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VERSAILLES : BORDURE D ENCADREMENT

Le Mois Artistique

Exposition d'esta^ipes japonaises primitives {Musée des Arts décoratifs : pavillon de Marsan). — Il existe deux points de vue auxquels on peut se placer pour faire de la critique d'art : l'un est absolu et l'autre relatif.

Au point de vue absolu, le critique envisagerait les œuvres d'art non pas précisément dans leur essence, ce qui est impossible, mais dans leur conformité avec une sorte d'idéal très élevé, mais en les comparant avec les plus i)urs et les plus incontestables des chefs-d'œuvre. Au jioint de vue relatif, il les considérerait plutôt en historien, et même en petit historien.

C'est-à-dire que, se contentant, en fait de rétrospection, de quelques années seulement, il comparera les œuvres qui lui seront jiroposées aux œuvres du moment et les jugera à leur place, en conformité avec un idéal infiniment ]ilus éphémère, celui du siècle, si vous voulez.

C'est ainsi que cette critique, la critique des expositions du mois, ne jieut guère avoir la prétention de soulever de grands problèmes esthétiques et que je dois me borner au second point de vue, la plupart du temps.

Un des plus grands avantages d'une exposition comme celle des estampes japonaises primitives est de })ermettre l'une et l'autre de ces attitudes.

Au point de vue général, il est i)resque impossible de ne point partager l'avis de beaucoup d'excellents esprits pour lesquels l'art de la Chine et du Japon est essentiellement, et malgré tous les prestiges surprenants de l'exécution, un art matérialiste, sans idéal et inférieur à notre art occidental. Voici des estampes japonaises primitives, c'est-à-dire choisies exprès d'une époque où le perfectionnement des moyens techniques n'avait pas encore pu énerver rins})iration des artistes, donc, d'une certaine manière, populaires. Nous n'v trouvons jamais, jamais une émotion : j'entends une émotion qui vienne de l'âme, du cœ-ur humain, qui fasse appel en nous à quelque chose de plus profond que le pur plaisir esthétique, le plaisir du suave mari magito. C'est le jnopre au contraire de l'art occidental (cf. une eau-forte de

Rembrandt) de faire oublier sa technique, si étourdissante, si magique qu'elle soit, pour nous faire descendre dans notre conscience, pour nous mettre en face de nous-mtmes et de nos raisons d'être, pour nous faire penser, rêver, souffrir. Les Japonais, les Chinois s'amusent. Ce sont d'admirables jouisseurs, de raffines esthètes, des sages, des hommes capables de tirer de la vie la plus quotidienne d'indéfinis motifs d'agrément. Les plus intenses de leurs œuvres, leurs jilanches libres Ol n'v en a pas à cette exposition) sont terribles, mais non émouvantes. L'impression qu'elles procurent, en nous rappelant. avec une sorte de cruauté, que l'extrême volupté confine à la souffrance, est surtout nerveuse et, dirai-je, intellectuelle : il ne s'y glisse jamais cette mélancolie propre à l'Europe et qui spiritualise ces rêves sensuels et féroces. L'âme extrême-orientale est égoïste, savante à vivre, cruelle, et l'art de l'Extrême-Orient la reflète avec fidélité. L'ne jiromenade dans cette exposition nous renseigne mieux à ce sujet que les plus consciencieux des \'oyages.

Au j)oint de vue relatif, et comparés aux hommes vivants qui exposent aujourd'hui. Moronobou, Kiynobou, Massanobou, Ki\omassou, Kwaigetsoudo, Toshinobou, Toyonobou, Shighenaga, Kiyomitsou, Kiyohiro n'ont pas de peine à triomiiher. Artisans jirodigieux, maîtres de leurs iirocédés jnesque au moment même où ils les inventent, doués d'un sens décoratif si sûr que, même en s'imposant comme règle de composition l'arabesque et comme entrave un certain hiératisme et un nombre fort restreint de sujets, presque des clichés, ils arrivent à tout faire entrer dans ces cadres étroits, à y faire mouvoir les gestes observés, à y noter les détails de mœ-urs. Ils ont tout, absolument tout, sauf le sentiment. Ils jouent, littéralement, ils jouent de toutes les difficultés. Chacune de leurs planches donne un plaisir intellectuel plus encore peut-être que sensible : celui que l'on éprouve en face de la solution élégante apportée à un ])roblème complexe. On a beau avoir envie de chipoter, de discuter, ce n'est |ias possible. Il faut la isser ces préoccupations-là à la ]iorte. L'harmonie des couleurs est follement juste et de la jilus rare distinction

tlan> la piu' aiiihur. l'iu- mesure, un tact suprême préside à l'accord pariait de tant d'éléments dont nos meilleurs artistes occidentaux sont souvent impuissants à maintenir égale la perfection récijiroque : composition, observation, transposition sur la iiortée sxniliolique, ou hiératique, ou décorative, tonalité, laractère, etc. Du point de vue tout relatif de la perfei tion matérielle, c'est parfait ; et reconnaissons d'.iillems qu'aucune velléité d'aller plus loin n'.i jamais hanté, fut-ce ime minute, l'imagination japonaise.

C'est jwurquoi nous de\'rions demander à cet art de l'Extrême-Orient la leçon qu'il peut nous donner : ce n'est qu'une leçon technique. Nous ne saurons jamais trop notre métier et ses secrets infinis. Ap])renonsde chez eux : c'est une bonne école. Lavons-\' nos yeux de toute \-ul!;arité et tonilions-les de toute iaililesse, ap])renons-\- le respect que nous de\dns à la beauté en soi d'un trait bien [lur et bien sif^'uificatif, d'une couleur juste, d'un détail de uKeurs ou de nature finement observé. Xe faisons jias fi de notre main.

Mais (|U(' la piilection de ses (euvres ne nous égare ])as jusipi'à ne i)oint rêver au delà de cette technique si sa\-ante et si juste. Et mettons-la snnplement au ser\-içe de la pensée et du sentiment occidentaux, inclinons-la à n'être plus que ce qu'elle doit être en effet, le moyen d'exj^rimer notre idéal : intellectuel, humain, attendri, religieux, même si les ouxaes amsi olitenues n'f)nt a\ec la di'coration de nos intérieurs et la joie innnédiate de nos \cux (jue de lointains rajijxjrts.

Exposition D'ii;r\-KES de Ekank Br.\N(,\vl\ ;

PEI.NTrRHS, DESSINS, EAUX-EORTES, LITHOtlRA-

PHIES (Calcric Baissv d'Aiii^las, 30, nie Boissyd'. Initias). — ('elui-( I e>t un poète lyrique. Il chante, à la manière un peu de W'cdt W'hitman et de \'erliaeren, l'émotion (jne lui donne le paysage d'usines, de lumées, de maisons antiques et de navnes formidables et échoués qu'il interj.irète. L'honnne n'est pas ])résent en tant tpie jiersonnage dans ces 1 onqiositi<ins grandioses et tragiques, et })ourtant on l'y dc\ine. ]>etit, anonyme, écrasé, ouvrier d'une (ru\ie dont il ne perçoit que le lal>em', mais dont seule la haute conscience d'une élite jieut envisager l'ensemble et le but, ou bien passant éphémère en face de l'éternité relative des vieilles cités illustres.

Frank Brangwin, dont le métier d'aquafortiste est parmi les ])lus beaux qui se puissent admirer, à force d'intensité, de poésie et de rêve, fait oublier ce métier et nous impose ce qu'il veut nous imposer, je pense : une sensation de terreur, de pitié et de mystère, nerveusement très forte, mais d'un ordre esthétique très éle\-é.

Je le répète, au jîlan supérieur où tous les arts s'équivalent pour nous émouvoir et se ressemblent malgré la différence de leur technique, l'œuvre hallucinante et réaliste, observée et mystérieuse de Frank Brangwin rejoint celle de Walt Whitman, mais je lui trouve, pour l'élever quand même audessus des poèmes de l'aède américain, je ne sais cpiel désintéressement plus haut, l'absence totale d'intentions didactiques et démocratiques, plus de pureté en un mot.

Exposition de peintures, aquarelles et

GRAVURES par BeRNARD BoUTET DE MONVEL,

Jacques Brissaud, Pierre Brissaud, Maurice Taouov : sculptures de Philippe Besnard {chc~ Dcvainhcz, 43, boulevard M alesherhes) . — \'oilà de \rais jeunes ! On l'a dit, et j'ai peur de \eiiir troji tard, depuis deux mois et demi qu'il \' a des critiques, et qui le pensent. Mais, tant pis, jiuistjue, malgré l'opinion de la critique, c'est vrai quand même. Ce sont des jeunes qui, au lieu de se contenter d'être jeunes sans travailler, tra- \aillent, ce qui les empêchera de vieillir aussi vite (pie les autres, et ce qui augmentera leur talent. S'ils font des pastiches, c'est pour s'amuser, et on le \-oit bien à l'esprit, à la verve, à l'intelligence de ces jiastiches. S'ils témoignent de goûts pour le s])ort, cela n'a rien qui doive nous choquer, au contraire ; car cela développe chez un peintre le goût de faire en ])lein air des tableaux de plein-air, au lieu de les faire dans la tranquillité d'un atelier comme le font la plupart de leurs audacieux et jeunes contenijiorains. S'ils sont lettrés et érudits, c'est encore tant mieux, car cela ne peut qu'attcmur en délicatesse le quelque chose de brutal et de sim])liste que la culture exclusivement sportive leur eût donné.

Cette idée qu'ils ont eue d'exposer ensemble est charmante ; ils sont amis en effet et s'influencent les uns les autres, et cela leur confère un certain air de famille, tout en laissant à leurs différences individuelles toute leur saveur et leur ingénuité. Ainsi M. Bernard Boutet de Monvel semble bien leur chef et leur initiateur, mais avec si peu de morgue et tant de camaraderie que l'odieuse idée d'école ne se présente pas une fois à la pensée ; M. Jacques Brissaud est plus âpre, moins disposé à jilaire (ses trois portraits sont intéressants) ; M. Pierre Brissaud est un illustrateur de premier ordre (les Douze a(]uarelles pour illustrer Clara d'EUébeuse et Almaïde d'Etremont de Francis Jamines, la Journée d'un Cocodès sont des choses riches et savoureuses, et émues à souhait). 11 a la grâce, la divination d'une époque ou d'un site, la mesure, le sens décoratif et l'esprit. M. Maurice Taquoy est chasseur et se jilait à nous représenter

lies lévriers, des chevaux, des meutes iiourehassées, des biches, dans des paysages tout Iremjjés de matin : ^L PhiHppe Besnard, sculpteur, expose des plâtres et des terres cuites d'un sérieux, d'une solidité surprenants. Mais tous savent charmer sans concession et ils n'ont jamais eu l'idée de tabler sur leur jeunesse pour nous en imposer. C'est sur leur talent qu'ils comptent.

Exposition de gr.avikus de M. Félix Bk.\c- QfEMOND ET SiK F. Seymoir H.vden {organisée par les Arts, à l'hôtd des Modes, 15. rue de la Villel'Évéque). — C'est une j)ensée à la fois ingénieuse et généreuse que d'avoir voulu, par ces temps d'entente cordiale, présenter ensemble au public l'œuvre de ces deux artistes, la gloire de l'eauforte en leurs pays respectifs, tous deux pleins d'honneurs, respectés, savants, observateurs passionnés et attendris de leur province natale, adorateurs constants de la nature, ])leins de déférence envers les secrets chaque jour découverts de leur métier, tous deux ayant jiarlé avec une intelligence l)leine de méditation et de force persuasive de ces secrets si intéressants.

Les deux œuvres exposés là sont tellement considérables qu'ils peuvent être regarde^ comme complets et presque définitifs. Je n'ai pas la prétention d'en donner la plus faible idée. Songez que le catalogue porte 283 numéros jiour Félix Bracqoemond et 202 jwur Seymour Haden. Tout ce que je jjuis dire, c'est conseiller d'aller à la galerie d'Art décoratif pour continuer à consulter ces gravures qui y seront encore exposées. On pourra >• prendie une bonne leçon de conscience et de travail.

La Société moderne (Galeries Durand-Riiel, 16, nie Lajfitte). — Presque tous les artistes de ce groupement sont très intéressants et je supplie ceux que j'aurais pu oublier ou seulement méjuger de ne pas m'en vouloir : le \'ocabulaire mis à la disposition d'un critique, même ému, même sympathique, est tellement restreint, et tant de ]ieintres ont du talent.

Du talent, ^L Jacques Drésa en a jusqu'au bout des ongles, talent très spirituel, très mouvementé, très charmeur, mais non pas seulement au point de vue des sujets qu'il choisit. Ce serait trop facile. Il met du charme dans l'arrangement de ses couleurs, dans la disposition de ses dessins. Art léger, distingué sans mièvrerie, malicieux sans méchanceté. Puck et Graine-de-Moutarde armés d'un cravon et d'un petit pinceau imiteraient très bien M. Drésa, et encore !... J'ai revu avec émotion les esquisses, j'allais dire les réductions, pour les panneaux décoratifs à la Sorhonnc, de Mlle Dufau, et

le Saint-Marc, ]'cnisc est une bien extjuise chose. Les bleus qui hantent et envelo{)peiit les intérieurs de Louis Lcgrand sont merveilleux et ses nus sont d'une nacre bleue et rose qui enchante, tant elle est savoureuse et sensuelle ! Les Contes d'Orient (gouache et or) de M. Manzana-Pissarro ne manquent pas d'intensité, malgré leur dessin brutal et sommaire, et peut-être même à cause de cela. M. Zak dessine des figures d'une manière inoubliable, mais avec une gaucherie sans doute voulue, un je ne sais quoi de dissonant et de faux qui a l'air rapporté et n'est certes pas nécessaire. M. Louis Braquaval est simple, classique et sérieux. etM. Maurice Chabas lumineux et iioudroyant. M. Francis Jourdain est toujours un poète attendri et ingénu des paysages familiers, un Francis Jannnes du pinceau. De ^I. René Juste, la couleur est exquise. Le Bureau de tabac de Guéménée (pluie) est une chose délicieuse à regarder. Citons encore Louis Périnet, dont le sentiment est analogue à celui de Rivière, pour la mélancolie due aux vastes espaces tristes : Mlle Anna Morstadt, qui est très forte, mais ne me touche pas: MM. Henri Morisset, Paul Madeline, G. d'Espagnat, Henri Hourtal, Georges Dufrénoy, Henri Déziré, Gustave Cariot, que j'ai trouvés pareils à eux-mêmes et tlont quelques-uns me plaisent profondément.

Les Arts réunis (Galeries Georges Petit, S, rue de Sèzc). — Les arts mineurs sont ici, à mon avis, mieux représentés que les autres. Eugène Fenillâtre montre une vitrine contenant des émaux et des bijou.x, notamment un vase fermé, d'une couleur opaline, d'une forme superbe ; H. de \'allombreuse des grès flammés très curieux. Mais c'est la vitrine de Mme Gaston Lccreu.x qui m'a le plus intéressé : elle contenait une collection de clefs en argent et cuivre ciselés, des objets d'art en corne, ambre et ivoire sculptés d'un goût exquis dans la sobriété, d'une transparence de matière aussi douce aux veux qu'elle devait l'être au tact. Non loin. M. Gaston Lecreux lui-même. ]irésident de ce groupement, exposait des tableaux et des gravures en c<iuleurs, on eût dit tous dédiés à la gloire îles fleurs : chrysanthèmes, hortensias, rhododendrons, magnolias, roses, (cillets. amoureusement surjiris dans l'éclat de leurs couleurs et comme tout emlnis de rosée.

Outre ces choses, et les intimités si Unes d'Alliert Lcchat et les ]iaysages berrichons de Fernand Maillaud. déjà aperçus à une précédente exposition, je ne pourrais guère citer que MM. Georges Berges, amoureux de danseuses espagnoles, Henri Guinier au pur sentiment breton, Frédéric Lauth. Henri Jourdain, Ernest Marché, orientaliste non sans valeur et très sincère, et Louis Ridel. vraiment guetté par la mièvrerie, malgré qu'il lui reste encore

beaucouji île grâce. Jlais c'est déjà beaucoup, n'est-ce pas ?

Société d'art français: deuxième exposition

{Cercle de lu Librairie, iij , boulevard Saint-Germain). — De ce groupement aux tendances les plus opposées, certains artistes ont le plus bel avenir devant eux: Charles Martel, par exemi>le, dont les Venise et la Nature murtc attestent une délicatesse de vision tout à fait rare rf (jui n'exclut pas la force ; Charles Lacoste, il<int le beau talent est souvent inégal, mais i|ui est uiKintesiabK'iiunt un poète; Jeanl'aul l.aditte (un 1', ////<'//;• d'un très fier dessin) et Charles Ciuénn dont j'ai lieaueiiup aimé un portrait d'enfant, et l.mns Delfosse, un ravissant coloriste (témoin une guingette de mariniers d'une rareté de tons surjiren.iute). et Edouard Domergue, très inthiencé de Henri ^Martin ; et Tristan Klingsor.que nos lecteurs connaissent liien et qu'ils retrouveront aussi à Pitil et Plume, et Louis Paviot, et le maître Prunici", et Ricardo Elorès, gouailleur avec intensité, et l'iene-Eugène \'ibert, si émouvant. Tout cela, et les dessins de Rodm (dont je ne saurais plus rien ilire, sinon cju'ils sont toujours les délassements étonnants d'un maître des attitudes humaines) suffisent à honorer une exposition, malgré certaines autres choses, choquantes, ou puériles, ou violemment agressives, sans autre but que d'étonner. Les meilleurs artistes de la Société d'art français gagneraient à être davantage entre

Exposition du Lycecm-Club (zS, rue de la Bienfaisance). — Parmi beaucoup de choses sans grand intérêt, j'ai eu i)laisir à remarquer Une Pileuse, bien oliservée, de Mme Bourgounier ; le Lierre, st.itue \i)liiptiieuse et s\'mbolique de ^Ime Gabnelle Dumontet ; des nus et ties portraits (fusains et jiastels) de Mlle Térouanne, pénétrés d'un fort joli sentiment, et deux aquarelles : Aurore sur les hauts f^Lileaux (Cévennes) et Sapins d'Alleuhii^ne de .Mnu' E. Rey-Rochat de Théollier, qui expose en même temps, au Salon de l'Union des Femmes peintres et sculpteurs, une Maison eu Savoie, un carton de \'itrail et une affiche pour estampes, et dont l'Art ei l'école a désigné deux frises murales ])our son exposition au Musée pédagogique.

Poil et Plume (Paierie Boissy d'Anglas. ji», rue Boissy-d'Ani^las). — Très amusante, très jolie, très variée, cette exposition oii sont invités tous les artistes à côté, tous ceux qui n'ont pas l'habitude du crayon ou du jiinceau : littérateurs, artistes dramatiques, etc. Et ce n'est pas plus mal que chez nombre de professionnels, je vous assure.

Même, beaucoup d'expositions... mais j'allais dire une méchanceté.

D'abord une rétrospective, une toute petite rétrospective où vous pourrez tout de même retrouver, s'il vous plaît, des noms comme ceux de Baudelaire, de Gautier, de \'erlaine, de Rimliaud. La plus belle chose de ce Salon, c'est encore un Joseph Prudhomme d'Henri Monnier, le plus curieux, le plus complet de tous les Prudhomme inventés par les ennemis de cet ennemi de tout artiste. De Verlaine, des dessins pleins d'une verve amère et féroce, d'une gaminerie que ses plus cruelles souffrances n'avaient pu vaincre. Un portrait de Carlotta Grisi, par Théophile Gautier, est d'une suavité exquise et d'un sentiment pictural c]ui fait comprendre de quelle autorité la critique du brillant poète pouvait se réclamer. Quelques croquis à la plume de Baudelaire, curiosités plutôt, de ces images enfantines qu'il dessinait en marge de ses poèmes, au.x moments difficiles de l'insjîiration. Desboutins fut auteur dramatique, et c'est à cette particularité que nous devons d'admirer ici de lui son portrait et un portrait d'enfant qui le montre, une fois de plus, aussi savoureu.x peintre qu'il était beau graveur. Deux jiochades de \'ictor Hugo : petites choses qu'il offrait en bons points à ses petits-enfants lorsque ceu.x-ci avaient été sages ; ce poète savait donner de l'intérêt à ses moindres actes. Des dessins de Rimbaud qui attestent que cet incomparable visionnaire avait aussi ce talent : c'est verveu.x, emporté, amusant, c'est de l'art. Les portraits de \'erlaine de Cazals : l'un sur son lit de mort et l'autre dans le jardin de l'hôpital, sont très émou- \ants et d'une vérité de ressemblance et d'expression tout à fait intense. Les Travaux parlementaires de Clovis Hugues constituent de bien humoristiques souvenirs sur la façon dont il entendait la politique.

Léon Dier.x e.xpose des bords de l'Oise d'une frissonnante sensibilité à la Corot ; l'auteur gai Georges Auriol est un bien charmant graveur en couleurs, et bien attendri, avec un métier qui fait parfois songer à celui de Rivière. Haraucourt est un fin paj'sagiste.

Un des plus curieu.x de tous ces exposants et celui cpii possède, à mon avis, le talent le plus sensible et le plus profond, c'est encore Camille Mauclair. 11 faut voir ses cinq pastels : paysages, portrait et fleurs ; ils sont exquis à regarder, d'une étrange justesse d'observation, d'une divination étonnante. C'est, sans aucune prétention technique, l'art du poète rare que les délicats connaissent, et l'on comprend que lui aussi, lorsqu'il parle peinture, n'en parle pas simplement en littérateur. Son envoi a été un des plus admirés.

René Peter est un caricaturiste étourdissant, un

L'Al^JT ET LES ARTISTES

peu à la inaiiiCrc de Moniss et ilu l'rtil Bob, mais a\'ec plus de verve. Son Histoire de la création est d'une folle fantaisie. De Jean Hess, un Calé-concert à Oraii et une Sieste à Oiidjda j)rouvcnt le talent déformatcur et aigu à la fois. Puisque nous sommes parmi les humoristes, ne les quittons pas sans saluer au passage Jllle Mcg Villars qui a du brio, M. Ernest I.ajeunesse aux féroces fantaisies, Ciolkowski, im l)eu trop infîuencé de Heardsley, et les jolis dessins de Ch. de Bussy.

Mounet-Sullysculiile 1res bien, témoin ses bustes, son masque et ses médaillons. Remartiuons aussi les riiains d'Ibels. les boxeurs de Dubois, les marrons sculptés de Fortuné Paillot.

Citons enfin les croquis d'escrimeurs de Réganiey, un amusant paysage d'Armory, les en\ois de Paul

Reboux. de dyp, de Klingsor, (]v Pierre Gusman, d'Azénia (un beau ]'ieillard). de Clary ISarons, de Cazeneuve, <lu duc de Pimodan, d'Eugène Morel, deCalmettes, de Bergerat.de Montaigu, de Mme \'alentine de Saint-Point, de Chérau, de Musurus, etc. J'en oublie certainement.

Ce qui plaît le plus dans cette exposition, c'est son absence absolue de ])rétention.

Des artistes se distraient un instant, sans vouloir en imposer à personne. Certains ont du talent. incontestable ; d'autres en ont moins; mais tous ont de l'esprit, ou de la Ijonne huinetu', ou de la sensibilité. Et on n'a pas envie de s'ennuver. 11 faut dire que M. Pierre Jan est le ))lus aimable et le plus habile des organisateurs.

MEMENTO DES EXPOSITIONS

Mksi'c Galliera, lo, rue Pierre-Charron. — E.xposition générale d'art appliqué, tous les jours de lo heures à 4 heures, le lundi matin excepté.

Coopérative des Artistes, 3, rue Laffitte. — lv,\ position permanente d'œuvres de maîtres modernes.

Grand Palais, avenue d'Antin. — Exposition de l'Union des Femmes peintres et sculpteurs.

Cercle de l'Union artistique, rue Tioissy-d'Ani;las. — ICxposition annuelle de peinture et sculpture.

Cercle artistique et littéraire, rue Volney. — Exposition annuelle d'aquarelles, dessins et gravures.

Galeries G. Petit, 8, rue de Sèze. — Exposition des Aquarellistes français.

Galerie Devambez, 43, boulevard J\Ialeshcrbes. — Exposition de la Société des Peintres et Graveurs de Paris.

Galerie des Artistes modernes, 19, rue Caiimartin. — Quatrième exposition de la Société internationale de la Peinture à l'eau.

Galeries Georges Petit, 8, rue de Sèze. — Peintures de Paul -

.Mlîert Laurens. .Aquarelles i\v Pierre \'if;ual. .\(|ua relies et dessins de A. Calbet.

Grand Palais, avenue d'Antin. — Sixième Salon <le l'ivcole française.

Société des Peintres du Paris-Moderne. Galerie d'Art décoratif, 7, rue I.affitle. — Peintures et gravures en couleurs de Harald-Gallcu.

Galerie Xotre-Danie des-C/iamf>s, 73, rue Xotre-lJanie-des- C/ianips. — Œuvres de Marie I.aurencin, Henri Rousseau, Eouis Schelfhout.

Galeries Bernheim jeune et Cie, 15 rue liichepance. — Œuvres récentes de Bounard.

Galerie Druct, 20, rue Royale. — Dessins rehaussés de Gaston Hochard.

Galerie de l'Art contemporain, 3. rue Troncliet. — Si.xième exposition (.Vuburtin, Bouchard, Uespiau, Landowski, Decœur).

Galerie Henry Graves et Cie, iS, rue Caumartin. — Œuvres de Paul Briaudau, Charles ]~>ufresne, Henry Ottmann, Tancrède, Synave.

Le Mouvement Artistique à l'Étranger

ANGLETERRE

SANS précédent, le Salon d'hiver de l'Acadenue royale, cette année, est composé exclusivement de la collection de tableaux modernes faite par feu M. George 5Ic Culloch. Un jugement critique donné par JI. Claude Phillips (de la Collection Wallace) est qu'il contient « un certairt nombre d'œuvres vraiment belles, un plus grand nombre qui sont tolérables. et une immense série de toiles qui sont vraiment insupportables, choses à produire un ennui terrible, causes de chagrin pour le critique judicieux et capables de faire presque désespérer de l'avenir de l'art britannique ». Cette appréciation si juste de la collection Me Culloch peut être expliquée par le fait que ce collectionneur n'avait pas un jugement indépendant comme Staats Forbes ou Alexander Young. Il était presque entièrement sous rinliuence d'une petite coterie académique d'admirateurs mutuels, et le résultat est un avertissement pour les collectionneurs qui achètent les tableaux du jour, sans connaissance de ce qui est vraiment la belle peinture.

Parmi le petit nombre d'iTuvrcs » vraiment belles », il y a le nocturne Valpamiso et le portrait du peintre par V.'hist- 1er, et ces peintures, quoique à l'huile, sont honteusement cachées dans la salle des aciuarelles, et de même un petit chef-d'iTinrc, Ir Mnnii. di- William Orpen : un véritable bijou. Au l'iiits. i<nr .M.itthcw Maris, quoique également à l'huile, est encore enterré d<ins la salle de Xoir et Blanc. Deux portraits par Sargent et un croquis adorable : un garçon qui pêche en Xùrvège, jiar le même, doivent être compris parmi les eliosfs précieuses, auxquelles il faut ajouter un gnnqie de beaux Urchardsons : Mnitu' Béhi' L-X le Jctiiu- Duc; un .Millais préraphaélite : Siv Isiiiiibias; l'Amour painii /< s niiiu-^ et lu l'iiiicifisc cndoniiie, de Burne Jones ; Lear it Conhlui. par Abbey ; un paysage de Jacob Maris, trois (lausiiis, l^ même nombre de Bastien Lepage, un I.avery, j'IiiMiiirs Dagnan-Bouveret. et. parmi la sculpture, le jH-tit j^roupe en marlire /<- Baiser, do Rodin.

Le reste des 34(1 tableaux est dans le genre académique très ordinaire. Citons le Jardin des Ht spêrides, de Leighton, qui a coûté à M. Me Culloch jooooo francs, et l'énorme Ihiphneporia, du même, dont le jirix originel était V>(> 000 francs. Il est plu-' i|ue douteux que, si ces tableaux étaient mis en vente aujourd'hui, ils réaliseraient jilus du tiers de ces pri.x. C'est pitoyable de penser combien de milliers de livres sterling ce mécène moderne a prodigués aux ar(>. et pour (piel misérable résultat!

Chez Cremetti (ancienne galerie Thomas M'Clean, Haymarket), on expose une collection intéressante des intérieurs des palais et églises vénitiens, par M. Pierre Bracquemond, dont nos critiques admirent la couleur Iraiche et la franchise de facture.

JS

J'annonce avec le plus grand regret la mort de l'artiste jiemtre Charles Conder. à l'âge de quarante et un ans. Tous ceux cpii connaissaient ses œuvres exquises et variées ne cesseront de déplorer la mort prématurée de ce véritable L'énie.

'L'Exposition des jolies femmes de la Société internationale à la New Gallery est surtout remarquable à cause d'un groupe de très belles œuvres de cet artiste qui comprend des tableaux à l'huile, des aquarelles et des peintures pour éventails et robes, et un paravent.

Dans la Galerie ouest, ce qui nous frappe le plus c'est le portrait de Mme Manet mère, par Edouard Manet ; le Mrs Findlay, de Sir James Guthrie; Roubadah, princesse de Kahiil, par Omar Menerabab; le Gold Girl et la Symphonie en blanc, numéro trois, de ^\Tlistler : Lady Colin Campbell, de Boldini ; Portrait di Donna Maria Martinez del Puga, jiar Goya; six Monticelli, un Courbet, un Gainsborough et un Reynolds. Dans la Galerie nord, un groupe de portraits de Millais. un Renoir, un Berthe Morisot et le Portrait de jeune fille de Mary Cassatt. et, dans la section de sculpture, un groniH- d'iruvres, par Alfred Gdbert, pour la collection Saint-Gaudens qui a maintenant disparu. Au balcon, il y a une collection de gravures en couleurs japonaises, et des dessins originaux de Harunobu, Shunsho, Utainaro et Hokusai prêtés par Charles Ricketts et C. H. Shannon.

Neuf A'an Dyck, autrefois dans la collection d'Earl Cowper à Panshanger, ont été ])rêtés par Lord Lucas, à présent leur propriétaire, pour un terme de deux ans à la Galerie Nationale où. pour le moment, ils ont été accrochés à côté de l'escalier principal. Parmi ces œuvres se trouve le groupe d'enfants de la famille d'Abbi e.xposé chez .\gne\v il y a deux ans ; le superbe portrait de Rachel de Ruvigny, comtesse île Southampton. en robe bleue ; un portrait lie Mme Kirke, autrefois dans la collection de Sir Peter Selliv; Lords John et Bernard Stuart ; le marquis de Leganez ; Elizabeth. seconde femme du quatrième comte de Southampton; Philip Lord Wharton portant une cuirasse ; et Anne, lemnie de Robert Lord Rich.

Fr.\nk RlTTER.

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AUTRICHE

T ES bruj'antcs polémiques tini. à \ii-niu". ont suivi le ^^ départ du directeur de l'Opéra. M. l'.ustavc Mailler, et que son successeur, jM. Woingartner, attise sans cesse, par sa contradiction ou destruction systématique de l'œuvre de son prédécesseur, m'amènent aujourd'hui à aborder de nouveau cette question de la réforme de la mise en scène, instaurée, pour l'Allemagne, l'an dernier, au Théâtre des Artistes à l'Exposition de Munich, l'as une revue d'art ni de musique n'a signalé, en son temps, la réforme de l'Opéra de Vienne accomplie par M. Mahler et un <lécoratcur véritablement inspiré, M. Alfred Koller. Elle avait précédé de cinq ans celle de ilunich et la s Scène idé'alc » de Mannheim. Dès 1905, avec le Don Juan de Mozart, avait été ticcidée la suppression des coulisses et leur remplacement par ces portants ou prismes, dont le fonctionnement si ingénieux assure une stylisation du décora peu près analogue à celle que subissent la parole, dans le chant, et la vie ellemême, dans le drame. Qu'on nous pardonne cette excursion rétrospective dans un domaine qui n'a jamais été davantage celui de l'art et, ici, de l'art le plus grand. Les maquettes et projets d'.Alfred RoUer, exposés l'automne passe à la Kunstschati de Vienne où ils remplirent jilus d'une salle, iccompagnés de ceux de MM. Czeschka. Emile Orlik et ivoloman Moser, demeurent, ne fut-ce que comme tableaux, aquarelles et dessins, des œuvres d'art d'une haute signification, longtemps après que leur réalisation scénicjue n'est plus qu'un souvenir. Et c'est un événement d'une importance encore insoupçonnée en France, que cette réforme de la mise en scène, procédant un peu de la construction de la scène fixe du célèbre Théâtre Olympique de Viccnce. La Tétralogie, en aucun lieu du monde, n'a connu une réalisation scénique aussi simjilement merveilleuse et imiieccable qu'à Vienne, sous Mailler, dans les décors (le M. Koller. 11 faut lire, dans le récent livre du 1)'' Paul Stefan, le témoignage de ce ciue furent, en ce temps-là, l'Enlèvtmcr.t au sérail, te Mariage de Figaro et la Flûte enchantée, Lohengrin, les Femmes curieuses (de Wolf Ferrari), enfin I phigénie en Atilide. Aux représentations du chef-d'œu\re lie Gluck, l'Opéra de Vienne, avec son pulilic dissipé, (pii n'a d'amour véritable que de la gaudriole, devenait iiueU[uc chose comme une égli.se où, devant une foule jiieuse, se célébrait un grand olfice. Les scènes se déroulaient comme des bas-reliefs en mouvement. Cela se passait en 1907. Ce fut le chant du cygne de la glorieuse collaboration Mahler-Roller. Aujourd'hui, tout cela a vécu.

Et c'est désormais, à X'ienne. une lutte implacable entre l'élite, qui a pris goût aux chefs-d'œuvre dans un décor à leur image, et les triomphateurs du moment, revenus aux sages vieilles routines. Lue fatalité semble ])eser sur la grande ville impériale et vouloir (jue, depuis le martyre de Beethoven et de Schubert, toute vraie grandeur y soit méconnue, toute vraie valeur mise en disponibilité. Le médiocre Makart fut seul â y connaître une gloire tie costumier et d'organisateur de cortèges, qui, encore aujourd'hui, est refusée â un Klimt, dont l'ouvre capitale, les

trois grandes compositions décoratives : la Médiciiie, la Philosophie et la Jurisprudence, ce «pie la science de notre temps a inspiré de plus beau à aucun peintre, même après l'Amphithéâtre de chimie de M. 13esnar<l. ont été ignominieusement refusées par ITniversité de N'ienne. à qui elles étaient destinées. Leur dispersion est aujourd'hui un fait accompli. L'une des plus grandes œuvres d'art décoratif du siècle n'a pas même trouvé au Musée Impérial cette place que l'on n'a pas songé aménager, lorsqu'il fut question du gigantesque et plus que médiocre Tu. felix Austria, nube de M. Brozik, une commande olTicielle !

En temps ordinaire, lorsque la féerie décisive de quelque Kunstschau ne rattrape pas pour Vienne le temps et le terrain perdus par l'art moderne pendant une période de deux ou trois ans. je conseille de n'aller point chercher au malheureux et routinier Kunsllerhaus les chiches consolations dont il lui reste la spécialité ; mais plutôt â la Sécession, encore que l'exode de Klimt et de tous les vrais talents «de l'avenir » l'ait laissée singulièrement orpheline et déshéritée; ou au Hagcnltind, <pii. malheureu.sement pour lui, heureusement pour nous, vit plus <les écoles slaves auxquelles il lui arrive de donner l'hospitalité que de ses propres forces. Enfin j'enverrais surtout aux galeries Miethke. dont les expositions très soignées font le plus grand honneur â la gérance artistique d'un jiaysagiste autrichien, d'une santé, d'une distinction et d'une sérénité ]>eu communes, M. Karl Moll.

Il représente en Autriche l'exacte ajipropriation au pays des conquêtes les plus légitimes de l'impressionnisme français, mais affinées par un sens décoratif, inHuencé peut-être un peu par le voisinage de Klimt et même la musique de Mahler. car il ne faut pas oublier que les deux (histave. Klimt et Mahler. sont aujourd'hui les guides et l'étoile de tout ce ipii. en .\utriche. compose; et cela dans tons les domaines, aussi bien le littéraire que l'artisticpie. le musical que le philosophique. M. Karl Moll s'est beaucoup occupé des maisons encore subsistantes que Beethoven, l'éternel errant, a habitées dans la banlieue de Vienne. 11 en a fait, en même temps que des tableaux d'une rare intimité, avec une notation de la lumière d'un charme bien à lui, une série de bois qui mériterait à l'étranger la juste célébrité dont elle jouit à \'ienne. Sauf peut-être Cari Larsson en Suède, nul n'a aimé son intérieur et son jardin autant que lui. 11 les a décrits dans son œuvre, recoin après recoin, à des heures nuancées et douces, réussissant à faire <le ces recoins, non de s|)irituelles illustrations comme Larsson. mais des tableaux d'une véritable grandeur décorative et d'une impressionnante tendresse lumineuse. tiè<le et concentrée. Tel (juel, "SX. Karl Moll est. à l'heure actuelle, en .\utriclie. un représentant des tendances modernes du paysage aussi distingué <pie les l'ettenkofeii. les Schiiidler. puis les Kibarz et les Jetlel le turent de celles ipii régnèrent de l'I^cole de Barbizou jus(]u'à Courbet.

Wii.iiAM KiiriR.

BELGIQUE

Te vous ai parlO à diverses reprises du cercle Pottr VAit et de l'austérité de ses manifestations. Ce cercle groupe quelques-uns de nos plus purs artistes, et c'est le seul dont les expositions comptent toujours un certain nombre d'oeuvres de peinture monumentale. Je vous ai signalé déjà la renaissance en Belgique, à travers tous les obstacles, de la grande peinture décorative. C'est au cercle Pour l'Art que ce mouvement est né et que, régulièrement, on en peut suivre les progrés. Sans doute, tous les artistes qui participent à ce mouvement ne sont pas là : il manque notamment Levêque, Delville, Montald. Mais Fabry, Ciamberlani, Colmant, et Langaskens et \an Hoider exposent aux Salons de Pour l'Art.

La présence de ces artistes, celle aussi du sculpteur Rousseau, dont l'art est si pur, n'ont pas été sans influence sur les peintres du cercle. Parmi ceux-ci, d'ailleurs, lorsque le groupe se constitua, se trouvaient déjà plusieurs personnalités en possession de la maîtrise, tels Lacrmans et Verhaeren. Le réalisme pondéré, médité et très noble de ces peintres, maîtres de leur langage, et l'idéalisme des Ciamberlani, des Fabry et des Rousseau, formulé en de précises et fortes beautés plastiques, créèrent une atmosphère de sérénité, une discipline de l'effort qu'ont subies même les plus jeunes et les plus fougueux. Ht nous sommes aujourd'hui en présence d'un grcnquiuent vraiment exceptionnel où l'originalité de la viskju, 1 indépendance de la personnalité, la hardiesse des recherches, le ginit du nouveau .s'affirment en se tempérant de réflexion, en ne méconnaissant jamais la nécessité des réalisations complètes, du métier loyal, de l'expression claire. Il y a. au cercle Pmn l'Art, des idéalistes, des réalistes, des intuuistes, des lunilnistes ; et ils voisinent sans heurts, sans désaccords, parce que tous ont un laiigage mesuré, parce qu'aucun ne sacrifie aux violentes et faciles impressions. Ainsi toutes les œuvres, quelle que soit la nuance de leur éloquence, quelles que soient leurs intentions, dégagent une émotion commune : celle de la longue, de la fervente contemplation.

Cette impression générale est plus forte qu'elle ne le fut jamais au Salon de cette année oii presque tout dit le noble effort vers l'évocation intégrale des beautés admirées ou rêvées, où les réalités, par le stj-le, .sont grandies d'un peu de rêve, où le rêve se précise et devient vivant en de fortes images de saine réalité évoquée avec respect.

Et c'est ici, je crois, que l'on peut le mieux se rendre compte des résultats, en Belgique, des évolutions et des fiévreuses recherches de l'art en ces vingt dernières années, ici que l'on peut goûter la joie de l'aboutissement dans l'atmosphère apaisée.

Le panneau décoratif, le portrait d'expression intense. VÉvocatioïi, et telle sanguine — la Famille — d'Emile Fabrv, ces figures où s'exprime en de la forme épurée toute la noblesse d'une humanité supérieure ; le panneau de Ciamberlani, composition pleine d'eurythmie ; un buste et des figurines de Rousseau — notamment une « Maternité » où la chair devient plus sanguine, où la grâce flexible prend une santé nouvelle ; les toiles de Lacrmans, surtout le Silence, où tant de farouche recueillement enveloppe tant de discrète splendeur ; les pastels de Firmin Baes qui donne à des figures très humbles des ampleurs de statues ; les portraits tendres et lumineux de \",in den Eeckhoudt fixant les formes et les consistances d.ins uu impressionnisme éclatant, disent le mieux la curieuse communion d'efforts pourtant très opposés, communion due à la seule méditation.

F'ranz Van Hoider, en des portraits, en une page d'une

intimité tendre : la Maison du Bonheur, en une Vision païenne d'un beau style, manifeste, lui aussi, un talent réfléchi, d'expression pénétrante, soumis à un métier volontaire, sobre et puissant. Métier consciencieux aussi, presque méticuleux, chez François De Haspe. dont les paysages gardent pourtant un style épique, une sorte de langage occulte.

Alfred Verhaeren. Amèdée Lynen. Opsomer, Charles Michel. A'iérin. Coppens, Clémence Lacroix, Dardenne, Viandier, Huib Luns, Joseph Dierickx, ont des envois où se retrouve le même accord chez des personnalités très différentes. Et une nouvelle recrue, M. Camille Lambert, expose deux tableaux, de composition grouillante, de mouvement frénétique, d'éclatante et lumineuse couleur : LonçeJtamfr fleuri et Danse des Scythes, révélant un peintre aux dons très rares et qui doit seulement veiller à modérer .sa fougue.

je

Parmi les autres expositions récentes, il convient de signaler celle de l'Estampe, que dirige M. Robert Sand. et où fut fêté M. Chahine. qui avait un envoi considérable à coté d'un important ensemble d'œuvres de Rops. et d'une réunion d'eaux-fortes, de gravures et de dessins d'une cinquantaine d'artistes belges. Parmi ceux-ci, on a remarqué surtout les compositions de caractère âpre de M. De Bruycker. un Gantois à la personnalité très curieuse.

A la Galerie Boute, il y eut un Salonnet organisé par M. Gins, et cjui groupait des peintures et des pastels de cinq artistes français : MM. Lauth, Allaux, Boucher, Erlanger et Guignard. La tentative de M. Gins a été fort appirécièe et le succès a été très vif pour les cinq peintres français, notamment pour M. Lauth et ses solides et ardentes études rapportées d'Espagne.

A la Galerie Boute encore, quelques peintres du groupe du Sillon, dont je vous ai souvent parlé, ont montré leurs plus récents travaux. De très belles toiles de MAL Smeers, Wagemans. Swyncop, Simonin, Haustraete, Jefferys ont affirmé brillamment les beaux résultats obtenus par l'adaptation à la vision lumineuse et fraîche d'aujourd'hui des qualités traditionnelles de robustesse, d'opulence, de l'École belge.

Enfin, au Cercle artistique, une exposition mérite une mention spéciale : celle de M. Xykerk, impressionniste pondéré, coloriste original, dans ties vues de Bruxelles et de belles natures mortes.

Au comnicncement de février est mort à Bruxelles le doyen de la critique d'art : M. Edouard Fétis.

Edouard Fétis, fils du célèbre musicologue François Fétis, était âgé de quatre-vingt-dix-sept ans. Depuis soi.xante ans il était critique d'art et critique musical de l'Indépendance belge. Il était l'auteur d'ouvrages importants, tl'une précieuse histoire des Peintres belges à l'étranger, notamment. Il était président de la Commission des Musées royaux.

C'était une physionomie très curieuse. De sa jeunesse vécue à Paris à l'époque des premières batailles du romantisme, il avait gardé des souvenirs très nets. Et il racontait la première li'Hcrnani à lacjuelle il avait assisté dans le groupe famcu.x de Théophile Ciautier.

Le défunt possédait une collection très intéressante de tableaux des Écoles flamande et hollandaise, patiemment formée. Il a légué au Musée de Bruxelles plusieurs portraits.

G. Vanzype.

L'ART ]':t les artistes

ETATS=UNIS

jL y a partout des expositions d'art. Notre pays e^^l ^ tellement immense (presque cinquante fois plus grand

que la France) qu'il faut des Salons annuels en plusieurs

villes.

Peut-être le ])lu^ important t>t-il l'.Vcadémie de Phila-

Ces panneaux sont très beaux comme décoration et son œuvre possède l'avantage d'être tout à fait personnel.

A Washington, l'exposition biennale des .Artistes américains a eu autant de succès.

Depuis deux ans sciiUiucnt, notre tajiilale a pris sa

AX.XA IIVAIT

delphie, qui vient de s'ouvrir avec cinq cents tabU-aux el cent quatre-vingts morceaux de sculpture.

Les peintures de John S. Sargent, Alexander Hani.son, Elizabeth Xourse, Frank Bcnson, Gari Melchers, Cecclia Beau.x et Thomas .\nshutz comptent parmi les meilleures exposées.

Sargent a reçu le prix Cniol II. Bicck pour son j)ortiait de Mlle SowTisend, et ,\nshiitz a remporté le prix Lippincott avec son « Tanagra < .

Notre gouvernement ne donne jamais de récompenses ; cela est contraire à l'esprit américain, qui croit (pie toute l'initiative doit venir de l'individu.

Donc nos riches citoyens s'arrogent le privilège d'encourager l'art en instituant ces i^rix, plus ou moins considérables en argent, mais toujours très flatteurs pour les artistes, parce que ce sont les membres du \\\vy qui les adjugent.

Aussitôt que le Salon d'hiver fut fermé à New-York, les expositions privées commencèrent. Il y eu a plu» que jamais ; tous nos peintres et tous nos sculpteurs désirent exposer dans cette ville, la plus riche, la plus commerciale, mais aussi la plus artistique d'Amérique. Parmi ces nombreuses exhibitions, une des plus intéressantes est celle de William l-uUer Curtis.

Vrai artiste, il a trouvé avec l'humble moyen du boisbrûlé la possibilité d'exprimer ses pensées poétiques et son amour des qualités purement décoratives.

Il emploie non seulement la pointe à pyrograver, mais les couleurs .en gouache, et en minéraux avec des rehauts d'or.

place parmi les grandes villes du monde, avec un vrai Salon. Nos meilleurs artistes y ont envoyé leurs œuvres, et nous esjiérons qu'avant peu d'années il y aura une exposition d'Art internationale, un Salon assez important pour attirer tous les grands artistes du monde.

Grâce à Théodore Roosevclt, le Jlusée national des IJeaux- .\rts, à Washington, est un fait accompli.

Notre président a beaucoup travaillé pour le développement de l'art en .Amérique.

Tout récemment, il a nommé un comité comiiosé de nos meilleurs architectes et peintres décorateurs, pour surveiller les monuments nationaux. 11 y a quelques artistes qui craignent qu'un tel comité ait une tendance à rendre notre art trop académitpie, trop resserré tlans certaines formules. Mais la plupart imt accueilli cette nouvelle avec enthousiasme.

Jusqu'à aujourd'hui, toute la direction de nos grands bâtiments nationaux était concentrée entre les mains d'un seul architecte, appointé par le gouvernement.

En conséquence, nos plus dispendieux monuments sont plus ou moins beaux, plus ou moins laids, suivant le goût d'un seul homme.

Heureusement, tout cela sera changé dès que le nouveau comité aura reçu ses pleins pouvoirs de notre Congrès.

Mais peut-être l'événement qui causera le plus grami progrès dans notre développement d'art est l'établissement, dans toutes nos grandes villes, de sociétés pour la décoration des écoles publiques.

Pendant l'automne, les dames riches et cultivées de

Washington organisent des sociétés de ce genre où chaque membre paie 5 francs par an.

Déjà elles ont plus de 5uo(i francs dans leur trésorerie ! Avec cet argent on achètera des reproductions d'après les grands maîtres, des objets d'art et des décorations murales.

Mais, chose encore plus significative, les architectes des deux nouvelles écoles ont organisé un meeting avec les membres du comité de cette Société, ]iour discuter leurs plans, afin que les décorations futures soient en accord avec l'architecture.

Partout les enfants s'intéressent à ce mouvement. A Dayton (Ohio), les élèves ont décidé de prendre part à l'embellissement de leur école.

Comment allaient-ils s'y premlre?

Question brûlante ! Après une très longue discussion, les enfants ont notifié leur décision : acheter un grand lion de bronze, pour mettre devant leur porte.

Pendant cinq ans ils ont épargné tous leurs sous. Quand 10 000 francs furent amassés, ils nommèrent un comité pour choisir le meilleur sculpteur possible.

Un de ces membres vit des oeuvres de Mlle Hyatt au Salon annuel de Chicago, où ses animaux ont attiré beaucoup l'attention. Après toutes sortes de « pourparlers », elle reçut la commande du fameu.x lion. Anna Hyatt était l'élève la plus douée de Gutzon Borglum.

Sociétaire de notre Société nationale de sculpture, ses œuvres sont exposées partout, même à Paris, et partout

on est frappé par son originalité, par sa puissance de représentation de la nature, et par la vérité de son modelé'.

Jeune, jolie, bien élevée et extrêmement douée comme sculpteur d'animaux, Mlle Hyatt est, par excellence, un personnage digue d'attirer l'admiration romanesque des enfants.

Quand elle est revenue de Xaples (où elle était allée pour fondre son lion), elle fut reçue avec des acclamations par les milliers de jeunes gens qui ont contribué de leurs sous à l'achat du lion.

Elle fut conduite en triomphe à la salle d'assemblée et, là, fut forcée de faire un long discours sur la manière de modeler et de fondre un lion.

Le maire, les adjoints, les gens les plus riches, comme les ouvriers les plus pauvres, tout le monde de Dayton a pris part à l'inauguration du monument couronné par le lion.

Les enfants étaient transportés de joie.

Maintenant ils adorent leur beau lion, pour lequel ils ont fait tant de sacrifices.

Et, chose très importante pour l'avenir de l'art à Daj'ton, ils commencent à étudier toutes les statues, toutes les peintures qui appartiennent à leur ville; pour la première fois ils sont vraiment intéressés par le Beau.

Quand ces enfants seront devenus des hommes et des femmes, ils demanderont de belles choses pour leurs maisons. Ainsi l'art croîtra dans ces petites villes, qui plus tard, nous espérons, feront une nation artistique de notre Amérique commerciile. A. Seaton-Schmidt.

ITALIE

■Tl n'y a rien de plus paradoxal, à coup sûr, (jue l'Art codifié, inflexiblement régi par des lois gouvernementales autant que par les normes tyranniques que la médiocratie traditionnaliste élève toujours contre les innovateurs, de quelque catégorie et aussi de quelque envergure qu'ils soient. L'art procède par étapes d'innovation et celle-ci est, par définition, contraire à la loi établie. Mais rien n'est plus ironique, devant l'éternité, que les lois imposées par les pouvoirs publics non seulement à la manifestation d'art, mais à l'inspiration même des artistes. Ce sont là les brèves considérations que tout concours national, réglé par des ministères modernes, peut susciter.

Le monument à Victor-Emmanuel, à Rome, doit aux politiciens de la péninsule son histoire déjà très lourde. Le dernier concours a été celui de ce qu'on appellera ■• l'Autel de la Patrie ». Il s'agit de la jiartie centrale, vitale, du cœur de cette énorme masse de pierres que l'Italie moderne s'efforce bruyamment d'élever en monument par trop colossal, pour révéler au monde toute sa force, ou toute sa faiblesse contemporaine.

La sous-commission loyale pour le concours de décorations de « l'Autel » a donné ses conclusions. Elle avait demandé aux artistes de représenter : soit la statue de Rome, aj'ant à ses cotés un haut-relief consacré à l'entrée des Piémontais à Rome, et un autre consacré au Plébiscite de la capitale ; soit la statue de Rome, ayant à ses cotés deux hauts reliefs consacrés au.x Précurseurs du « Risorginiento » ; soit enfin tout autre sujet « correspondant à la signification civile et politique du monument ». Le prix assigné an vainqueur était de 60 000 francs. Vingtsept concurrents ont envoyé leurs maquettes, dont le jury a choisi trilcs de .M. Zanelli et celle de M. Dazzi |>our un ]irochain concours définitif. L'Italie est donc sûre d'avoir

-on .\utel de la Patrie, et le jour de l'inauguration les politiciens qui célébreront la solennité ne manqueront pas d'affirmer devant les pays réunis que. Rome étant pour les Italiens éternelle par tradition et capitale du monde par définition, le monument à \'ictor-Emmanuel est élevé pour témoigner une nouvelle renaissance de l'Art.

Nous avons sous les yeux la relation du concours que M. Fradeletto a lu devant la sous-commission royale. M. Fradeletto, conférencier à l'éloquence trop facile, populaire et fort versatile, a remarqué que l'éclosion de jeunes talents révélée par le concours de « l'Autel » est féconde en promesses. Il a donc parlé naturellement d'une « magnifique floraison de l'art plastique que ceux qui étudient toute forme du beau avaient unanimement signalée, et qui constitue l'une parmi les manifestations les plus hautes et les plus caractéristiques de l'esprit national.... » Et il exalte l'oeuvre de M. Zanelli, tiui a exprimé plastiquement les deux concepts : •• de l'Amour de la patrie qui lutte et triomphe, et du Travail qui construit et féconde ».

L'éloquence latine se pose encore une fois en adversaire inconsciente de l'Art. La tradition très lourde d'un esprit atsthétique, ou plutôt d'imitation esthétique, d'assimilation admirable mais non créatrice, que les Romains nous ont léguée, triomphe encore une fois. Le pathos historique et des concetti gonfle les joues des parleurs et remue la main des artistes. Le légionnaire guerrier et légiférant qui enferma toute la puissante subtilité artistique dans le contour rude de sa cuirasse, et jeta les trésors de toute spiritualité autochtone sur un massif plateau de la balance de sa loi, triomphe encore, autant que dans le Midi français, dans toute l'Italie. \'oilà pourquoi un monument de glorification italienne, qui aurait dû surgir du plus pur élan de l'art contem])orain. résninant les mille éléments de

renaissance (qui en sculpture, par exemple, ont été apportés au monde de Carpeaux à Rodin), montrera seulement au monde dé<,ii une colossale distribution des éléments architecturaux de tous les temps, faite par Sacconi, le défunt architecte du monument, et la bonr.e exécution sculpturale de M. Zanelli ou de M. Dazzi.

Au surplus, la maquette de M. Dazzi, par ses réelles qualités de force, par la netteté significative de ses modelés, par le groupement vigoureux des figures, et malgré le caractère suranné de sa statue de Rome, une femme impériale assise, et le manque de .. gestes sculpturauxnouveaux <>, nous semble préférable à l'œuvre équestre archaïque de M. Zanelli, quoique celle-ci soit fort habilement exécutée.

Quelle sera maintenant la statue équestre du Roi, que CCS décorations sculpturales de la base doivent supporter ?

Les Italiens, dont le défaut architectural, suivant les Romains, consiste surtout à mesurer la beauté de leur architecture sur l'étendue de la masse ornée plutôt que sur la profondeur de la masse animée à la manière gothique, ont eu la gloire d'avoir éternisé dans le soleil les plus belles statues équestres qui soient. Une très belle statue du Roi à cheval, même conçue dans les normes strictes de la tradition, pourrait seule désormais relever le sort esthétique de ce trop lourd monument.

RiCCIOTTO Canudo.

ORIENT

Les Mosaïques de Sainte=Sophie.

■p»Eux grosses nouvelles me parviennent de Stamboul. Toutes les deux sont faites pour combler de joie ceux qui prennent intérêt aux origines de l'art byzantin, à cet art dont Ravenne, Palerme et Grottaferrata conservent de précieuses reliques et dont Constantinople détient les purs et merveilleux chefs-d'œuvre.

Il s'agirait tout simplement, d'une part, d'enlever les toiles grossières collées sur la coupole et les frises d'Aghia- Sophia et de mettre ainsi à découvert les admirables mosaïques qui faisaient la gloire et l'orgueil de la basilique byzantine. Il s'agirait, d'autre part, de faire restaurer celles des superbes mosaïques de Kalirié-Djami, — ancien monastère de Khora, — qui s'effritent et menacent ruine : fort heureusement que restreint est le nombre de ces dernières et que, malgré elles, l'œil peut encore contempler la plus admirable série de mosaïques existante.

Si, comme tout le porte à croire, le dcbadigcoiiiiage des frises de Sainte-Sophie et le retrait des toiles de la coupole ne sont plus qu'une question de semaines, la Turquie Constitutionnelle aura droit à la profonde reconnaissance de tous les amants du Beau pour le service signalé qu'elle pense rendre aux Arts.

A cette place même, en avril 190S, dans une étude intitulée la Corail et l'Aii Osmnnli, étude qui eut les honneurs de reproductions multiples, j'ai dit comment une fausse interprétation d'un verset du Livre Saint avait, durant des siècles, arrêté le développement de la peinture et de la sculpture en Turquie.

Bien plus, croyant — toujours à cause de cette fausse interprétation — que le culte islamique interdisait la vue même des images saintes, les Turcs ont maroullé toutes les icùnes se trouvant dans les iglises du Bas-Ivmi)ire ( onverties en mosquées sous Sélim X'^'' et Suléiman le Magnifique. C'est pourquoi, à Sainte-Sophie, sur les belles mosaïques des prophètes, des apôtres et des saints décorant les arcades, sur le merveilleux panneau décoratif surmontant la porte du narthex, sur la superbe frise déroulant sa mosaïque immense autour de la vaste coupole, des toiles grossières furent apposées, recouvertes de badigeon, lorsque le badigeon n'était pas étendu à même sur les précieuses œuvres d'art, datant, pour la plus grande partie, de l'époque de Justinien.

Depuis la prise de Constantinople jusqu'au régne du Mdtan Abdul -Medjid, — pendant (juatre siècles. —

aucune tentative ne fut faite pour enlever ces toiles qui privaient, ainsi, l'art chrétien des premières pages de sa mosaïque et des élans de foi de ses artistes primitifs.

C'est à l'architecte italien Fossati que nous devons la révélation de ces trésors. Chargé de 1S47 à 1S49 de la restauration d'-Vghia-Sophia, il eut l'idée de découvrir les mosaïques et d'en prendre copie, avant de reposer les toiles qui les cachent aux yeux. Quelques-unes de ces reproductions parues, en 1854, à Berlin, dans un ouvrage de Salzenberg sur Sainte-Sophie, firent entrevoir et regretter les merveilles masquées par les toiles badigeonnées.

Le regret fut d'autant plus vif que Fossati, froissé des procédés de Salzenbcrg qu'il accusait de lui avoir soustrait le fruit de son labeur, a toujours, jalousement, gardé dans ses cartons la série complète des mosaïques reproduites, que SCS héritiers, suivant ses désirs, se refusent encore à livrer au public.

Grâce, cependant, au libéralisme de la Turquie Constitutionnelle, nous allons assister, bientôt, à la résurrection de cet art primitif, contemporain de la grande époque byzantine et de l'apogée des Césars d'Orient. Nous contemplerons l'art précieux des mosaïques des arcades : les vénérables figures des patriarches et des projihètes, les traits inspirés des apôtres et des martyrs. Nous admirerons les panneaux du narthex, entre autres celui de la Otoiic ilit Christ : Jésus assis sur un trône d'or, une main tendue pour bénir, l'autre entr'ouvranl un livre où se lit cette légenile : « Paix à vous, sur la terre. Je suis le soleil de l'univers ". tandis qu'à ses pieds un empereur — Justinien, iieut-être — humilie sa pourpre toute puissante dans la pose de la prière et du prosternemcnt. Nous nous extasierons, enlin. devant les anges immenses qui étendent leurs ailes il'or dans le fond bleu de la coupole et <iui semblent, chargés de s\ipplications humaines, prendre leur essor vers l'infini.

Lorsque tous ces trésors seront mis à jour, il sera facile, en étudiant les mosaïques découvertes dans l'église — convertie eu mosquée — d'.\ghia-Sophia de Salonique, — dont j'ai entretenu dernièrement mes lecteurs, — et celles de Kahrié-Djami, — tlont j'aurai à les entretenir i)rochaiiiement, — de remonter aux sources mêmes de cet art si en faveur chez les Byzantins, d'en faire la genèse, cl'en reconstituer l'historique, basés non plus sur des controverses, mais sur lies données expérimentales.

ADoi.riii: rii.\i.,\ss<i.

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