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FIG. 231. — ■ DÉTAIL DE LA FIGURE PRÉCÉDENTE

le rachitisme. Or, il nous semble précisément que Raphaël, dans les figures de ces deux infirmes, a cherché à reproduire les traits généraux du faciès rachitique. Ce faciès, qui, chez les enfants en bas âge, présente un aspect si singulier avec son expression de tristesse et son masque de sénilité précoce, garde toujours dans la suite quelque chose de caractéristique qui peut s’analyser ainsi : crâne plus ou moins déformé, front quelquefois saillant, d’autres fois bas et fuyant; oreilles larges et détachées; face, amaigrie ridée, pommettes

LES INFIRMES

saillantes; orbites creux, au fond desquels les yeux paraissent plus brillants; nez écrasé à sa racine, élargi et relevé à sa base; bouche largement fendue, édentée, mâchoire saillante, barbe rare... La plupart de ces traits se retrouvent sur les infirmes que Raphaël met en scène dans la Guérison du boiteux.

Le grand chef de l’école romaine a été tellement frappé de ce faciès si caractéristique qu’il en a fait en quelque sorte l’apanage exclusif des infirmes et des estropiés. Nous en pouvons reconnaître quejques traits chez le paralytique du Sacrifice de Lystra , une autre composition de la série des Actes des Apôtres Ici, le miracle est consommé, le paralytique a jeté ses béquilles, il est guéri. Cet homme, que saint Luc nous dépeint ainsi : « Il y avait à Lystra un homme perclus des jambes qui était boiteux de naissance et qui n’avait jamais marché », a vu ses membres inférieurs se redresser et reprendre leur vigueur, ainsi que le peut constater le spectateur incrédule qui Soulève le pan de son vêtement, mais il garde sur sa figure les marques de la maladie qui l’avait rendu infirme. Par la face, il reste le frère des pauvres infirmes de la Guérison du boiteux. Examinons maintenant comment, dans cette dernière œuvre, Raphaël a représenté la difformité elle-même. Les membres inférieurs sont courts, légèrement amaigris, les articulations noueuses, le tibia droit légèrement incurvé (Fig. 231). Il nous paraît difficile d’accuser plus discrètement, tout en restant dans la vérité, les signes du rachitisme. Mais, là où nous devons faire quelques réserves, c’est sur les déformations des pieds. Les orteils du membre gauche sont étrangement tordus, et le pied droit a subi une sorte de torsion sur son axe qui ne peut s’expliquer que par un relâchement complet des ligaments, par un arrêt de développement des articulations coïncidant avec une atrophie musculaire portée à ses dernières limites. Le pied nous montre sa face plantaire pendant que la jambe est vue par sa face antérieure. C'est là une déformation qui ne saurait s’accorder avec l’état du reste du membre, dont la musculature est alors trop accentuée. En un mot, il y a entre les deux segments du membre inférieur gauche unesorte de contradiction. Et nous sommes en droit de nous demander si Raphaël, dans la représentation de la jambe mise en pleine lumière, n’a pas, de parti pris, atténué les déformations que le pied qui la termine ferait supposer beaucoup plus accentuées.

Dans la figure de l’infirme qui occupe l’angle droit de la composition, les

membres inférieurs sont en partie masqués par une colonne (Fig. 232). Mais on n’en remarque pas moins une disproportion flagrante entre le tronc et les cuisses, ce qui est l’indice d’un arrêt de développement parfaitement légitime dans la circonstance.

J’ajouterai que Raphaël en représentant ici un paralytique ou un boiteux est resté dans la tradition biblique. Le texte sacré dit en effet :

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