Mémoires de Diderot. Septembre
3. Lettre de Tabbé Le Blanc à La Tour, sans date. Remise au lende*' main d'une partie qui n'a pu s'exécuter jeudi à cause d'une répétition dont M"» (le nom est biffe) ne pouvait s© dispenser. Catalogue de Laverdet. Octobre 1862.
chanteuse pour laquelle le poète Cahusac mourut fou dans les loges de Gharenton, du regret de ne l'avoir pas épousée* ; la chanteuse pour laquelle le chroniqueur Grimm tomba malade de cette singulière maladie d'amour, de la léthargie que raconte Rousseau; la chanteuse qui créa la Golette du Devin de village, la chanteuse à la voix si légère, la chanteuse «au timbre d'argent'^ »; nommer Mademoiselle Fel, c'est expliquer ce grand et long amour de La Tour. Nous la retrouvons au Musée de Saint-Quentin; tête étrange, imprévue et charmante, qui semble dépaysée là, au milieu de cette galerie de femmes du xviu® siècle, avec son front pur, ses beaux sourcils, la langueur de ses grands yeux noirs veloutés de cils dans les coins, son nez grec, ses traits droits, sa bouche paresseuse, son ovale long, tout cet ensemble de physionomie exotique si bien couronnée par cette coiffure, un mouchoir de gaze liséré d'or, coupant le front de travers, descendant sur l'œil droit, chatouillant une tempe, et remontant sur le bouquet de fleurettes piqué à l'autre : ainsi l'on se figurerait une Levantine, rapportée d'Orient sur une page de l'album d'un Liotard; ou plutôt telle on rêverait l'Haydée de Don Juan.
La Tour est riche, il est amoureux, il est heureux. Dans le portrait qu'a gravé Schmidt, où le peintre s'est représenté, dit l'annonce du Mej^cure de 1743^ dans le négligé pittoresque de son costume d'atelier.