CLÈRE
Georges Clère1, né à Nancy en 1829, fut d’abord étudiant en médecine à Dijon, mais il suivait en même temps les cours de l'École des beaux-arts de cette ville et il finit par s’adonner tout entier à la sculpture. Il vint à Paris se mettre sous la direction de Rude et débuta au Salon de 1 853 par une figure de Malvina au tombeau d' Oscar. La Jeanne d' Arc écoutant ses voix qui fut exposée en 1869, et acquise par l’impératrice Eugénie, fit une grande sensation au Salon. La jeune visionnaire, écoutant les voix qui lui disent d’aller en avant, semble en proie à une sorte de délire, parfaitement d’accord avec sa légende.
1. Ses principaux ouvrages sont : 1853. Malvina au tombeau d'Oscar. — 1859. Vénus agreste (dans la cour du Louvre); le Faune gymnaste (à Saint-Pétersbourg). — 1862. Histrion (palais de Fontainebleau); figures décoratives pour le nouveau palais des facultés à Nancy, représentant le grand Cardinal, le duc Charles III, Stanislas et Napoléon III. — 1864. Hercule étouffant le lion de Némée. — Un Belluaire. — 1865. Phæbé (palais du Louvre). 1867. Le baron Larrey (médaillon en bronze). — 1869. Jeanne d’Arc écoutant ses voix.
Fig. 229. — Jeanne d’Arc, statue de Georges Clère.
En dehors des statues qu’il envoie à l'Exposition, Georges Clère a collaboré à la décoration de plusieurs édifices. C’est ainsi qu’il a fait, pour le Louvre, Y Hiver , la Marine, la Force, les Vendanges; pour le pavillon de Flore , aux Tuileries , deux grands frontons , quatre groupes de génie et dix cariatides; pour la préfecture de Versailles deux grands frontons, les bustes de Cérès, Mercure, Bacchus et Vertumne, etc.
DEVILLY
Théodore Devilly1, né à Metz en 1 8 1 8, fut d’abord élève de Maréchal et vint ensuite à Paris étudier sous la direction de Paul Delaroche. Doué d’une riche organisation d’artiste, Devilly a abordé à peu près tous les genres, mais les sujets militaires sont ceux qui paraissent convenir le mieux à son tempérament. Passionné pour la couleur, il s’est épris fort jeune des ouvrages d’Eugène Delacroix, et l’on a cru souvent qu'il était son élève. 11 compose avec une extrême facilité, mais comme peintre il est très-consciencieux, et ne quitte ses tableaux qu’à regret, espérant toujours qu’il pourra les améliorer encore. Son Combat de Ra{-Satah, acquis par le maréchal Randon, et son Combat au marabout de Sidi-Brahim, maintenant au musée de Bordeaux, ont été fort remarqués aux Salons de 1 852 et 1857. Néanmoins son oeuvre capitale est au musée de Metz; c’est un épisode de la campagne de 1812 représentant un Bivouac dans la neige. Une douzaine de soldats, affamés et à demi gelés, sont couchés dans la neige au milieu d’une plaine sinistre dont rien ne vient rompre la monotonie.
1. Ses principaux ouvrages sont : 1839. Le Rappel (aquarelle). — 1841. Apres la bataille (aquarelle). — 1852. Combat de Raj-Satah (appartient au maréchal Randon); Cosaques en iSiq. — 1857. Combat au marabout de Sidi-Brahim (Musée de Bordeaux). — 1859. Bivouac, campagne de 1812 (Musée de Metz). — 1861. Bataille de Solferino (Musée de Metz). — 1863. Alalakoff (appartient à l’Etat); Clairon de chasseurs à pied ; Un Misanthrope. — 1867. Hourra de Cosaques. — 1870. Combat d’un Centaure et d’une Lionne; Alaieppa. — 1 874. Léda; Blessés de Gravelotte (août 1870); Adieux à leurs officiers des soldats partant pour la captivité (Metz, 1870). — 1875. Bacchante; Amphitrite ; le Cheval blessé.
Fig. 230. — Un Bivouac en 1812, tableau de Devilly (musée de Metz).
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Le Hourra de Cosaques est une scène pleine de vie et d’animation, et l’on retrouve des qualités charmantes dans une foule de compositions et d’aquarelles qui n’ont pas figuré à nos Salons, mais qui sont bien connues à Metz et dans toute la Lorraine où cet artiste jouit d’une célébrité méritée. Comme peintre de scènes militaires, il ne rappelle ni Vernet, ni Raffet, ni Charlet, ni Bellangé, et il a trouvé moyen après eux tous de faire des tableaux originaux dans un genre qui semblait condamné au plagiat.
Outre ses tableaux et ses aquarelles, Devilly a collaboré à une
Fig. 231. — Le Grand mauvais sujet, par Devilly.
foule de publications illustrées. Il a fait, avec A. de Lemud, des dessins pour une édition d’Homère, et l’interprétation que ces deux artistes ont donnée de l’antiquité est extrêmement originale. Il est fort amusant quand il touche la note comique, et unit une grande vivacité de jet à une observation toujours piquante. Voyez plutôt son Grand mauvais sujet (fig. 23 1), la honte d’une école des frères qui a mérité des oreilles d’âne pour avoir fait des cocotes en papier au lieu d’une page d’écriture ! Fi, le vilain !
La guerre de 1870 trouva Devilly établi à Metz, où il jouissait de