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JARDINS DE PARIS

Louis XIV, entre temps, chargea aussi Le Nôtre de remanier le jardin des Tuileries, qui n'était royal que de nom, et où le public fréquentait sans aucune contrainte. On peut se le représenter, une fois transformé, grâce à une estampe de Pérelle. Il comprenait deux grands bassins ; le premier était accosté de deux petits rondeaux ; des compartiments de broderies, qui avaient l'apparence de tapis, les séparaient, coupés de petites allées ; ils étaient carrés, sauf ceux qui avoisinaient les bassins, et qui étaient écornés en quarts de cercle; des rangées d'arbres se dressaient de chaque côté du parterre.

Une relation d'un voyage à Paris, en 1657, écrite par des Hollandais de passage, trace des Tuileries un tableau pittoresque : « Il y a sans doute quelque chose de tout à fait magnifique, grand et extraordinaire ; mais il est d'une beauté entièrement différente de celle du Luxembourg, qui est plus à la moderne, même composé et disposé avec plus d'art, au lieu qu'en celui-ci on voit quelque chose de plus sauvage et de plus champêtre. La grande allée est merveilleuse par la hauteur des arbres qui la forment et la grande ombre qu'ils causent. Aux

côtés on trouve des cabinets de charpenterie, couverts de quelque verdure. Il y a un fort beau jeu de mail, qu'on a même agrandi depuis que le roi se plaît à cet exercice... On voit tout auprès un fort beau jet deau. proche duquel est un labyrinthe planté de cyprès. 11 y a d'ordinaire bon nombre de bourgeois et de bourgeoises sur le bord de ce bassin, qui y prennent le frais et s'y reposent après s'être promenés ou voyent pourmener les autres. Le grand nombre n'y aborde que sur le soir, quand on va au cours et qu'on en revient. On y est quelquefois jusques bien avant la nuit, et alors il y a souvent assemblée et bal, qui est d'autant plus agréable, qu'on y est avec toute sorte de liberté. »

En regard, il est intéressant de citer une note manuscrite de lybo, insérée dans un recueil' du Cabinet des Estampes, et qui est des plus amusantes : « En ce tempslà, le beau jardin des Tuilleries étoit le rendez-vous de tout ce qu"il y avoit de grand et d'élégant dans la ville ; on n'avoit pour s'y reposer que quelques bancs de bois. Epars dans la contre-allée, ils étoient toujours très occupés et encore plus désirés ; sy quelque homme y étoit assis, il étoit sûr d'être bientôt accueilli par la révérence de quelques belles dammes ; ce qui vouloit dire : cëdés moy votre place; la politesse françoise se refusoit rarement à cette honeteté. En 1760, le gouverneur du château, Bontemps, fît placer dans la grande allée quelques milliers de chaises, dont il dona la ferme à sa maîtresse Allard ; Taffluence du monde augmenta, attiré par cette comodité ; cela rendit de 13 à 14 mile livres par année; les bancs furent aban-

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donnés, il parut même ignoble de s"en servir. Le grand concours du monde occasionnant beaucoup de poussière, les loueurs de chaises firent faire un toneau roulant, assez Ingénieux, pour aroser la promenade... » (fig. 97, 98).

Les mêmes Hollandais décrivent ainsi le Cours-la-Reine, composé, disent-ils « de quatre rangées d'arbres de i 600 pas de longueur, qui font trois belles allées dont celle du milieu est la plus large. Il est enceint d'un grand fossé qui, du côté de la rivière, est encore soutenu d'une muraille, qui n'est pas plus haute que le terroir, afin que la vue n'en soit pas bornée, et que de la portière du carrosse, on voit la Seine, le pré aux clercs et la plaine Grenelle. On y entre par une grande porte cochère qui est treillissée et gardée par un portier qui a sa petite maison tout auprès. Au milieu, il y a un grand cercle auquel toutes les allées aboutissent, afin qu'on puisse tourner sans faire de désordre, au cours, en défilant. Au bout, on trouve aussi une grande porte de même que celle de l'entrée. » Silvestre a donné de cette porte et du cours une jolie gravure; les pilastres, énormes, étaient couronnés de deux statues assises, accompagnées d'écussons armoriés ; il y avait par devant un petit pont jeté sur le fossé, et, sur une faible longueur, des murs l'accostaient.

Le bois de Boulogne ne servait pas encore de promenade à la mode, « assez grand et planté de chênes.. renommé parce que c'étoit le lieu ordinaire où la noblesse se battoit en duel : il y est fort propre, ayant quantité de recoins et d'endroits écartés ».

Parmi les beaux jardins du temps, Sauvai cite celui du Luxembourg « rempli de quelques jets d'eau, d'un petit bois, de palissades et d'un grand nombre d'allées, et qui

est la promenade ordinaire des habitants du faubourg Saint-Germain (fig. 99). » Une fantaisie de la duchesse de Berry les en priva pendant quelques années ; ce fut une révolution dans le quartier. Par esprit d'opposition, les Condé ouvrirent le leur. Il était magnifique, sïl faut en croire une planche de Pérelle; on y voyait un berceau immense en treillage simple avec des pavillons couronnés de coupoles et, par devant, des carrés avec de petits arbres en quinconces, des parterres d"une broderie très fine, et quantité d'orangers. N"ayons garde en outre d'oublier le jardin du Palais-Royal, dont une gravure en couleurs de Desrais ou de Debucourt, de la fin du xvni' siècle, donne une image si charmante (fig. ioo>.

Il y avait aussi le jardin royal des plantes médicinales au faubourg Saint-Victor; ce ne fut d'abord qu'un jardin des simples, au moins dans la pensée de son fondateur, Jean Robin, arboriste du roi, et médecin de Marie de Médicis. Le projet fut repris par trois médecins de Louis XIII : Jean Héroard, Charles Bouvard et Guy de La Brosse; celui-ci acheta lui-même le terrain de ses propres deniers, en 1635, pour soixante mille livres; nommé intendant du jardin, il en dressa le plan, et sema un grand nombre de fleurs ; il y en avait plus de 2 000, en 1640, au moment de l'inauguration solennelle. D'après Pérelle et Israël Silvestre, un grand bassin circulaire avec jet d'eau se trouvait au bas d'une petite hauteur, encadré de quatre arbres ; de chaque côté, se développaient des parterres géométriques, et à gauche un immense berceau procurait de l'ombrage. Les contemporains mentionnent un labyrinthe, un jardin à tulipes, un verger, une cerisaie, un pré accompagne d'une allée d'ormes, des serres, une orangerie et des pépi-

nières. Les successeurs de Guy de La Brosse : Dufay de Cisternay, Buffon, Flahaut de la Billarderie et Bernardin de Saint-Pierre, s'ingénièrent, avec l'aide de collaborateurs aussi émérites queTournefort et les Jussieu, à développer et perfectionner cette œuvre, qui n'a pas cessé d'être populaire.

Sauvai abonde en mentions et descriptions de jardins, dont le nombre paraît avoir été déjà très grand à Paris, et compensait la rareté des jardins publics. Les moeurs à ce sujet étaient aimables et délicates ; l'heureux propriétaire d'un coin de terrain, où, à grand renfort de soins, entre les hautes murailles des maisons avoisinantes, il s'appliquait à faire pousser des arbres et des fleurs, n'avait pas l'idée de se réserver la jouissance exclusive de cette verdure; il entre-bâillait discrètement la porte de l'enclos aux « honnêtes gens » de sa connaissance, et, de concert, les invités et le maître du logis se promenaient sous les arbres, parmi les sourires des fleurs, se racontant les menus faits du jour, la dernière pièce, un sermon de Bossuet, une polémique de Boileau. Tel devait être ce jardin d'Auteuil, si accueillant, et si délicieux, quand ses hôtes habituels s'y réunissaient.

Tel était celui des Petits Jacobins « aussi propre que bien situé, qu'ils ouvrent aux honnêtes gens. Il consiste en un jardin haut, et un autre bas. Le haut est un grand parterre environné de cyprès et phyllirea qui le rendent vert en tout temps, et pourtant ordonnés de sorte qu'ils ne bouchent la vue ni du cours, ni de la campagne ; le bas entoure le haut, et est occupé en certains endroits par une ménagerie, et couvert, dans les autres, d'allées de plusieurs sortes d'arbres, surtout de nains et de fruitiers...

En je ne sais combien d'autres endroits sevoyent des jardins en quantité, tout jonchés de tulipes, d'anémones, d'œillets et de toutes sortes de fleurs, sans parler des plantes et des simples. Car il y en a et au faubourg Saint- Marceau et au faubourg- Sainl-iMichel, au Temple, à Montmartre et presque en tous les quartiers de Paris et les faubourgs. »

Voici, d'après Sauvai et des gravures de Pérelle, le salon rond des six portiques de treillage au jardin de M. le président Nicolaï ; le cabinet de treillage du comte de Morstein à Montrouge (fig. mi); le jardin de M. de Chamblay, rue du Colembier ; « le jardin de la maison de M. de Saint- Poange, rue des Petits-Champs, de l'invention de M. Le Nautre -> ; le jardin des apothicaires au faubourg Saint- Marceau ; celui de l'abbaye Saint-Victor, des prêtres de la Doctrine chrétienne, du Temple, des Célestins, des Capucins du Marais, de l'Arsenal avec « une allée longue de quelque trois cents toises, attachée d'un bout à la Bastille, de l'autre à la Seine, et placé dans une des plus agréables vues qu'on sauroit imaginer ».

Sauvai décrit enfin le jardin d'un oculiste célèbre, appelé Thévenin ; situé sur les remparts, non loin du boulevard actuel des Italiens, il peut passer pour le type du genre: (f Sa longueur est de trente-quatre toises, et sa largeur de trente-deux, et il est fait en forme de losange. 11 est entouré de quatre allées bordées d'un costé de phyllirea, qui en cachent les murailles, et de l'autre costé de contre-espaliers à l'appui, que soutient une haie de pierre maillée de lattes, d'où sortent des branches étendues comme les doigts dune main ouverte, ou les branches d'un éventail. Au coin du jardin sont des cabinets fort

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