‹ L'art et la médecineChapitre 80 sur 191 · FIG. 138. — NAIN GUERRIER, ATTRIBUÉ A JULES ROMAIN · texte numérisé non relu

FIG. 138. — NAIN GUERRIER, ATTRIBUÉ A JULES ROMAIN

(Fragment d’une des fresques des chambres de Raphaël, Vatican.)

troupes, on voit à droite, au premier plan, un nain debout qui se coilïe d un énorme casque empanaché (Fig. 138). C’est un nain guerrier vêtu d’une cuirasse en pelleterie, ceint du glaive. Tête énorme, gros yeux, nez court, torse épais, membres courts et fortement musclés, jambes torses ; il est de la rac,e de l’antique pygmée hercule, comme certaines figurines du Bes égyptien.

Dans une , composition satirique cI’Annjbal. Çarra.cee.. (1560-1609), • contre le Caravage* conservée au musée, national dé. .Naples, on voit aiu' côté gauche du tableau un nain aux jambes torses appuyé, sur un chien û et qui tient un gros perroquet sur le poing.

Un des bas-reliefs en bronze de la statue, équestre de Corne Ier, par Jean de Bologne (1524-1604), rappelle la cérémonie du couronnement. Au premier plan, un nain ventru, court de jambes, s’appuie sur une canne et 'porte un petit chien sous le bras.

Au vieux palais de Florence, on voit une tapisserie florentine ;du xvie siècle (Fig. 139 et 140) représentant, dans l’histoire de Joseph, le Festin de Pharaon , d’après Le Bronzino (1535-1607). Dans l’angle de droite, près de la table, un nain s’avance porté sur de courtes et solides jambes. Il est, d’ailleurs, d’aspect athlétique, sans autre difformité qu’une physionomie repoussante; Il est à rapprocher du nain de Jules Romain que nous venons de citer.

Une autre tapisserie du siècle suivant (milieu du xvnc siècle), à la villa royale de la Pctraïa, aux environs de Florence, représente X Election de Cosnte Pr de Médicis (Fig. 141), et au premier plan, sur les degrés qui conduisent à la salle du couronnement , un petit nain d’une tout autre allure est assis et joue avec un chien minuscule. De dimensions très exiguës, son corps paraît exempt de difformités, mais sa tête aux longs cheveux et de traits assez réguliers est d’un volume tout a fait exagéré.-

Les nains de Paul Yéronèse (1528-1588) comptent parmi lesîplus remarquables peintures auxquelles ces êtres difformes ont donné lieu.

Les types qu’il nous montre ont certainement vécu, et il les a pris dans son entourage pour les mettre sur la toile. Le musée du Louvre en possède deux bien connus, l’un dans les Noces de Cana , l’autre dans X Evanouissement d'Esther.

Le nain des Noces de Cana (Fig. 142), à peine aussi haut que la table. près de laquelle il se tient, porte un perroquet de sa main gauche. II. est richement vêtu. La tête , est volumineuse, le. nez élargi,- la bouche enlaidie de grosses lèvres. Le torse bedonnant est supporté par de petites jambes cagneuses.

Au pied du trône d’Assuérus, dans X Evanouissement d’Esther, se tient un nain favori, personnage dont le crâne déformé ressemble à celui des sujets

FIG. 1 39. — LE FESTIN DE PHARAON, D’APRÈS LE BRONZINO. (Tapisserie florentine du xvjc s., musée d’art industriel de Milan.)

LES NAINS, LES BOUFFONS, LES IDIOTS

atteints d’hydrocéphalie. Le front proéminent surmonte un nez court et écrasé. La disproportion est flagrante entre le crâne trop développé et la face diminuée de volume. Le reste du corps, bien que couvert de magnifiques vêtements, laisse paraître les disproportions habituelles.

Nous pouvons citer plusieurs autres nains dus au pinceau de Paul Véronèse, qui paraît avoir eu une sorte de prédilection pour la représentation de ces êtres difformes.

Le maître vénitien ne se doutait point peut-être que cette fantaisie bien innocente lui vaudrait une réprimande du saint Office de Venise. M. Armand Baschet ( Gazette des Beaux-Arts , 1867, p. 378) nous a fait connaître une pièce extrêmement curieuse des archives de Venise, qui relate l’interrogatoire du peintre vénitien parles membres de ce tribunal sacré qui, d’ailleurs, n’avait à Venise ni l’autorité ni la sévérité de la sainte Inquisition d’Espagne. C’était à propos de tableaux que le Révérend Père du couvent des Saints-Jean-et-Paul lui avait donné commission de faire pour l’honneur de son église. Les juges lui reprochèrent d’avoir mis en scène, concurremment avec Notre-Seigneur, des nains et des bouffons.

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« Est-ce qu’il paraît convenable, dirent-ils, dans la dernière cène de Notre-Seigneur de représenter des boulions, des Allemands ivres, des nains et autres niaiseries? » Le bon Caliari, qui ne se croyait pas un aussi grand coupable, prétexta de la pureté de ses intentions. Il en fut quitte pour « corriger et amender » son tableau, sur l’ordre du saint Office, dont le jugement nous a certainement privé de quelques-unes de ces figures étranges, qui ne sont pas parmi les moins intéressantes de ses vastes compositions.

Néanmoins, nous connaissons encore de lui, dans un tableau représentant Moïse sauvé des eaux , au musée du Prado, à Madrid, un nain qui occupe le coin droit de la composition. Vêtu de riches vêtements, il montre ses jambes torses, sa tête volumineuse au front bombé, au crâne court, et ne le cède en rien aux précédents au point de vue naturaliste.

Un autre tableau du même maître, aujourd’hui au musée de Dresde, est consacré au même sujet; il porte comme titre : La Découverte de Moïse.

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