‹ L'art en photographieChapitre 48 sur 55 · FIG · texte numérisé non relu

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travaux de ses prédécesseurs, qui avaient obtenu les couleurs sans pouvoir les fixer, s'est appuyé sur des théories entièrement physiques, sur des considérations très ingénieuses, et a cherché à réaliser des résultais que ces théories et ces considérations lui permettaient d'espérer.

Ce qui fait la force de cette découverte, proclamée dans la séance, désormais mémorable, du 2 février 1891, c'est que les couleurs obtenues restent fixées au grand clair du jour. Point capital, acquis à la science, et qui fait que l'obtention des couleurs en photographie ne peut plus rester classée au rang des grandes utopies scientifiques semblables à la quadrature du cercle ou au mouvement perpétuel.

La lumière se propageant en ligne droite, prenons, par exemple, R, R' (fîg. 1) comme étant la direction d'un rayon lumineux.' La vitesse de ce rayon, indépendante de sa couleur, diffère suivant le milieu traversé. Dans l'air elle est environ de 300,300 kilomètres par seconde. Par transmission de proche en proche, chaque molécule d'éther compo-

sant ce rayon se trouve successivement animée d'un mouvement vibratoire perpendiculaire à ce rayon. La première molécule effectue, par exemple, son mouvement vibratoire de R en R,, puis revient en R pendant que la seconde va de Rt en R2. La troisième, par conséquent, ira de R2 en R3, pendant que la seconde retournera en R^ Ainsi de suite jusqu'à R'.

On nomme onde chaque mouvement d'aller et de retour d'une même molécule. Elle constitue donc une oscillation

Fig. 2. — Ensemble de l'appareil pour la photographie des couleurs.

C cuve à faces parallèles contenant les dissolutions d'hélianthine ou de bichromate de potasse.

D chambre noire.

O objectif.

B support de la cuve à mercure.

P plaque sensible.

CC bandes de caoutchouc.

V fond de la cuve.

M mercure.

SS pinces.

T table.

complète. Le temps nécessaire à la production de cette oscillation complète se nomme longueur d'onde, longueur variant avec chaque couleur du spectre.

Vous remarquerez, d'une part, qu'à chaque demi-longueur d'onde correspond l'écart minimum de deux molécules d'éther ; d'autre part, que chaque partie vibrante est en retard sur celle qui la précède. Il résulte que ces retards, en s 'ajoutant, donnent lieu de remarquer qu'à côté d'une molécule il en existe toujours une autre vibrant en sens contraire. A distances paires de demi-longueur d'onde elles vibrent dans le sens primitif; à distances impaires, dans le sens inverse. De là ce curieux phénomène : deux rayons de même couleur, émanés de la même source, produisent des vibrations qui peuvent tantôt s'ajouter en produisant des

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maxima de lumière, tantôt se détruire en donnant des minima de lumière, c'est-à-dire de l'obscurité.

Une légère différence dans le chemin parcouru suffit, par conséquent, pour que les mouvements vibratoires soient ou en concordance ou en discordance. Si donc nous admettons un instant que, par un artifice quelconque, nous puissions transmettre simultanément à une même molécule d'éther

Fig. 3.

Coupe du châssis creux pour démontrer l'action de la lumière dans la couche sensible.

PP

support de verre de la couche sensible.

SS couche sensible considérablement amplifiée.

C bande de caoutchouc.

VV fond de la cuve.

RR, direction du rayon lumineux venant de l'objectif.

II4 1, points de concordance ou maxima

de lumière.

R, Ra R, R, points de discordance ou mi-

nima de lumière.

m m molécules do bromure d'argent.

L L lignes des maxima.

B B lignes des ininima.

deux vitesses oscillatoires, parties à des époques différentes de la même source, la molécule subira une vitesse résultante, supérieure ou inférieure aux vitesses composantes, suivant le sens de celles-ci. Il y aura alors interférence. L'ensemble des points minima et maxima prend le nom de franges d'interférence.

Or dans ces variations de vitesse deux cas se présentent : ou la différence du chemin parcouru est exactement égale à

une longueur d'onde ou à un multiple entier pair de deux longueurs d'onde, alors les deux vitesses composantes sont identiques et forment, au point déterminé, un maximum d'éclairement ; ou cette différence est égale à une demilongueur d'onde ou à. un multiple entier impair de la demilongueur d'onde, alors les deux composantes sont inversement identiques, c'est-à-dire égales et en sens contraire, et

F M.F^.PAFJIS

F.M.FIICHA^Q p*F)l

Le châssis à mercure Contamine.

par conséquent s'accumulent pour donner le minimum d'éclairage ou l'obscurité.

Le point où la lumière est maxima prend le nom de ventre, celui où elle est minima le nom de nœud. Ces ventres et' ces nœuds alterneront, séparés entre eux par dos intervalles égaux, par conséquent à un quart de longueur d'onde.

Il va de soi que ce qui existe pour un rayon unique existe également pour tous les rayons composant un faisceau. Par conséquent, les nœuds et les ventres réunis formeront des plans nodaux et des plans ventraux.

Ceci posé, si nous étendons sur la surface réfléchissante une matière sensible, le phénomène d'interférence, que nous venons de voir, se produira dans l'intérieur même de cette couche et elle se trouvera impressionnée seulement dans le voisinage immédiat des plans ventraux. Le problème de la

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reproduction photographique de l'interférence sera alors résolu.

Pour atteindre ce but, M. G. Lippmann a construit une sorte de châssis creux ou cuve {fig. 3) avec deux plaques de verre garnies de bandes de caoutchouc et consolidées avec des. pinces. Dans l'intervalle laissé libre il a versé du mercure destiné à fournir la matière réfléchissante. La plaque antérieure de la cuve a été recouverte d'une substance sensible mise en contact avec le mercure.

Un de mes correspondants, M. Contamine, m'a commu-

Fig. 4.

nique, pour la pratique, le plan d'un châssis à mercure qui a été construit par le Comptoir général de photographie. Il comprend : 1° un réservoir A1 placé à la partie supérieure ; — 2° une chambre à mercure A2 communiquant avec A1 et séparée en deux par une lame de fer ou d'acier B ; — 3° un bouchon N pour la vidange du mercure ; — 4° un cadre de fer D encastré dans le corps du châssis et portant quatre saillies E1 E2 E^ E4 portant chacune, en son milieu, une échancrure à plan incliné dans laquelle vient se loger une des clefs H1 H2 H3 H4; — 5° un cadre D2 semblable à D1, mais percé de lumières suffisantes pour le passage des saillies ci-dessus indiquées et pourvu de deux boutons N1 N2.

Une épaisseur de bois, évidée pour recevoir la plaque sensible, sépare les deux cadres D1 et D2. Un corps souple et élastique garnit cet évidement sur la partie où doit reposer la couche sensible. L'autre côté de la plaque de verre est séparé du cadre de fer D2 par un ou plusieurs

cadres de carton buvard d. Un rideau M complète ce châssis.

Pour opérer, on met le châssis à plat, face en dessus, on pousse de côté les verrous H1, H2, H3, H*, pour dégager le cadre. On retire celui-ci, puis la glace, et on verse sur la plaque de fer une quantité suffisante de mercure pur, sec et bien propre. Le taquet 0 donne une déclivité à la plaque de fer et le mercure s'écoule dans le réservoir A.1.

La plaque sensible étant placée dans son logement, la surface impressionnable au-dessous, on pose sur le dessus le ou les petits cadres d, et enfin le cadre D2 que l'on assujettit en amenant les clefs dans les échancrures à plan incliné des pièces E1, E2, E3, E'\ En redressant le châssis, le mercure du réservoir A1 s'écoule derrière la plaque de ferB, les impuretés surnagent et il n'arrive dans le réservoir A2 que la partie la plus propre. Cette arrivée se fait lentement, régulièrement et sans amener de bulles d'air, et le mercure se met en contact intime avec la couche sensible. Après l'exposition suffisante et nécessaire, le châssis est remis à plat, le mercure se retire dans le réservoir A1, et on peut aisément enlever la plaque exposée. En cas de nécessité, le mercure peut s'écouler par le bouchon N.

Le châssis à mercure une fois substitué au verre dépoli, dans la chambre noire que se passe-t-il?

Soit R le rayon arrivant de l'objectif [fig. 3, voir page 375). Il aboutit en R1 à la surface du mercure, se trouve réfléchi par celui-ci et revient par conséquent sur lui-même dans la direction Rj R. Entre le rayon direct et le rayon réfléchi il y a alors interférence. Des franges d'interférence se produisent donc dans l'intérieur de la couche sensible, offrant des minima de lumière aux points R,, R2, R3 et R4 : c'est-à-dire où il y a discordance de vibrations, et des maxima de lumière aux points I„ I2, 13, etc., c'est-à-dire où il existe des concordances de vibrations.

Aux points maxima, la couche sensible s'impressionne. Après le développement elle contiendra ainsi une série de lamelles d'argent réduit. Lamelles transparentes et possédant exactement l'épaisseur nécessaire pour reproduire, par réflexion, la couleur incidente gui leur a donné naissance. Or, plus nombreuses seront les couches, plus vives les cou-

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leurs reproduites. Quant à la fixation de ces couleurs, elle demeure complète et illimitée, puisqu'elles sont formées physiquement par réflexion.

Par transparence le phototype est négatif, c'est-à-dire que chaque couleur est remplacée par sa complémentaire.

En un mot la vision des couleurs sur la plaque est due au phénomène des lames minces, auquel les bulles de savon et la nacre doivent leurs colorations.

Soient MM (fig. 4, voir page 377) une lame mince ayant l'épaisseur exigée par la couleur agissante, et SA un rayon de lumière blanche frappant la surface de la lame. Une partie de SA se réfléchira en A suivant AR. L'autre partie pénétrera en C. Arrivée à ce point elle réfléchira suivant A'R' parallèlement à AR. Les rayons AR et A'R' interféreront entre eux. Or le chemin parcouru par A'R' sera plus long que celui parcouru par AR de toute la longueur ACA égale à une longueur d'onde de la couleur agissante. Les mouvements vibratoires des rayons AR et A'R' ne seront plus en concordance, sauf pour la couleur agissante qui dominera à l'exclusion des autres.

Plus la couche aura de lames, plus la pureté et l'éclat de la couleur seront augmentés.

En ce qui est de la vision de l'épreuve en couleurs M. Lippmann a imaginé un appareil spécial. Les épreuves obtenues par la méthode interférentielle ne sont vues en couleurs que sous la même incidence qui a fourni l'image. Pour permettre de les voir ainsi, M. Lippmann emploie une lanterne L éclairée par un bec de gaz Auër. En avant de cette lanterne une lentille sert de condensateur et envoie, en un faisceau parallèle, toute la lumière sur l'épreuve soutenue par un support P. En plaçant sur le parcours du rayon réfléchi, entre elle et le spectateur, une loupe G, celui-ci, en mettant son œil contre un œilleton E fixé au foyer de la loupe, verra l'image amplifiée. L'image se lit avec une netteté absolue, se montre avec un brillant parfait et se présente avec une sorte de relief qui donne l'illusion complète quand on remplace la loupe par une jumelle de spectacle.

La formation de lamelles dont je viens de parler montre la nécessité d'employer une substance sensible parfaitement homogène, si les molécules mm qui la composent [fig. 3)

présentaient des épaisseurs supérieures à une demi-longueur d'onde, elles déborderaient sur les couches non impressionnées, rendant les autres discontinues, irrégulières, nulles. On ne saurait donc se servir des plaques du commerce dont les grains de bromure d'argent atteignent et dépassent plusieurs millièmes de millimètres.

Pour son expérience, M. G. Lippmann a étendu sur sa plaques une solution de gélatine dans de Feau chaude contenant du bromure de potassium, qu'il a sensibilisée, après

Appareil de M. Lippmann pour regarder les épreuves en couleurs.

dessiccation, en la plongeant dans un bain d'azotate d'argent. Le bromure d'argent qui se forme alors offre toutes les conditions voulues de finesse. Mais pour atteindre le but suprême, il restait à tenir compte de la différence actinique des rayons colorés.

Afin d'arrêter les rayons bleu, violet, vert et ne laisser passer que les rayons rouge et jaune, on place devant l'objectif une cuve de verre, à faces parallèles, contenant une dissolution d'hélianthine dans l'eau. Le rouge et le jaune ayant posé leur temps à peu près normal, on remplace la cuve d'hélianthine par une autre cuve contenant une dissolution de bichromate de potasse, assez concentrée pour ne laisser passer que les rayons rouge, jaune et vert. Après la

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pose nécessaire au vert, on substitue à cette cuve une autre cuve contenant une dissolution faible de bichromate de potasse, laissant passer les rayons bleus. Après la pose on laisse librement le violet s'impressionner.

Il n'y a plus qu'à développer la plaque suivant un des procédés connus. M. G. Lippmann a employé l'acide pyrogallique additionné de sesquicarbonate d'ammoniaque.

MM. Lumière frères ont repris avec un éclatant succès les expériences de M. Lippmann en se servant de plaques émukionnées au gélatino-bromure d'argent d'un grain très fin. Ils ont même obtenu ainsi des portraits. Mais, malgré tous leurs efforts, malgré les merveilleux résultats qu'ils nous font admirer, ce n'est pas encore demain que nos photographies revêtiront le charme de la couleur.

De fait, si la découverte de G. Lippmann est absolument suggestive et d'une rigueur scientifique indiscutable, on ne peut nier cependant qu'elle ne parvient pour ainsi dire pas à entrer dans la pratique. C'est qu'il y a, dans ce procédé, des plaques à préparer et, qui plus est, des plaques émulsionnées dans des conditions spéciales et orthochromatisées. Difficultés grandes pour un praticien émérite ; difficultés quasi insurmontables pour un amateur.

Au demeurant, s'il m'est permis d'émettre ici mon opinion personnelle, je ne crois pas que la pratique de la photographie des couleurs nous sera donnée avec la méthode interférentielle de Lippmann. 11 y aura, il y certainement autre chose.

C'est sous la conviction d'une idée analogue, sinon identique, que M. Otto Wiener a repris l'examen critique de toutes les expériences qui ont été tentées sur l'obtention de la couleur en photographie. Les travaux d'Edmond Becquerel, Zenker, Seebeck, Poitevin, Lippmann et Lumière ont été passés en revue par lui. Avec la logique claire, simple et convaincante qui caractérise toujours l'exposé de ses expériences, M. Otto Wiener arrive à conclure qu'il existe en réalité deux espèces de photographie des couleurs : celle où les couleurs de l'épreuve sont des couleurs d'interférence, par conséquent des couleurs non réelles mais & apparence, et celle où les couleurs de l'épreuve sont des couleurs d'absorption, et par conséquent de véritables couleurs réelles

absolument propres au corps qui a subi l'action lumineuse.

Le mémoire complet de M. Otto Wiener, publié dans les Annales de Wiedelmann, porte pour titre : « Photographie des couleurs propres aux corps et mécanisme de l'adaptation à la couleur de la nature. »

Pour ce savant, la couche sensible qu'il faudrait employer pour avoir photographiquement les couleurs réelles, et non d'apparence, par conséquent visibles sous toutes les incidences, serait une substance noire absorbante, composée elle-même de diverses substances absorbantes et absorbant chacune toutes les couleurs, sauf une couleur donnée et impressionnée par les couleurs qu'elle absorbe. En conséquence, il en faudrait au moins trois, correspondant à trois couleurs simples, suffisamment différentes pour pouvoir, par leurs combinaisons, redonner du blanc.

Je rappellerai, pour ceux de mes lecteurs qui aiment à faire autre chose que de la photographie courante, ou qui désirent pousser leurs investigations dans cette voie pleine d'attraits, je rappellerai, dis-je, une des plus anciennes expériences de ce genre, celle de Poitevin.

Poitevin prenait du papier non collé, et l'immergeait durant deux minutes dans une solution de sel marin à 40 pour 100, puis une minute dans une solution d'azotate d'argent à 8 pour 100. Après un lavage rapide, la feuille ainsi préparée était alors plongée dans une solution de chlorure de zinc à S pour 100, puis portée et maintenue à la lumière diffuse du jour, jusqu'à ce que la couche impressionnée devînt foncée, dans une certaine mesure cependant. Elle était alors retirée du bain et baignée dans un mélange formé d'une solution concentrée de bichromate de potasse pour deux parties d'une solution également concentrée de sulfate de cuivre. On la pressait alors, pour la faire sécher, entre deux doubles de papier à filtrer. Avant dessiccation complète, ou alors légèrement humectée, on l'insolait sous un vitrail coloré. Les couleurs s'imprimaient par simple exposition et sans développement. Malheureusement, Poitevin et ceux qui l'ont imité ne sont pas parvenus à fixer ces couleurs. A force de les regarder à la lumière blanche, elles disparaissent petit à petit.

M. E. Vallot, se basant sur ces indications, a réalisé,

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en 1896, l'obtention d'une couche chromosensible, d'un autre genre que celle de Poitevin et donnant la photographie des couleurs. C'est une vérification, par expérience, des idées nouvellement émises.

M. E. Vallot prépare les trois solutions suivantes:

A. Alcool. . 50 cm3.

Pourpre d'aniline 0 gr. 2.

B. Alcool 50 cm3.

Bleu Victoria 0 gr. 2.

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