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190 l’art et la démocratie
Théâtre de l’Odéon.
Il est d’usage de critiquer à tort et à travers le théâtre de l’Odéon et son administration. On les traite de « vieille boutique « et de vieux jeu ». On nous permettra de rappeler un mot du chroniqueur Auguste Villemot? C’est lui qui disait : « L’Odéon est un théâtre bien difficile. Quand on y joue une pièce littéraire, on dit que c’est embêtant; quand on y joue unepièce gaie, on dit quece n’estpas littéraire». Cemotestrestéassez vrai. Cependant, on peut dire que le directeur actuel, M.Ginisty, a joué plus de pièces littéraires en cinq actes que ses prédécesseurs. On a fait courir cette légende qu’il avait unepréférence marquée pour le vaudeville.
Est-ce un théâtre où l’on a un faible pour le vaudeville, que celui où l’on joua, en cinq ans, un tel nombre de pièces en vers : YApollonide, de Leconte de Lisle; le Chemineau, de Jean Richepin ; Juan de Marana, d’Edmond Haraucourl ; la Double Méprise, de Victor Margueritte; Struensée, de Pierre Barbier; la Reine Fiametta, de Catulle Mendès ; les Truands, de Jean Richepin; France d'abord! d’Henri de Bornier; Pour VAmour, d’Auguste Dorchain? Est-ce un théâtre où l’on s’adonne au vaudeville que celui où l’on joue des œuvres telles que le Passé, de G. de
Porto-Riche ; les Antibel, de Pouvillon; l'Enchantement , de A. Bataille ; la Promesse, de Rosny ; la Guerre en Dentelle , de d’Esparbès, c’est-àdire, h divers titres, et avec des fortunes diverses, des œuvres caractéristiques?
Me permettra-t-on d’ajouter que M. Ginisty, évoquant le théâtre antique, osa jouer les Perses, d’Eschyle, avec une partition de Xavier Leroux, et que cette tentative fut couronnée de succès ; qu’il a remis à la scène le Prince travesti , de Marivaux : la Maréchale d' Ancre, d’Alfred de Vigny ; Œdipe à Golone, la Fille du Cid, Marianne, de Tristan Lhermitte, avec la reconstitution du décor à compartiment; la Passion, de Haraucourt; Turando, deGozzi; Ulysse, avec musique de Gounod ; qu’il a repris les Corbeaux, de Becque, et les Fourchambault, d’Augier; qu’il a donné deux grandes œuvres musicales, Dèjanire, avec une partition deMassenet?
Enün, les « samedis » sont nés sous cette direction, et jamais on n’a tant dit de vers à l’Odéon.
Le public, malheureusement, n’est pas assez curieux de choses littéraires. Mais on peut affirmer, sous les réserves générales faites à propos du Théâtre d’art, que la direction actuelle a été bien intentionnée et désintéressée. Ce ne sont pas toujours les pièces qui ont donné le plus de mal à monter et qui ont coûté le plus de dépenses qui ont le mieux réussi. On peut dire que, en présence d’une œuvre élevée, M. Ginisty ne s’est pas laissé arrêter parla perspective d’un résultat
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matériel plus que douteux, croyant faire ainsi son devoir. lia ouvert la scène à vingt-trois auteurs quelque peu connus déjà, mais qui n’avaient pas encore été joués à l’Odéon. Il y a là de quoi, semble-t-il, excuser le directeur de l’Odéon d’avoir monté le Château historique , qui fut d’ailleurs un succès qui sera racheté, espérons-le, par de très nobles insuccès d’auteurs inconnus, mais distingués.
D’ailleurs, le théâtre de l’Odéon possède un comité de lecture consultatif, composé de MM. Brunetière, Aurélien Scholl, Paul Hervieu, Henry Fouquier, de Heredia, J. Lemaître, Bernheim, commissaire du Gouvernement. Chaque pièce présentée doit faire l’objet d’un rapport, qui peut être consulté par l’auteur. Le comité se réunit tous les mois.
Les lundis de l’Odéon.
L’Odéon continue ses abonnements du lundi, qui ont, dès l’origine, obtenu toute la faveur du public. Les chefs-d’œuvre classiques, les curiosités dramatiques constituent le fond de ces spectacles. De plus, les abonnés sont conviés aux représentations des pièces nouvelles. Ils ont ainsi, dans des conditions de prix exceptionnelles, les principaux ouvrages donnés pendant la saison.
Les matinées-conférences de l’Odéon ont atteint en 1902 leur treizième année.
Est-il besoin de rappeler comment elles ont conquis leur vogue et se sont définitivement classées comme le mode le plus attrayant d’enseignement, après avoir remué une matière théâtrale vraiment considérable ? Le thème cependant est loin d’être épuisé. Les grandes œuvres classiques doivent former le. fond du programme ; mais, pour chercher à tirer de ces études un large profit, il convient que ces chefs-d’œuvre incontestés soient accompagnés de pièces caractéristiques, intéressant l’histoire du théâtre par leur côté typique ou par la place qu’elles ont tenue dans le mouvement dramatique d’une époque. Ainsi ces matinées présentent-elles à laiois le complément des cours scolaires et un aliment à la curiosité intelligente du public lettré. Si la plus grande partest réservée aux ouvrages du dix-septième et du dixhuitième siècles, le dix-neuvième siècle a droit aussi d’être représenté; et l’on remarquera qu’un illustre nom, qui le domine, celui de Victor Hugo, fut pour la première fois inscrit sur le programme de 1902.
Les samedis littéraires et dramatiques.
Les « samedis littéraires et dramatiques » sont
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une création de la direction Ginisty. Ils ont été accueillis avec faveur. L’idée consistait à donner, avec toutes les ressources d’un grand théâtre, des représentations destinées à un public vraiment populaire, en le mettant à même de faire son éducation littéraire, d’entendre les œuvres des poètes. Aussi, le prix fut-il fixé au tarif le plus minime : 1 fr. 50. L’institution nouvelle réussit aussitôt. En raison des frais et du prix intime des places, toute combinaison lucrative était écartée. Mais il semblait du devoir d’un théâtre national de prendre cette initiative du spectacle littéraire mis à la portée de tous, et le succès récompensait les efforts de tous.
Les « samedis » s’élargirent. Des tentatives de tous genres se succédèrent. Ce furent, le plus souvent, des récitations de poèmes, dans un ordre d’idées donné, précédées d’une causerie d’un des conférenciers de l’Odéon ; puis des spectacles présentant des œuvres curieuses, des reconstitutions, des résurrections de pièces oubliées, et même des œuvres nouvelles, qui eussent peutêtre été jugées trop hardies en représentations régulières, où de jeunes auteurs indépendants purent faire leurs premières armes. (La Dormeuse, 2 actes de M. André de Lorde, notamment). Fréquemment, la musique ajoute à l’intérêt de ces représentations. M. Francis Thomé, par exemple, apporta plus d’une fois son concours, soit en écrivant la partition de musique de scène du Bois, de Glatigny , soit en
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accompagnant lui-même, en vertu de ses idées sur l’appui que la musique peut prêter à la poésie, les œuvres des maîtres que l’on récitait. Les « samedis » offrent un champ d’expériences littéraires. Le domaine peut s’agrandir encore. Ils entretiennent et développent le culte de la poésie chez le public.
Cette année, à l’occasion de l’anniversaire de Yictor-Hugo, une série de séances a été consacrée à célébrer le maître sous les divers aspects de son génie.
Théâtre national de l’Odéon.
Tableau récapitulatif des pièces représentées en 1900-1901.