ÉLISABETH BATHORY
E. CSÔK
( Exposition des Champs-Elysées)
C’est une horrible aventure que celle dont M. Csôk se fait l’interprète, et s’il y a là un drame qui, forcément, arrête la foule; la mémoire de la comtesse Elisabeth Bathory, qui en est l’héroïne et la pitoyable actrice, n’a pas à gagner à sa divulgation.
Elisabeth Bathory, pour se divertir, fait amener devant elle des jeunes femmes que poussent des mégères, et les fait étendre nues devant elle dans une épaisse couche de neige. Pendant que les malheureuses, les membres glacés, raidis par le froid, poussent des hurlements ; elle se repaît avec délices du spectacle, couchée dans un large fauteuil, chaudement vêtue, défiant la bise, les pieds sur un tapis moelleux; ses courtisans, autour d’elle, prennent part à sa joie ; et pour rendre la souffrance plus aiguë, les sorcières qui sont ses complices, puisent de l’eau glacée à un bassin couvert de stalactites et la jettent sur les pauvres corps nus.
Cette Elisabeth était le dernier rejeton de la célèbre famille de Bathory, fille de George Bathory, préfet du Comté de Szaboles et de Sztahmar, et veuve du Comte François de Nàdasdy, haut fonctionnaire de la Cour.
À Vienne, à Ecsed, à Sàrvàr, cette femme possédait des chambres de torture où, avec l’intendant Jean Ficzko, et quelques vieilles procureuses ; elle faisait martyriser des jeunes filles, se délectant au spectacle de leurs souffrances atroces. C’étaient généralement des paysannes ; on a compté plus de cent victimes.
George Thurzo, palatin de Hongrie en 1610, la fit prendre en flagrant délit, et juger par un tribunal qu'il présida lui-méme.
Parmi les complices d’Elisabeth Bathory, trois furent exécutés :
Ficzko eût la tête tranchée, et deux des procureuses furent brûlées vives.
Quant à la principale criminelle, grâce à sa haute situation et à ses relations, elle eut la vie sauve, mais elle fut enfermée à perpétuité au Château de Csejt où elle mourut en 1 G 1 4 .
L’artiste, M. Etienne Csôk, est Hongrois, il est élève de M. Bouguereau et de M. Robert Fleury, il est très jeune encore, et nous le verrons traiter des sujets moins féroces.