‹ L'Art et les artistes (volume 2)Chapitre 2 sur 125 · JOSHUA REYNOLDS · texte numérisé non relu

JOSHUA REYNOLDS

L'Ecole :tnol;iise date en |-é:ilité du dix-huitièine siècle. Hogarth, ReviiolJs, Gainsborounii sont ses glands Pri/i/Hifs. Sans doute, il est déjà possible d'en faire une esquisse historique à laide des n(.)ms des quelques peinties du sei/ième et du dix-septième siècle, de Nicolas Hilliaid. le peintre officiel de la l'eine Hlisabeth. et d'Isaac Olivei', puis de Walpole, de Jainsone, de James Clrandv'i de Stone. de Dobson.... etc., mais, aucune originalité nationale n'existe chez les uns et les autres, et, si l'art aigu et sec des premieis n'est qu'un pâle reflet de celui des Holbein et des Antonio de Moor, celui des autres dérive trop servilement de l'art des Van Dyck, des Peter Leiy. des Largilliére

C'est à William Hogaith d'abord, puis à josluKi Reynolds, qu il était réservé de lixei' du premier coup, dans d'immortels chefs-d'œuvre, et avec un art très particulier, le caractèi'e de la peinture anglaise devenant en quelque sorte, sous leurs habiles pinceaux et avec une spontanéité presque miraculeuse, l'expression définitive de la race et de l'esprit d'un peuple.

Le premier, spirituel et satirique comme Swift et Sterne, ses compatriotes, saura exprimer sous une forme vive et familière, toute débordante d'humour national, les mœurs populaires et bourgeoises de son pays; le second, orientant sa vision artistique vers une autre expression de la société, posera son chevalet dans les intérieurs les plus somptueux, sous les frais ombrages des grands parcs seigneuriaux, choisissant de préfeience ses modèles dans les rangs féminins de l'aristocratie anglaise, avec l'aiiièrepensée, peut-être, d'être le repiéseiitant de celle de son époque, comme Van Dyck l'avait été pour la cour de Chai'les L'' et Lely pour celle de Charles 11.

Reynolds fut par excellence, avec Gainsborough, le peintre de la femme anglaise au dix-huitième siècle, le peintre exquis de « la beauté sereine et nonchalante d'une grande race inoccupée », Mais la souveraine élégance

de ses ladies v< en robe de mousseline blanche, se promenant sous les ombrages des grands parcs peupK'S de statues et oiiieS de lonlaines ^\ n'absorbe pas son atlenlinn loul lailière, et la grâce troublante des meies ne dissimul.i pas à ses regai'ds la grâce naïve des eiifaiils. Avec un égal amour, avec une égale teiuliesse, il peignit la beauté nuire et les charmes naissants, le fruit ilmé et la fleur c|ui s'eiiti'nuxie, aussi iiieiiK' t-il de vivre dans l'histuiie de l'art avec le double et glorieux lilr,.- du gr.ind peintiL' de la l-'einme et di' rHnf.int.

L'cEiivre de Revnolds est considérable, l'eiklaiil trente-cinq ans il ne ce:sa de travailler et de pioduire, tantôt discourant sur les arts dans d'académiques harangues qui demeureront comme des modèles du genre, tantôt lixaiit de son pinceau

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PORTHAlT DE FKMMK

savoureux et savant les traits de ses plus belles et Je ses plus élét;aiites compatriotes, représentées dans le cadre somptueux de leur vie intime. Ici quelques lignes biographiques sont de rigueur. Joshua Reynolds, comme Gainsborough, dail-

MARV IsAlil I I A, DUCHESSF. DE RUTLAND

leurs, et aussi comme Thoir.as Lawrence, était de très humble origine. Ces trois peintres de la grâce aristocratique, en ce qu'elle a de plus rattiné et de plus délicat, ces trois illustres représentants de la vie de château et de palais dans sa plus souveraine élégance, ces portraitistes des duchesses. des princesses et des reines avaient pour pères : l'un, un brave instituteur de campagne, que la précocité artistique de son fils terrifia d'abord ; (l'autre Thomas Gainsborough), un modeste marchand de draps: le troisième, sir Thomiis Lawrence, un obscur comédien de province. Cette constatation paraîtra peut-être assez piquante, étant donnés, non seulement l'idéal artistique de

ces trois maîtres, mais aussi la grande allure de gentilhomme de haute race que devait prendre chacun d'eux dans le milieu brillant où s'épanouissait son génie.

Joshua Reynolds naquit le ih juillet 172^. à Plyinpton, dans le Devonshire.

où son père, le révérend Samuel Reynolds, était maitre d'école.

Celui-ci le destinait à la profession de médecin, mais l'enfant manifestait pour le dessin un goût si prononcé, qu'après de longues hésitations, ses parents finirent eux-mêmes par l'encourager dans cette voie.

De 1741 à 1744, Reynolds lit ses premières études à Londres, dans l'atelier de Thomas Hudson, élève de Richardson. Après la mort de son pèi'e. en 1746, il ouvrait un atelier. En 174Q, il s'embarquait à bord du (Centurion, commandé par un de ses amis, le Commodore Keppel. qui faisait une croisière dans la Méditerranée, et, après un séjour de quelques mois aux Baléares où il peignit quelques portj'aits d'ofliciers, il s'embarquait pour l'Italie.

Veis la fin de l'année 17^2, il l'entrait à Londres après avoir liavei'sé Paris, ou il ne lit qu'un très couil séjour. Quelques années plus tard, il s'installait définitivement à Leicestei-Square.où il faisait construire un immense atelier et une spacieuse galeiie pour sa riche collection d'œuvres d'art. Et cette demeure, vraiment piincière, devait bientôt devenir le centre de réunion du monde élégant, artistique et littéraire de Londies. Reynolds était déjà connu lorsqu'il fit construire sa fameuse maison de Leicester-Square, où devait, dans une parfaite quiétude, s'écouler sa glorieuse canière, faite de succès continuels, de triomphes ininterrompus. Quelques portraits, portraits d'hommes cette fois, ceux du duc de Devonshire, de son ami le commodore Keppel, de lord Ligonier (auj(jurdhui dans la National Gallery), avaient déjà mis son nom en pleine lumière. Ces portraits furent exécutés de 17=,4 à 17SS.

F.n 1768, Reynolds, dont la laborieuse activité et la prodigieuse facilité d'exécution ne suffisaient plus aux commandes qui affluaient chez lui du

monde entier, était tait ciicvaiier. I.a même année, il devenait président de l'Académie Royale, c^ui venait de se fonder. En 17S4. il succédait à Ramsav comme peintre oi'dinaiie du idi

Sir Joshua Reynolds mourut le ^ lévrier 1792 et de \eritables l'unéi'aillcs nationales lui lurent laites dans la cathédrale de Saint Paul, où se dresse sa Statue exécutée par Fla.xman.

Ceci n'est que resL]uisse, à larges traits, de l'existence d'un des peintres les plus justement célèbres, et aussi d'un de ceux à L]ui la fortune se montra toujours particulièrement bienveillante, car la carrière de Reynolds offie un rare exemple de prospérité constante. Ce n'est assurément pas dans la vie de Reynolds que les jeunes artistes devront chercher des exemples de triomphes obtenus à la suite de luttes pénibles et de douloureux efforts.

A rencontre de son glorieux rival Thomas Gainsborough. dont il devait, en 1788, faire l'éloge dans un de ses plus lemarquables discours académiques, Reynolds, bien qu'ayant eu un incon-

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