‹ L'Art et les artistes (volume 3)Chapitre 57 sur 99 · ÉTRANGÈRE · texte numérisé non relu

ÉTRANGÈRE

rhaiirs SlianiiDii. Steiiilin, François Maréchal, rt iiiu' sciic (le dix (k'ssms à la iihuiic du M. Alliertn Martini qu'il faut mettre hors de jiair. En troicadres, il nous offre à contempler hi Belle Eiiiuii,'c7Y. Mm-iniii et huit dessins destinés à illustrer li - His/dîies cxiraurdinaire^ d'Edgar Poe.

Le talent de ^NL Akirtini me fut ré\-élé il \- ,i quelques années par l'excellent et miraculeusement intuitif Vittorio Pica qui lui consacrait dans le cinquième fascicule de son bel ouvrage Attraversc gli Albi et le CarteUe, qui est comme un dictionnaire universel de la gravure et du dessin modernes, une cojiieuse et élogieuse notice. Tout jeune encore, il a ]>roduit beaucoup et il jouit en Italie de l'estime de tous les artistes et de tous les vrais amateurd'art. Son illustration de la Secchia raf>ita. pica resqiie, truculente, déljordante de mouvement de verve, de fantaisie, fantastique et libre, ses com- ])ositions pour les Cours des iiiimcles, pour le Poèiiu du travail, ])our la Divine Comédie, cent dessins d'e.xlibris, de couvertures de livres, l'ont désigné à l'attention et ont fait sa notoriété ; ses derniertravau.x, les huit illustrations des contes d'Edgar Poe, ne le cèdent en rien à ses précédents ouvrages : son imagination éprise de fantastique et de macabre, étrangement voluptueuse et en qui persistent des obsessions du moyen âge et de la Renaissance en Allemagne et en Italie, jiarmi des curiosités ultra-

modernes, l'a servi ici admirablement. Alberto Martini est un dessinateur de premier ordre en qui se perpétuent les traditions les plus vivaces de sa race artistique ; ce m'est un plaisir que l'occasion me soit offerte de dire toute l'estime où je tiens son original talent.

Avant de franchir le seuil du palais des Giardini pour visiter les pavillons étrangers, nous nous arrêterons devant les quelques œuvres de sculpture i|ui y sont exposées. Peu nombreuses, d'abord, et ]ieu significatives, du moins en ce qui concerne l'Italie, d'un mouvement appréciable. Je ne ferai i|iie mentionner, en passant, les Chevaux dit, soleil lie ;\I. Clémente Origo, les Amants de M. Giovanni l'iini. le Cocher de M. Davide Calandra, la Paix de .M. Giovanni Xicolini, et les ceuvres froides de .M. Francesco Jerace. M. Paul Troubetzko'i et M. Rembrandt Bugatti sont présents, en revanche, et il faut s'en réjouir. Dix œuvres représentent le liremier ; toutes nous sont connues; il en va de même pour les seize bronzes exposés par le second ; nous n'\' insisterons donc pas.

Mais nous examinerons avec soin deux cadres ' niitenant neuf petites plaquettes en métal — repoussé, je crois bien, et non fondu — de M. Renato j-îrozzi qui sont vraiment de précieuses choses.

ALBERTO :\IARTIXI

TETITE DISCUSSION' AVEC VNE MOMIE (ilhistr.itii'tt (lu conte d'Edgar Poe)

Ce sont des animaux, des gazelles, des moutons, îles petits cochons, des cerfs et des biches traités avec une finesse de modelé, une délicatesse et une pureté de contour qui font penser à certains dessins de [acopo Bellini et de Pisanello; cela est d'une perfection absolue et qui enchante ; on ne se lasse pas d'admirer l'esprit et l'amour avec lesquels l'artiste .1 observé, étudié ses sujets, la minutieuse conscience ,ivec laquelle il >est appliqué à en résumer toute la beauté expressive et vivante, et l'on jouit de la joie dont on ^ent bien qu'il a 'té visité en exécutant son œu- ^^^^^ \Te. ^^^' "^'-fcNY

J'en dirai autant d'une œuvre exposée là, œuvre d'un tout jeune homme, M. Libero Andreotti; les Trois Parques. J'avais

déjà vu, de lui, ^^H? I v '^ il y a deux ans, ^^B S^

à l'exposition des ^^wl '

Divisionnistes ^^V^ ' ' "^W italiens, dans les serres du Coursla -Reine, une cinquantaine, sinon plus, de morceaux pleins de promesses, des plaquettes, des statuettes où s'annonçait un vrai talent àv statuaire. « On le voit, écrivais-

je alors dans les Arts, tourmenté et indécis, à la recherche de lui-même ; mais les dons les meOIeurs, il les possède. Il a de la grâce, de la souplesse, de la fantaisie, del'imagination, un peu tro]urimagination même, à mon goût, et certaines de ses compositions gagneraient à vouloir signifier un ])eu moins de choses subtiles et profondes. Je leur préfère, et de beaucoup, telles figurines qui sont des portraits, telles statuettes où, se trouvant retenu dans les limites d'une vérité plus directe, il se montre observateur délicat et nuancé des formes, des exjiressions, des caractères. Il faut retenir le nom de ce jeune ar-

CAKL ERIESEKE

tiste ; une fois dégagé de certaines influences symbolistes venues d'Allemagne et d'Autriche, je ne doute pas qu'il nous donne de fortes et charmantes a*u- ■vTes ». J'ai eu la satisfaction de constater que je ne m' étais pas trompé. L'art de ^I. Libero Andreot t i s'est déjà élargi et simplifié, sans rien perdre de l'acuité d'accent, de la vervosité de modelé (qu'on me pardonne ce mot) qui m'avaiimt surpris et enchanté

dans ses précédentes œu\Tes.

11 n'a cessé, d'ailleurs, depuis deux ans, de travailler et de produire, et j'ai pu voir ces jours derniers à Paris, où il va, me diton, se fixer, quelques-unes de ses récentes productions. Que ^LAndreotti conserve la vivacité de sa vision et son enthousiasme devant la nature l'I la vie, qu'il s'exalte encore davantage dans le sens de la clarté et de la pureté des formes, qu'il achève de discipliner ^on imagination :

il y a en lui ; étoffe d'un i;rand sculpteur.

EM.ME .\ui-: .\ s.\ loii.ErrE Le pavillon de

Belgique est fort bien aménagé, quoique dans un st\-le un peu trop viennois, mais sans rien d'agressif, il faut bien en convenir. Le vestibule est tout en marbre d'un ton jaune rosé avec une gentille fontaine qui gazouille au milieu.

Une salle y est réservée aux iieintres belges de Venise ; il suffit de lui donner un coup d'œ'il, car de meilleures (vu\Tes,et plus dignes d'attention, nous attendent. D'abord, le délicieux et fantastique Jardin d'amour de James Ensor qui marie ici, dirait-on. les élégances de Wattcau avec les perversités d'Anbrey Beardsley ; jniis F Ombrelle vcric

iSi

i,'ai>:t et les artistes

FELICE CASORATI

LES VIEII TES

l't lu l'ililc iiKnlisIc. liuilc en Iraichi'S et Iraiichrs ciiloratidiiN, (le M. (".rcui^'cs Miiiicn : et aussi un liùs sa\iiuicu\ Vi//(ii;c cii l'hindrc ik- 1\I. Isidurc.' ( )j)siiiinr, a\'('c (ks \-uk'ts i-t des haniùrcs l)k'us jiarini k's Manchmirs ilr la ncii^'c...

\)v Fcrnand KliiiDplf. \u\v M\\vd\v\\v liiératicjur et niystéi ii'usc, l'Aiii^c; de M. Elan/. Snirris, /7;7(', des tenuiies éclatantes sur une j'iage; un jioi'trait de M. Franz Melchers, et <leux f^jrandes décorations de M. Constant Montald, /(/ Barque de l' Idéal, la Fdiilaiiic de rinspirahmi, dont la composition est pleine de nolilesse, mais dont le parti pris de eololatinii me |iarait mal appr(ijirié à d'aussi v.istes suiiaees. Uuelques morceaux de sculpture de MM. Georges Minne, Pierre Braecke. X'ictor l^f)usseau : de ce di'rnier, une tête de \'.[nli'inuc \-riiiment lielh; de mélancolie <'t île recueillement. < )n est enlin dans la salle réserx'ée aux Priiilre^ de la Lys, groupés autour de leur maître. Emile Claus. Le bon maître, et ipie son enseignement est fécond ! N'oici de charmantes visions de nature, toutes frémissantes de vie et de vérité, de MM. Georges Buysse, Gustave de Smet, Léon de Smet, R. de Saegher, E. Viérin. de Mme A. de Weert, et de Mlle jenny Montigny, dont les Ih'ux iiilérieurs et le Matin de septembre sont parmi les meilleurs paysages du pavillon beige. „, j j:,,,^^, ,.,„„,,

Mais c'est aux huit tabkaux de Claus MARIUS DE MARL\

«pi'il faudrait jiou\(iir longuement s'arrêter pour jouir de toutes les beautés qu'ils renferment ; beautés si simples, si vraies, si naturelles, si extérieures à toute convention et à toute esthétique que ceux qui sont insensibles à leur réalité peuvent ])asser auprès de ces admirables paysages sans les découvrir. Je connaissais tous ces morceaux de l'(euvre de Claus, et j'ai éprouvé à les étudier de nouveau une joie inliniiiiejit plus ])rof onde que celle que ]'ai ressentie quand je les ai vus pour la première fois. Claus est un grand paysagiste, un ceil d'une finesse merveilleuse, une main toujours émue et naïve devant les beautés qu'il veut peindre, une conscience d'artiste irréprochable, d'une cristalline pureté. Tous ceux qui l'aiment, tous ceux qui l'admirent se réjouiront du très grand succès qu'il remporte à l'exposition de Venise.

De pareilles joies ne nous attendent pas. hélas ! dans le i>a\'illon de Hongrie. Les œuvres d'art qui y sont ex])osces n'ont qu'une valeur fort relative et je ne vois rien à signaler cpii en vaille la peine ; l'école hongroise de peinture et de sculpture est peu féconde en brillantes personnalités, en vraies originalités : M. Laszlo lui-même me paraît nian- (pier tout à fait de génie. En revanche, les objets d'art décoratif exposés là, l'aménagement des salles, entin l'architecture du bâtiment lui-même tant à l'intérieur qu'à l'extérieur sont on ne peut ]ilus intéressants, pleins de jolis détails ingénieux

\. H0PIT.\I. DES CONT.\GIErX

et plaisant--, d'un caractère ne-tteiiinit inipulaire l'I natidiial (|ui ne manque point de sa\enr. 11 tant iiiidre justice aux ordonnatetiis de ce décor, MM. de/.a Maroti, Sandor N'agy et .Aladar Kôriisfoi.

Les pavillons de la Sécession de .Munich et de la (irande-Bretagne, s'ils sont loin de présenter autant d'agrément au point de vue architectural, en ottrent davantage au point de vue des leuvres rxposées.

Forcé d'abréger jiour ne ])as e.\céder les limites qui me sont fixées, je me contenterai de mentionner, étant donné que tout le monde a présents à l'esjM'it les traits dominants du talent et de la personnalité de chacun d'eux, les noms des principaux exposants anglais : MM. D.-J. Cameron, Charles Shannon, Grosvenor Thomas, sir Ernest Waterloo, Anning Bell, William Xicholson, William Rothenstcin, John Lavery, James Guthrie, Alfred East, William Orpen, Arthur Rackham, Frank Brangwvn, sir George Frampton, Alfred Drury ; l'ensemble est satisfaisant, sans rien de sensationnel ; la décoration des salles, exécutée sous la direction de Frank Brangwyn, a la sobriété un peu froide de l'art décoratif anglais d'aujourd'hui qui semble ^'attrister et s'assombrir de plus en plus.

La décoration et l'aménagement des salles du IKivillon de la Sécession de Munich sont, au lontraire, tcnit clartés, ■ fraîches couleurs, moulures pimpantes ; des blancs purs on crémeux ou grises, des toiles claires, un accrochage imprévu et très savamment onldiiiie : di-- conil liii.ii^nn^ trr> heu-

reuses d'oltjets d'art, de sculptures, de meubles, de tableaux, cela est vérital)lement exipiis à l'ieil. Les meubles, soit dit en passant, sont de M. lîruno Paul. Tout est donc pour le mieux ; mais un regard d'ensemble est suffisant, car je ne saurais dire combien les œuvres exposées, à de rares, troji rares exceptions près, m'ont ]niru indifférentes, m'ont donné une impression de déjà vu. Je ])ourrais, si j'en avais la place, — et je regrette vivement de ne pas l'avoir, — justifier cette impression, e>sa\cr tout au moins d'en dire les raisons ; je flois ilonc me borner à citer ([tielques noms et quekjues (euvres, les envois tout frémissants de modernisme de M. Hugo von Habermann, IcModcle, Bdccliciii/cvidt: M. Fritz von L'hde. toujours divers et souple et dont je j)réfère inliniment la sinq)le étude .1» Jardin à ce mélodramatique portrait de l'Aiiciir Wolmiilh dans /<• rôle de Richard 1 1 1 ; enliu K> toiles de M^L Gotthard von Kuelil, Tlicodor Hummel, Josef Kûhn, lùigen Spiro, les gravures de .M.M. ( )lto Greiner, Oscar (iraf-Freiburg. et en sculpture les animaux de ]\BL Fritz Belin et Theodor Georgii, les bustes de M. Ulfert Janssen.

Ajirès cette longue i^romenade à travers l'art contemporain, on n'a ([u'un ]ias à faire pour découvrir, à travers les arlues. le miroiteiiK'ut nacré de la lagune, les sourires du ciil. l.i bi-auté des palais de marbre, là-bas, sur le (piai blanc au ras de l'eau, et la floraison des doines et descam]ianiles dans la lumière.... et cela est délicieux.

G.\imiEi. MoïKiiY.

Ph. T- .V«v», I

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^^^HÊt

Société nationale cUs Beaux Ar.

CHAPELLE DE l'ÉCOLE DES ROCHE?, A VEKXEUIL, {vue (extérieure) (M. Storez, architecte )

L'ART DECORATIF

al©în\s d'Ârefeiteet^re em T

LES Salons de 1009, comme les précédents, comme ceux de 1910. seml)lent prouver que les architectes, dont il ne faut pas nier le talent, la science et l'habileté professionnelle, ne savent pas éviter deux dangers : d'une part, et il ne s'agit pas exclusivement des jeunes, la manie de se faire remarquer, de se créer une originalité tranchée. D'autre part, c'est l'excès contraire, l'archéologie, j'entends jnir là l'impuissance à dégager des formules anciennes une adaptation aux besoins de la vie moderne, à faire autre chose qu'une copie. M. F. Garas (Société nationale), édifia donc, dans ses rêves, un temple à la Pensée, dédié à Beethoven. Oui ne voit le danger des abstractions ? Pourquoi

Beethoven, qui fut un pur musicien, s\'mboliserait-il à lui seul la pensée. Pourquoi lui attribuer, comme 'M. René Fauchois l'a fait, des attitudes romantiques et des idées qu'il n'a jamais eues que confusément. Il a eu des pensées musicales, il les a exécutées avec la technique particulière à son art. Mais écoutez plutôt la description que l'auteur nous donne lui-même de son temple :

« L'extérieur se compose de trois parties qui définissent l'évolution de la pensée : 1° l'inquiétude devant le mystère, représentée par l'énorme sphinx à peine ébauché qui garde l'entrée ; 2° le recueillement, représenté par la coupole surbaissée, seniblablc à un crâne gigantesque et soutenue par

des sphinx, plus construits que le premier, mais conservant leur caractère énigniatique et calme :

30 l'effort de la pensée verl'infini, représenté par l'élan de la tour. Le style un ]icu composite de mon temple peut être interpréta conune une union des symboles de l'Inde, de l'Égypti et du christianisme primitil.

« A l'intérieur, chacun des huit groupes de piliers comporterait un épisode de la vie humaine : la naissance et la mort, puis la guerre, la vie pastorale, l'industrie, la religion, la philosophie et la science, représentées par des haut-reliefs d'un art très réaliste. Les chapiteaux seraient ornés de figures allégoriques, au contraire, s\nthétisant chacun de ces groupes. Au-dessus, à la naissance des voûtes, s'ordonnerait toute une composition en mosaïque d'or représentant les divers aspects de la nature terrestre, idéalisés en des passages de rêve. Chaque voussure comperterait une composition en harmonie avec l'idée exprimée par le pilier correspondant.

« Au-dessus de ces compositions, dans une ha mie de ciel les dominant toutes.

planerait, autour de la coupole, une théorie de ligures représentant les arts, et. ]iarticulièromt iit. la musique berçant le rêve humain.

« A la partie supérit'urc de la ct)Ui)ole, dominant la réalité et l'art synthétisés ]«ir les mosaïques précédentes, les ligures colossales des philosophes et des religions conservant, dans leur attitude et leur fX]iression. le calme éternel du Boudha.

« Les peintures murales des petites chapelles ]iourraient évoquer les diverses ctai)es de l'humanité, chacune étant consacrée à l'idée qui résumerait le mieux chaque époque ».

Au pied des contreforts rocheux sur lesquels s'élève son temple, M. Garas construit « sa jietite maison », réalisant ainsi, dans un contraste facile.

CHAPELLE DE l'ÉCOLE DES ROCHES. .\ VERNEUIL (vm- iiiU-riciire)

le rêve de Senancourt : " Réunir K- songe des grantU'S choses à la paix tl'une vie obscure ".

Mettons à part ce svndiolisme un ])eu vague dont M. Garas fait étalage, indiquons (pie la part du sculjHeur et du littérateur est plus grande dans son (euvrc que celle de l'architecte, et ne retenons de son jjrogramme que l'aveu d'un style composilc. groupant des cléments em]5rnntés surtout à l'Orient et même à l'Iixtrême-Orient. pour la réalisation d'un rêve.

Ainsi l'originalité de beaucoup de nos contemporains n'est que superficielle ; elle résulte i)lus de leurs conversations que de leurs (euvres. Il y a au Grand Palais, de chaque côté de cette cloison en carton qui sépare deux totirniquets plutôt que deux théories, d'excellents, minutieux et intelligents

relevés qui témoignent du respect avec lequel les professeurs de l'École des Beaux-Arts )>arlent à leurs élèves de la tradition gréco-romaine, de la Renaissance, du wW et du xviii*' siècle, des églises gothiques, et qui jirouvtnt au moins, par leur éclectisme, une jKirfaite bonne foi. une absence absolue de parti jiris. Je citerai demi au hasard le donjon de Vincennes.par M. Vorin; le château de Fougères, par M. Charles-Henri Besnard ; le Lazzaretto de Milan, le Castello de Mantoue,])ar M. Jules-J. Pin; l'abbatiale de Beaulic'u, par .M. Andral; le cliàteau de Pierrefonds, par M. I^idarcnix; la laçade du Trésor à Saint-Rém\- de l)iep])e, i)ar M. Belen ; le temple de Baion à Angkor-Thom (Cambodge), par M. Bernard; et je n'en Unirais pas de les nommer. C'est là une des caractéristiques de notre époque, que notre goût pour les vieilles choses. Mais Il il y a entre l'art et l'archéologie toute la différence d'une langue vivante à une langue morte ". Vous avez ajipris, messieur--. à parler latin, et vous parlez latin, sans ddutc, pdiu les bcMinis de la cause. Mais, quittée \(itre lobe nuire, dites-nous un langage compris de nous tous, et soyez éloquents, si l'éloquence consiste à e\|irimer clairement ce qui correspond exactement à la mentalité des auditeurs, et à leur révéler ce qu'ils pensaient oliseurénient.

Il ne s'agit pas de créer de toutes ])ièces cette nrchitechtre iioiivelU' que certains iourn;iu\ et re\'ues réclament à grands cris, coiimie. sur les murs, on ilemande un remplaçant et des apprentis.... « Lorsque Ictinus, assisté de Phidias, construisit le Parthénon, cinquante ans après que le temple de Thésée s'était élevé lUins la \'ille d'Athènes, on ne se plaignit pas qn'\\ eut cujiie >on de\'ancier, qu'il n'eût rien fait de bien nouveau, car dans l'architecture, le nouveau, c'est rimi)0ssilile, c'est l'absurde, c'est le sculiitt'ur cherclumt à tonner une figure humaine dilféiente de riiomme créé par Dieu ; Ictinus n'a\'ait point de ces \ues lolles, mais dans son Partliénon il atteignit la jieitection idéale de l'architecture, et c'était là uiu' iimneauté saluée par la (îrèce d'un luiuant ,i]i|il,iu(lissriiient qui s'est prolongé jusiju'à nous. "

La nouveauté consiste non i)as dans l'étrange, mais dans la science siire des différents styles, et dans l'adaptation des éléments pris à ces styles, comme des mots à un dictionnaire, à des liesoins modernes, aux nécessités du milieu, du public, du climat. On se plaint communément (pie le champ d'activité des architectes soit singulièrement rei treint; je n'en crois rien. Le développement du syndicalisme, du parlementarisme, tpii sont des formes du collectivisme, nécessite la création de chambres de discussions, de bourses du (nmmerce, du travail ; le goîit des sjiectacles tait ((instruire

des théâtres ; l'instruction obligatoire veut de grandes écoles ; le trafic et les voyages ne vont pas sans gares ; l'hygiène, sans bains publics, sans dispensaires et sans hôpitaux ; l'amélioration du bien-être, sans grands magasins, sans logements à bon marché, sans maisons ouvrières, sans villas. Le renouvellement des modes d'existence, et surtout des conceptions sur l'hvgiène, sur la médecine, logiquement, doit provoquer le renouvellement de l'architecture, c'est-à-dire une nouvelle adaptation des vieilles formules à des besoins nouveaux.

Or. Ces vieilles formules, on en trouve certains facteurs dans la tradition gréco-romaine et dans la tradition gothique, et certains autres dans les constructions non pas nationales, car le nationalisme n'existe pas en architecture, mais provinciales. Il y a dans les vieilles maisons, dans les palais, dans les églises de chaque province, des t\-pes qui doivent inspirer les architectes d'aujourd'hui ])arce qu'ils correspondent à des nécessités climatériques ou économiques qui n'ont pas sensiblement changé. C'est ce que j'ai essayé de montrer ici même, dans un article sur V Architecture en Suisse; c'est ce que je développerai dans un prochain article sur les ]'icilh's iihiisons provinciales. C'est ce (pii lait l'intérêt d'une tentativ'e comme celle de M. Stort z. de la Société nationale des Beaux- Arts. M. Storez avait à édifier pour les élèves catholiques de l'École des Roches, à Verneuil, en Normandie, une chapelle pouvant contenir environ 200 à 250 personnes, avec vestiaire, sacristie, et place réservée au chant. La somme dont il disposait étant assez faible, il fallait trouver un mode économique pour couvrir un espace relativement important, 9 mètres (le largeur sur 20 de longueur. M. Storez, se promenant aux environs de \'erneiiil, découvrit une bergerie aj'ant sensiblement les mêmes dimensions que celles de la future chapelle, et qu'un siècle n'avait pu endommager. Elle était couverte par une charpente composée de cercles en bois de faible épaissi'ur assemblés à couvre-joints. M. Storez fut fra]ipé de la grande simplicité du système, connu d'ailleurs depuis longtemps, mais rarement em- ]iloyé, sans doute à cause de la routine qui sévit en architecture plus que partout ailleurs. Dans sa chapelle, il conserva le système des cercles qui lui jiennettait d'établir une construction demandant peu de maçonnerie (j m. 50 depuis le niveau de l'église), une charpente légère qu'un menuisier [uiuvait facilement façonner, et réalisa ainsi une lU'l intiniment harmonieuse et svelte, puisque aucune tr.i\-erse horizontale ou verticale ne venait plus gêner la vue, comme il est d'usage dans les églises à charpente a]ijxirente.

Lé.\xdre \'aill.-\t.

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