LES CIGARRERAS DE SÉVILLE
M. WALTER GAY (Salon des Champs-Èlysées)
La Fabrique de Tabac de Séville où sont employées plus de deux cents cigarreras employées à la fabrication du Tabac, à celle des cigares et à la confection des cigarettes, est un endroit des plus curieux à visiter, en ce qu’il montre réunis les échantillons les plus caractérisés de la population féminine de l’Andalousie appartenant à la classe ouvrière.
Les Cigarreras travaillent dans de grandes salles à arcs surbaissés, où la lumière pénètre à flots; elles sont rangées par bancs parallèles, comme dans une école, et assises sur des bancs devant des tables légèrement inclinées et pourvues d’un petit rebord destiné à retenir les cigarettes qu’elles ont roulées.
J-,es types abondent, depuis la jolie Andalouse au ton mat, aux attaches fines, aux beaux cheveux noirs qui se tordent en riches nattes à reflet bleu, jusqu’à la jeune fille blonde, presque rousse, type rare mais cependant plus répandu qu’on 11e le croit, jusqu’enfin à la tzigane jaune au «crin » dur, à l’œil noir, au regard vif comme le diamant; tous les échantillons de la race s’offrent aux regards des visiteurs, et, si on ajoute à cela la variété des costumes, les effets de lumière, le gazouillement de tout ce monde bavard qui fait penser au bruit qui s’échappe d’une immense cage d’oiseaux babillards, on comprend que M. Walter Gay se soit attaché à ce sujet et l’ait traité par deux fois.
M. Waller Gav, qui est sujet américain, est âgé de trente-neuf ans; il a étudié à Paris sous M. Bonnat, et a fréquenté nos expositions depuis sept à huit années. U y a obtenu de réels succès avec des toiles qui se sont classées au Musée du Luxembourg, au Musée Métropolitain de New-York, à celui des Fines Arts de Boston. Après avoir obtenu successivement des récompenses à nos Salons annuels, il a été décoré de la croix de la Légion d’honneur.