‹ L'Art et l'idée [serial]Chapitre 4 sur 90 · SENSATIONS D'ART ET EXPRESSIONS DIDEES · texte numérisé non relu

SENSATIONS D'ART ET EXPRESSIONS DIDEES

galantes de la plume et du crayon; ce même naturalisme, qui inconsciemment a galvaudé le talent en mettant certains procédés d'écriture à la portée de gens sans mandat sufiisant ; le naturalisme moderne va périr dans sa fange, et les temps sont proches où, dans tous les arts en reprise de possession d'eux-mêmes, l'idéalité va renaître, exaltant enfin nos esprits au-dessus des ruisseaux et déployant nos rêves vers d'exquises conventions et d'adorables visions internes.

Nous avons marché si vite dans le chemin du réalisme stérile que nous découvrons aujourd'hui la tristesse lamcnlalile de ce carrefour sans issue. Le progrès a scandaleusement favorisé cette poussée vers le vrai et l'ignoble de la génération qui décline maintenant; la photographie a mis sa précision et son exactitude au service de tous les arts , et les procédés qu'on nomme directs et qui, sur reliefs ou en creux, servent d'interprètes fidèles aux peintres et dessinateurs, ces procédés, généralement employés a celte heure, ont apporté un peu partout l'aspect navrant, morne et plat de la plupart des reproductions solaires ; nos livres de voyages et autres, nos journaux illustrés avec leurs clichés instantanés ou leurs photogravures «documentées » surplace, sont désespérants à regarder, car leur pittoresque sur nature glace nos regards et interdit tout papillonnage à notre imagination si désireuse d'au delà.

Le théâtre court à sa ruine pour des raisons qui tendent à faire monter les bas-fonds de Henry Monnier sur la scène, à la grande joie de quelques faux artistes, éncrgumènes de la plume, qui confondent dans leurs critiques le sens réel des choses, en s'extasiant avec

emphase sur ceux qui ont des oreilles de sténographes et des yeux perspicaces, au détriment des seuls artistes, q'est-à-dire de ceux qui conçoivent la religion du soi k; l'aide d'un cerveau créateur, — Ce sont les hommes mûrs, remarquons -le. qui s'obstinent encore à cette médiocre école de la vérité , tant dans les livres que sur les planches et ailleurs; les jeunes, les vraiment jeunes, ceux qui travaillent pour eux-mêmes et qui se pressent r en ce moment pour apparaître bientôt dans l'arène.' publique, sont et seront délicieusement hostiles aux fades et salissantes crudités sans art.

Déjà nous les voyons — dans leurs petites revues militantes , qu'on ne remarque pas assez — développer, non sans crânerie, le drapeau des nobles représailles ; poètes , essayistes, romanciers, tous vont à l'idéal, à la mysticité, à la religion d'un beau cloîtré dans la pénombre des dévotions d'art. Peintres et statuaires suivent un mouvement analogue, comme si l'âme de ces débutants avait senti le gouffre de désillusion et de pessimisme où la poussée de leurs devanciers allait les précipiter.

Autant je puis les suivre, — et certes ils m'intéressent, ces jeunes hommes, qui seront peut-être les gloires de demain, — autant je puis constater que le néant de certaines perfections modernes les frappe aussi bien dans l'expression des écritures romancières que dans le rendu extra-habile des maîtres contemporains de la peinture et de l'illustration.

D'instinct, ils sentent qu'ils n'iront pas au delà de

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