, à 4 livres parisis le cent, qu'on amena par eau au port de l'Ecole et de 5 quarterons de cerisiers à 5 sols le cent.

Les labyrinthes étaient fort en honneur à cette époque ; on trouvait charmant d'égarer le promeneur dans le lacis des aljées. C'est le même étal d'esprit qui fit inventer plus tard les sièges à douches, les statues donnant des coups de bâton et autres extravagances.

Les plantations étaient régulières au Moyen-Âge ; c'était le triomphe de la ligne droite e^ jusqu'à la Renaissance, on ne voit rien qui puisse, à proprement parler, rentrer dans le domaine de l'art.

C'est à Florence, vers la fin du XV* siècle, qu'on trouve les premières manifestations de la renaissance de l'art des jardins.

Aux portes de la ville, on peut encore visiter atgourd'hui le Jardin Boboli, qui s'élèv^i en amphithéâtre derrière palais Pitti. Il y a là plus de statues que de bosquets plus de marbres que de fleurs.

« Les allées, dît M. Eugène Munlz(^), s'éiendenl à perte

« de vue, entre de hautes haies dé lauriers, dé vraies

» fôrêtè, taillées ei égalisées comme les ifs du grand roi.

» Plus loin, elles ont pour bordure des cyprès, des mimoôâs,

- 1» ou encore des chênes verts formant berceau. »

On y voit ces chefs-d'œuvre de? grands sculpteurs de la Renaissance destinés à orner les palais des Médicis. Le jardin fut commencé sous Cosme ^^ en 1550.

La statue qui décore la vasque que nous avons sous lés yeux est celle de Neptune, par Jean de Bologne.

Ces créations s'inspiraient des grandes villas des Romains ; c'est un art d'apparat qui ne manque pas cependant de grandeur. — « J'ai bâii de très beaux jardins, dit Gicéron, é dans une lettre à son ami Âtlicus » (^). Ce style architectural s'est conservé dans les jardins de l'Italie moderne ; on y construit des jardins, tandis que nous disons dessiner un jardin et que les Anglais et les Allemands disent planter un jardin.

Remarquons que, sous le beau ciel Italien, de telles décorations empruntées h l'architecture, à la sculpture, cares* sées par un soleil éclatant, sont bien mieux à leur place que dans nos climats brumeux, qui ne se prêtent pas k ces puissants jeux de lumière si saisissauts dans le Midi.

JAais, pour que l'ornementation végétale arrivât à acquérir l'importance à laquelle elle était appelée, il fallait qu'il se produisit un fait qui eût en Europe tes plus graves canséquehceâ : la création des jardins botaniques.

C'est en 1545, à Padoue, que le Sénat de Venise fonda le imier jardin botanique; en 1593, celui de Montpellier

I A travers la Toscane, Eugèoe Hunlz, Tour du Monde, 1894, p. 386. Hortos œdifieavi pulcherrimos.

était créé par Rieher de Belleval, tandis que notre Jardin royal des plantes médicinales, aujourd'hui Muséum d'histoire naturelle de Paris, ne fut fondé. qu'en 1626, par Guy de la Brosse.

Dès le milieu du XVI» siècle, les travaux de Fuchs (1542), I de Clusius et de Malhias de TObel (1576) jetaient les pre-

mières bases de la botanique. On n'avait guère connu jusque-là que la botanique philosophique; on s'en tenait 2i l'étude des écrils d'Aristole et de Théophraste. ^.y Cependant, un mouvement analogue à la Renaissance

italienne se produisit en France, k la même époque, quoique sur une moins grande échelle.

^ : En 1580, Bernard de Palissy donnait la longue descrip-

■fJ^r' tion de son « Jardin délectable », sur laquelle je vous

s?î retiendrai quelques instants, pour vous montrer combien

'^ ^ l'idéal en matière de jardins, de ce grand artiste de la

^ ' Renaissance, différait encore du nôtre (•).

^^ , • Je n'ay pas trouvé en ce monde, dit-il, une plus grande

l^j » délectation que d'avoir un beau jardin ».

f: ^ Ce rêve caressé, on le sent, avec amour, il ne put, sans

rX . ' doute, jamais le réaliser, étant données les nombreuses

\ ^^ infortunes de sa vie agitée.

\^ \ Un des premiers, il préconise l'introduction du pittoresque

^^ et des accidents de terrain dans l'art des jardins, aussi

!^«; s'attire-t-il la réponse suivante de son interlocuteur imagi-

^ ^ naire : « Je ne puis clairement entendre ton dessein, parce

^ , » que tu. dis que tu cerches un lieu montueux pour

r.' ir faire un jardin délectable. C'est une opinion contraire à

^ » celle des Antiques et des Modernes ; car je sçay qu'on

1^. )i corche communément les lieux planiers pour édifier jar-

&^l (1) Voir : Le premier projet de jardin pittoresque en France, par MM. Bois et 6 ilt

8^^ (Jourii. d..* \d Soc. d*hort. de Fr., mai 1895).

Digiti

» dins, aussi sçay-je bien que plusieurs ayant des bosses » et terriers en leurs jardins se sont constituez en grands. » frais pour les applanir. »

Ce sérail cependant une erreur de croire que le jardin du potier des « rustiques figulines » ail pu échapper h l'influence de son époque et que la nature jouât un grand rôle dans son jardin délectable. ■ .

Ce jardin sera de forme carrée, avec cabinets de verdure aux angles, rochers arrangés d'une façon rustique. « De » tous côtés sorteût des • pisseures d'eau », qui feront » mouvoir certains moulinets, et les moulinets feront jouer » certains flaiols (flageolets), etc*t dont s'en ensuivront » plusieurs voix de flaiols gargouillantes qui* en leur » gazouillements, imiteront de bien près les chants des • oiseaux et singulièrement le chant du rossignol *.

Il accepte même les surprises hydrauliques. Cependant il en est qui lui répugnent : « Et quant est des engins qu'au- » cuns ont fait cy-devanl, scavoir est, certaines trapes » desquels ils trompent les nouveaux venus au jardin, et » les font tomber dedans l'eau, pour avoir leur passe-temps, » je ne voudrais eslre leurs imitateurs en cet endroit ; mais «bien voudrois-je faire certaines slatues qui auroienl » quelque vase en vue des mains, et en l'austre quelque » escriteau, et ainsi que quelqu'uns voudroit venir pour lire » laditte escriture, il y aurait un engin qui causeroit que » laditte statue verseroit le vase d'eau sur la teste de celuy » qui voudroit lire ledit Epitaphe. • '

Malgré toutes ces concessions, faites au goût du temps, Bernard de Palissy introduisait un élément tiouveau dans son jardin déleclable : le pittoresque ; les ruisseaux formant des ilôts au milieu du jardin, les grottes, les rochers, les escaliers taillés dans le roc, semblent, comme le disent MM. Bois et Gibault, un essai lointain des Buttes Gbaumoni.

Nous passétonà rapidement sur les petits parterres tourmeotëS) les allées symétriques et peu larges le <t Jardin dcè Pins • le Jardin des Buis » • les douze carrés d'Ifs é de Fontainebleau transmis par Androuet Ducerceau, en 1576.

Les parlertes à broderies ont été remis chez nous^ tout récemment ^ la mode, sous Torme de mosaïques, et avec les puissantes ressources de Tborticulture moderne. Claude Mollet, jardinier de Henri IV, nous montre ces décorations florales dès 1614. En 1688, Boyceau de la Baraudière décrit les « compartiments, feuillages et passements moresques, arabesques, grotesques, guillochés, rosettes, gloires, targés, écussons d'arbres, chiffres et devises, dont les parterres étaient formés (i). Quant aux arbres on les taillait au point de les rendre méconnaissables, et ce travail de déformation faisait la gloire du jardinier en témoignant de son goûu de son habileté, de son ingéniosité (^).

Mais le style français proprement dit n'était pas encore créé.

C'est sous le règne de (jOuis XIV, au milieu des splendeurs de la Cour du Boi-Soleil que le génie de Le Nôtre devait entourer d'un décor digne d'eux les palais somptueux de Versailles.

Celte grandeur, cette majesté dans la décoration nous saisissent d'une impression ineffaçable, lorsque devant le perron du château, nous embrassons d'un coup d'oeil cette magnifique perspective ; les rampes bordées d'ifs, les escaliei^s qui descendent au parterre central, l'allée royale avec son long tapis verl ; enfin le bassin d' Apollon et le canal h perte de vue.

(M Ed. André, loc. cil. p. 31.

<-i) Alplmnd, chap. IX. , . •

Si nous descendons de IWet général à Teiamen des détails, nous pourrons trouver monotones et même ennuyeux ^ous ces cabinets de verdure, ces palissades, ces charmilles, ces rpcailles, ces bosquets en quinconces ; tout cela, en effet, semble puéril.

Hais on doit reconnaître que Versailles est vraiment un chef-d'œuvre qui commande l'attention ; on ne saurait refuser à roéuvre de Le Nôtre « une largeur de conception en rapport avec les lignes* monumentales des bâtiments et ^vec Féclat des costumes de I9 Cour contemporaine. »

« Le Nôtre, anobli par Louis XIV, devenu l'égal des grands, plaisantait votoniiers sur ses armoiries disant qu'elles consistaient en trois limaçons couronnés d'une pomme de chou. »

« Bossuei, lui-même, causait volontiers avec Le Nôtre et l'on peut s'en étonner, si l'on se souvient que le jardinier de l'Aigle de Meaux disait un jour à son maître : Si je plantais des Saint-Augustin el des Saint-Chrysostôme, vous les viendriez voif ; mais pour vos arbres vous ne vous en souciez guère (*) •.

L'entrevue de Le Nôtre avec le pape Innocent XI ne manque pas de pittoresque : « Ah ! s'écriat-il, je ne me » soucie plus maintenant de mourir, j'ai vu les deux plus • grands hommes du monde : Votre Sainteté et le Roi mon » maître l »

« Il y a une grande différence, répartit modestement le Chef de l'Eglise : le roi est un grand prince victorieux et je ne suis qu'un pauvre prêtre, serviteur des serviteurs de nîeu ; il est jeune et jç suis vieux. »

Alors Le Nôtre, frappant familièrement sur l'épaule du

1 ) Ed. André, p. 34 et saiv.

pontife ; « Vous, mon révérend Père, vous vous portez à merveille et vous enterrerez tout le sacré collège ! »

Puis, comme le pape souriait avec bonhomie de celte , boutade. Le Nôtre, oubliant toute réserve, lui sauta au cou et Tembrassa avec effusion-

Le duc de Gréqui, ne voulant pas croire que Le Nôtre^ eût poussé le sans-façon jusqu'à embrasser le pape, offrit de parier 1,000 louis que cet épisode était de pure invention. « Ne pariez pas, lui dit le roi, vous perdriez. Quand je reviens d'une campagne. Le Nôtre m'embrasse ; il a bien pu embrasser le pape » (*).

Les jardins français ont eu et ont encore leurs détracteurs passionnés. La manie de la comparaison a conduit à des parallèles ridicules entre le style régulier et le style pittoresque. Il y a là pourtant deux genres de beauté bien différentes et nullement comparables. Il s'agit d'approprier l'un et l'autre au milieu dans lequel il se produira, au cadre qui doit l'environner.

Le style régulier, dit français, s'harmonisera toujours beaucoup mieux que l'autre avec le voisinage des palais, avec la régularité des lignes architecturales. L'ensemble admet très bien, du reste, la variété dans les détails.

Si les jardins pittoresques ont une grâce et un attrait auxquels le véritable artiste esl très sensible, il n'en est pas ■ moins vrai qu'une perspective de grands arbres, rég^ilièrement plantés, aux lignes accompagnées de vases ou de statues conduisant à une fontaine de grand style, comme au Luxembourg, produit sur l'imagination une impression profonde, entièrement différente de celle que pourrait procur " une scène naturelle des plus imposantes.

(1) Arthur M angin, Hise. des jardim, g. 146.

Pour nous, qui avons pu admirer la décoration superbe et d'un si grand e£Fet qui conduisait à TExposition de 1889, de la Tour Eiffel au Dôme centra), nous sentons très bien^ n'ëst-il pas vrai, que le plus beau parc eût été déplacé dans tm tel milieu.

Dans nos villes même, le jardin français serait bien mieux placé que le jardin anglais au voisinage des monuments. Si, par exemple, les parterres du cours Gambronne, à Nantes, nous paraissent mesquins <3i rococos, cela est dû à la façon dont ils ont été creusés, à leur décoration, au tracé, et non au style français, auquel ces parterres ne méritent même pas de ressortir ; mais c'est le style français seul qui conviendrait lii, de même qu'aux abords de plusieurs autres de nos monuments.

Le jardin paysager demande de grands espaces, des échappées de vue grandiose et rien n'est plus disgracieux que ces petits jardins de quelques arpents, où l'heureux propriétaire a su réunir, entre la boule de verre et les coquillages, une pelouse, un ruisseau, une cascade, une grotte et même quelquefois d*infortunés oiseaux mutilés.

Dans les petits jardins des villes, de simples plates-bandes, de jolis parterres encadrés de quelques arbustes dissimulant les murailles, avec quelques arbres procurant de l'ombrage, offriront beaucoup plus de ressource au véritable amateur, en lui permettant de cultiver un bien plus grand nombre de plantes.

Avant de quitter le grand siècle, j'espère que vous permettrez, Mesdames, Messieurs, au dernier, peut-être, des tulipomanes, de vous dire quelques mots de l'engouement presque fabuleux auquel la tulipe donna naissance, dès le milieu du XVII* siècle, en Hollande surtout. En 1637, on lit dans un petit livre anonyme^ intitulé Traité des tulipes.

qu'on voulari.& celte époque «les faire entrer en comnaerce comme les diamants et les perles »; mais les Etats le défendirent, par raison publique, de sprle qu^on ea fut réduit à organiser des échanges, qui étaient dirigés par une confrérie placée sous l'invocation de Sainte-Dorothée (t). Nous ne sommes plus au temps où Tamateur effréné aurait vendu sa chemise, sa maison, son l)œuf ou sa servante pour une tulipe. Plutôt que de laisser une plante unique passer entre les mains d'un autre, un de ces fous écrasa l'oignon sous son pied. La culture en était tenue secrète. Dans le petit livre cité par Ed. André, l'auteur déclare que savoir bien cultiver les tulipes est aussi difficile que trouver la pierre pbilosophaJe et que, s'il veut bien donner au public les recettes vulgaires, il garde les secrets pour lui seul, car, dit-il :

« Point n'a plu au Créateur céleste » L'horticulture être à tous manifeste ».

Un autre va jusqu'à dire que la tulipe était sans doute le plus bel ornement du Paradis terrestre et qu'on la pourrait dire le chef-d'œuvre de Dieu.

Je m'en voudrais de soutenir, devant le gracieux auditoire qui m'environne, un pareil paradoxe, mais on me permettra bien un plaidoyer en, faveur de cette belle fleur, si délaissée aujourd'hui.

Proscrite avec raison des grands parcs, où les effets d'ensemble sont seuls à rechercher, il n'en est pas moins certain qu'une belle collection de tulipes flamandes classées par couleurs et par tailles, est une des plus belles choses qui se puissent voir pour un amateur de coloris el de dessins. La tulipe, en effet, unit à une variété de couleurs «

(i) Ed. André, loc. cit. p. 53.

ai

ie nuances, pcïussée jusqu'à rinfini, une délicatesse de^de^r ^Id, ud impirévu d'oppositions qu'on ne trouve d^ns nul^p autre fleur. Il semble qu'un artiste divin ail épuisé sur cqs corolles toutes les richesses de sa paletter toutes )es tes* sources d'une injagination géniale. - :

Mais revenons à nos jardins. Après la mort de Le Nôtre/ qui arriva en 1700, les jardins français avaient pris une vogue incroyable. Mais l'excès, qui corrompt vite les meilleures choses, ne se fit pas attendre. Gomme autrefois, à Rome, chacun voulut avoir sa terrasse, son jet d'eau, voire même ses statues et ses charmilles, dans un quart d'arpent.

Les arbres et arbustes taillés avaient dégénéré en ridicules fantaisies. Dans le jardin de l'abbé des Dunes, on voyait des gendarmes en pied taillés en buis. L'abbé de Clairmarais, à Sainl-Oraer, était placé au milieu d'une bande de dindons, d'oies et de grues en ifs et en romarins.

Une réaction contre ce faux goût ne pouvait tarder à se produire.

. Je ne saurais m'attarder à rechercher quel fut le véritable créateur des jardins paysagers. En France, un valet de chambre de Louis XiV, Dufresny ; en Angleterre, un simple peintre en voitures, Kent, on( été tour à tour considérés comme tête.

« La rérité est que les jardins paysagistes ont été créés » dans le Nord oh le paysage est doucement estompé. On » ne peut imaginer rien de plus poétique que ces paysages » aux tons doux et que le mouvement des vapeurs semble • animer. C'est un décor sans cesse modifié par des effets ' » inattendus et qui ne peut se reproduire dans les contrées ] » du Midi baignées d'une lumière égale. C'est surtout en

9fâ

• Ecosse que les paysages sont admirables^ moins à » de la richesse de la végétation que par les contrastes q » produit le jeu de la lumière,

» Les habitants de ces pays ont dû chercher à tirer pa » de ces phénomènes naturels ; ils ont donc composé d jardins où la nature conservait le premier rôle (1). »

Cependant bien des vicissitudes étaient encore réservées ï cet art difficile des jardins, tant il est vrai que le beau et le simple ne suffisent pas toujours k Thomme.

Il n'y eut bientôt plus de coin de parc sans son lempk de Diane, son île de Lesbos, sa grotte de Gacus.

Des tombeaux, des urnes funéraires, des inscriptions i Tamour, à Tamitié, aux grands hommes et.., jusqu'à quelque chien fidèle, furent les ornements obligés de tout paysage.

La garenne Lemot, à Clisson, nous fournit un exemple i notre portée de ce style.

Il semble cependant, dit avec raison M. Arthur Mangin, que ff la disposition du terrain, la richesse de la végétatioo » et le cours capricieux de la Sèvre, qui traverse ce parc, » auraient permis à l'artiste de se contenter, pour ce séjour A champêtre, d'une décoration plus simple. »

C'est alors que furent imaginés le style terrible, le style mélancolique, les dolmens druidiques et les ruines échevelées, que devaient accompagner des arbres déracinés, levant au ciel leurs pacines éplorées comme des bras décharnés, suivant le pathos d'un de ces visionnaires.

Cependant l'exagération s'appliquait surtout aux accessoires. Quelques parcs bien dessinés datent aussi de ce

(1) ÀlpDaad, loc. cit.

temps. Tel fui Bagatelle, planté en 1779, par le comte i'Arlois, aujourd'hui le parc de Monceau.

Ce parc est devenu, entre les mains de MM. Barillet et Alpbandi un modèle accompli du style anglais perfectionné. On n'y volt plus aujourd'hui d'autres fabriques que la naumachie et la pyramide, seuls restes de toutes celles qu'on avait accumulées dans l'ancien Bagatelle.

La naumachie était une colonnade semi-circulaire, fort élégante, que vous apercevez encore à travers les arbres et qui entourait une partie de la pièce d'eau ; il n'en reste que des fragments. La pyramide, qui se cache dans un fourré est, dit-on, le tombeau d'un jeune gentilhomme allemand, tué à la suite d'une querelle de jeu, dans une des soirées orageuses dont Monceau fut souvent le théâtre («).

L^ jardin du Luxembourg avait été « désigné • en 1612, par De Camp, matlre-jardinier, qui y traça des parterres, boulingrins, pour Marie de Médicis, régente de France. On voit encore près du palais une partie de ce vieux parterre. La photographie que vous voyez, représente le jardin tel qu'il est de nos jours, ou plutôt le Palais. On y remarque une profusion d'orangers en caisse.

Après la Révolution française, le style paysager dégénéra et ce n'est qu'à l'avènement de Napoléon III que nous rencontrons ces magnifiques créations, telles que le Bois de Boulogne, et que M. Àlphand, sous le patronage éclairé de H. Haussman, préfet de la Seine^ dota Paris de ces squares qu'on voit aujourd'hui dans la plupart de nos grandes villes.

^ notre époque, l'art délicat de la composition des jardins esi ntré dans une voie qui semble devoir être de plus en

( i. Man^, loc. cit p. 248.

plus (écoode. « L'qoiOQ ioiime de Fart paysager et de raFcbl-

• teclure s'affirme de plus en plus. Noos avons nommé

• style composite^ cette combinaison entre le style géomé- » trique et le style paysager.

• Les jardfns réguliers, autour des habitations luxueuses,

• sont comme la préface ou le prolongement de Tarcbitcc-

• ture sur le sol ; ils procèdent des mêmes règles estbélf- 9 ques et exigent Ji la (ois de la science et du goût. C'est

• dans le dessin de ces jardins, leur appropriation à Tarchi- .

• tecture adoptée et leur transition bien ménagée avec les » parties paysagères du lieu que se révèle toute la valeur » de l'artiste (*). »

C'est en effet IJi l'idéal que nous devons actuellement poursuivre*

On voit par cette revue historique combien il a fallu de ! temps et d'efforts pour lutter contre la routine, contre la i mode, pour conduire, en un mot, l'art des jardins au point où nous le voyons aujourd'hui. Bacon a écril que les chefs- j d'œuvre de rarchileclure sortent plutôt de la main des hommes que les chefs-d'œuvre des jardins, comme si ceux-ci j représentaient la plus grande perfection.

En considérant l'ensemble des connaissances et des aptitudes requises pour exceller dans cet art difficile, on comprend que peu d'hommes y aient atteint. La langue française ne j possède même pas de mot propre à qualifier expressément J cette catégorie d'artistes ; le mot moderne d'architecte- 1 paysagiste est insuffisant.

Comme le dit M. Ed. André : • Ceux qui aspirent k briller « dans Tart des jardins ne doivent négliger aucune occ ion ;

(1) Ed. André, loc. cit. • . .

de se foirmer le goût par h conlemplalion des plils beaux spectacles de la nature, des chefs-d'œuvre de la peinture,

• de la sculpture el même par Taudilion des œuvres des » grands musiciens. Rien de ce qui est beau ne doit leur 9 être étranger ».

La théorie et la pratique de ParcUittîCiure, les lois de la perspective doivent élre l'objet de leur sérieuse étude, mais le sentiment délicat du beau ne s'apprend guère, il faiit'le reconnaître. Tous les grands artistes semblent l'avoir possédé coinmeAine qualité native.

On peut certainement signaler théoriquement quelques règles dVsthétique, mais aucune définition du beau ne nous satisfait pleinement.

On peut dire, par exemple, en toute vérité, que ses attributs principaux sont : la variété dans l'unité, principe qui éclate dans la nature entière ; la simplicité, l'ordre, l'harmonie des proportions; enfin, la grâce, cette grâce insaisissable, indescriptible, souvent confondue par malheur avec la mièvrerie, l'afféterie, même avec la faiblesse. 11 n'y a cependant pas de grâce sans force, ainsi que le disait Ingres.

MaiS) comme l'écrit si bien M. Ed. André, « les connais-

• sances les plus étendues en horticulture et même en » botanique doivent primer toutes les autres. On pourra, en

• effet, suppléer à une insuffisance relative dans le domaine

• de l'ingénieur et de l'architecte en s'aidant de secours é étranger ; rien ûe saurait compenser l'ignorance des è plantes, de leur plantation, de leur culture ». Et il ajoute, avec non moins de raison : • La nomenclature doit

• être le premier objet à étudier. La connaissance des » -es et des arbustes est si peu répandue que les pépiai istes cultivent en grand nombre les seules espèces » <;airement plantées depuis des siècles.

eulent-ils conseiller l'emploi d'une es[)èce nouvelle et

» peu connue4 supérieure absolument aux anciennes, ils » irouveui peu d'amalèurs el se voient forcés de renoncer ^ .

de telles cultures

C'est ici qu'apparaît le rôle important des jardins publies quand ils offrent un double caractère scientifique el horticole, dualité inséparable selon nous, ainsi que nous le montrerons plus loin. C'est là que les amateurs et les praticiens doivent trouver des nouveautés en même temps que tous les ^ renseignements, tous les conseils nécessaires pour leur culture.

Il n'est pas sans intérêt d'entendre un des maîtres de , l'horticulture moderne (nous parlons toujours de M. André) s'exprimer ainsi, relaiivement à l'étude de la botanique : \

« Rien, dii-rl, n'est plus eflficace, pour acquérir l'expé- - » rience désirable, que de travailler la flore indigène du » pays qu'on habile. Presque toute l'Europe a été botanique- ; » ment parcourue et des Flores ont été publiées sur toutes «les régions bien caractérisées. C'est par la lecture de ces « ouvrages que doivent commencer les investigations, la » connaissance de la flore exotique horticole en sera la | 9 conséquence ». j

Je croirais amoindrir l'effet d'une telle déclaration, éma- | nant d'un homme aussi autorisé, en l'accompagnant du j moindre commentaire. ■

Le Jardin des Plantes de Nantes a été conçu suivant ces | principes el je ne puis mieux faire pour en montrer l'importance^ que de citer quelques passages de l'hisloire de ce jardin | écrite par son habile créateur, le docteur Ecorchard (*).

Lorsqu'un homme a réussi aussi complètement d^ns i l'œuvre qu'il a poursuivie, malgré les critiques acariâtre' et i

(1) Hisl. du Jardiu des Plantes de N-mtes, 1855

les difficultés de toute sorte qu'il a renconlrées, il me semble qu'il n'y a pas d'autre discours à tenir que de l'écouter.

En 1850, on transporte dans le jardin paysagiste les arbres dont les rameaux et les racines détruisaient les autres plantes ; ils devaient Tormer dans le jardin paysagiste, dit textuellement Ecorcbard, « un Arboretum nécessaire pour la culture et en même temps utile aux études pratiques, en établissant une connexité intime entre le jardin paysagiste et V Ecole de botanique ».

Il ajoute : « Le Jardin des Plantes doit/ avoir une double destination : promenade publique et foyer d'idées et d'améliorations scientifiques.

» Il semble à beaucoup, dit-il, qu'on ait assez Tait lorsqu'on a, dans quelques carrés divisés en plates-bandes étroites et parallèles, encadré, comme dans les tiroirs d'un casier, les plantes de Tofficine, des jardins ou des champs, ou groupé, en lignes rigides et monotones, les arbres et les arbrisseaux d'orqement. Voilà ce qu'on appelle des écoles modèles qui, suivant certains esprits méthodiques, devraient occuper la majeure partie d'un Jardin des Plantes. C'est pourtant une chose fort disgracieuse à la vue, qui, malgré une apparence d'ordre, est peu instructive pour l'élève en botanique ; car il y voit les sujets hors de leur site naturel,

de leurs habitudes

» Au lieu donc d'écoles uniformes et ennuyeuses^ nous

avons voulu que le Jardin des Plantes tout entier fût une

école ou plutôt une réunion d'écoles aussi attrayantes que

le jardin lui-même : école de botanique disposée en ligne

lorsque la science l'exige ou bien répandue' cà et là,

''vaut les besoins de la culture, par groupes, oii les plantes

nt distribuées sous leur aspect le plus favorable, dans le

qui leur convient, à côté de leurs congénères : école

;boricalture et de paysage, où les arbres, les arbustes.

» les arbrisseaux, livrés à leurs formés naturelles^ peuplent » des massirs légers, abondanis oii majestueux a.

On ne saurait, à raon avis, mieux dire, el je oie permets d'ajouter que dans les nombreuses réunions de bolanisles el d'horticulteurs français ou étrangers auxquelles j'ai assistét j'ai toujours entendu exprimer cietté opinion que ToBUvrc d'Ecorchard était surtout remarquable par la diflBcullé trèt grande qu'il avait su vaincre en donnant au jardin ce double caractère ornemental et scientifique.

Reposons-nous donc quelques instants dans notre beau jardin, avant d'entreprendre, en terminant, un voyage rapide dans ceux de France et de l'étranger.

J'appelle particulièrement votre attention sur quelques arbres que vous apercevez dans nos proj.^ctions : le Pin Pignon est un peu détérioré, mais il joue encore dans le paysage un rôle admirable ; c'est d'ailleurs le doyen de tous les arbres du jardin, le seul qui reste de ceux qui ornaient l'ancien enclos des Ursulines, berceau du jardin actuel.

L'association du bouleau, le plus léger de tous nos arbres avec la masse sombre du Séquoia gigàfttea, est du plus heureux effet.

C'est cette dernière espèce qui forme, en Californie, les célèbres bosquets d'arbres géants de Calavéras el de Maripo^a, près de San Francisco et de la vallée du Yoséraite.

Les photographies dont je dispose ne donnent, malheureusement, qu'une bien faible idée de ces géants du monde végétal.

C'est à partir de 1,000 mètres d'altitude jusqu'à 4,600, qu'on peut les voir, à Mariposa, dispersés dans la forêt, ad nombre de 600 environ.

« Un de ces Colosses étendu à terre, dit un voyageur.

.m Dous grimpâmes dessus, h rdide d'une échelle, et nous » nous promenâmes là comme çur une route. Ce tronc est o assez large pour qu'une voiture puisse circuler dessus.

» Quand il était debout, ce. colosse devait avoir 18 mètres I» de diamètre, 40 mettes de circonférence et IH mètres » de hauteur, c'est-à-dire environ iO mètres de moins que o la flèche de Strasbourg. On évalue l'âge de ce géant à » 8,400 ans, ce qui nous reporte au temps de Sésostris.

» Notre chemin nous fit, plus d'une fois, passer à travers » des arbres dont le cœur avait été détruit par l'incendie ; » debout sur notre selle, nous traversions ces arbres comme » une voûte (t).

» L'écorce coupée vers la base de l'arbre, sur 21 pieds » de long et 80 pieds de diamètre, fut transportée, dans » son état naturel, à San Francisco. On en fit une salle » spacieuse, dans laquelle on mit un piano et des chaises » pour 40 personnes » (2).

Mais cette espèce, que certains naturalistes considèrent comme un témoin des périodes géologiques précédentes, à trouvé dans la rapacité et la barbarie humaine sa limite d'extension. L'homme a osé lui dire : « Tu n'iras pas plus loin j».

« Malgré les mesures de précaution prises par le Gouvernement américain, l'œuvre de destruction continue.

» Dans un de ces bocages luxuriants on n a pas établi » moins de cinq scieries.

• La valeur du bois de toute sorte annuellement dévasté » par l'incendie, dans les Etats-Unis, il y a une dizaine V » d'années, était estimée par le professeur Sargeant à • ^S millions de dollars » (B).

;* (i) Th. Kirehboff, Tour du Monde, 4876, p. 177. {"i) Carrière, Traité des Conifères, p. 169.

49) J -G. Baker, On Kwf^ardwe, Londres, î%%6.

Revenanl à Dotre Jardin des Plantés, voici an groupe de Yucca qui s'harmonise bien avec la rocaille j si laquelle le saule pleureur laisse tomber ses rameaux M gants.

Le Cèdre du Liban est un bel échantillon de cet arbre« Il fut planté vers 1826 et était déjà âgé de 10 ans; Ht donc aujourd'hui plus de 80 ans.

Maintenant, Mesdames et Messieurs, nous allons commencer, si vous le voulez bien, noire promenade horticole i travers la France et l'étranger.

Nous visiterons tout d'abord les régions méridionales. Nous voici à Alger, au Jardin d'essai du Eamma, qui couvre 80 hectares.

De la maison du directeur part une immense et magnifique allée dé dattiers, dont vous voyez ici quelques beaux échantillons.

Puis on entre dans une véritable forêt de palmiers géants, où des individus de tous les continents se coudoient. Le centre de cette forêt est formé par plusieurs Jubœa spectabilis, au tronc lisse, de 1",50 de diamètre et de 10 mètres de haul^

Citons le palmier nommé le « Père Thicrs », donné à M. Thiers par le directeur du Jardin botanique de Kew. Ce palmier, volé lors des événements de 1871 et aussitôt rejeté comme trop embarrassant, était alors tout petit, sur le bureau de M. Thiers, dans un magnifique vase de Sèvres...

Envoyé au Hamma, après quelques vicissitudes, il est devenu un grand arbre possédant un passé politique.

Mais quittons les Figuiers des Banians, l'allée des Platanes, le magnifique groupe de Cycas, traversons la Méditerrannée et arrivons tout d'un trait à Marseille. Voici le parc

Goagle

Borelly, sUué dans le voisinage immédiat de la mer qui nuit UQ peu à sa végétation. Cependant j'y ai vu une charmante pelouse entièrement composée de Gamolepù Tagetes aux innombrables fleurs jaunes : cette plante [paraît s'accommoder de la sécheresse d'une façon excepiionnelle, ainsi que le gracieux Nycterinia selaginoides, plante peu connue, qui forme là de jolies bordures.

Les rivages de la Méditerranée nous conduiront tout naturellement à Antibes oh le jardin de la villa Thuret nous offrirait le plus grand intérêt si nous avions le temps de Dous y arrêter, puis à Nice. En suivant Tincomparable route de la Corniche, nous ferons halte à Monaco, non pas pour nous livrer aux séductions de la roulette, mais pour adnairer les splendides jardins de Monte-Carie.

Remarquons la magnifique allée de palmiers qui s'ouvre devant le Casino.

Dans ce délicieux jardin, dont toutes les plantes sont soigneusement étiquetées, nous voyons réunies les espèces les plus rares de toutes les régions, le tout encadré d'Agaves gigantesques, de Mimosas au feuillage délicat et de Poivriers {Sehinus molle) aux élégantes grappes de fruits rouges.

« Dans aucun pays, nous dit H. Renault (i), je n'ai rencontré une plus belle végétation, un site plus enchanteur. Les gazons ont quelque chose d'onduleux et de chatoyant qui les fait ressembler à un tapis de peluche vert-émeraude. On y voit des caoutchoucs (Ftcta elasiica)^ presque aussi grands que les beaux magnolia qui of naient notre Jardin des Plantes avant le terrible hiver de 1879-80. • I En quittant l'Italie donnons quelques instants aux tles

(i ,. BeoaaH. Sotufeuirs hartieoUt d'un voffoge e« Italie (Âno. Soe. Raot. <l*ho , 1891, p. 90).

BùrrofAée$,qa\ sVpanoaissent comme des fleurs embauméoi à la surface du Lac majeur.

De loin, V Isola hella semble un immense gradin cbarg d'arbres, de plantes de toute espèce, émaillé de mille nuança de verdure et dont les marches forment autant di terrasses.

VJsola Madré, la plus grande des deux lies, n'est proprement parler qu'un rocher à fleur d'eau sur leque on a rapporté de la terre végétale oh croissent des aloèsi des agaves^ des figuiers et des câpriers sauvages. De toa côtés s'étendent des espaliers d'orangers et de citronniers, l'air en est embaumé.

Mais l'arrangement théâtral des décorations a quelque chose de factice qui déplatt généralement aux gens de goût.

A Paris, je vous montrerai seulement les belles serres d\ Jardin d'acclimatation, qui constituent un cbarmao Jardin d'hiver.

A Vienne, voici le Palais du Belvédère, dont les jardini sont dessinés dans le style de Versailles ; puis, autour di Salzbourg, Elfenheim, au prince de Schwartzenberg^ situé au pied du Garsberg, et dont le parc offre de bea points de vue, habilement ménagés.

Le Parc de Bruxelles^ situé dans la ville haute, au miliei des quartiers les plus élégants ; sa disposition, qui dat( de 1870, est toute symétrique. On y volt cependant d taillis, des massifs et des bas-fonds.

L'Amérique a créé, ii, la suite de la guerre de sécession des parcs véritablement immenses.

Le Parc central, dont Je vais vous faire voir une biei petite partie, est situé en pleine ville de New-York ; n'occupe pas moins de 300 hectares de superficie.

Vous goûterez sans doute assez peu l'idylle américain

que noire photographe a oru devoir introduire dans l(^ Parc iê Fairmont. Aussi ne vous mdùlrerai-je ce tout petit coin que pour pouvoir vous dire que ce parc^ situé tout près de Philadelphie^ est une des merveilles du monde. Il a 1,400 hectares de superficie.

Je vais maintenant vous conduire en Angleterre où, grâce ^ Teitréme obligeance de mou aimable et savant amit H. G. B. Clarke^ nous pourrons visiter en détail les fameux jardins de Kew, près Londres, qui représentent en même temps que les plus beaux jardins botaniques du monde entier, Tun des plus remarquables spécimens du style paysager.

Dès 17S0, Frédéric, prince de Galles, louait à long bail le château de Kew et les terrains d'alentour. Son fils, Georges III, les acheta aussitôt son accès au trône; mais c'est surlout la mère de ce roi, la princesse Augusta, qui créa le jardin botanique.

En 1886, la totalité des jardins couvrait une étendue de 14i hectares. Us se divisent actuellement en deux parties distinctes : le jardin botanique proprement dit et le jardin d'agrément ou arboretum. L'un et Tautre sont dessinés à ranglaise. Le yarf/m botanique renferme un vaste étang ; c'est là que se trouvent toutes les serres et les bâtiments occupés par les cabinets d'étude^ la bibliothèque, Therbier, leic» Seul, le grand jardin d'hiver est situé dans te jardin I d'agrément.

I Kew est à 3 ou 4 lieues de Londres ; on peut s'y rendre leo bateau à vapeur, sur la Tamise, ou par chemin de fer. ! Entrons donc par les portes monumentales que reproduit I noire projection.

Nous rencontrons d'abord le Palais de Kew, situé sur Ile bord de la Tamise. Il vous paraîtra, sans doute, assez « ( îortable. »

Les seuls vieux bfttimeDts qui restent do temps de Georges III sonl : la Pagode, bâtie vers 1750 ; TOrangerie du roi (aujourd'iiui converlie en Musée des diverses essences de bois) et quelques lemples et ruinest conçus dans le style : qui plaisail si fort à nos grands-pères («)•

Les parterres {Floiver beds) nous retiendront quelques! instants ; cette projection nous donne une idée très avanta- ; geuse de leur décoration florale. j

Chemin faisant, nous rencontrons un Araucaria m6rt-i cata. Ces arbres supportent fort bien les hivers sans abri/; dans la partie méridionale et sur toute la côte occidentale; de l'Angleterre.

Celui-ci doit avoir environ 6 mèlres de haut.

Dans notre région, on peut voir de beaux arbres de cette^ espèce. Les plus beaux que je connaisse sont celui de; M. Grandin, notaire à Gesié, 10",80 de haut et 1«°,80 de \ circonférence, et celui de M. Gueffier, à Nantes, qui me paraît \ à peu près de mêmes dimensions. Au Chili, dans son pays d'origine, V Araucaria imhricata atteint, d'après Carrière, i jusqu'à 50 mèlres d'élévation.

Puis voici la Terrasse, qui semble très bien décorée i d'une profusion de fleurs. ^

Le Muséum, que je vais vous montrer sous deux aspects ; différents, est un bâtiment important, contenant des collée- 1 lions considérables de graines, de fruits, de produits textiles,^ la bibliothèque, les herbiers.

Visitons maintenant les serres; il y en a dix-sept. Elles se placent au premier rang de toutes celles d'Europe et représentent la plus riche collection de plantes exotiques qu'on I au jamais formée.

(I) « In which our grandtather* delighud. ., J Baker On K^«, « r

La Serre aux Palmiers nous apparaît vue de deux endroits du jardin. Elle a 110 mètres de long sur 30 de forge et ^10 de haut ; toute sa charpente est en fer ; elle a feoûlé 80,000 livres, soit 75QP0O fr.

Intérieur* — Les Palmiers occupent ici la place d'honneur, mais la serre contient aussi des Bananiers, des Bamfeous, des Ficus, des Manguiers, des Tamarins, des Caféiers, des Pandanus, etc.

Le beau palmier étiqueté Livistona inermis est une espèce de l'Australie tropicale.

On voit par la pancarte, au coin, à droite, qu'il est utile, dans une serre aussi vaste, d'indiquer le chemin aux visiteurs.

L^ Aquarium est situé à l'extrémité de la nouvelle serre tropicale. Il contient le Victoria regia, la merveille végétale du nouveau monde ; ses feuilles ont plus d'un mètre de diamètre et leur limbe est tellement épais et résistant qu'un petit enfant peut s'y tenir debout comme sur un radeau.

On aperçoit ici la fleur, d'abord blanche, puis rose; à côté est une feuille non encore déroulée. Notre joli Nénuphar de l'Erdre est une miniature de ce colosse. Originaire du Brésil et de la Guyane, on l'a appelé aussi la Reine de l'Amazone; c'est une plante alimentaire, dit-on; les indigènes l'appellent [aussi Maïs d'eau.

;. On voit qu'il faut un vaste aquarium, dont l'eau est maintenue à 80 degrés minimum, pour cultiver le Ficiorta regia, dédié à la Reine d'Angleterre, après avoir été découvert par UD missionnaire espagnol.

La Serre des Aroïdées est aussi consacrée à la culture des végétaux de la zone inlertropicale : les Anthurium, les Philodendron, Colocasia, Caladium.

Nous n'en verrons ici que l'extérieur.

La Nouvelle serre tempérée est, comme vous le voyez,

une immense ei îon belle construction t elle a 178 mètres de longueur totale et sa superficie est de 7,000 mètres carrés.

Les chevrons du toit sont droits afin que la serre puisse être mise b découvert pendant Tété,

Intérieur. — Le mode de chauffage est le même que pour la serre des palmiers, et le développement des conduits d'eau, dans lesquels circule Teau bouillante) est éfalué ï environ 6 kilomètres ; on voit 1res bien ces conduits sur notre photographie ; à droite tm Eucalyptus*

Enfin nous voici au Centre de cette même Nouvelle serre tempérée. La largeur de Tallée, les dimensions de la charpente en fer indiquent, suflîsamment l'importance de l'édifice. A droite et & gauche des pancartes : l'une recommande de tourner h droite, l'autre de ne pas loucher aux plantes.

Les plus curieuses espèces sont là dans cet autre palais de cristal, sorte de « pandœmonium » du règne végétal qui suflirait * lui seul à faire de Kew une- des gloires de TAngleicrre, une des merveilles du monde scientifique.

La collection des arbres et arbrisseaux, classée et étiquetée, est, comme dans l'œuvre d'Ecorchard, disséminée dans les différentes parties de ce qu'on appelle maintenant le Jardin d'agrément.

Le nombre annuel de visiteurs qui était au-dessous ût 10,000 en 1841, atteignait en 1886, à plus de un million. Pendant les vacances d'été le nombre variait de S0,000 à 95,000.

Noire promenade h travers ce beau jardin de Kew est terminée, mais malgré l'heure qui nous presse, je voudrais déduire de celle visite quelques conséquences pratiques qui me paraissent tout à fait en situation dans une ville comme Nantes et à la veille de la créatioo de notre Ecole â*horti«

Gulturer Je veux parler des services-qu'un jardin botanique ien organisé avec des serres, comme ceiltîs que nous ^venons d'admirer, peut rendre aux colonies. Pour bien en [faire comprendre Timporlance, je céderai la parole à I.M. J. Baker (t) : ' -

I • Depuis que cette inslilulion nationale a été réorganisée Ipar sir W* Hooker, nous dit-il, on a toujours considéré i<îomme un des points principaux qu'elle soit aussi utile que ^possible aux colonies, et d'année en année les Directeurs ont I consacré une grande partie, de leur temps et de leurs travaux à entretenir une correspondance active avec les 'colonies.

' j» Mais comment un jardin botanique peut-il aider les colonies, dira-t-on?

» C'est, répond M. J. Baker, en conseillant la culture des espèces les plus propres à réussir dans telles ou içlles colonies, ce qui exige, conséquemment, la stricte détermination des espèces ; en favorisant la mise en culture de ; planlesi d'une valeur économique certaine, lesquelles courent i le risque d'être détruites dans leur propre pays. » j M. Baker prend pour exemples les quinquinas, la gomme [élastique {India rubber) et la gulla-percha. 1 Sur les trenle-six espèces de quinquinas, quatre seuleimetit, dit-il, ont été plantés en grand dans l'Inde, et la r valeur économique des autres est très peu connue. Voici déjà un vaste champ d'étude.

! En ce qui concerne la gomme élastique, il y a environ f soixante espèces appartenant à divers genres, susceptibles ' de produire celte gomme, réparties dans diverses contrées,

; entre autres à Madagascar (2), et aucune de ces espèces

\- {i) On Kew gardens. Londres, 1886.

^â) Landoiphia (Apocynaceœ).

o'étail encore, il y a une dizaine d'aûnées, cultivée soi ane large échelle. :

Les bolaoistes et les forestiers auront donc k choisir parmi ces espèces quelles sont celles dont la culture serait la phM avantageuse.

Quant à la gutta-^percba*» les arbres qni fournissent ce produit étaientt parait-il, l'objet d'une destruction barbare dans la Péninsule malaisienne. Le temps est venu, disait M. Baker, oii, à moins d'une culture raisonnée quelque pari, la production décroîtra.

Ces exemples montrent bien, n'est-il pas vrai, l'importance d'étudier et d'expérimenter scientifiquement les végétaux d« colonies*

Voulez-vous maintenant, pour terminer, écouter YHUknre récente d'une cohnie tropicale anglaise* Voici de^ chiffres:"

Prenons l'ile de Geylan et étudions comment toutes les eondilions de la vie y ont été révolutionnées par l'arrivée de « l'irrépressible Ânglo*Saxon «, suivant l'épitbète que décerne notre auteur à ses compatriotes. |

« En 1837, quand les plantations de café furent créeesj » Geylan était une simple dépendance militaire rapportant]

• annuellement 87^,000 livres, soit moins que la dépense^] » coûtant à la métropole une bonne somme ronde chaquc| » année ; la population totale n'excédant pas 1 million 1/2,1 » mais demandant près de 6,000 hommes, anglais et indi-i » gènes, pour maintenir la paix.

Maintenant Geylan o£Ei*e une population de ^i millions 3/4,

• avec seulement 1,200 hommes de troupes et l'excédant du

• revenu sur la dépense rapporte à l'Angleterre U800,090 » livres. Un peuple bien mieux nourri, éduqué et soigné de| toutes les façons, habite aujourd'hui cette île féconde. »

« En 1840, la Chine avait le monopole du commerce du

sa

thé. En 1884, la valeur du thé exporté de Tlnde fut de plus de 4 mtlIioDS de livres sterling. »

tt Avant la guerre de sécession dans les Etats-Unis, les Etats du Sud avaient le monopole du commerce du coton brut. Ed 1886, dit sir J. Baker, la valeur du coton brut exporté de llnde était entre 40 et 50 millions de livres sterling » («).

Voilà comment nos voisins entendent la colonisation.

Imitons-les : Déjà au Muséum de Paris sous la direction éclairée de M. Cornu, qui occupe avec tant de distinction la Chaire de culture, la collection des plantes utiles aux colonies est devenue une des plus importantes parmi celles qui existent en Europe. Elle comprend, m'écrit mon ami M. Bois, attaché à la même chaire, la plupart des végétaux utiles des régions iptertropicales.

Grâce à un service de multiplication bien organisé le Muséum de Paris expédie chaque année dans nos diverses colonies, un nombre considérable de plantes et a pu doter ainsi certaines d'entre elles d'espèces précieuses.

Depuis plusieurs années, du reste, le cours de culture de 41. Cornu est exclusivement consacré aux cultures des pays chauds.

La province elle-même est entrée dans cette voie. M. Heckel, directeur du Jardin des Plantes de Marseille, a fondé dans cette ville un Institut colonial, qui a déjh produit d'heureux résultats.

Notre ville, par ses rapports fréquents avec les colonies, est placée dans d'excellentes conditions pour suivre de tels exe ^ples, et le généreux donateur qui vient de léguer à not déparlement le beau parc du Grand-Blottereau, avec

(I ht Kmv garâent. lofKifet, 1886.

une magnifique dotation, a été particulièrement bien inspiré en exprimant le vœu que des serres, vériiahlemerit dignes de ce nom, y soient consacrées à la culture des plantes de nos colonies.

Il serait bien désirable que nos armateurs^ nos capitaines de navires renouassent la tradition interrompue des apports qu'ils faisaient jadis à notre Jardin des Plantes. Au cours des études nécessitées par l'étiquetage scientifique des arbres du jardin, que la Municipalité me pria de faire tn 189^2, mon attention fut appelée sur un certain nombre d'arbrisseaux exotiques, alors indéterminés, qui existaient dans les serres (*) et qui provenaient, très probablement, des apports des zélés navigateurs dont M. Gordé (^) nous à transmis les noms ; ce sont les capitaines Armange, Maugras, Letorzec, Béraud, Joyau, Pelletier et Guénégaud^ et M. Gaston Dupleisis, aide-commissaire de la marine, à Nantes.

Qu'il nous soit donc permis, en terminant» d'exprimer le vœu que VArt des jardins ne soit pas seulement pour nous un art d'agrément ; que les études scientifiques y trouvent un aliment, et nous ne tarderons pas à recueillir les avantages pratiques que je me suis efforcé de mettre en relief. ^

(1) Freyliuia cestroides, Correa rireas Sm. etc., etc. (Voir Bull. toe. kore. Nantes,' 189i, p. 87,

(2) Voir Bull, soc, te. nat. 0„ 1891, p. 69.

Nantes, imp. L. Mellinet ôt Gie, place da Pilori, 5.

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