CINQUIÈME PARTIE
PAR LES SELS D’ARGENT
§ 1er-
Préliminaires.
L’épreuve positive est, en définitive, le but où tendent tous les travaux photographiques, puisque c’est par elle qu’ils se manifestent au public ; aussi son importance est-elle incontestable. Son obtention dans des conditions parfaites est loin d’être une chose aussi simple que les manipulations semblent l’indiquer, et il arrive journellement qu’un négatif qui semble trèsbeau ne produit pas les épreuves qu’on en attendait.
Nous n’entreprendrons pas la discussion des études
que l’on a faites sur les causes de leur durée ou de leur destruction, nous pensons que, faites dans de bonnes conditions et avec la conscience qu’on doit apporter à la réalisation de ses œuvres, elles ont une très-longue durée et répondent suffisamment aux besoins de la génération que nous représentons. Affirmer que les épreuves aux sels d’argent peuvent être inaltérables à certaines causes de détérioration, nous ne le pensons pas, mais cela tient sans doute autant à la qualité du papier que le commerce nous fournit qu’à la manière dont ces épreuves sont obtenues.
Choix du papier.
Cette grande question, irrésolue encore, divise tous les opérateurs. Pour nous, nous prenons du papier de Saxe grand format, et, malgré les essais du papier français, nous avouons, à notre grand regret, que la supériorité est toujours restée au papier étranger. Au chapitre des accidents, nous considérerons le mode dont se comportent plusieurs qualités.
Avant toute opération subséquente, il est utile de faire un tri dans les feuilles, de séparer celles qui sont marquées de petites taches noires, celles qui contiennent ou des jours, ou des fils colorés, ou des pailles, etc.
PAR LES SELS D’ARGENT
On utilise les découpes de ces feuilles pour de plus petites épreuves.
Chlorurage du papier. — Choix des chlorures.
On marque au crayon l’envers du papier, qui s’aperçoit très-facilement à un jour frisant sa surface, et décèle le contact des fils réguliers de la toile sans fin de la machine. On recourbe une corne de chaque feuille, et on a soin que ce soit toujours la même, afin que sa position et la manière dont elle est ployée vous fasse , sans besoin d’autre marque, reconnaître l’endroit de l’envers du papier.
Prenez :
Eau bien filtrée . 100 grammes.
Chlorure d’ammonium . 4,50 —
Cette quantité peut varier suivant le temps d’imprégnation que vous donnez au papier : avec /i,50, laissez la feuille 5' sur le bain; avec 5 de chlorure, laissez-la seulement 3' 1/2. Cette dernière proportion est la meilleure ; elle produit une chloruration plus superficielle, et c’est à cette disposition qu’on doit les épreuves bien vigoureuses et bien fouillées.
Le chlorure d’ammoniaque donne au virage par l’or, que nous verrons tout à l’heure, des tons noirs-violets
fort riches; mais on peut le remplacer par d’autres chlorures; ceux de sodium, de potassium et de baryum sont les plus usités : ils donnent chacun un ton différent à l’épreuve. Le chlorure de baryum produit des tons gris perles, celui de sodium des noirs plus bruns et un grain de chlorure moins fin : il a de plus le désavantage d’être très-hygrométrique , surtout s’il contient des sels de magnésie, ce qui arrive toujours quand on ne le prend pas purifié, et dans ce cas les papiers sont sujets à se moisir et à se détériorer si on les conserve un peu longtemps.
Le bain de chlorure est bon jusqu’à épuisement ; seulement, quand il a servi, il faut le filtrer avec soin, parce que l’action du chlorure sur les feuilles enlève des portions d’encollage qui se coagulent, et, flottant sur le bain, viennent s’attacher aux feuilles qu’on y remet et causer des taches qui se révèlent, lors du passage au bain d’argent.
On suspend les papiers par l’angle replié qui n’a pas été mouillé, on laisse sécher, on serre, dans des cartons en général, à l’abri de l’humidité.
PAR LES SELS D’ARGENT
Sensibilisation. — Formule. — Explication de la réaction. — État nécessaire de la couche sensible. — Manière de sensibiliser. — Feuilles insolées préalablement. — Sécher la feuille avec soin.
Prenez :
Èau distillée . . . . . 100 grammes.
Azotate d’argent cristallisé. . . . 15
La feuille qui a subi l’opération précédente du § 3 contient, et dans sa texture et à sa surface, une certaine quantité de chlorure alcalin : si donc nous la déposons à la surface du bain d’argent, une double décomposition aura lieu. Il se formera dans la texture et à la surface du papier un chlorure d’argent qui, par sa nature floconneuse, sera retenu par les fibres entre-croisées, pourvu qu’il ne soit pas trop abondant, auquel cas il se détachera par plaques; il se formera en même temps et en quantité équivalente un azotate de la base du chlorure alcalin. L’abondance de ce produit est facile à constater en brûlant un vieux filtre servant au bain d’argent positif : il fuse en brûlant, à cause de la grande quantité de salpêtre qu’il contient, si on emploie le potassium, ou d’un azotate quelconque, qui tous ont plus ou moins cette propriété. C’est cet azotate encore qui, restant en même temps qu’une couche d’argent à sécher à la surface du papier chloruré, mo-
difîe la couleur propre de l’épreuve. Ce sel se retrouve même dans le bain hyposulfite.
Le chlorure d’argent pur exposé à la lumière y noircit, mais peu rapidement et d’une manière incomplète; il en est tout autrement alors quil est en présence de l’azotate d’argent; il devient sensible et s’altère profondément, et cela d’autant plus que la solution d’azotate est plus concentrée. Nous voyons donc l’importance d’un bain sensibilisateur très-chargé et d’un bain de sel qui ne soit que suffisant pour donner une couche égale, homogène et superficielle.
D’autre part, la décomposition de la couche de chlorure étant complète en présence de l’excès considérable d’azotate, celui-ci doit s’affaiblir rapidement ; il est donc prudent d’en ajouter de nouveau pour maintenir le bain au même titre, sans cependant pousser ceci à l’excès, parce que la solution ne deviendrait plus qu’une eau -mère alcaline qui donne d’affreuses épreuves.
Le bain d’azotate doit être filtré avec soin, et les cuvettes en verre ou porcelaine parfaitement nettoyées, les réductions flottantes étant à craindre, parce qu’elles tachent les feuilles. On y étend, à l’obscurité, le papier 5 minutes au moins, on suspend aussi à l’obscurité, et on laisse sécher naturellement. On peut faire cette opération très-facilement dans un appartement dont les vitres de la fenêtre sont recouvertes de papier jaune.
PAR LES SELS D’ARGENT
En hiver, on peut sensibiliser ainsi le papier positif la veille au soir pour le lendemain matin. En été, les feuilles commencent à devenir violettes au bout de 24 heures; en hiver, elles peuvent se conserver 6 à 8 jours. Ce papier doit être serré dans un portefeuille qui ne voie pas le jour, même quand il n’est pas chargé de papier sensibilisé ; nous recommandons la même précaution pour celui qui contient les papiers non salés et salés. Les expériences de M. IXiepce de Saint-Victor mettent hors de doute des faits qui nous ont éclairés sur des phénomènes qui nous semblaient inexplicables.
D’après les recherches de ce savant, un papier présenté à la lumière, puis plongé dans l’azotate d’argent, doit noircir sans autre préparation, et c’est ce qui ararrive en effet, tandis que la partie soustraite à l’action de la lumière demeurera blanche et intacte. Il nous est arrivé que des feuilles de papier chloruré et nitraté serrées dans des portefeuilles se trouvaient le lendemain porter l’empreinte en brun, sur l’une ou l’autre face, de caractères bizarres ou d’objets qui avaient été insolés à la surface de ces feuilles ; ces marques étant indélébiles, les feuilles sont perdues. Gardez donc vos papiers, avant et après leur sensibilisation, dans des cartons noirs fermés hermétiquement, garnis de papier buvard sans taches et soustraits à l’action de la lumière.
La plus grande propreté est de rigueur pour manipuler le papier sans le maculer. Les doigts humides y laissent des taches ineffaçables ; évitez de le toucher, excepté sur les bords; i! contiendra toujours bien assez d’endroits gras dus aux touchers antérieurs à vous et qui n’ont pas toujours été faits avec assez de précaution.
Assurez-vous encore, en les passant devant un feu de charbon, que vos feuilles sont parfaitement sèches, surtout aux angles et aux bords, avant de les mettre sur un négatif. Vous y feriez des traces et des taches bien difficiles à ôter. Sur un négatif coilodion, une goutte de cyanure faible réussit quelquefois, mais enlève souvent l’épreuve en même temps. L’hyposulfite concentré réussit plus souvent, si la tache est récente ; sur un négatif papier le mal est sans remède.
Exposition à la lumière. — La faire agir perpendiculairement. • — Abris différents. — Manière de les employer. — Renforcement par une lentille. — Doublure en papier végétal. — Différence d’impression de l’hiver à l'été.
De cette portion de l’opération dépend en grande partie la beauté des épreuves, et cependant aucune règle fixe ne peut être donnée, puisqu’il faut assez impressionner pour que le résultat final soit heureux et
PAR LES SELS D’ARGENT
que ce résultat provient du concours de forces différentes : 1° celle de la lumière, qu’on ne juge pas toujours exactement ; 2° celle rongeante du bain d’hyposulfite qui suit, et que l’opérateur connaît à peu près ; 3° la qualité du papier qui se laisse plus ou moins dépouiller; et 4° le virage employé qui change pour chaque système. J’ai donc raison de regarder cette partie du tirage des positifs comme la plus délicate; et, certes, si une certaine habitude, une certaine intuition que nous voyons tous les jours des opérateurs très-ordinaires acquérir ne nous guidait pas; on renoncerait à le faire rationnellement en considérant la masse de précautions à garder et d’écueils à éviter.
Il est prudent de faire agir la lumière perpendiculairement au plan du châssis à reproduction, surtout pour les négatifs du collodion ; il peut se trouver dans les glaces épaisses des fils de verre qui, réfractant la lumière irrégulièrement, produisent de singulières figures ou des lignes déformées sur l’image.
Le mode de tirage dépend aussi de la manière plus ou moins bonne dont le modèle a été éclairé : s’il l’a été parfaitement, sans que les blancs, les lumières aient pris une importance exagérée, le tirage se fera facilement, toutes les parties viendront ensemble. Il suffira de laisser impressionner jusqu’à ce que les grandes lumières soient légèrement violettes. La proportion d’intensité sera telle qu’à ce moment les grands noirs seront
légèrement métallisés verts. Mais de tels négatifs ne se rencontrent pas tous les jours, et cependant, avec de moins parfaits , on peut encore obtenir une bonne épreuve, mais cela demande plus de temps et surtout plus de soins et d’adresse. Il s’agit, en effet, d’abriter les parties assez venues pour donner aux lumières trop opaques le temps de s’impressionner assez. Pour cela, on se sert de cartons découpés suivant le contour à peu près exact de la partie à faire venir, imprimant un léger mouvement oscillant à ce carton mis sur la glace du châssis exposé ail soleil, on estompe les contours de la partie qu’on éclaire et on l’amène à l’intensité nécessaire. Il vaut mieux encore, si l’on connaît à peu près le rapport des deux intensités à obtenir, celle que donne le cliché et celle qu’il devrait donner, commencer par faire venir les parties à renforcer, démasquer le châssis du carton et laisser venir le tout ensemble.
Nous empruntons à M. F. Vogel un tour de main qui peut, dans des cas assez nombreux, donner des résultats utiles.
il arrive souvent que dans un portrait, par exemple, on doit reproduire des tons très-différents, et qu’auprès de teintes très-ciaires il s’en trouve de très-foncées, comme le velours et autres accessoires, et que le négatif est brûlé dans les blancs venus les premiers.
Avant de procéder au tirage, on fixe, avec un peu de gomme arabique, le papier positif en haut du néga-
PAR LES SELS D’ARGENT
tif, on fait sécher, afin de suivre l’opération sans risques de déplacement. On expose à la lumière : quand l’image est à peu près venue, on commence à concentrer, avec une lentille à long foyer, une loupe ordinaire pour lire, la lumière du soleil sur les points de l’épreuve qui tardent à venir. On en règle l’action en éloignant ou rapprochant tour à tour, la lumière étant d’autant plus intense qu’on met mieux au foyer. On peut ainsi dessiner, en quelque sorte, avec cette pointe de lumière, et donner à volonté des tons plus ou moins vigoureux. En agitant la lentille par de légers mouvements de vaet-vient, on évite les duretés. On doit regarder souvent la marche de l’impression lumineuse, et se servir, pour préserver la vue, de lunettes bleues à verres foncés.
On applique également aux portraits le procédé que nous avons indiqué pour les nuages des paysages. On tend sur le collodion une feuille de papier végétal, que l’on colle de deux côtés à l’envers et sur le bord. On corrige au pinceau, sur cette feuille, les imperfections; au moyen de teintes plates appropriées, on donne une opacité homogène à toutes les parties du modèle, et, après quelques essais préalables, on arrive à le faire venir d’un seul coup avec tout l’effet qu’il doit avoir.
Alors que le papier positif est exposé à la lumière, il faut remarquer que les premières teintes violettes sont produites beaucoup plus vite que certains tons plus foncés, proportionnellement bien entendu; quand l’image
a atteint un violet un peu intense, elle semble quelques instants stationnaire : c’est qu’aiors elle gagne en profondeur, et ne continue à varier qu’aiors que les couches supérieures passent au vert et se métallisent. Il faut en hiver et par les lumières très-faibles des jours couverts, faire grande attention que l’impression lumineuse est beaucoup plus superficielle qu’après l’exposition au soleil ardent de l’été ; il sera donc toujours utile de pousser davantage les images parce qu’elles perdent beaucoup plus dans l’hyposulfite.
Différents accidents. — Différentes manières dont l’image se produit.
C’est ici le lieu de quelques remarques sur la façon dont se comportent les diverses couches impressionnables de chlorure d’argent et sur les conséquences pratiques que l’on doit en tirer.
Si dans la feuille on aperçoit des traces d’objets marqués en brun, elle est à rejeter, parce que ces traces ne disparaissent pas à l’h vposulfite ; elles proviennent d’objets insolés posés par m égard e sur le papier déployé.
Si l’image se présente grise et comme farineuse, cela provient de plusieurs causes; souvent d’un excès de chlorure alcalin dans le papier, au lieu de l’excès d’azotate d’argent qui doit s’y trouver; quelquefois de la
PAR LES SELS D’ARGENT
qualité même du papier dont l’encollage est insuffisant ou défectueux.
Si la feuille est longue à s’impressionner et présente uniformément un grivelage par places irrégulières et plus claires, c’est que le bain d’azotate est épuisé et ne contient presque plus qu’un azotate alcalin.
Les épreuves dans de telles circonstances doivent être mises immédiatement au rebut, parce qu’elles deviennent encore moins satisfaisantes après leur passage à l’hyposulfite. Cependant dans le cas des feuilles grises et farineuses on peut, l’épreuve étant fixée, la continuer et en même temps la renforcer en la mettant quelques secondes en contact du bain de fer à colïodion.
Si la feuille dont on se sert est vieille et présente déjà une coloration générale jaunâtre ou rougeâtre, elle peut donner une bonne épreuve cependant, mais il sera bon de la fixer dans un bain d’hyposulfite neuf et actif pour la ramener au blanc.
Fixage et virage de l’épreuve. — Formule. — Manière de faire le bain. — Marche du virage. — Précautions à prendre. — Lavage.
Eau distillée .
ïlyposulfite de soude. Chlorure d’or neutre.
1000 grammes.
Dissolvez d’abord l’hyposulfite dans l’eau distillée, dissolvez à part le chlorure d’or dans quelques gouttes
de cette eau, et projetez ce dernier dans le bain en le remuant légèrement. Si le chlorure est acide, il y aura décomposition de l’hyposulfite, formation d’acide sulfureux et dépôt de soufre sous forme de poudre blanche, qui trouble le bain. Ce dépôt est tellement ténu qu’un filtrage répété au papier n’en débarrasse pas le liquide : cette opération n’est pas nécessaire, car quelque précaution que l’on prenne, un pareil bain donnera des blancs jaunes aux épreuves que l’on y fixera. Il importe donc beaucoup que le chlorure d’or soit aussi neutre que possible, sa couleur dans cet état est brun foncé verdâtre, tandis qu’il est d’un jaune vif alors qu’il est acide.
La solution étant faite, on y plonge les épreuves à mesure qu’elles sortent du châssis à reproduction : il faut les plonger autant que possible d’un seul coup et surtout les y laisser sans bulles qui tachent infailliblement en brun marron indélébile. Evitez de même qu’une partie de l’épreuve émerge du bain, elle se tache aussi au contact de l’air : il est avantageux que le bain soit abondant et la cuvette large et profonde.
11 ne faut pas mettre à la fois, dans le bain, une trop grande quantité d’épreuves, parce que chacune d’elles est imprégnée d’azotate d’argent qui lui-même est acide puisque nous le prenons cristallisé, et qui par conséquent pourrait acidifier le bain, produire le dépôt de soufre et jaunir les épreuves, ce qui est un mauvais ré-
PAR LES SELS D’ARGENT
sultat, pour les portraits surtout. Il existe des papiers dans le commerce avec lesquels ce résultat est inévitable; heureusement on peut essayer un remède qui réussit quelquefois et que nous indiquerons plus loin
L’épreuve immergée dans le bain ci-dessus perd ses tons bleus violacés pour prendre une couleur jaunâtre et vineuse des plus désagréables : en ce moment, si on la regarde par transparence, elle présente un aspect appelé poivré qui consiste en un mélange de parties transparentes et de parties opaques. On croit que cet état est produit par le chlorure d’argent inégalement enlevé; quoi qu’il en soit, au moment où la feuille est uniformément transparente, elle doit être retirée, l’épreuve est fixée. Dès cet instant le virage simultané produit par le chlorure d’or sera fait, ou bien avancé, et il n’y aura pas (^inconvénients, si le bain est en bon état et marche bien, à y laisser l’épreuve jusqu’à ce qu’elle ait pris la couleur qu’on désire. On peut s’arrêter à un ton violacaunpeu rouge; en séchant il augmentera d’intensité sans prendre une couleur trop noire ou surtout trop bleue. Si on laisse l’épreuve trop longtemps dans le bain, elle devient grise, passée, et presque toujours les blancs prennent un ton jaune. 11 faut donc, pour ce genre de travail, une surveillance intelligente et incessante.
Le bain indiqué ci-dessus peut fixer en une ou plusieurs fois 24 épreuves 1 8 X 24.
Lorsque l’image a atteint la coloration préférée, on sort la feuille de Fhyposulfite, on la lave de suite dans deux eaux destinées à enlever l’hyposulfite ruisselant à la surface, puis on la plonge dans une troisième eau abondante qui, elle,, dissoudra Fhyposulfite dont la feuille est imprégnée. Au bout de quelques heures on changera cette eau, l’épreuve y restera au moins pendant six heures, au bout de ce temps elle est fixée, et en laissant égoutter la feuille au-dessus d’une solution trèslimpide de bichlorure de mercure, aucun trouble ne se manifestera ; le contraire aurait lieu si l’eau contient encore des traces d’hyposulfite, auquel cas on continuerait les lavages.
Autre méthode de virage. — Formule. — De Fhyposulfite double de soude et d’or. — Formule du bain ammoniacal. — Manière d’opérer.
On est convenu de regarder comme les plus solides les épreuves ainsi fixées et virées dans des bains neufs et non sulfurants, et cependant nombre de celles-ci ont passé, et nous en avons qui, fixées depuis des années dans des solutions anciennes et acidulées exprès, ont donné des tons magnifiques et une fixité qui semble in définie. 11 ne faut pas se dissimuler que l’inconnu, mal. gré les recherches chimiques, nous entoure de toute:
PAR LES SELS D’ARGENT
part, et qu’il n'est pas étonnant que nous ne sachions pas pourquoi une épreuve est solide ou fugitive, puisque nous ne savons pas au juste quelle -est la matière qui la forme. Nous savons bien que la feuille fixée contient une très-minime portion (à peine 4 pour 100) de l’argent employé à sa formation ; nous nous persuadons que cet argent modifié d’une manière inconnue par l’hyposuîfite et l’or qui le recouvre ou s’y combine (on ne sait pas), forme les noirs de l’image; mais ces hypothèses ne sont guère fondées puisque nombre d’épreuves solides, quoique fixées a v7ec soin, présentent autant d’argent aux réactifs dans les blancs que dans les noirs.
Il existe encore plusieurs autres méthodes pour virer et fixer les images positives ; nous en décrirons trois que nous mettons également en usage.
Dissolvez dans :
Eau distillée. . . .
Ilyposulfite de soude
Dissolvez à part dans :
Eau distillée . . . 400 grammes.
Chlorure d’or . . . 1 —
Mêlez le second liquide au premier en ayant soin d’agiter.
Versez une certaine quantité, 100 grammes, par exemple, de ce bain dans une cuvette de porcelaine,
400 grammes.
ajoutez-y 5 pour 1 00 d’ammoniaque liquide. Plongez vivement, sans la laver, la feuille au sortir du châssis dans ce bain ; surveillez et enlevez rapidement, parce que la réaction est active et la coloration intense : l’image ne perd pas et prend un ton qu’elle gardera.
Ayez à côte de vous une cuvette d’eau pure dans laquelle vous plongerez l’épreuve pour l’arrêter dès qu’elle aura atteint le ton que vous désirez; jetez-îa alors dans un bain de :
Eau distillée . 100 grammes.
Hyposulfite de soude . 12 —
Ammoniaque liquide . 2 —
La portion de bain d’or employé doit être épuisée sur-le-champ au moyen d’un nombre d’épreuves suffisant, parce qu’elle ne se conserve pas une fois la réaction commencée, aussi n’en faut-il distraire du flaconmère que la quantité utilisable au moment même, et ne pas la reverser dans la portion encore intacte.
Troisième méthode. — Formule. — Chlorure d’or acide. — Bain difficile à conduire. — Manière de blanchir les épreuves devenues jaunes.
La seconde méthode consiste à plonger au sortir du châssis la feuille dans :
Eau ordinaire . 100 grammes.
Hyposulfite de soude . . . 20 —
PAR LES SELS D’ARGENT
L’épreuve doit être extrêmement poussée afin que, dégorgée rapidement dans ce bain, les noirs gardent encore une très-grande intensité et même un aspect métallisé.
On lave à plusieurs eaux abondantes et on plonge dans :
Eau distillée . 1000 grammes.
Chlorure d’or acide (jaune) . 1 —
La coloration marche très-rapidement, mais la dégradation de l’image marche aussi vivement en sens inverse : il faut donc se hâter de sortir l’épreuve et de la laver. Ce bain tend à donner des tons bleus froids et désagréables; il faut arrêter la coloration alors qu’elle est encore rougeâtre, la précipitation de l’or emporté continue même dans l’eau de lavage, et l’épreuve arrive au ton cherché noir violacé.
On produit quelquefois par cette méthode des tons magnifiques; mais, à cause de l’activité dévorante du bain d’or, il est si difficile de calculer juste et l’action colorante et l’action dépouillantesimultanée, qu’on se trompe souvent. Son application la meilleure est l’utilisation, quand on nepeut faire autrement, de papiers à encollage acides qui détruisentle baind’hyposulfite et d’or mêléset ne permettent pas aux images d’y virer sans jaunir. Nous avons eu des papiers sous l’influence desquels le bain était toujours décomposé et devenait laiteux. On reconnaît facilement ce défaut, même quand le bain ne serait
qu’à peine troublé, ce qui ne se voit pas toujours quand il est plein d’épreuves, à la coloration que prennent celles-ci; les grands noirs deviennent noirs bleus, les demi-teintes restent rouges jaunâtres, la coloration s’arrête là, et si vous prolongez le séjour dans le bain, les blancs jaunissent, l’image ne se complète pas et elle reste à deux teintes.
La troisième méthode de fixage est celle-ci : au sortir du châssis positif, plongez la feuille impressionnée dans un bain abondant de :
Eau ordinaire. . .
Chlorure de sodium
De cette manière tout l’azotate d’argent demeuré libre à la surface du papier et dans l’intérieur de ses fibres sera transformé en chlorure d’argent parfaitement soluble dans l’hyposulfite de soude. Cette cuvette doit être couverte d’un objet opaque, afin que la lumière n’atteigne pas les feuilles imprégnées de chlorure d’argent sensible. Sortez, au bout de 10 à 15 minutes, la feuille de ce bain et plongez-la sans la laver dans un bain de :
Eau ordinaire . 100 grammes.
Hyposulüte de soude . \ 15 —
Le dépouillement commence immédiatement : le ton rouge violet qu’avrit pris l’épreuve passe au jaune saie et au brun, en dix minutes la feuille est transparente,
100 grammes.
PAR LES SELS D’ARGENT
le poivré est enlevé. Quand ce résultat est atteint, portez la feuille dans un bain ainsi composé :
Eau ordinaire . 100 grammes.
Ilyposulfite de soude . 8 —
Chlorure d’argent noirci . à saturation.
Acide acétique. . 1 goutte.
On précipite du chlorure d’argent sur un filtre en y versant une solution de nitrate d’argent et une solution de chlorure de sodium : on ouvre le filtre au soleil, on fait parfaitement noircir et on dissout dans l’hyposulfite ci-dessus.
Il faut que ce bain soit le moins acide possible ; on y laisse flotter un papier bleu de tournesol ; il faut seulement qu’il soit au rose tendre.
L’épreuve, au bout de peu de temps, mise dans ce bain, commence à virer : sa coloration marche d’autant plus vite qu’on la fait plus souvent sortir du liquide pour donner accès à l’air à sa surface. En 15 minutes à peu près elle a atteint un ton noir violet fort riche qui arriverait au noir absolu en la laissant assez de temps. Mais il est probable que le fond du papier contracterait une teinte jaune à ce séjour prolongé.
Lorsque l’épreuve est arrivée au ton désiré, plongezla dans plusieurs cuvettes d’eau ordinaire successivement. Ces lavages doivent, comme pour toutes les autres méthodes, être faits consciencieusement. Quoiqu’on ait dit que ce genre de virage altère la solidité
des images, nous en avons un grand nombre qui se conservent sans la moindre altération. Son emploi le plus habituel est pour le papier albuminé.
Voici la méthode de blanchir quelques épreuves venues jaunes. Prenez dans un peu d’eau distillée un petit morceau de cyanure de potassium très-pur ; dissolvez-le et projetez-y des paillettes d’iode métallique jusqu’à saturation, c’est-à-dire jusqu’à ce que vous voyiez apparaître une légère coloration jaune.
Mettez une goutte de cette liqueur dans un litre d’eau, plongez-y rapidement les épreuves à blanchir ; ne laissez pas enlever les demi-teintes et arrêtez par un lavage abondant et prolongé.
Nouveau tirage au chlorure d’or alcalin.
Nous avons découvert et composé depuis la première édition de ce livre, avec un grand succès, un bain vireur dans lequel le chlorure d’or arrive nécessairement à l’état neutre, c’est-à-dire à l’état de chlorure double d’or et d’ammoniaque.
Au2 Cl3 4- Az H3 HCl 4- 2 HO.
En le composant ainsi :
Eau filtrée bien pure . i 000 grammes,
Hyposulfite de soude . 150 —
Chlorhydrate d’ Ammoniaque . 56 —
Chlorure d’or . 1 —
PAR LES SELS D’ARGENT
Il faut commencer par mettre à part 100 grammes d’eau, y verser le chlorhydrate d’ammoniaque, en remuant au moyen d’un agitateur de verre : on ne pourra dissoudre ainsi qu’une portion du sel, un excès est nécessaire. Ajoutez alors le gramme de chlorure d’or qui colorera la liqueur en jaune-paille et se dissoudra d’autant plus difficilement que l’on aura pris moins d’eau pour faire fondre le sel ammoniac dont l’excès sera plus grand.
Versez alors dans ce mélange, et goutte à goutte, de l’ammoniaque liquide jusqu’à ce que la coloration jaune ait disparu ; versez 21 ou 3 gouttes en excès.
Pendant ce temps l’hyposulfite a été mis à fondre dans le surplus de l’eau, soit 900cc ; mêlez la dissolution de sel d’or ammoniacal à celle d’hyposulfite en agitant celle-ci vivement ; il apparaît une fugitive coloration feuille-morte à l’endroit où l’on verse, elle disparaît de suite en remuant toujours et le bain reste composé d’un liquide incolore d’autant plus limpide que les substances ont été employées à un plus grand état de pureté.
Pour se servir de ce bain de virage, il faut commencer par fixer l’épreuve dans le bain suivant neuf :
Hyposulfite de soude . 15 grammes.
Chlorhydrate d’ Ammoniaque . 5 —
Eau . 100 —
Ce qui dépouillera complètement les empâtements de l’épreuve et la fixera, mais avec un ton jaune rouille
désagréable. En plongeant quatre à cinq Quarts de feuilles Saxe grand format, dans % litres de ce bain et y remuant sans relâche les épreuves pour donner accès à l’air, il faut de 10 à 15 minutes pour que le papier soit bien transparent et exempt de poivré.
On sort alors les épreuves de ce bain sans les laver et on les plonge dans le liquide vireur composé plus haut. Au bout d’une à deux minutes on voit les noirs se renforcer et le dépôt d’or marcher régulièrement des parties noires aux demi-teintes de plus en plus claires.
11 faut cependant craindre que les parties très-noires accumulant trop d’or ne passent aux tons bleus beaucoup moins agréables et plus froids que la couleur violette que produit un précipité moyen. On attendra donc que les grandes demi-teintes soient violacées, on sortira l’épreuve et sans la laver (elle aura en ce moment deux tons, violet et rougeâtre) on la plongera dans un bain d’hyposulfite vieux, où on la lavera sans relâche : au bout de quelques minutes, les demi-teintes les plus faibles seront virées,
On la sortira alors pour la laver en remuant toujours dans trois ou quatre eaux bien pures : on laissera baigner deux heures, on lavera encore et l’on pourra sécher. La feuille sera parfaitement débarrassée des sels solubles qu’elle renfermait.
Ce virage présente l’avantage dû au léger excès d’ammoniaque libre qu’il contient, de blanchir le papier,
PAR LES SELS D’ARGENT
même un peu jauni par une longue exposition, que l’on y plonge. Son inconvénient, car il existe toujours un revers à chaque chose, est d’agir sur l’encollage du papier et de l’enlever légèrement, cependant pas assez pour entraver les manipulations et ôter à la feuille la consistance qu’elle doit avoir, mais assez pour lui faire prendre un aspect demi-transparent dans l’eau, aspect qui fait croire au premier coup d’œil que l’image a traversé le papier.
Au séchage, l’opacité de la feuille revient complète.
Il ne faut pas chercher, dans le bain neuf, à faire disparaître les parties des grands noirs où le chlorure d’argent est passé au vert vif ou même au vert feuillemorte, la précipitation de l’or dans le bain vireur enlèvera dès l’abord cette coloration en recouvrant la couche qui la produit, ce sera la première action que présentera ce bain.
Que l’on ne s’étonne pas du peu de temps que nous recommandons pour laisser séjourner dans l’eau les épreuves fixées et virées. Tout dépend de la manière dont les quatre lavages sont faits. En somme, que fautil? renouveler le plus possible les surfaces d’eau qui touchent la feuille et y dissolvent chaque fois une petite portion de sel : en lavant donc par un retournement continuel, on accélère énormément le travail, et de plus on évite une réaction que je n’explique pas mais qui se présente trop souvent malheureusement; c’est qu’on
voit une épreuve parfaitement virée par les méthodes ordinaires et laissée 24 heures dans Feau, offrir quand on la sort, des demi teintes jaunes entièrement sulfurées. Et elles ne l’étaient pas, au moins d’une manière visible, au sortir de Fhyposulfite.
Plus on abrégera le temps des lavages, pourvu que les sels solubles soient extraits, et plus on aura de chances de conserver blanc-pur le papier et les demiteintes faibles de l’épreuve : j’ajouterai, plus on aura la certitude que la fixité future de l’image sera complète. Car il a été démontré que Faction de l’humidité est destructive des images positives par les sels d’argent, et quand même, après un séjour de 24 heures dans Feau, on n’apercevrait pas de sulfuration, le travail de décomposition peut être latent et se manifester en suite avec une grande énergie.
Si l’on craint que l’activité du bain virant soit trop grande, et que, pour des épreuves à grandes oppositions, le précipité d’or sur les grands noirs, soit trop intense alors que les faibles demi-teintes seraient encore rousses, il faut modifier la proportion ainsi :
Eau filtrée bien pure. . . . 1000 grammes.
Hyposulfite de soude. . 40 —
Chlorhydrate d’ Ammoniaque. ........ 15 —
Chlorure d’or . 0gr,25.
Le bain s’épuise quatre fois plus vite, mais on le remplace plus souvent, et l’effet à obtenir est plus certain
PAR LES SELS D’ARGENT
que par un bain vieilli et concentré avec lequel on doit toujours craindre la sulfuration des épreuves.
Mettre dans ce cas-ci, seulement 50 grammes d’eau à part pour dissoudre le chlorure d’ammoniaque d’abord et d’or ensuite, afin de conserver un excès du premier avant la dissolution du second.
Du papier albuminé. — Manière de le faire. — Bain sensibilisateur. — Virage au sel d’or très-lent. — Vieux bain acidulé.
Lorsqu’il est utile d’obtenir d’une épreuve négative toute la finesse qu’elle peut donner, par exemple pour des reproductions micrographiques, des épreuves stéréoscopiques, etc., il faut employer le papier albuminé. S’il a des avantages, il a aussi de grands inconvénients ; sa surface luisante n’est pas un des moindres.
Pour préparer cette albumine, on met dans une capsule de porcelaine, suivant qu’on désire plus ou moins de brillant :
Blancs d’œufs . 100 cent, cubes.
Eau distillée . 25 —
Hydrochlorate d’ammonique . 4 grammes.
ou bien :
Blancs d’œufs . 100 cent, cubes.
Eau distillée . 100 —
Hydrochlorate d’ammoniaque . 7 grammes.
On bat en neige les blancs d’œufs au moyen d’une fourchette de bois et on laisse reposer une nuit. L’albumine claire se rassemble sous la mousse, on la décante et on étend à sa surface le papier pendant 30 secondes. Il est très-important qu’il ne se forme pas de bulles et qu’en le relevant on n’en entraîne pas sur la feuille. En séchant, ces bulles forment des traces rondes ou contournées qui persévèrent toujours et, prenant des aspects irisés désagréables après le fixage, gâtent souvent une bonne épreuve.
La feuille, suspendue et séchée, se conserve au sec et tend à se rouler si l’on ne la met dans un portefeuille fermé et appliquant bien.
Pour la sensibiliser, posez-la 10 minutes au moins sur un bain de :
Eau distillée . 100 grammes.
Azotate d’argent cristallisé . . . 20 —
Évitez avec soin les bulles d’air qui marquent des traces. Relevez d’un mouvement égal, suspendez et laissez sécher. L’impression lumineuse complète est plus lente que sur le papier simplement salé, et comme la couche est tout à fait superficielle, l’épreuve semble avoir acquis assez vite l’intensité nécessaire ; mais l’image perd plus au passage de l’hyposulfite, il convient donc de la tirer beaucoup plus intense qu’elle ne doit être une fois fixée.
Mettez au même bain que le papier simplement salé :
PAR LES SELS D’ARGENT
le virage de l’albumine au sel d’or est très-long, et ce séjour prolongé dans l’hyposulfite fait souvent contracter au papier une teinte jaune désagréable.
On obvie à cet inconvénient en se servant, comme nous venons de le décrire, d’un bain d’argent chargé de chlorure noirci et légèrement acidifié par quelques gouttes d’acide acétique. On y plonge l’épreuve après l’avoir préalablement passée suffisamment de temps dans un bain d’hyposulfite neuf à 20 pour 100 pour la débarrasser du chlorure d’argent non impressionné.
De cette manière le papier reste blanc et l’image prend un beau ton noir violet très-agréable.
Le bain d'argent se colore en brun ou en noir par suite du contact de l’albumine. On lui rend sa limpidité en y projetant du kaolin pulvérisé et secouant le flacon. Le kaolin se précipite entraînant avec lui les flocons colorés.