LES CANIFS
Ces outils se font d'une forme excellente et d'une trempe supérieure à Mirecourt où, du reste, on peut se procurer tous les outils qui servent à la profession de luthier.
Il faut avoir cinq ou six canifs tant grands que petits, larges qu'étroits, depuis ceux destinés à ébaucher les poignées jusqu'à ceux qui servent à la pose des chevalets et à l'ouverture desyy(Fig. 30). Les plus grands ont
de 12 à 13 millimètros de largeur et les plus petits 3 millimètres. Tous ont environ 15 centimètres de longueur (1).
Pous les emmancher, on insère la lame entre deux morceaux d'érable dans chacun desquels on a pratiqué une rainure de la moitié de l'épaisseur de la lame ; on assemble, on colle et on façonne le manche en laissant sortir la lame de 4 à 5 centimètres pour les grands canifs et de 3 centimètres pour les petits.
Quelques luthiers mettent les canifs dans des manches à coulissedontlecentreestmunid'une douille en cuivre et l'extrémité supérieure d'une vis qui permet de régler la position de la lame et de la changer au besoin. Bien que ce système paraisse excellent, je préfère le premier qui est le plus pratique, et ofïre surtout plus de solidité pour les gros travaux; les canifs à vis ne sont d'ailleurs guère employés que pour l'ajustement des chevalets et la pose des âmes.
Le violonier doit avoir un canif à fileter, dit canif à couper, qui sert à faire les rainures du bord des pièces, fonds, tables, etc. Sa lame a une largeur d'un centimètre environ ; on lui laisse une faible longueur hors du manche à cause de la nécessité où se trouve l'ouvrier de tenir l'outil à la façon d'un porte-plume, très près de la pièce qu'il coupe, en se servant de son annulaire comme guide pour ne pas échapper le trait. La tranche de la lame doit former avec l'axe du manche un angle très ouvert, ce qui facihte encore son emploi. Dans le filetage, la partie du bois comprise entre les deux traits coupés au canif s'enlève au moyen d'un petit bédane fixé à un manche de 3 centimètres de longueur et fait avec une grosse alêne de cordonnier cassée à la partie médiane de sa courbe et affûtée à l'intérieur en un biseau court (Fig. 31).
Fig. 30. — SÉRIE DE CANIFS.
(1) Les dimensions des canifs sont plus grandes pour la construction des contrebasses.
LES RATISSOIRS
Bien des professions font usage de cet outil : la menuiserie, Tébénisterie, la saboterie. Les ratissoirs des sabotiers ont beaucoup d'analogie avec ceux des luthiers, en ce qu'ils sont minces, flexibles et ne s'aiguisent que d'un seul côté, ce qui en rend la coupe plus vive et plus nette. Leur flexibilité leur permet de suivre toutes les inflexions des voûtes, soit à l'intérieur soit à Texlérieur. Il y en a des grands pour les flancs, des moindres pour les gorges, des droits pour les éclisses, la touche, etc., des courbes de grands et petits rayons.
Les ratissoirs se font avec des feuilles d'acier laminé qu'on polit et qu'on forme et aiguise à la meule ou au tiers-point d'un seul côté. Le biseau est court et morfilé à la pierre à huile ; puis, à l'aide d'un brunissoir ou afnioir ovale, on renverse le fil du côlé opposé au biseau. Ce brunissoir ou affiloir peut se faire avec un vieux tiers-point dont on use la taille et arrondit les angles à la meule; mais je conseille de les acheter tout faits cl)ez les quincailliers, ou de préférence chez les marchands de fournitures d'horlogerie où ils sont meilleurs et mieux polis.
Pour retourner le fil, il faut tenir le ralissoir de la main gauche, passer d'abord une ou deux fois le brunissoir bien à plat sur la partie non biseautée, de façon à en adoucir la coupe, puis poser le brunissoir sur le biseau, passer en appuyant également sur ce taillant en redressant le fil progressivement et d'un bout à l'autre jusqu'au moment où le fil se trouvera renversé du côté opposé à l'ellort, ce dont on peut se rendre compte en y passant le doigt.
Si cette opération est bien faite, l'outil coupe et rase avec une netteté surprenante toutes les aspérités, tous les fils qui ont échappé au rabot.
Quand on s'aperçoit que le ratissoir ne coupe plus avec la même netteté, on rabat le fil en pa.ssant le brunissoir sur l'outil mis à plat sur le bord de l'établi ou de la varlope, puis on redresse le fil, et on lui redonne un aulre renversement qui rend de suite l'outil aussi actif, et même quelquefois davantage, que la première fois. Cette opération du réaffllage peut se renouveler deux ou trois fois avant qu'on ait besoin de recourir à la meule pour refaire le tranchant.
Pour préserver ces outils délicats du froissement, on a l'habitude de les insérer entre les feuillets d'un livre. C'est du moins le moyen employé par les ouvriers de Mirecourt qui s'en servent avec une grande habileté, ne laissant sur les pièces ratissées aucun éclat, aucune aspérité.
LE TRAÇOIR A FILETER
Le traçoir est une variété du troussequîn. Cet outil se fait en acier; la partie débordante et qui sert de guide est traversée à angle droit par une tige carrée cursive pouvant s'allonger, se raccourcir et se fixer par une vis de serrage. Cette lige reçoit à son extrémité deux pelites lames aiguisées en langue de carpe destinées à tracer la place des filets qui bordent les tables, les fonds et en général tou- ^^ ^M I tes les pièces dont on voudrait fileter ^ ^m ^H ^H les bords. Les deux petites lames sont
Y ^M ^H ^H maintenues et leur écartement réglé
1 ^M ^B ^H I au moyen d'une vis qui les serre latéf ^M ^H ^^ ralement.
f ^I^H ^H ^^^ anciens tragoirs n'étaient que
^m Nrl^ ^H ^^ simples compas à ressort dont une
I ^H Jambe plus longue que l'autre servait
^^ de guide, tandis que l'autre était ter-
minée par une pointe (1). On ne pouvait ainsi tracer qu'un trait à la fois et il fallait deux opérations pour avoir le tracé complet, ce qoL rendait le filetage plus difficile et moins exact.
On a construit des traçoirs d'une forxne très pratique et dont la figure 31 donne le dessin. Ils vien^ient de l'atelier de Moitessier, excellent luthier et facteur d'orgue, établi à Montpellier depuis 1832.
Fig. 31. — Outils a fileter : bédane, iraçoirs et canifs à couper.