DONA MARIA DE PADILLA
M. Paul GERVA1S ( Exposition des Champs-Elysées)
Dans le patio d’un alcazar inondé de soleil, Maria de Padilla, la maîtresse de Pierre le Cruel, qui vient de sortir du bain, s’offre nue aux regards des courtisans. Le roi, fier de sa beauté, leur permet de la contempler et exige d’eux tous les hommages dus à une reine; lâches jusqu’au servilisme, ils lui prodiguent l’encens, et quelques-uns d’entre eux ont sollicité l’honneur de boire l’eau des bassins de marbre où elle vient de plonger son beau corps.
L’artiste a pris pour fond, en le modifiant, une des cours de l’Alhambra de Grenade, celle où s’élève la fameuse fontaine des Lions. L’orgueilleuse qui a su enchaîner le prince tend sa main à baiser à ses suivantes qui vont la parer de ses bijoux; et elle étale sa nudité superbe, sans que le rouge lui monte au front.
M. Paul Gervais a débuté par une composition, les Trois Marie, qui fut très remarquée et lui valut une récompense très enviée des jeunes artistes en ce sens qu’elle assure pendant quelque temps l’indépendance à qui l’obtient. Depuis, toujours porté aux grandes compositions et aux études de nu, il a envoyé au Salon un Jugement de Paris, de vaste dimension ; aujourd’hui il a eu le bonheur de voir achetée par l’Etat sa Dona Maria de Padilla, toile décorative qui ne convient guère par ses dimensions qu’à un musée, et dont le sujet pouvait faire hésiter les amateurs. L’artiste a trente-six ans, il est élève de MM. Gérome et Gabriel Fcrricr.