‹ L'art dramatique à ValenciaChapitre 305 sur 343 · I. Patr., Miguel Jerûnimo ÇhorruUa · texte numérisé non relu

I. Patr., Miguel Jerûnimo ÇhorruUa

location. L'audace de celle innovation efFraya-t-elle l'une des deux parties? Les administrateurs de l'Hôpital n'osèrent-ils pas s'eng^ager dans la voie ouverte par leur trésorier ? Ce qui est certain, c'est que le traité établi avec la troupe d'Andrés de Claramonte fut résilié avant tout commencement d'exécution : Non uenit ad effectum, mentionne en marg^e le notaire. On préféra s'en tenir à un système qui avait fait ses preuves : suppression du loyer — puisqu'aussi bien les comédiens n'arrivaient pas à l'acquitter, — et association financière de l'Hôpital avec les comédiens, auxquels il enlevait, à la porte même de la salle, au double titre de propriétaire du local et de tuteur des pauvres, une bonne part de l'argent recueilli.

La crainte des chômag^es, qui était pour l'Hôpital le commencement de la sagesse, l'amena à consentir aux comédiens de nouveaux avantages susceptibles de les attirer de plus en plus vers Valencia.

Il institua donc des « journées de bénéfice », dias de aprovecliamiento, c'est-à-dire des journées où l'Hôpital renonçait à percevoir sur chaque entrant les 4 deniers réglementaires et permettait aux comédiens d'encaisser l'intégralité de la recette, sauf la taxe spéciale des chaises [cadires) et des log^es (finestres), (jui restait à l'Hôpital. D'ordinaire, celte faveur était consentie à la troupe alors qu'une circonstance exceptionnelle permellail de prévoir une fructueuse recette, et en compulsant les Livres de Trésorerie on se persuade vile que la générosité de l'Hôpital équivalait pour les bénéficiaires à une bonification d'environ i5 ou 18 livres : le cadeau était d'importance pour d'aussi pauvres hères. L'usage des «journées de bénéfice » date environ de l'année 1600. Le 12 mai 1601, au témoignage des Livres de Tréso-

rerie, on abandonne à Rios, pensionnaire de la Olivera, tous les bénéfices de la journée, et le trésorier se croit tenu de justifier cette largesse par la nécessité d'attirer des comédiens à Valencia'. Si on la justifie, c'est qu'elle n'était pas encore entrée dans les habitudes ; nous allons voir qu'elle y prit rapidement une belle place. Dès le 4 novembre 1601, Gaspar de Porres obtient le traitement qu'on venait de consentir à Rios; le 3i mai 1602, c'est le tour de Santander^, et dès lors les exemples deviennent si nombreux qu'il serait malaisé de les relever tous. Leur multiplicité provoqua une réglementation. On décida (et ce fut dès lors une clause de tous les traités signés entre Hôpital et comédiens) que ceux-ci bénéficieraient de trois représentations sur trente ^ étant bien entendu que l'un de ces bénéfices sera un jour de première, l'autre sera un jour de seconde représentation, et le dernier sera un jour férié; en aucun cas, les comédiens, qui avaient le choix des dates, ne pouvaient pla-

1. « Ittem en dotze de maig [1601] rebe dos lliures quinze sous y nou dîners de la caritat de la casa de les farces, ço es de les cadires, com tôt lo dénies se H bagues Uiurats a Rios per acoraodarlo com se acostuma en ocasions pera atraure a comediants que aco dixquen y per inconuenients y infortunis quels seguixen durant les representacions perque resten aprahils. » Il n'est pas question des loges dans la' part réservée à l'Hôpital, parce que, appartenant pour la plupart à des abonnés qui payaient une fois pour toutes, il se trouve que cette fois aucune d'elle n'a donné lieu à une recette ; mais d'autres documents prouvent qu'en pareil cas le prix des loges restait à l'Hôpital.

2. Livres de Trésorerie : « Ittem en 4 [de noembre 1601] rebi ciach lliures y onze sous, ço es cadires 3. 5. —, apos. 2. 6. — , com lo demes se donas a Porras per concert. » — « Item en darrer del dit [maiç 1602] rebi una lliura buyt sous y huit diners, ço es per les cadires y aposentos, com lo demes se bagues donat a diego de Santander per concert y per acomodarlo coms li bauia offrrit al principi y quant comença a representar. »

cer un spectacle de bénéfice soit le jour de leurs débuts, soit le lendemain'. Si d'aventure le contrat prévoyait une série déterminée de représentations avec faculté de prolongation, l'Hôpital, pour que les comédiens profitassent plus volontiers de cette faculté, leur accordait au début de la nouvelle période une ou deux journées supplémeutaires de bénéfice, lesquelles pouvaient coïncider avec des spectacles de première^.

Ce régime dura jusque vers l'année 1624. A cette date, les directeurs de troupe qui n'avaient besoin de rien tant que d'arg'ent liquide, obtinrent de l'Hôpital qu'il rémunérât leurs services en monnaie sonnante et trébuchante. Par compensation, ils renoncèrent à leurs représentations de bénéfice. L'Hôpital, pour parler comme les contrats, « racheta » les journées jusque-là abandonnées aux acteurs. Cette combinaison apparaît dès le i3 août 1624 dans un traité signé entre l'Hôpital et

1. Voici, par exempte, un extrait du traité intervenu le 5 septembre 161 9 entre le trésorier de l'Hôpital et Alonso de Olmedo [Patr., Miguel Jerônimo Chorrutta] : le trésorier « se obliga de dar de ayuda de costa al dicho Alonso de Olmedo de treynta representaciones très dias, a saber es vn dia de comedia nueua,y el otro segundo dia, y el tercero dia de fiesta, a sabcr es los quatro dineros tan solamente como no entieuda darle los dos dineros que se ban impuesto ni los derechos de los aposientos ni los de las sillas, que se qucdan los dos dineros para la obra... Oue el dicho Olmedo no pueda tomar el primero ni segundo dia, quando Uegara a representar a la pressente ciiulad. » Cf. ihid., même année, le traité du 17 décembre.

2. Cf., par exemple, le traité du 2 décembre i6i3 dans les minutes de Miguel Jeronimo Chorrutta. — Cf. aussi le Livre de Trésorerie de l'année 1621-1O22 : « a ii de dit [Juny 1621] se dona lo dia als comediauls per conset \= concert] perque restan assi. » — « a i3 de dit [Juny] se dona lo dia aïs comediants per concert pera que fesen la festa del corpus y perque restasen assi. » Le Corpus avait été célébré le 10 juin; il s'agissait donc, le i3 juin, de l'exécution d'une promesse antérieure.

Anlouio de Prado, dont le fondé de pouvoirs était Don Guilléii de Castro : celui-ci serait-il l'auteur responsable de l'innovation? Le trésorier « fait bonne et valable promesse à Antonio de Prado de lui donner et payer 2.000 réaux castillans à la place des six représentations de bénéfice dont le dit Prado devait profiter selon l'usage et la coutume; le payement aura lieu sous cette forme que, de quinze représentations en quinze représentations, remise sera faite de 5oo réaux jusqu'à complet achèvement de 2.000 réaux' ». Toutes les troupes ne surent pas imposer à l'Hôpital le payement d'une pareille prime. Le 17 janvier 1625, on en revient avec Juan Martinez au système des représentations à bénéfice, mais on y revient dans des conditions plus avantag-euses pour les comédiens, puisque ceux-ci obtiennent huit jours de bénéfice (au lieu de six) pour soixante représentations^.

Ce retour en arrière marque la suprême — et inutile — résistance de l'Hôpital. S'il veut avoir des acteurs dans son théâtre, il faudra désormais qu'il les attire par l'appât d'une subvention. On discutera et on modifiera sur ce point comme sur les autres les clauses des contrats, mais le principe n'en sera plus contesté. Le 27 novembre 1625, Juan de Morales Medrano touche à la caisse de l'Hôpital 3io livres « pour avoir donné soixantedeux représentations sans avoir pris aucun bénéfice... et pour avoir été convenu avec lui qu'il lui serait paj^é 5 livres pour chaque représentation ^ ». Le 12 mai 1627,

i.Patr., Loreazo Villareal.

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