‹ L'art du boyaudierChapitre 16 sur 16 · OBSERVATIONS · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS

Les poids ont été mis sur le plateau sans secousse , et avant de voir casser la corde, il s’est écoulé cinq minutes trente secondes.

f Le

Les poids ont été mis doucement ; il s’est écoulé , depuis le premier poids jusqu’au moment où la corde a cassé , sept mi- V nutès quinze secondes.

I Trop soufrée. Elle a sup- 1 porté les poids cinq mi- \ nùtes.

Non soufrée.

Peu soufrée. Elle est de même grosseur que celle qui , avant de casser , a monté au violon, comme chanterelle , quatre tons au-dessus dudiapazon de l’Opéra.

» » Peu soufrée.

Ifata.On appris, dans toutes les expériences , même longueur de oorde, c’està-dire 20 pouces; les nœuds faits au plateau et à la corde supérieure, il s est trouvé dans toutes les expériences i3 pouces et demi à partir des nœuds. Le plateau pesait 8 livres , et fait partie des poids quo nous rapportons.

Si l’on veut examiner les cordes à instrumens , il faudra, suivant nous, à finesse égale et au même nombre d’intestins , mettre la corde sur Finstmment , savoir combien de tours il faudra donner à la cheville pour arriver au diapazon de l’Opéra. On se servira alors de l’instrument, ou on laissera la corde tendue pendant un temps donné ; on examinera la qualité du son , et on notera de combien la corde a baissé. On la mettra au ton, et on laissera ensuite l’instrument pour l’examiner de nouveau un ou plusieurs jours après. Pendant cet espace de temps , les variations de l’atmosphère devront être notées.

Ensuite ou avant il faut examiner, sur une longueur donnée , quelle est celle des cordes de même dimension qui porte le plus de poids avant de casser : car celle qui porte davantage sera celle qui monte le plus haut ; et si elle monte, par exemple, un ou deux tons de plus , nécessairement étant fixée au ton juste , elle résistera plus facilement et plus long-temps sous l’archet.

La corde la meilleure et qui doit faire le plus loug usage , est celle qui change le moins d’aspect quand on la monte sur l’instrument : celles qui se ternissent et perdent leur transparence ne doivent pas résister. Les musiciens , s’ils y ont fait attention , doivent avoir observé ce fait.

La corde qui arrivera plus vite au ton , qui variera moins , et qui aura le son le plus plein , le plus sonore, et qui pour ainsi dire fera la cloche , sera la meilleure. Il faut que le son ne soit ni maigre , ni criard , ni faux.

Peut-être les musiciens ont -ils d’autres moyens pour apprécier la bonté des cordes ; mais ceux qui viennent d’être indiqués paraissent essentiels.

Pour compléter la description de l’Art du Boyaudier, nous n’aurions qu’à faire connaître la manière de préparer la baudruche dont se servent les batteurs d’or, et aussi celle de préparer le cæcum des moutons. D’après l’usage auquel est consacré ce dernier, il nous répugnerait de nous en occuper. D’ailleurs le détail de ces deux fabrications n’est pas exigé par le programme. Cette dernière raison ne nous a pas empêchés de faire des expériences suffisantes, pour être à même de tracer succinctement l’art de préparer la baudruche des batteurs d’or, art peu connu, et que nous n’avons point trouvé décrit d’une manière satisfaisante dans aucun auteur.

De la baudruche des batteurs d'or.

Les bouchers , boyaudiers et charcutiers entendent par le mot baudruche l’intestin cæcum

du boeuf ou du mouton ; mais ce mot ne doit être consacré que pour la double membrane que les batteurs d’or emploient de temps immémorial. Elle est retirée du coecum du bœuf, et les seuls charcutiers font cette opération. On ne peut jamais la retirer entière , le tiers environ de celte pellicule se trouvant faire partie commune avec le suif, dont on ne peut la débarrasser sans qu’elle se déchire.

Une fois que l’ouvrier a décollé la portion de membrane péritonéale qui entoure la partie fermée du coecum , il la tire , et elle suit de la longueur de 2 pieds à 2 pieds et demi. Elle revient sur elle-même , on la met à sécher. Etant sèche, elle ressemble à une ficelle. L’ouvrier qui prépare la baudruche prend cette membrane desséchée , la met tremper dans une solution de potasse très-faible. Suffisamment humectée, il la place sur une planche pour la ratisser avec le couteau. Quand ces pellicules sont bien propres et suffisamment dégorgées dans l’eau , il les étend sur une espèce de châssis en bois de 3 à 4 pieds de long sur 10 pouces de large; il est formé de deux montans assemblés par deux traverses : ces quatre morceaux de bois offrent dans leur longueur une rainure de 2 à 3 lignes de large.

Pour étendre cette membrane, l’ouvrier la

prend dans ses mains et place sur le haut du châssis un des bouts, ayant soin que la partie de cette membrane qui était extérieure étant sur l’intestin de l’animal , soit la portion qui s’applique sur le châssis ; il la tire en tous sens et la fait adhérer sur le bord dudit châssis ; une fois cela opéré , il prend une autre membrane , qu’il applique sur celle qui est déjà tendue, ayant soin de laisser à l’extérieur ce qu’il nomme la fleur du boyau , c’est-à-dire plaçant les deux membranes , de façon que la partie qui adhérait à la membrane musculeuse se trouve l’une contre l’autre. De celte manière , elles se collent parfaitement et ne font qu’un seul corps.

Ces deux membranes sèchent promptement, excepté les extrémités, qui sont collées sur les traverses du châssis. Quand le tout est bien sec, l’ouvrier coupe la baudruche avec un bon couteau et en suivant la rainure dont nous avons parlé.

Les bandes de baudruches sont ensuite livrées à un autre ouvrier pour les recouvrir de ce qu’on nomme le fond, leur donner le dernier apprêt et les couper de grandeur convenable.

Quand l’ouvrier veut terminer la baudruche, il prend chaque bande, les colle sur un châssis comme celui dont nous avons parlé, mais qui

ne porte point de rainure, il enduit de colle les bords de ce châssis et y place la bande de baudruche. Une fois sèche, cette membrane est lavée avec une dissolution contenant, sur deux bouteilles d’eâu, une once d’alun, et on laisse encore sécher; ensuite on enduit la baudruche, au moyen d’une éponge, d’une solution concentrée de colle de poisson faite avec du vin blanc, dans lequel on a fait macérer des substances âcres et aromatiques, telles que girofle, muscade, gingembre, camphre, etc. Ces derniers ingrédiens spnt ajoutés pour empêcher les insectes d’attaquer la baudruche : suffisamment enduite de ce que les ouvriers nomment le fond, on la recouvre d’une couche de blanc d’œufs. La baudruche est ensuite coupée en morceaux carrés de 5 pouces. On les soumet à la presse pour les aplatir; on les met en tas ou livrets , et on les livre au batteur d’or.

Ce dernier travail se rapproche beaucoup de celui qu’on est obligé de faire pour préparer le tafetas d’Angleterre.

Crin à pêcher.

Le crin à pêcher n’est pas le produit de l’Art du Boyaudier. Nous croyons, sans pouvoir l’affirmer, que cette substance provient du ver à soie. Nous pensons qu’elle est retirée des co-

cons les plus beaux, lesquels sont réservés pour la propagation de lespèce. Quand le papillon s’est fait jour, ces cocons sont pris et jetés dans une chaudière pleine d’eau bien chaude, on prend une foule de brins avec un balai de bruyère; ils s’agglutinent et ne suivent au rouet que très-peu, en raison du trou dont le cocon est percé ; on soufre ces brins pour les blanchir , et on les met en paquets. La matière animale résineuse qui entoure ce fil le rend imperméable à l’eau. Ces détails , nous les devons au souvenir confus qui est resté dans notre esprit depuis notre jeune âge. A cette époque, par des circonstances particulières, nous nous trouvions aux environs d’Uzès, où l’on élève beaucoup de vers à soie; mais alors guidés par d’autres idées nous n’avons pas apporté à ces travaux l’attention que nous y apporterions aujourd’hui.

Quelques personnes croient que le crin à pêcher se fait en prenant le ver à soie, le brisant en deux, tirant en sens inverse, et tenant chaque moitié d’une main ; ce qui lui a mérité le nom que les marchands lui donnent, de boyau de ver à soie (i): quoiqu’il en soit de

(x) Après la remise de ce mémoire au concours, nous avons voulu nous assurer de ce fait. M. Regnart , docteur en médecine et dentiste, a bien voulu nous ceder des

cette opinion , ce qui nous importe , c’est d’être convaincus que le crin à pêcher n’est pas le produit de l’Art du Boyaudier, et que par conséqnent nous sommes excusables, si nous en traitons d’une manière si peu digne des hommes appelés à juger cet écrit.

crins à pêcher , nous les avons mis tremper dans Beau alcaline. N’ayant pu parvenir , après plusieurs heures de macération , à séparer les fils dont nous les soupçonnions formés , et voulant tenter de nouvelles expériences , nous avons demandé de ces mêmes crins , en faisant connaître à M. Regnart les tentatives infructueuses que nous avions faites 5 il nous a fait la réponse suivante. Nous la publions avec la confiance que doit inspirer un médecin à qui l’on doit l’application du métal fusible de Darcet, modifié pour plomberies dents.

Lettre de M. Régnait.

Vous me demandez , Monsieur , quelques crins à pêcher et des renseignemens sur le fil connu dans le commerce sous les dénominations de fil de Valence , de crin marin , de fil de boyau de ver à soie , etc. : je vais vous communiquer ceux que j’ai recueillis , il y a une dixaine d’années , près d’un Lyonnais , et au moyen desquels j’ai préparé plusieurs de ces fils.

Lorsque le ver à soie est sur le point de filer , on le plonge dans le vinaigre ; après une macération de vingtquatre heures , on l’en retire et on lui rompt la tête. Un fil se présente 5 en tirant sur la tête , ce fil s’allonge et se déploie sous la forme que vous lui connaissez. On expose

ce' 'fil à l’air pendant quelques heures , tendu entre deux ^ petits bâtons ; il prend alors une grande consistance.

Si on rompt la tête au ver à soie avant de le faire macérer dans le vinaigre, le fil suit , mais en offrant l’image d’un mucus qui ne prend pas de consistance.

Ce fil provient évidemment de la substance dont le ver se sert pour filer la soie : effectivement , en rompant la têfceil cet insecte, nuaa»r4ejtalaaeau epii' contient

cette matière et qui vient aboutir à l’ouverture que l’on remarque sous la lèvre inférieure; mais cette matière, qui remplit le vaisseau dans toute son étendue, s’étend au lieu de se rompre , et son déploiement forme le fil en question : ce n’est donc pas avec l’intestin que l’on forme ce fil , comme semble l’indiquer la dénomination de fil de boyau de ver à soie.

Tel est le procédé à l’aide duquel j’ai préparé plusieurs de ces fils. S'il existe quelques modifications , ce ne peut être que pour donner au fil plus de blancheur et plus d’égalité dans son épaisseur : du reste ceux que j’ai obtenus ressemblaient à ceux qui sont livrés au commerce.

Votre dévoué, etc.

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