SEPTIÈME PARTIE
mélanges.
IJe l’Iconoroètre. Quel il est, quel il devrait être. — Description e Iconomètre actuel. — Lentilles achromatiques. — Obturateur excentrique. — Glace dépolie ronde. — Seconde lunette accolée.
Trop peu connu, trop peu employé, peut-être parce qu il est incomplet, l’Iconomètre devrait être le vade mecum de tous les photographes. Les services quotidiens que peut rendre ce petit instrument lui donnent un p rix inestimable pour qui a pris l’habitude delui demander un conseil. Tout le monde sait que l’idée première de cet instrument est due àZiegler, le peintre éminent et le photographe si habile que la France a perdu l’an dernier. L’instrument, combiné tel qu’il le
MÉLANGES
fut la première fois par lui, n’a pas subi d’amélioration : il en demande cependant que nous exposerons tout à l’heure. Il se présente sous la forme d’une lunette AB, portative, monocle, dont l’oculaire est une lentille biconvexe et dont l’objectif est remplacé par une petite glace dépolie. La lunette, de cinq centimètres de long et formée de deux tubes à frottement, se développe à volonté de trois centimètres : la petite glace dépolie a quatre centimètres sur trois. En somme, cette lunette n’est qu’une petite chambre noire, et, par conséquent, on s’en sert en l’éloignant des yeux et en regardant sur la glace dépolie du gros bout; on met au point par allongement ou raccourcissement de la coulisse. Or, dès à présent, nous savons qu’en pleine lumière cette opération est presque impossible sur la glace dépolie d’une chambre noire ordinaire, à plus forte raison estelle difficile sur ce petit instrument qui reçoit si peu de lumière par l’intérieur; mais, en outre, nous savons tous que la plus favorable position pour photographier un objet est alors que notre instrument et nous, tournantie dos à la lumière, elle revient, reflétée par l’objet, se concentrer sur la couche sensible. Or, si l’on se met dans cette position ou dans celle, également favorable, d’un soleil un peu oblique, il est à peu près impossible d’en garantir la petite glace de l’iconomètre.
Arrêtons-nous à ce point et expliquons ce que donne l’iconomètre. Son nom veut dire qu'il mesure les
MÉLANGES
images , et il en donne la mesure en effet. Voici comment : Si nous traçons sur la glace dépolie une échelle en hauteur et en largeur, et que nous établissions préalablement une relation exacte entre l’image produite à un endroit donné par notre objectif et la même image donnée au même endroit par la lentille de l’iconomètre, nous pourrons renverser le problème et dire : Étant dans un endroit quelconque, si je dirige mon iconomètre sur un objet, je saurai, en le mesurant à l’échelle, quelle grandeur il aura sur ma glace dépolie en me servant d’un objectif déterminé.
Mais là ne se bornent pas ses services; il aide surtout à trouver le point de vue, il aide à p!acer convenablement les-objets sur la glace, ni trop haut ni trop bas, en dessous ou en dessus; en un mot, il aide la construction artistique d’une vue dont la beauté dépend de l’aspect sous lequel elle a été envisagée et comprise. Ainsi, en résumant , notre compagnon nous indique nonseulement la grandeur d’image que nous donne un objectif à nous connu , mais encore l’endroit précis où nous devons nous mettre pour obtenir le maximum d’effet.
Voici maintenant les modifications que nous proposons, et nous espérons qu’il se trouvera un opticien assez ami du progrès pour s’emparer de cette idée et l’appliquer : elle peut l’être à peu de frais, les iconomètres actuels étant énormément trop chers, surtout
MÉLANGES
pour des instruments dont la lentille n’est même pas achromatique.
Nous comprenons d’abord :
1° L’instrument G D E muni d’une lentille achromatique en G, parce que les franges colorées gênent beaucoup pour la. mise au point d’une si petite image, et
cela d’autant plus qu’il y a plus de lumière, parce que ces franges sont alors beaucoup plus brillantes;
2° Que cette petite ouverture soit fermée à volonté par un petit obturateur excentrique m, afin d’éviter sur l’objectif l’introduction des poussières, ce qui est imminent pour un objet qui habite plus dans la poche que sous le bras ;
3° Que la glace dépolie soit ronde en D et remplisse complètement le champ de la lunette, parce que la relation de l’objectif dont on se sert et de la lentille de l’iconomètre peut être telle que l’image fournie pour la chambre obscure dépasse le cadre de la petite glace, et, tout en étant incomplète, puisse encore être marquée
MÉLANGES
sur les bords arrondis par des cordes suffisantes, quoique plus petites que les côtés d’un rectangle maximum inscrit. Ce rectangle tel qu’il est fait dans les iconomètres actuels, en A par exemple, n’a presque jamais les côtés proportionnels à ceux de la chambre noire dont on se sert ;
4° Et c’est le plus important :
Que la lunette actuelle ne soit que la moitié de l’instrument modifié, c’est-à-dire qu’une seconde lui soit accolée par la glace dépolie, qu’elle porte une ouverture oculaire sans verre, et que, formée comme l’autre de deux tubes à frottement, elle s’allonge pour la vue distincte autant qu’il sera nécessaire. Avec l’instrument ainsi construit, plus de soleil à craindre, puisque la glace dépolie est à l’abri et que l’œil et l’orbite ferment l’oculaire. La mise au point est toujours possible et facile, l’instrument, d’ailleurs, ne devenant pas plus incommode, puisque, fermé, il n’a que dix centimètres de long.
Telles sont les modifications importantes qui peuvent se concilier avec un prix très-réduit et fournir aux photographes un aide indispensable pour les reproductions, pour les paysages et même pour les portraits.
MÉLANGES
Travail de M. Taupenot à ce sujet. — Iconomètre qu’il avait proposé.
La grande utilité d’un instrument semblable avait frappé également l’intelligence si remarquable de M. Taupenot, l’habile photographe du Prytanée militaire, que la mort a ravi à ses travaux de prédilection. Son chercheur photographique nous était connu bien avant la publication qu’il en a faite, et cela sous la forme d’une monture de loupe d’horloger, dont le verre était remplacé par une plaque de métal percée d’un quadrilatère dont les côtés étaient proportionnels à une glace dépolie donnée. Cet appareil était complet quand on se servait seulement de l’objectif en vue duquel on l’avait construit, il devenait insuffisant quand on faisait usage d’objectifs de foyers différents. Le perfectionnement est donc réellement l’idée des tubes rentrant l’un dans l’autre, mais cet instrument ne vaudra jamais l’Iconomètre perfectionné que nous venons de décrire. Cependant, comme à la campagne on peut construire celui-ci, nous empruntons à la Lumière la description que M. Taupenot en avait donnée.
« Le rôle de cet instrument est analogue a celui des chercheurs dans les télescopes et lunettes astronomiques. Il évite les tâtonnements longs et pénibles néces-
MÉLANGES
saires pour trouver la position exacte à donner à la chambre noire, quand on veut comprendre dans le paysage une étendue considérable de terrain, d’horizon ou de ciel. Avant d’imaginer ce petit tube chercheur, dont l’emploi est aussi simple que celui d’un lorgnon, il m’est arrivé de déplacer jusqu’à sept ou huit fois ma chambre noire sans trouver une position satisfaisante. Parfois aussi, arrivé sur les lieux pour prendre un monument ou un paysage, je reconnaissais à mon grand désappointement qu'il n’y ava*t pas assez de reculement pour embrasser le monument, ou que le champ de l’objectif ne comportait toute l’étendue du paysage qu’à la condition d’une distance trop grande, et que ce paysage ne fournit plus qu’une bande trop étroite. Tous les photographes ont éprouvé ces désappointements, et l’on a même, je crois, déjà imaginé de petits instruments pour étudier par avance les vues que l’on veut faire, l’objectif le plus convenable pour chacun et déterminer le point où l’on devra placer la chambre noire.
« Mais je ne crois pas qu’on ait encore indiqué rien d’aussi simple que mon tube chercheur , que chaque photographe pourra se construire lui-même sans aucune dépense, qui ne tient pas de place dans la poche et qu’on peut avoir sur soi dans ses promenades, pour reconnaître très-rapidement si un paysage ou un monument pourra être pris avec l’objectif ou l’un des objectifs que l’on possède.
MÉLANGES
« On peut construire ce tube avec un bouchon de liège, comme je l’ai fait pour la première fois, ou en carton, comme le modèle que je vais mettre dans ma lettre, ou enfin en métal, soit cuivre, soit fer-blanc.
« Si on le fait en liège, on lui donnera la forme cylindrique, c’est-à-dire qu’on percera par exemple un gros bouchon de hége, de 3 à i centimètres de diamètre d’un trou évasé circuîairement d’un côté, étayant de l’autre un orifice rectangulaire dont les côtés auront entre eux le même rapport que les côtés de la glace dépolie de la chambre noire. Ainsi, comme dans ma glace, les côtés sont entre eux comme 23 est à 18 : j’ai donné à l’orifice rectangulaire 30 millim. sur 23,5, car 23/18=30/23,5.
« Plaçant ensuite la chambre noire devant une façade, on remarque les limites de la portion qui est représentée sur la glace dépolie; on regarde cette même portion en s’appliquant l’ouverture évasée du tube sur l’œil même. On trouvera, surtout pour un objectif double, que le champ de vision ainsi limité n’embrasse pas tout ce qui est compris sur la glace dépolie. On rognera un peu le bouchon du côté de l’ouverture évasée, et on regardera de nouveau, toujours en s’appliquant le tube exactement sur l’œil. Le champ se trouvera agrandi par la diminution de la longueur du tube; s’il ne l’est pas suffisamment pour comprendre tout ce qui entre sur la glace dépolie, on rognera encore le tube, et ainsi de suite jusqu’à ce que le tube limite exactement, quand
MÉLANGES
on le met sur l’œil, cette portion de façade qui se trouve sur la glace et qui constitue le champ de l’objectif.
« Pour un objectif simple, il faudra un plus long bouchon ou une ouverture rectangulaire plus petite. Mais il ne faut pas trop diminuer cette ouverture, et il vaut mieux limiter le champ de plus en plus, à mesure que le foyer de l’objectif devient plus long en allongeant le tube.
« Si l’on a plusieurs objectifs, il sera plus simple de faire construire par un ferblantier, ou de faire soi-même en carton, deux tubes emboîtant l’un dans l’autre pour faire tirage comme une petite lorgnette. Les opticiens pourront facilement construire de petites lorgnettes sans verre, d’après ce que je vais expliquer, et ces petites lorgnettes, faites en certain nombre, pourraient ne pas coûter plus que le tube fait par un ferblantier. Chaque opticien ajusterait d’ailleurs ses lorgnettes pour limiter exactement par des tirages successifs, des images fournies par les différents objectifs qu’il construit.
« Au lieu de verre, l’extrémité de la lorgnette tournée vers les objets portera un disque de cuivre percé d’une ouverture rectangulaire ayant ses côtés proportionnels à ceux de la glace dépolie.
« L’autre extrémité aura une ouverture ronde qu’on appliquera exactement sur l’œil. Le tirage permettant de limiter plus ou moins le champ, on marquera les points où il faudra arrêter le tube emboîté pour avoir
MÉLANGES
l’étendue qu’embrasse chacun des objectifs que l’on possède.
« Exemple pour deux objectifs Lerebours, l’un de 25 centimètres, l’autre de 45 centimètres de foyer, et pour une chambre noire où la glace dépolie a 18 centimètres sur 23 :
Diamètre de la lorgnette . 45 millimètres.
Dimension de l’ouverture rectangulaire tournée vers les objets . 34 sur 27
Longueur du premier tube portant cette ouverture . 32 —
Longueur du second tube qui s’applique sur l’œil . 40 —
« Chaque photographe pourra facilement se construire un pareil système en carton, s’il ne veut point faire la dépense d’une lorgnette achetée chez un optitien.
« Dans ce cas, au lieu de faire les tubes ronds, il sera plus simple de les faire prismatiques. »
Écran porte-auréole.
La vogue bien méritée des portraits à fonds dégradés, imitant les portraits au crayon, m’a fait inventer le petit instrument ci-dessous, qui permet de les obtenir sans soins, en laissant la lumière agir seule, et de leur donner l’aspect des portraits kepseake anglais.
MÉLANGES
Cet instrument (fig. 27) est fondé sur ce que la section par un plan oblique d’un cylindre vertical est une courbe elliptique, d’autant plus allongée que le plan sécant est plus onlique sur la base. Ici le cylindre de
Fig. Î7.
lumière est déterminé par l’écran et la section en est faite par l’épreuve.
L’instrument se compose d’un écran en bois ABCD, percé au centre de figure d’une ouverture circulaire dans le diamètre en plaçant sur la planchette des diaphragmes MM' en carton noir, percé d’ouvertures de diamètres différents. On peut même varier à l’infini la forme de ces ouvertures, et par cela même produire des
MÉLANGES
effets très-curieux. Aux quatre angles de l’écran sont placées quatre vis en cuivre à pas longs VV'V", tournant dans des écrous fixes, et formant quatre pieds mobiles servant deux à deux à donner à l’écran l’obliquité nécessaire. Autour de l’écran est attaché un voile noir RS interceptant tout accès à la lumière quand l’instrument est en fonction. Sur deux côtés contigus, deux rainures permettent l’introduction d’un volet vertical ABGH qui y est maintenu par des crochets, dont l’un se voit en S. Ce volet, ici représenté dans la rainure AB du grand côté, se met à volonté dans la rainure AD du petit, suivant son côté AG, et se trouve alors retenu par le crochet S passant dans un arrêt fixé derrière. KL est le châssis positif garni de l’épreuve négative et du papier positif : ce châssis est placé la glace en dessus et appuyé sur ses vis P P7 dans une galerie ou un endroit où il peut recevoir le jour verticalement. Si, par la disposition des lieux, le jour venait obliquement, le volet ABGH, placé du côté convenable, l’intercepterait, et empêcherait qu’en se glissant entre l’écran et le négatif, il ne produise des traînées qui feraient venir l’image là où le papier doit être blanc.
Le voile noir RS sert à couvrir parfaitement l’espace entre le porte-auréole et le châssis portatif.
Plus le porte-auréole présente de différence de niveau entre ses deux extrémités AD et BC, plus la tigure générale de l’image offre une ellipse allongée; si l’écran
MÉLANGES
ARCD est parallèle à la glace, auquel cas les quatre vis seront égales, la trace sur le papier positif sera un rond : mais dans l’un et l’autre cas, à bords d’autant mieux dégradés, qu’il y aura eu plus de distance entre le porteauréole et la glace.
On peut commencer l’épreuve avec une ouverture plus grande et la terminer par une plus petite placée de manière à concentrer tout son effet sur la tête ou sur telle partie de l’image que l’on jugera convenable. On surveille de temps en temps, et comme la venue se fait seule, c’est un grand soulagement de travail, tandis qu’avant cette invention, il fallait estomper les contours à la lumière et en agitant devant le négatif un carton percé d’une ouverture appropriée. Ceci est fort bien quand il y a du soleil, mais pendant les jours brumeux de l’hiver, mon écran porte-auréole fonctionne tout seul : l’épreuve vient lentement, mais personne ne s’en occupe.
De la tente photographique.
J’avoue, tout d’abord, qu’en parlant d’une tente photographique, quelque commode et portative qu’elle puisse être, on a l’air étranger au mouvement actuel des recherches photographiques. Les progrès se font en effet, en ce moment, vers les combinaisons qui s’ef-
MÉLANGES
forcent de la supprimer, vers ces procédés qui permettent non-seulement de changer en pleine lumière les surfaces sensibles, au moyen d’un outillage spécial, mais d’emporter une grande quantité de ces surfaces toutes prêtes à employer, sauf plus tard à compléter les préparations au logis. C’est très-bien, et certes je puis dire : Et ego in Arcadia\ ... J’ai expérimenté le procédé de M. Taupenot, j’ai modifié et accéléré le papier sec, j’ai composé un collodion sec, rapide et stable, etc., etc., et c’est précisément parce que j’ai fait tout cela, que je reviens toujours à cet utile et indispensable instrument qu’on appelle une tente photographique. Sans doute, au moyen d’un sac ample et bien fait, dans lequel on introduit la partie supérieure de son corps, on peut sortir du châssis et y mettre les glaces collodionnées ou les papiers sensibles, jusque et y compris la grandeur 18 X 24; mais, au-dessus, cela devient impraticable. Il faut donc revenir à la tente complète qui vous donne votre liberté d’action. Toutes les tentes que j’ai vues ont le grand inconvénient d’être fort pesantes et très-embarrassantes; par cela même, quoique spécialement destinées au photographe voyageur, elles augmentent son bagage d’une façon désolante, et ont de plus l’inconvénient d’être fort chères. Or, celle dont je me sers a été, je n’ose pas dire inventée, mais combinée par moi, il y a déjà six ans, alors que je n’en avais pas vu d’autre façon, et je suis convaincu
MELANGES
qu’il se trouve un bon nombre de photographes et d’amateurs qui n’ont renoncé à se servir de cet appareil, qu’a cause du poids et du prix, et qui, voyant ces deux empêchements levés, y reviendront de grand cœur. Quand on a des études animées ou des instantanéités a faire, la tente est souvent indispensable: elle économise, dans ce cas, le temps et les courses, parce que vous vous rendez compte en développant, immédiatement, du résultat que vous avez obtenu. Il en est autrement alors qu’il s’agit de vues de monuments ou de paysages : la pose du collodion sec ou du papier une fois connue, vous ne manquez une épreuve que par accident, et la tente vous prête son obscurité seulement pour changer à l’aise vos surfaces sensibles.
Un des grands avantages que présente ce système très-complet, c’est le peu de temps que le montage et la mise en place exigent. L’installation de la tente demande à peu près : 10/ pour la monter et 5' pour la démonter, une seule personne peut le faire avec la plus grande facilité.
Roulée elle présente un volume de 50 centimètres de longueur, sur 25 de diamètre; elle pèse en cet état 4 kilogrammes.
Occupons-nous d’abord du bâtis qui la supporte et que peut exécuter le plus maladroit menuisier de campagne. Il est composé de deux compas, d’une traverse et de deux cordes. Ces pièces peuvent toutes être bri-
MÉLANGES
sées en deux comme les pieds de voyage, et former un petit faisceau portatif.
Ces bois sont en peuplier et ont un équarrissage moyen de 3 centimètres, ils pèsent en tout 2 kilogrammes 400 grammes.
Les pieds des compas sont armés chacun d’une douille et d’une pointe légère ; la traverse est terminée
Fig. 28.
Longueur des branches du compas CC'G". 2 mètres.
Longueur de la traverse TT' . 1 ,50.
à chaque extrémité par un petit crochet en fer, qui s’adapte à un piton mis, du côté opposé à la charnière, à la tête des compas; les deux cordes en fil de fouet, de la grosseur d’un petit crayon, ont environ 4 mètres de long chaque, et se terminent par un nœud.
Voici comment on monte cette charpente :
On enfonce en terre un petit piquet en bois, ou mieux une fiche en fil de fer À (fig. 29) ; si l’on n’a pas de fond, on attache la corde AB à une pierre, un rocher ou un arbre, je n’ai jamais manqué de trouver ce qu’il me fallait. On passe le nœud en B entre les deux têtes
MÉLANGES
du compas C ouvert, et que l’on tient debout; on accroche alors la traverse D au piton* on ouvre (en tenant toujours la traverse qui joue facilement en B et vous laisse la liberté de vos mouvements) le compas F et on l’accroche en E à l’autre bout de la traverse D. On passe
Fig. 29.
alors dans sa tête E le nœud de la seconde corde et on tend un peu roide en attachant en G avec une seconde fiche ou un piquet, ou un autre arbre. En général, comme la porte est au bout, je préfère attacher ce côté un peu plus haut à un arbre afin de n’avoir pas à me gêner pour entrer.
Voilà la charpente en place, voyons maintenant la manière de confectionner la couverture de notre maison. Cette couverture est formée tout simplement de doublure en percaline noire et de percaline verte entre lesquelles est cousue une feuille de ouate. Je réunis ainsi légèreté et opacité. En un mot, on fait coudre cela comme un couvre-pied très-léger. Il faut cependant que les piqûres
MÉLANGES
soient solides pour bien maintenir la ouate qui, sans cela, se roulerait et donnerait des clairs dans l’étoffe. Les rideaux sont de même en percaline noire doublée de doublure verte, mais sans ouate interposée ; on ne saurait les faire trop amples, mais la largeur indiquée suffît.
Voici la forme qu’elle aura, développée à plat :
Voici les dimensions exactes et la légende :
MN, largeur portant sur la traverse, lm,68.
HI, côtés de la porte taillés en biais pour retomber suivant MS et MR, lm,75, NO, côtés de la fenêtre, se boutonnant sur l’un des montants du compas opposé.
longueur 2m, 10, portant 12 boutons en métal solide et se boutonnant en NP. TU, volant intérieur noir de 25 cent, de large s’attachant en dedans avec des cordons sous les boutons et sur le montant.
MÉL4NGES. 293
OS, développement garni de ficelle formant anneaux de place en place, 2”, 50.
RP, développement aussi en rond et garni de même, 3m,95.
MKY-MLZ, rideaux de 65 centimèt. de large formant la porte et se croissant en M, l’un s’attache au bouton d, l’autre à un cordon en dessous ; ils sont plissés en haut sur 45 centimèt. de large.
F, fenêtre de 20 centimèt. de large, en percaline orange doublée de percaline rouge, et fermée d’un volet abcd , cousu en ab, et garni de cordons en cd.
YXZ, volants de 20 centimèt. servant à fermer l’accès à la lumière quand les pointes de la tente ne posent pas en entier en terre.
Les œillets placés de S en O et de R en P servent, au moyen de petits piquets que. l’on fait sur place, à assurer les côtés et aussi davantage la tente.
ef, cordons pour tenir le volet ouvert.
Je n’ai pas besoin de faire remarquer qu’il vaut toujours mieux s’établir sous des arbres qu’en plein soleil, et sur du sable que sur des herbes longues qui empêchent les volants de la tente de s’appliquer au sol et rendent plus difficile l’obscurité que l’on cherche à obtenir. Il faut tourner autant que possible sa fenêtre au nord, ou s’arranger de manière à recevoir le soleil sur un des grands côtés de la tente; dans tous les cas la plus mauvaise position est de l’avoir sur la porte.
Le complément du bagage, alors qu’on veut opérer dehors sur collodion humide, est une boîte de voyage qui sera dessinée plus loin et qui contient tout ce qui est nécessaire, y compris la table, etc,
Boîte de voyage pour opérer sur collodion humide.
Cette boîte, en bois blanc, de 1 centimètre d’épaisseur, a les dimensions suivantes :
Longueur en dehors . 0m,52
Largeur id . 0m,27
Hauteur fermée . 0m,28
MÉLANGES
Elle est calculée pour opérer sur des glaces, plaque normale, 18-24.
Le bagage complet du voyageur photographe se compose de :
1° La chambre noire et son pied et l’objectif;
2° Une boîte de 12 glaces entrant dans son intérieur;
3° Une boîte de voyage dont nous donnons la description ;
li La tente décrite ci-dessus et ses compas.
La figure ci-après représente la boîte ouverte : le couvercle sert de table au moyen d’un petit bâtis qui se rabat et forme le pied. On l’aperçoit dans la seconde figure, où la boîte est en opération et vue en perspective; ici elle est vue en projection horizontale.
ABCD, boîte assemblée solidement à queue d’aronde et collée, avec serrure et poignées.
EF, séparation à 0m 055 du grand côté AB.
MÉLANGES
GH, séparation à 0m,194du côté BD.
IJ, séparation à 0m,096 du côté CD.
R, cuvette en bois et verre de glace 18-24, ayant 0m,29 de long sur 0m,5 d’épaisseur, servant pour le bain d’azotate d’argent.
L, cuvette en gutta de même dimension, mais moins épaise, servant pour l’hyposulfite et enveloppée d’une gaine d’étoffe croisée.
MN, deux châssis de la chambre noire, afin d’en avoir un de bon en cas d’accident
O, vide pour papier-buvard, filtres, etc.
P, appui contenant une éprouvette cylindrique en verre graduée pour l’acide acétique. On met dedans le blaireau à épousseter les glaces et le crochet en argent.
Q, flacon à l’hyposulfite ; large ouverture, fermé à l’émeri , contenant 1000 grammes.
R, flacon ordinaire contenant 1000 grammes et servant à mettre l’agent développateur tout fait en arrivant sur le terrain.
S, flacon à l’émeri de 1000 grammes, contenant le bain d’argent.
T, flacon laveur à deux tubulures, garni de ses tubes, contenant 1000 gr.
V, entonnoir en verre, maintenu par un trou percé au milieu de la séparation
des quatre flacons.
XY, porte entonnoir en fil de fer, dont la tige entre dans l’épaisseur du bois en X, et qui tourne dans l’intérieur entre le dessous de l’entonnoir et le couvercle de la boîte fermée.
1, flacon en verre à bouchon, traversé d’un petit tube pour renforcement.
2, place pour les flacons de collodion.
3, flacon rond, à large ouverture, pour mettre des paquets d’un demi-gramme d’acide pyrogallique.
4, flacon carré pour le protosulfate de fer.
5, id. pour l’acide acétique cristallisable.
6, id. pour le collodion pharmaceutique.
7, id. pour l’éther alcoolisé.
8, id. pour liqueur sensibilisatrice.
9, id. pour gomme à 10 pour 100.
Tous ces flacons, de 250 grammes chacun, n’ont pas besoin d’être remplis pour une excursion ordinaire : l’opérateur sait à peu près ce qu’il doit mettre de chaque substance. Au-dessus de ces flacons on place, au milieu des linges et essuie-mains, un verre à expérience pour verser le développement à la surface des épreuves.
Tous ces compartiments sont faits sur tes flacons même, de sorte qu’ils y entrent et qu’ils s’y maintiennent sans aucune garniture ; on est donc sûr, en le* remettant à leur place, de n’avoir plus à s’en occuper.^
MÉLANGES
Lorsque la boîte est en opération, on déploie le pied replié sur le couvercle, et celui-ci forme la table. On tourne en dehors le porte-entonnoir XY sur lequel on met l’entonnoir U. On sort ensuite les deux cuvettes et
un châssis, et la boite reste ouverte et prête à vous donner les objets dont vous avez besoin.
Sur îë couvercle se place la cuvette K à l’azotate d’argent, le crochet, le blaireau retiré de l’éprouvette P.
A côté, le verre à développement; le flacon 1 à renforcement reste à sa place, facile à prendre, ainsi que le flacon de collodion au n° 2.
La bouteille à développement est mise auprès du verre ou par terre, il en est de même de la cuvette 4 sortie de son étui et mise dans un coin, le plus loin possible, ainsi que le flacon Q.
v>u ajouter dans la place O un support pour développe glaces suivant le modèle dont on a l’habitude. î*a boîte de voyage, la chambre noire et la boîte aux
MÉLANGES
glaces qu’elle contient, la tente se mettent sur un crochet à quatre pieds qui sert de chaise à l’opérateur, alors qu’il travaille sous la tente. Le pied de la chambre et le bâton de la tente, réunis par une courroie, sont portés sous le bras. Le crochet à dos est muni de courroies à demeure et à boucles qui, passant dans des arrêts placés convenablement sur le côté des boîtes et de la chambre, permettent de faire et assujettir ce paquetage en cinq minutes ; et cela sans crainte de dérangement possible. ,
Appareil à reproductions.
Une des conditions les plus importantes d’une bonne reproduction, c’est qu’elle n’offre pas de déformation comparée au modèle, et en second lieu quelle soit nette dans toute son étendue. Pour arriver à ce résultat sans un appareil spécial, il faut beaucoup de tâtonnements et une assez grande perte de temps. Comme il est nécessaire, 1° que la surface reproduisant soit exactement parallèle à la surface à reproduire, et 21° que le centre de l’objectif soit parfaitement sur la même horizontale que le centre de figure de la surface à reproduire, il fallait chercher longtemps pour arriver approximativement à une position convenable. Avec l’appareil que j’ai fait construire et dont la figure est plus loin, toute in-
MÉLANGES
décision a disparu et l’opérateur ne peut pas se placer dans l’erreur. O n rencontre dans son usage un autre avantage encore : c’est que le développement extrême des chambres, lors des grossissements, ne devient plus un embarras, parce que le chariot supérieur les porte dans toute leur longueur et reste aussi facile à manœuvrer quand elles sont déployées que quand elles sont fermées.
ABCD, bâtis solidement assemblé, ayant les dimensions suivantes :
AC . 2m,30
AB . 0ra,52
XY . 0m,60
L’instrument est calculé pour porter une chambre noire à soufflet M, donnant des épreuves de ihXà 0, et ayant un tirage de 4m,50, y compris les rallonges qui se mettent en avant en mn.
Les dimensions peuvent varier en plus ou en moins, suivant les épreuves que l’on veut obtenir.
EFGH, chariot supérieur glissant dans deux coulisses creusées dans les
MÉLANGES
grands côtés AC, BD du bâtis. Ce chariot porte en S une queue qui se fixe au moyen d’un boulon à vis et glisse dans la fente de la traverse JJ, placée dans le bâtis ABCD. Le chariot EFGH porte lui-même une traverse semblable K, dans la fente de laquelle glisse et se fixe le boulon à vis de la queue de la chambre noire M.
m»i, chambre noire qui est rendue immobile et liée au chariot EFGH par deux vis placées en dessous sur le prolongement de R. Le châssis R glisse de même dans deux rainures creusées sur les côtés EG etFH du chariot.
L, objectif double diaphragmé entre les verres, ou mieux objectif orthoscopique de Voigtlander.
N, planche solide et épaisse garnie d’une glace en dedans s’il est nécessaire. Cette planche porte-objet est parfaitement perpendiculaire aux plans ABCD et EFGH, et exactement parallèle à la face mn de la chambre noire et par conséquent à la glace dépolie. La dimension de cette planche est calculée sur celle des objets à reproduire, et la hauteur du chariot EFGH est telle que Je centre de l’objectif L est juste et horizontalement en face du centre de figure de cette planche.
Des lignes de remarque que l’on trace à sa surface servent à placer l’objet à reproduire dans cette même position, quelle que soit sa grandeur.
OP, traverses verticales solidement fixées dans le bâtis CD, et auxquelles la planche est attachée invariablement par les vis de pression O et P.
T, rebord qui, en consolidant l’assiette de la planche N sur le bâtis, sert à soutenir les tableaux et objets fragiles.
Q, pied du bâtis ABCD plus court que les autres et portant une vis en fer qui, par son mouvement, permet de faire porter toujours d’aplomb les quatre pieds du bâtis sur un plancher quelconque.
La planche porte-objets N a les dimensions suivantes, qui répondent à la majeure partie des cas demandés.
Hauteur
Largeur.
1 mètre. 0,80
Manière de doser Fioduration du collodion.
Malgré que nous ne nous servions que des sels de cadmium, il peut être intéressant pour un opérateur de faire des essais comparatifs sur les résultats produits par l’introduction de bases diverses dans un collodion semblablement composé d’ailleurs.
Or, pour employer les différents iodures solubles dans l’alcool et l’éther, de façon que la couche sensible
MÉLANGES
contienne la même quantité d’iodure d’argent, il faut savoir introduire la même quantité d’iode dans la même quantité de collodion. Mais cette quantité varie pour un même poids d’iodure avec la base qui lui est combinée; il faut donc faire un calcul assez court puisque c’est une simple proportion.
Nous empruntons ce travail tout fait à M. l’abbé Laborde, qui a pris pour unité à laquelle il rapporte les autres, la quantité d’iode contenue dans un gramme d’iodure de potassium.
La proportion de 1 pour 100, étant une ioduration moyenne, nous aurons le tableau suivant :
lodure de potassium. .....
de baryum .
de cadmium. .....
de strontium .
de zinc .
de nickel .
de fer .
de sodium .
de calcium .
d’ammonium .
de magnésium .
d’aluminium .
de lithium .
Nous avons vu § 7, troisième partie, combien le rôle de l’azotate combiné au bain d’argent est important. Quand on introduit des bases puissantes comme la potasse et la soude, on doit craindre qu’elles ne produisent l’acidification de l’éther, qui réagit lui-même en cet état sur le coton-poudre et les iodures.
MÉLANGES
Tableau de solubilité des principales substances photographiques.
Nous empruntons à M. Aimé Girard le résultat de ses expériences sur le point de saturation dans l’eau et dans l’alcool des principales substances employées dans les manipulations photographiques. Ce tableau est trèsutile aux personnes qui veulent essayer différentes formules dans lesquelles les auteurs omettent de donner les quantités exactes en employant le mot à saturation.