J-IG, 129. — PETIT TRIANON. — LE TEMPLE DE L AMOUB
(Laborde.)
à cet égard. » Le roi lui donna Trianôn. Les fleurs du jardin botanique furent transportées à Paris, au jardin des
^51 8 LARTDESJARDINS
Plantes, où Bei-nard de Jussieu les utilisa dans ses parterres.
Marie-Antoinette s'adressa au jardinier Richard, qui avait visité l'Angleterre, et lui demanda le plan du jardin qu'elle rêvait. Croyant bien faire, notre homme accumula dans son projet les édifices et fabriques les plus disparates : pagode, volière chinoise, théâtre, temple romain de Diane, bassins turcs, vacherie, bergerie, rivières, rochers, lacs, théâtre de verdure, chemins en zigzag, du genre de ceux de la Grande-Bretagne, que Ton traçait, parait-il, en suivant la trace d'un buveur ivre.
L'ouvrage déplut, et l'on eut recours au comte de Caraman, qui avait été recommandé à la reine par la princesse de Beauvau, et d'ailleurs connu par son habileté en horticulture. Marie-Antoinette visita son jardin, dans son hôtel de la rue Saint-Dominique, le 23 juin 1774, et y prit même une collation. Le projet du comte fut accepté ; il était clair et bien établi en perspective ; la rivière coulait d'un point élevé et faisait le tour de l'enceinte; des pelouses s'étendaient devant le château, et trois groupes de bosquets encadraient le paysage. Les travaux commencèrent aussitôt ; la pénurie d'argent les suspendit jusqu'en 1775.
L année suivante, on installe le jeu de bague. Puis une fantaisie bouleverse de fond en comble le plan adopté, et l'architecte Mique en élabore un nouveau : l'eau s'échappe d'un rocher, forme un lac, tombe en cascades, entoure deux îles, frôle une presqu'île devant le château, et reflète un bocage, un bosquet vert, des bouquets d'arbres. Ici et là se dressent un ermitage, un salon hydraulique, un cabinet de treillage, des bancs chinois, les ruines d'un
temple ancien sur un grand rocher, un belvédère. La reine accepte tout, èauf les ruines, l'ermitage, le cabinet de treillage, qui rappelait trop le style ancien, et le salon hydraulique. Les ouvriers se mettent au travail ; l'empereur Joseph II, frère de la reine, visite le jardin en mai 177;, et en septembre, on pend la crémaillère, dont les frais excessifs privent le roi de son voyage annuel à Fontainebleau.
De 1778 à 1782, les architectes construisent diverses fabriques : une chaumière ; un pont en pierre de Vergelay ; le Temple sur les dessins du sculpteur Deschamps (fig. 1291, qui en présente une maquette à la cour ; douze colonnes corinthiennes supportent une coupole, qui abrite la statue de l'Amour par Bouchardon, faite depuis 1 746 ; on plante autour des pommiers paradis, des rosiers pelote de neige, et on décore les ponceaux de caisses de fleurs. Puis, c"est le belvédère, après des essais laborieux ; la grotte avec de la mousse, un lit de repos, près d'une crevasse qui permet de jouir du paysage ; des chemins contournés montent vers des hauteurs ; le lac est empoissonné ; et les gondoles de la reine battent pavillon bleu et blanc.
A ce moment, Marie-Antoinette songe à édifier un hameau, comme celui du prince de Condé à Chantilly. Mique fournit un plan dans l'hiver de 1 782-1 783. M. Desjardins pense qu'il n'y a ici aucune influence du peintre Hubert Robert; peut-être conviendrait-il d'être moins affirmatif, surtout si l'on songe qu'on utilisa cet artiste pour modifier dans le sens nouvau le bosquet des Bains d'Apollon, à Versailles. Henry exécute alors une maquette en relief. Claude Richard succède à son père Antoine ; il quadruple la production des fleurs, dont la reine
JARDINS ANGLAIS EN FRANCE "JS
raffole, et qui en décore les salles du palais pour les fêtes royales.
Les travaux commencent en 1783 ; le plan est de border le lac de maisons rustiques. 11 y en a deux groupes : le moulin, le boudoir, le manoir ou maison de la reine, et les
PETir TRIANON.