LES IDÉES DU JOUR ET LES ÉCHOS DART
contribution d'interrogatoire et chacun s'est exécute de bonne grâce, sans qu'on ait eu la satisfaction d'apprendre qu'un noble camarade indigne à juste litre ait cconduit, avec la violence qui eût été de mise, l'un de ces terribles cambrioleurs de la vérité.
Le spectacle de ces articles sans pudeur et de ces inlervicMS successifs a été si pénible, la lecture de ces causeries inqualifiables prêtées à Zola ou à Daudet apparaît encore si écœurante pour la décence et l'honneur confraternels, les diagnostics des médecins spécialistes X. Y. Z. nous ont montré des savants si peu fermés sur le secret professionnel, que toute cette lessive d'opinions sans dignité ne nous parait point exposée pour donner aux esprits droits une crâne idée morale des individualités de ce temps.
On en arrive à se demander si ceux qui ont empêché Maupassant de démissionner à la vie, en une heure de lassitude et d'impuissance, ont eu la saine raison de leur mandat; car si, par un bonheur encore possible, le maître écrivain revenait prendre une place qu'il avait su rendre incomparable dans la littérature contemporaine, il est permis de croire que son réveil serait un singulier cauchemar. A la lecture de ces amas d'informations publiées sur son compte, il risquerait d'être atteint dans sa convalescence cérébrale, et, s'il était assez fort pour supporter ce torrent de bas commérages etdeturpides insinuations, ne croit-on pas qu'il écrirait, s'appuyant sur les théories d'Herbert Spencer, un livre qu'il pourrait intituler la Basse-Cour, montrant la làchclé de volailles des pcllls plumitifs contemporains toujours prêts à achever à coups de bec le coq malade qui ne peut plus chanter ?
En librairie, on attend l'évacuation delà littérature d'étrennes pour mettre aux vitrines des œuvres nouvelles ; aucun livre de grande marque ne montre encore son titre aux étalages. Les vétérans mettent quelque prudence à s'aventurer à cette époque. La Guerre, de Zola, n'est pas encore prête à entrer en ligne; on parle toutefois de la QuesUon des enfants, roman d'A. Daudet,
qui paraîtrait sous quinzaine dans la Collection Guillaume, chez Flammarion; puis d'une œuvre de Tolstoï, U Argent, avec préface de Zola, chez le même Flammarion. Annoncerai-je encore chez Havard une histoire concupiscente de Maizeroy, intitulée Bijou ; et chez Kolb, le Nouveau jeu, d'Henri Lavedan? — Tout cela est assez peu réconfortant pour l'hiver, et l'Angélus va bien nous manquer. — On essayera ici, les mois suivants, d'établir un système d'enquête nous permettant de fournir chaque mois un aperçu lointain de l'horizon littéraire, c'est-à-dire une nomenclature des livres à paraître. Ces indications seront fort appréciées par tous ceux de nos lecteurs qui aiment, — cela se conçoit, — à prévoir à l'avance leurs fêtes intellectuelles.
Voilà plus de vingt ans que les commissions supérieures des bâtiments civils annoncent des réfections et améliorations à la Bibliothèque nationale, et on sait avec quelle lenteur désespérante marchent les travaux entrepris ; on se souvient de cette porte d'entrée qu'il fallut quinze années pour achever, et des générations sont mortes d'inanition en attendant l'installation du buffet aujourd'hui existant. — On nous annonce de nouveaux travaux dont la dépense prévue est de sept millions. Comme le fait intéresse artistes, hommes de lettres, curieux et savants, mentionnons ici ce grand projet qui risque d'être réalisé au milieu du xx*^ siècle.
Le crédit étant supposé adopté, l'architecte commencera les travaux par l'achèvement du bâtiment situé rue Colbcrt ; il consti'uira, aussitôt après, la nouvelle salle de lecture.
Cette salle de lecture publique sera de forme ovale, avec des cours d'aération et d'éclairage aux quatre angles, et absolument isolée du reste de la maison. Le public y accédera de la rue Vivienne, par un grand vestibule ; elle comportera, parle nombre des casiers qui s'y étageront, par les magasins qu'on y adjoindra, des collections au moins double des collections existantes.