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De ce mariage naquirent trois enfants : une fille, Jeanne-Élisabeth- Victoire, baptisée le 24 mars 1735; un garçon, Juste-Nathan, baptisé le 4 mai 1736; enfin une seconde fille, Marie-Emilie, venue au monde le 27 avril 1740.

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métier qu'elles voyaient faire, à la peinture, au pastel, à la gravure : elle se mit, avec une certaine adresse et une aptitude assez heureuse, à copier en miniature les tableaux de son mari. Ces miniatures, généralement attribuées aujourd'hui à Boucher luimôme, eurent une vogue qui popularisa un instant, dans le monde des curieux, le nom de M*"® Boucher: on ne compte pas moins de huit de ces petits cadres dans le catalogue de vente du peintre Aved. M"""* Boucher toucha même à la pointe l>. gr^iveur de son mari.

Boucher ne fut pas très fidèle à sa femme. La jeune femme fut-elle plus fidèle à son mari? Il y a contre sa constance une assez jolie anecdote. Selorv une note manuscrite d'un bibliothécaire de M. de Paulmy, le roman de Faunillane ou V Infante jaune, fantaisie du comte de ïessin, illustrée de dessins de Boucher et imprimée, en 1741, à Badinopolis, chez les frères Ponthome, n'aurait été, de la part du comte, qu'un adroit moyen d'introduction dans l'intérieur du peintre. M. de Tessin n'aurait écrit son livre que pour en demander l'illustration à Boucher, approcher de cette façon délicate M"^ Boucher, la voir pendant qu'il expliquait les sujets à son mari, et lui faire sa cour en retournant la scène du Peintre sicilien derrière le chevalet du pauvre homme occupé à peindre. Les dessins faits et gravés par Chédel, — la comédie avait eu sans doute un dénouement au gré de M. de Tessin, — le livre était tiré à deux exemplaires, et le comte faisait cadeau

des cuivres à l'académicien Diiclos, qui, pour les» utiliser, écrivait, sur les compositions de Boucher, le roman allégorique d'Acajou et Zirphile^,

Le 30 janvier 1734, Boucher était reçu académicien, après avoir été agréé presque à son retour d'Italie, sur la présentation de son tableau de Renaud ET Armide, exposé aujourd'hui au Louvre.

Alors commence l'œuvre de Boucher; alors commence autour de cet œuvre l'applaudissement du public plus ardent à chacune de ces expositions qui, fermées depuis 1704, rouvrent en 1737, et donnent aux tableaux et à la gloire de l'heureux peintre une popularité sans exemple. Et de salon en salon, de triomphe en triomphe, son imagination se déroule en souriant. De ses pinceaux, de ses crayons, qui ne se lassent point, sort la mythologie du xvni° siècle. Son Olympe, ce n'est ni l'Olympe d'Homère, ni l'Olympe de Virgile : c'est l'Olympe d'Ovide. Et quelle ressemblance entre ces deux peintres de la décadence, entre ces deux maîtres de sensualisme, Ovide et Boucher! Une page de l'un a l'éclat, le feu, la manière et l'aspect d'une toile de l'autre. 11 y eut un poème d'Ovide, l'Ai^t d'aimer, qu'on mit en ballet sur un théâtre de Rome : n'est-ce pas

1. Archives de l'Art français, par Ph. de Chenuevières et A. de Montaiglon. Paris, Dumoulin, 185], vol, VI.

ce poème que Boucher retrouva à TOpéra, et dont il fit son génie?

La volupté, c'est tout l'idéal de Boucher : c'est tout ce que sa peinture a d'âme. Ne lui demandez que les nudités de la Fable; mais aussi quelle main pi'este, quelle imagination fraîche dans l'indécence môme, quelle entente de l'arrangement, pour jeter de jolis corps sur des nuages arrondis en cous de cygnes ! Quel heureux enchaînement dans ces guirlandes de déesses qu'il dénoue dans un ciel ! Quel étalage de chair fleurie, de lignes ondulantes, de formes qu'on dirait modelées par une caresse! Comme il s'entend aux poses indiscrètes, aux coquetteries des molles attitudes, aux provocations de la Nonchalance couchée tout de son long sur un décor d'apothéose, comme sur un tapis de harem! La sévérité du nu est inconnue à Boucher : il ne sait pas envelopper un corps de sa beauté, ni le voiler de sa pudeur; la chair qu'il montre a comme une effronterie piquante; ses divinités, ses nymphes, ses néréides, ses femmes nues sont toujours des femmes déshabillées. Mais quia déshabillé la femme mieux que lui? La Vénus que Boucher rêve et peint n'est que la Yénus physique; mais comme il la sait par cœur! Gomme il est habile à lui donner toutes les tentations du geste abandonné, du sourire facile, du maintien engageant! Gomme il l'entoure d'une mise en scène irritante! Et comme il incarne dans cette figure légère, volante, et sans cesse renaissante, le Désir et le Plaisir

Autour de cette Vénus, dans le ciel de cette Cythère, au milieu de ce sérail aérien, à travers ces nuages éclairés par le corps des déesses, le peintre jette une pluie d'Amours. Il les suspend en grappes; il les noue en couronne, il les répand et les essaime comme dans une frise de Clodion; il les culbute dans le giron des Grâces. Il disperse leur bande, il les rassemble; il donne h tous l'envolée, il les jette nus et polissonnant sur la nuée. Ce sont les enfants gâtés du pinceau de Boucher. Joufflus, les cheveux frisés et leur volant au front en gros accroche-cœurs, leurs larges prunelles souriant à traversleurs grands cils, le petit nez au vent, la bouche en cul de poule, le menton fendu par une fossette, ils sont partout dans son œuvre. Ils voltigent autour de leur mère, comme une cour d'oiseaux; ils jouent au pied des Muses avec les attributs des arts et des sciences ; ils enjambent le char attelé de colombes; et, qu'ils mangent à pleine bouche le raisin des Bacchanales, ou qu'ils visent au blanc dans la cible d'un cœur, ou qu'ils représentent les Saisons, ou qu'armés du maillet et du ciseau ils aient l'air d'amours échappés de l'opéra de Pygmalion, ou qu'ils soient seulement des enfants qui s'amusent, ils sont charmants à voir avec leurs petites mains engorgées, leurs jointures bouffies, leurs ventres ronds où le nombril semble une fossette, leurs derrières de Cupidon, leurs mollets dodus, leurs formes ébauchées et renflées, qui parfois, sous le crayon de Boucher, prennent une ampleur presque superbe. Et quels jeux de

lutins et de petits dieux ils font autour des allégories, près de l'eau où se baigne Diane, sur les genoux des nymphes adossées l'une contre l'autre, ou dans le triomphe de ces déesses que le maître, en ses jours d'élégance parmégianesque, aime tant à poser de dos, les épaules abattues, la croupe rebondie, la courbe de la hanche saillante, une jambe repliée sous l'autre et laissant passer sous la cuisse une plante de pied au lacis de rides douillettes! Boucher a si bien en main le type de ces jolis amours que, presque toujours, c'est leur visage qu'il donne à ses femmes. Un ovale raccourci et poupin, un front court, des yeux saillants et écartés, placés bas, loin des sourcils, presque sur la ligne du bout de l'oreille, un nez retroussé, une bouche en cœur, un menton d'enfant, ce sontlàles traits qu'il répète d'ordinaire. Par là, sa beauté est petite et ne dépasse que bien rarementunesorted'agrément fade etun peu lourd. Ses figures sont bovines tout à la fois et mignardes. Ce n'est guère que dans ses charmantes illustrations de Molière, dans les jolis dessins de V École des Femmes et des Précieuses, qu'il a attrapé l'expression, le fin sourire d'une figure et d'une physionomie de femme du temps, la beauté du diable et de l'esprit. Descendue de l'Olympe, l'imagination de Boucher se délassait dans la pastorale. Mais il la peignait de la seule façon dont il était alors permis de la peindre : il ôtait à l'idylle «cette certaine grossièreté qui sied toujours mal». 11 la représentait sous le travestissement le plus galant, dans un costume de bal

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masqué de cour. La vie champêtre devenait sous ses pinceaux le roman ingénieux de la nature, Tallégorie des plaisirs, des amours, des vertus, gardés loin de la ville et du monde, dans les déserts enchanteurs de M"*" Deshoulières. Il évoquait les Sylvandre, les Philis, les Lycidas, les Alexis, les Céladon, les Sylvanire, dans toutes ces compositions qui font le tour du Lignon : Pensent-ils au raisin? les Charmes

DE LA VIE CilAMPÊTRE, LES BeRGERS A LA FONTAINE, LE

Pasteur complaisant, le Pasteur galant, la Foire DE CAMPAGNt:. Bcrgèrcs adorables, bergers délicieux! ce n'est que satin, pompons, paniers, mouches au coin de l'œil, colliers de rubans, joues fardées, mains faites pour broder au tambour, pieds de duchesse échappés de leurs mules, moutons de soie, houlettes fleuries ; les paysans sont tournés comme une révérence de Marcel, les paysannes ont l'air de sortir des mains d'une habilleuse des Menus... Un monde tombé sur l'herbe d'une pastorale de Guarini, avec un madrigal aux lèvres et des bouffettes roses aux souliers! C'est l'églogue à la façon de celle dont Fontenelle parlait, lorsqu'il disait, comme s'il eût prévu la fantaisie de Boucher : « Il en va, ce me semble, des églogues comme des habits que l'on prend dans des ballets, pour représenter des paysans, lis sont d'étoffes beaucoup plus belles que ceux des paysans véritables; ils sont même ornés de rubans et de points, et on les taille seulement en habits de paysan. »

Autour de ces églogues et de ces scènes agrestes,

pour leur servir de fond et d'accompagnement, Boucher crée un paysage, une nature. Il ne trace pas les profondes perspectives de Watteau; il n'ouvre pas les grandes charmilles en éventail, il ne fait pas fuir derrière le dos de ses personnages ces parcs illuminés qui vont s'éteindre à l'horizon et dont l'ombre finit comme un murmure. Les eaux, chez Boucher, ne disparaissent pas au loin dans la vapeur; la campagne n'est pas cet asile de rêverie, ce lieu de silence et d'apaisement où la volupté se recueille. La nature, pour lui, est un joli tapage. Ce qu'il aime, c'est un petit coin de terre bruyant, pétillant de couleurs fraîches, rempli d'éclats de verdure, encombré d'arbres rameux, de saules étêtés, de fusées de branches. Toujours au devant, un ruisseau clapote et jase, une eau courante se mire au soleil, quelque petite rivière de France d'où se lèvent des bancs de roseaux, jette au premier plan sa fraîcheur et sa gaieté. 11 fait monter la mousse aux congélations des marbres ruinés; il cache l'herbe sous les larges feuilles du bouillon-blanc; il entrelace les saxifrages, il noue la vigne folle en rideaux, il encadre les paysages et les nymphes dans des tentures de sapins aux grands bras qui penchent et balancent leurs longs effilés verts sur le corps des baigneuses. Et l'on croirait voir, dans ce luxe et ce caprice de végétation, le cabinet de verdure, tel que le rêvait le xviii° siècle à ses heures d'imagination tendre et d'appétits rustiques.

Quand^ attaché à la manufacture de Beauvais,

Boucher peint d'après nature les vues des environs, cours de fermes entrevues sous les arcades ruinées^ hangars rustiques abritant des amas de choses, toits de chaume où poussent les fleurs semées par les oiseaux, couvertures de joncs soutenues parles poutres h peine équarriesqui les percent, roues de moulin, appentis rapiécés avec des planches, pigeonniers aux tuiles moussues, margelles des lavoirs, dont la pierre s'efleuille sous le genou des lessiveuses, basses-cours où l'œil s'égare sur les débris, les restes de paille, les vieilles échelles, les brouettes, les paniers à couver, — il donne à tout cela une richesse et une abondance de désordre, un pittoresque nouveau jusque-là inconnu, et que le xvm^ siècle a défini d'un mot créé expressément pour Boucher : le fouillis. Et pour donner plus de pêle-mêle encore à ses paysages, pour y mettre plus de vie, une confusion et une animation plus étourdissantes, il jettera dans ses ciels des volées d'oiseaux; à terre, il fera battre les poules, aboyer les chiens, courir les enfants dans les cours où le pied glisse sur le grain ; par les chemins, il lancera dans la poussière les marches d'animaux, les caravanes de Gastiglione, les sorties de l'arche, l'émeute des moutons pressés, les retours du marché avec les baudets tout sonnants de la vaisselle de cuivre qui leur bat au dos. — Paysagiste, Boucher ne semble avoir d'autre préoccupation que celle de sauver à son temps l'ennui de la nature.

Ce qui popularisa Boucher non moins que ses tableaux, ce furent ses dessins. Jusqu'à lui les dessins des maîtres français, — ébauches, croquis d'après nature, aurores d'une idée, d'une ligne, inspirations du moment jetées de verve sur le papier par une main hâtée, — n'avaient ni valeur commerciale, ni publicité courante. Jetés la plupart du temps en recueil au verso d'un mauvais cahier, — c'était là la méthode de Watteau, de Lancret, d'Oudry et d'autres; ou bien, feuilles volantes fixées par un clou au mur, dans un coin de l'atelier, ils étaient gardés sans grand soin par l'artiste comme un souvenir, le premier essai d'une toile, comme un document, une source de composition, un Livre de véynté. Ils ne sortaient guère de chez le peintre qu'emportés par l'enthousiasme d'un ami , la plupart du temps homme de métier lui-même ; ou bien, à la mort de l'artiste, vendus en paquets, pour quelques livres, par l'huissier priseur, ils se dispersaient aux quatre vents. Boucher fut le premier qui fit du dessin une branche de commerce pour l'artiste, qui le lança dans la publicité, qui appela sur lui l'argent, le goût et la mode. Les feuilles de papier où il semait ses études et ses caprices sortirent des cartons des amateurs, des collectionneurs exclusifs de dessins, pour parer les appartements, figurer sur les panneaux,

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