‹ L'art en Alsace-LorraineChapitre 72 sur 179 · PULL · texte numérisé non relu

PULL

eorges Pull est né à Wissembourg en 1810. Rien dans son

VJ enfance ne fît pressentir le genre de travail par lequel il se ferait connaître plus tard. A vingt ans , il n’avait ni instruction ni profession, et s’engagea. Le hasard voulut que son régiment vînt à Paris. Un jour Pull s’arrêta comme ébloui devant une boutique de brocanteur où il vit un plat émaillé avec des figures en relief. Il entre, questionne et entend prononcer pour la première fois le nom de Bernard Palissy.

Dès ce jour, il avait trouvé sa voie; mais on ne s’improvise pas céramiste, et au sortir du service, il fallait gagner sa vie. Pull entra comme garçon de bureau dans une revue médicale ; il entendit parler d'histoire naturelle et se mit à empailler. 11 acquit bientôt une réputation d’habileté et s’établit dans une petite boutique marchand d’animaux empaillés.

Tout en vivant de son état, Pull poursuivait toujours un but secret et faisait maint essai pour y arriver; le souvenir de Bernard Palissy ne pouvait s’effacer de son esprit. Après bien des sacrifices il obtint enfin un éclatant émail sur un plat en terre qu’il avait fait cuire au feu. Le secret une fois trouvé, il ne peut contenir sa joie, *mt porter à l’hôtel des ventes tous ses animaux empaillés, et se met à faire des plats tout chargés de grenouilles, de poissons, de serpents, d’herbages colorés de diverses façons.

Pull s’est en quelque sorte identifié avec Bernard Palissy, et il ne s’en rapproche pas seulement par les produits, mais encore par la nature de son caractère. On peut en juger par cette lettre de lui

que nous empruntons à la Revue d'Alsace 1 : « A quoi bon dire mes essais, mes tâtonnements, mes déceptions? Elles furent sans nombre. Comme un homme qui tâte dans les ténèbres, je broyais toutes les matières que je croyais utiles à mes desseins, je les mêlais au hasard, mais en ayant soin de tenir note des substances et des doses employées«<*Mes épreuves sortaient du feu, les unes imparfaitement cuites, les autres brûlées. J’avais beau consulter les ouvrages de Bernard Palissy, que je savais presque par cœur, ils ne m’apprenaient rien ; ils sont si pleins de réticences ! Aujourd'hui seulement que pour moi la lumière s’est faite, je puis enfin les comprendre. J’employai ainsi bien des années à la recherche de l’inconnu, payant par des instants de découragement, mon tribut à la faiblesse humaine, quelquefois même me surprenant à douter de mon bon sens. Aux yeux de mes amis, je passais pour un visionnaire; on ne cessait de répéter à ma femme que j’avais la tête fêlée. Mais ces heures de faiblesses et de doute étaient de courte durée , et comme Bernard de Palissy , l’espérance que i’avoys me faisoyt procéder en mon affaire plus virilement que jamais. »

REIBER

Emile Reiber, de Strasbourg, architecte et dessinateur, est un des artistes auxquels l’industrie française doit les succès qu’elle a obtenus dans les dernières expositions universelles. La librairie, la céramique et l’orfèvrerie lui sont redevables d’importants travaux.

Outre les nombreux dessins qui ont paru dans différents ouvrages on doit à Reiber d’avoir fondé Y Art pour tous, une des publications les plus intéressantes pour les applications de l’art à l’industrie ; il prépare en ce moment une étude raisonnée des éléments décoratifs chez les peuples de l’extrême Orient.

Dans la céramique, Reiber est un des collaborateurs assidus de Deck.

x. Revue d’Alsace } novembre 1864.

Fig. 97. — Vase de style oriental par M. Christoile (composition de Rciber).

son Chris*ofle plus de i,5oo dessins et compositions de toute nature. Nous rappellerons seulement, parmi les émaux cloisonnés, le superbe vase avec des fleurs et des faisans. Il est impossible d’appliquer avec plus bonheur le style décoratif des Orientaux.

Comme bronze, la pièce capitale d’Émile Reiber est le superbe vase connu sous le nom de Vase Anacréon, et qui est également sorti

Néanmoins c’est dans l’orfèvrerie et les bronzes d’art que Reiber a apporté son concours le plus actif depuis plusieurs années. Émile Reiber est à la tète des ateliers de composition et de dessin de la maison Christofle; les émaux cloisonnés et les magnifiques bronzes que le public a si souvent admirés dans les expositions dernières sont en grande partie dus à son génie fécond et inventif. Il a fourni à la mai-

des ateliers de M. Christofle. Reiber a un goût déterminé pour l’Orient, mais il n’est pas exclusif et fait volontiers des incursions dans l’anti-

Fig. 98. — Vase de style grec, par M. Christofle (composition de Reiber).

quité. Une ode d’Anacréon qui décrit un ouvrage grec, représentant la naissance de Vénus, a servi de motif à la composition de ce vase remarquable et qui a figuré à l’Exposition universelle de Vienne.

Au bas du panneau on lit une strophe de l’ode 3p : « Quand je bois, c’est parfumé des essences les plus suaves; et, les bras enlacés à ceux d’une jeune fille, je chante Vénus. »

Un dessin de Girodet a fourni la composition de ce panneau qui représente Anacréon enlacé dans les bras d’une jeune fille. Mais des modifications importantes ont été apportées par Reiber à la composition primitive en vue de se plier aux nécessités de la décoration.

La superbe exécution des pièces exécutées par MM. Christofle entre assurément pour beaucoup dans la valeur de leurs produits; en choisissant Reiber pour diriger leurs ateliers de dessin et de composition, ils ont fait preuve d’un goût qui les honore, en même temps qu’ils ont fourni à l’éminent artiste alsacien l’occasion de déployer sur une vaste échelle son savoir et son talent.

RIESTER

artin Riester, né à Strasbourg en 1 8 1 g, y fit ses premières

1V1 études et se destinait lui-même à l’instruction publique. Il avait même obtenu de sa ville natale une bourse destinée à subvenir à ses besoins pendant qu’il se préparait à la carrière qu’il devait embrasser. Mais son goût inné pour le dessin l’entraînant dans une autre direction, il renonça à l’enseignement des lettres, remboursa son département et vint à Paris en 1840.

Il se voua alors tout entier aux applications de l’art à l’industrie, et devint bientôt un de nos dessinateurs les plus distingués dans ce genre. Les papiers peints, l’orfèvrerie, les bronzes, la gravure sur verre, les métaux découpés, la bijouterie, etc., l’ont occupé tour à tour, et il est bien peu d’industries d’art auxquelles il n’ait apporté le concours de son talent fécond et inventif.

Membre actif de l’Union centrale des Beaux-Arts appliqués à l’industrie, Martin Riester s’est occupé des questions d’enseignement et a publié des motifs d'ornementation à l’usage des écoles de dessin. Il a été le collaborateur de nombreux ouvrages sur l’ornement et a obtenu plusieurs récompenses à nos expositions.

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