L.\ RENCONTRE DE T HOMME
Le Mouvement Artistique à l'Étranger
AUTRICHE
T A saison parait être, à \'ienno. tonte aux artistes iiioraves, dispersés parmi leurs confrères d'Autriche dans les trois locaux d'exposition Kunstlcrhaus. Sécession et Hngenbund. tandis que, en Moravie même, un événement artistique, gros de conséquences, vient de se produire. A Hodonin (baptême allemand : Gœding), une exposition morave-polonaise a démontré les étroits liens de parenté de l'art des deux nations et des façons analogues d'envisager le problème artistique national. Il est d'ores et déjà acquis que. s'il y a, entre l'art citadin de Prague et l'art de Moravie, la parenté de deux frères, dont l'un se serait établi en ville à faire le monsieur à la mode et dont l'autre serait demeuré gentiment sur ses terres, il y a entre ce <lernier et l'art polonais mariage d'inclination. C'est la fille, cossue et opulente, du grand seigneur terrien qui épouse le frais et charmant paysanneau son voisin.
En Pologne, la nation entière étant de bonne noblesse, on a toujours pu être national sans craindre de déchoir. Aristocratique et paysan ne font qu'un. Citadins et terriens sont les mêmes personnages. Et les artistes de Cracovie et de Lcmberg ont peint ce qu'ils avaient sous leurs yeux aussi bien que les grands, les fastueux décorateurs de l'école, Matejko et Mehofïer, ont ennobli, stylisé, glorifié l'histoire royale et l'ornement populaire. Art catholique et somptueux au premier chef, en même temps qu'essentiellement national, art d'une complète indépendance aujourd'hui à l'égard de celui des nations d'Occident et du Centre, il est le meilleur exemple à proposer aux autres nationalités sous tutelle, car il a démontré la possibilité d'être aussi universel que désirable en demeurant profondément local, aussi raffiné et aristocratique qu'on le peut souhaiter en demeurant populaire. Bref, il se comiwrte de nos jours exactement comme jadis on vit un art tout analogue se comporter dans les républiques italiennes.
En Moravie, une république artistique rurale a été fondée par Jozka Uprka. qui prend aujo\ird'hui, avec les frères Jaronek, Vaclav Jicha et leurs disciples, un <iéveloppement magnifique. La république aristocratique et la république paysanne se sont senties si bien animées des mêmes pas sions de liberté et d'indépendance .slaves que, forcément, l'union devait en résulter. Elle a été scellée ce printemps au nom des artistes moraves par Jozka Uprka, au nom des Polonais par JI. Tetmajer, deux artistes qu'unissent d'étroites affinités, peintres, chacun dans son pays, des foules bariolées au soleil et des scènes, variées .à chaque saison, de la vie rurale. Qui a vu, de M. Wladzimierz Tetmajer, un seul tableau, tel que la liittcdi^tion des herbes. ou de M. Uprka. les Danses d'enfants, exposées au Hagenhund de Vienne, en sait plus en une fois sur la vie paysanne du margraviat et du rojaume de Galicie, sur les aspects grouillants et hauts en couleurs des fêtes religieuses et de la liesse populaire, qu'après la lecture des ouvrages spéciaux les plus complets. Rien ne vaut le folk-Iore, enseigné par de belles œuvres d'artistes, consciencieux et convaincus. \'oyez plutôt.
.Au printemps, dans les campagnes de la Morava, l'ivresse du premier soleil, la joie d'être délivré de la prison hivernale, donnent naissance à un jeu particulier. Se tenant par la main, les enfants se précipitent à travers les landes, décrivant dans leur élan effréné les plus singulières figures. A travers le tableau de Uprka, une immense S de petites filles, pieds nus, légères comme des fleurs, sillonne les prés timidement reverdis. Les premières, en avant, lancées hors du cadre, semblent voler comme feuilles sèches au vent d'automne. Jambes maigres et genoux anguleux comme sarments, sous la corolle des robes d'indienne voyante, elles apparaissent subitement telles que des fées pourchassées et dyonisiaques, des bacchantes qui seraient des poupées. Elles ont aux mains, à la ceinture et dans les cheveux les fleurs de la saison, et ressemblent aux petites saintes vierges des oratoires voisins qui, subitement ivres, prendraient leur envol. Dans les fonds, montent les fumées lilas de la glèbe qui se réchauffe. Les couleurs vives, comme éclaboussées, font explosion à l'avant-plan. Une sorte de délire sacré emporte toute la composition, heurtée, singulière et probablement l'une des plus complètes svnthèses que les jeux d'enfants aient inspirée.
Je laisse de côté, à mon grand regret, tant à Vienne qu'à Hodonin, les tableaux polonais, puisque l'Art et les Artistes a la sagesse de consacrer à la Pologne une rubrique spéciale, et je n'insiste plus pour le moment sur les artistes moraves dont j'ai tant parlé l'an passé. Mais je ne puis assez me réjouir de constater une fois de ]>lus le fonctionnement de l'éternelle loi qui fait que. en .Autriche, toute vitalité artisti<pie soit essentiellement slave.
Ces peuples, tenus en étroite dépendance au nom de la culture allemande en deçà de la Lcitha, au nom de la culture madyare au delà, n'en sont pas moins le levain, sur toute l'étendue du territoire de la double monarchie, de l'art, des lettres et de la musique. Rien qui ne vienne d'eux, directement, ou parce que des musiciens, des poètes et des peintres allemands ou hongrois se sont rajeunis à leur contact. Juscpi'ici le terrible, l'irrémissible péché de ces nationalités était de se dévorer entre elles, et que, chez ellesmêmes, chacim s'y entre-dévorât encore, .\ussi enregistrons-nous aujourd'hui, avec une joie sans égale, les premiers symptômes de l'organisation d'une confédération artistique slave en .\utriche. Puisse l'exposition moravepolonaise de Hodonin avoir marqué un pas en avant définitif dans la voie de cette union (jui tout de suite après le talent fait la force !
.\ Prague, chez Topic, le grand éditeur et marchand d'art tchèque, la princesse Tenicheff a transporté l'exposition de sa colonie de Talachkino, vue jadis à Paris. Encore un bon exemple d'art authentiquement slave, donné à l'un des pays slaves qui a le plus de peine à renouer une tradition harmonieusement synarchique artistique, entre la loi génératrice de son passé et l'inquiet libre arbitre individuel moderniste.
WlIJ.I.VM KiTTER.
L'AIvT ET
-E^ ARTISTES
BELGIQUE
llKi'XEM Fs a ilrM)nnais un jjiaïKl Salon anniR'l. N'aKUcrc, t-n (Iflioi-, tlu Salon oitkiel triennal, il n'y avait à Hiiixt-Ues ijne le-- i'X])oMtions i\r ucrclcs. très rfstrL'niti-s. L'an ili>rnicr, la Société ilt-. Beaux Arts a tenté d'organ!-.rr. dans les vastes locaux du l'alais du Cin(|uantonaire, le Salon de Printemps. Elle renonvelle sa tentative cette année. Et tout fait prévoir qu'il s'a.yit d'une institution.
Or, comme la Société des Beaux-.\rts est très éclectii]ne, comme elle a rénssi à f;ronper les artistes de toutes les tendances, puisque cette année M. \an Rv^^ellierf,du expose à céité de M. de Ealainf;. il ne s'ajjit plu- de la m.mi festation d'un cercle, mais d\i L;rand S.don .iiiuiiel dont I'ora;anisation ét.nt -ouli.iitee depuis l<int;tr'iiips.
L'exposition, .|iii s'e-l ouverte ,iu commencement de m,ii, est fort iiit.'re--,iiile, ,|e tiV-- 1,1 lie tenue. On v a traii-, jiorte IcN (riiMis de ( ,irpe.iii\ .pu lurent à .\nvers. ;'i WhI iiiiili-iiipiiKiiii, et qui ié\élent à ceu.x cpii la connaissaient insnflisamment l.i pui-s,inte personnalité du ,[;rand scnlp teur français. On .1 ivinii aussi une tri'iitaine cle tableaux et de nombreux dessins de l'aul Hiiet cpii n'.i ]>as nue iilaee assez large dans l'ailnuration \ouée à la magniliipie lîléiade des paysagistes français dn xix^' siècle. On a formé également un ensemble d'œuvres du paysagiste belge .\. Heymans, afin de rendre hommage à nn artiste encore en jîleine force de ]iroiliK tioii et (pu, par ,es victorieuses recherches de l'accord entre l,i vwioii lumineuse d'aujourd'hui et les tradition^ de vi.gueur de l'école flamande a exercé une inllueiice sur l'évolution de l'art belge.
Enfin on a organisé une ex])osition rétrospective de l'œuvre de Louis Dubois, un Belge mort il v a quaninfi- anet qui fut parmi les libérateurs de la iieintme ]i,irnii ceux qui luttèrent ici pour la liberté île l'art, pour son affranchissement dcN loiniule-. et de- routines académique-, Louis Dubois est mconqiléteinent connu ; on croit trop qu'il peignit uniquement le p,i\sage et la nature morte et qu'il fut exclu-u ,-miiit un coloriste. Lue boutade, souvent rappelée comme une justification par certain- iiii pressionnistes d'aujourd'hui: .1 Le dessin, je le donne jiardessus le marché.,, , a fortifié cette erreur. Or. au Salon de Printemps, on a réuni surtinit .les figures de Duboi-. Et ces figures -,,ut admirable-, et par l'o]iulence de la matière, et par la S]>lendeur larouche de la couleur vibrante, et surtout par la forme puissante, qui fait penser à des morceaux de sculpture. La foule apprend ainsi que Louis Dubois fitt un grand peintre de la figure humaine. Et ainsi sont réparées une erreur et une injustice.
La même erreur s'attache, d'ailleurs, dans l'opinion, à toute l'école belge. On a souvent répété que cette école ne brille plus que dans le paysage, .-Vssurément, ici comme partout, à côte de quelques maîtres, il v a be.iucrnip. il y a trop de paysagistes de second ordre. IVmlant quelques années, on a pu croire que les jieintres belges négligeaient l'étude de la figure. Peut-être, dans l'évolution qui modifiait la technique, hésitaient ils à appliquer à la figure des procédés nouveaux encore mal expérimentes. :\Iaintenant que l'évolution est accomplie, que l'équilibre se rétablit, que se retrouvent entières des traditions précieuses modifiées seulement en des nuances de sensibilité, ils reviennent a la figure. Et le présent Salon témoigne d'un bel épanouissement. Les très beaux panneaux décoratifs de l'abrv. celui de Cianoberlani. celui de M. Langoskens ; les portraits de .VI. Van Holder, de M. .\ndré Cluysenaer. de M. Montald. de .M. Pinot, de M. Suyncop. de M. Wageman-. de
.M. Wolles. de ^^. Cels ; les œuvres de M. Laermans, de ,M. Irédéric, de JL Smeers, de JL Jean Souweloos, de iL F. B.ies, de M. Delannois, de M. Hermann Courtens. de .M. Dom. de M. Dierckx. de M. Thomas, de JL Bastien, de M. \'an Zovenberghen. de ^L Landy, manifestent cet érpiilibre revenu, montrent les traditions de la peinture flamande assouplies, accordées à une vision nouvelle, mais ayant gardé ce qu'elles avaient d'essentiel : le respect de la forme vigoureuse.
T'est ce qui frappe le plus dans ce Salon de Printemps, 111 ce qui concerne l'école liel.ge de peinture. Quant à la -c iilpture belge, elle montre un pur chef-d'œuvre : le buste de Jeune fille de Victor Rousseau, œuvre simple, délicate, lorte, d'une expression rayonnante, d'une absolue perlection,
I-'art fr.inçais, représenté jiar Carpeau.x et par Huet, l'est encore par le nu lumineux de Caro Delvaille : Sommeil /liiii'i. très admiré pour ses superbes qualités de couleur i-t cle consistance ; par deu.x des panneaux de Besnard pour la coupole du Petit Palais ; par des toiles de Cottet, notamment le l'iiiilon à Ploii^asttl : par Lucien Simon, qui a envoyé son Goûter ruisselant de lumière ; par trois beaux morceaux de Bartholomè,
Il y a un portrait de Lavery, une toile délicieuse, de facture fraîche, onctueuse et précise, de l'Écossais Hornel ; l''.Ui!l, s eut piipiUnii ; il y a des portraits élégants et minces de Laszlo ; il y a une étrange série de portraits de l'ie \. de présentation théâtrale, par M. Hierl-Deronco. de Munich ; enfin il y a aussi une salle consacrée à la jeune école vénitienne, et où l'on admire des choses étonuammeut harmonieuses et solides de >L Zanetti Zilla, un vrai peintre, à la \ision sourdement, délicatement somptueuse.
je
Presque en même temps que ce Salon de Bruxelles s'est ouvert, à Liège, un Salon organisé par la Société pour l'encouragement des Beaux-Arts ; très belle exposition à laquelle participent la plupart des artistes belges, et où une très large place est faite à l'école française. ,
-A -\nvers. à côté d'un Salon des aquarellistes, on a organisé une c.xiiosition de l'ivuvre de Jef Lambeaux, le ]>uissant statuaire mort l'an dernier. La personnalité curieuse de Lambeaux, de santé débordante et joyeuse, et qui s'apparente si directement aux opulents Flamands de la Renaissance, a, comme eux. de soudaines gravités, des heures d'éloquence supérieure, et aussi justement glorifiée. Un incident a marcpié l'ouverture de cette exposition : un député d'.\nvers a vivement protesté auprès du représentantdu ministre des Sciences et Arts pour l'absence à cette exposition du grand carton du bas-relief des Plissions humaines. Ce carton appartient à l'État. On lui a demandé de le prêter ; il n'a pas répondu. Et l'on a appris ijue l'œuvre, roulée, est, depuis quinze ans, dans une caisse, au fond d'un grenier de l'Institut supérieur des Beaux- -\rts. On n'ose f)as l'en retirer, parce que l'on s'attend à la voir tomber en poussière.
JS
Parmi les expositions particulic>res, il en est une qu'il convient de signaler particulièrement : celle de JI. Firniin Baes, qui a montré, au Cercle artistique, à Bru.xelles, une série d'admirables dessins rehaussés de pastel, d'une grande inireté. d'une grande noblesse de formes et d'expression, d'une conception siniiile, d'un style solirement lyrique.
G. \ ANZYPE.
L'ART ET LliS ARTISTES
ITALIE
T KXPOSITION liifiiiiali- (k- W'iiise attire cette année ■^ tout l'intérêt <les artistes italiens. Depuis plus d'un an, après les triomphes ou les désillusions de l'exposition j)récédente, les artistes cjui ont l'habitude d'y être admis et ceux qui y aspirent conctntraient toutes leurs forces et leurs espoirs vers le grand événement vénitien. C'est que l'esprit mercenaire qui domine la plus grande iiartie des ■1 artistes » de notre temps voit dans cette exposition, en l'exagérant à loisir peut-être, un atlmirable marché. On s'efforce d'y arriver avec la j>lus étonnante marchandise et l'espoir du gain le plus considérable. X'enise. qui, semblable à presque toutes les grandes villes italiennes, fait de son mieu.x pour parer sa coquetterie et attirer le visiteur généreux, accueille tous les deux ans labeurs et espoirs artistiques, s'orne ainsi d'une nouvelle gloire, accroît ainsi son importance, et vient en aide à la marche du commerce artistique des Italiens et à la marche de l'art luimême.
Les avantages matériels et moraux de la « Mostra vénitienne sont sans doute les plus consi<lérables que l'Italie puisse ofïrir à la phalange innombrable de ses artisans de l'art et à celle, plus e.xiguë. certes, de ses artistes.
Mais la préparation et l'attente de l'exposition de \'enise n'ont pas empêché quelques manifestations particulières, d'une importance plus limitée, dans quelques villes, Rome et Florence ont eu leurs e.xjHisitions habituelles, dont l'intérêt a été assez vif.
On a pu remarquer à Florence, à WApositîDH dv la Sociiié des Beaux-Arts, non' pas la révélation d'un formidable talent ou l'indication d'une grande tendance, mais l'affirmation de quelques jeunes artistes desquels on attend beaucou]). Les frères Costetti, Giovanni et Roméo, maîtres <le techniques diverses, ont arrêté l'attention du public artiste. M. Giovanni Costetti, dont le styh- du poitrail évolue peut-être trop longuement entre des conceptions diverses, et qui avait déjà éveillé des espérances il y a quelques années avec des attitudes à double caractère hollandais et florentin, soit pour la construction, soit pour la couleur et les fonds, expose des portraits assez puissants, où il affirme de nouveau la volonté psychologique de sa recherche expressive. M. Roméo Costetti, plus nerveu.x et nouveau, se montre, comme portraitiste, absolument maître de .ses moyens <]u'il harmonise avec une volonté étrange et ferme. M. .\rinando S|)adini, jeune peintre à la fantaisie fraîche et à l'expression à la fois très fine et très solide, compose de tendresses grises >es figures pleines de charme, et se montre dans le portrait comme un des
chercheurs les plus sérieu.x et les plus attentifs. D'autres artistes plus c<mnus, des aines, comme MM, .\dolfo de Karolis, Plinio Xomellini, etc., se montrent tels qu'on est habitué à les considérer, ne révèlent aucun tournant nouveau de leur art. l'arnii les sculpteurs, on a pu remarcpier les envois de MM. Italo Griselli. Rafïaello Romanelli, etc.
La soixanle-dix-neuvicmc exposition inlcriuitioiialc des /JfrtH.v-.l)Vs.àRome,a groupé aussi un grand nombre d'env-ois plus ou moins remarquables, d'artistes jeunes et d'artisans glorieu.x. Les «divisionnistes », les tenants de ce genre d'art parfois séduisant mais par trop profané dans l'odieux métier pur et simple, dérivé <les luttes et des triomphes modernes de l'art français, sont assez nombreux. D'autres peintres et sculpteurs s'acharnent à des copies de paysages et de figures, à des copies plus ou moins heureuses, plus ou moins nobles. MM. Igor Grabar, Lionne, Lovatti. parmi les « divisionnistes », se font particulièrement remar<|uer par leurs hardiesses ou par leur faiblesse. M. Giacomo Balla exprime très noblement son sens sacré du travailleur avec une .singulière vigueur du portrait humain dans un fond géorgique. 51. B. J. Blommers peint avec une grâce naïve d'inutiles Enfants dit pécheur «jui jouent les pieds dans l'eau. M. Victor Rousseau fait une nudité de femme assez vigoureuse d'e.xécution. mais coniiilétemeut inesthétique d'intentions.
Parmi les dessins, on a pu admirer ou ne pas comprendre un Rodiu, s'intéresser à un Carrière, à une eau-forte de Whistler.
Meme.nto di;s hommes, des choses et des i>iiîlic.\- Tio.NS d'art. — .\ Rome a eu lieu un événement que les artistes ont salué avec joie : la nouvelle distribution de la Pinacothèque vaticane. Des oeuvres nomtireuses y apparaissent comme nouvelles ou nouvellement découvertes, soit ])armi les Toscans de la classe des Primitifs, soit parmi les Vénitiens. Les amateurs espèrent surtout que les galeries italiennes, souvent touffues, mal distribuées, suivent l'exemidedonné par le Vatican, l'e.xeniple d'une ordonnance critique et éclairée des trésors cpii s'y trouvent.
Les restaurations de la Basilique de Saint-Marc, commencées par MM. .Manfretli et Louis Maraiigoni, poursuivies par ce dernier, continuent à a.ssurer au vieux graml temiile de la gloire vénitienne sa puissance et sa résistance séculaires.
RiCCIOTTO C.X.M'DO.
ORIENT
La Peinture Persane.
1 Tne nouvelle sensationnelle nous parvient de Tauris. ^^ Lors de la dernière révolte, au sujet du maintien de la Constitution jiersane, les insurgés, en creusant une tranchée près du mur Sud de la ville, ont mis à jour, à z mètres sous terre, une chambre entièrement recouverte de fresques démontables encadrées de zinc et parfaitement conservées. On suppose que c'est l'emplacement où s'élevait autrefois l'ancien palais des rois de Perse. Les peintures représentent la vie et les hauts faits d'armes de différents monarques,
entre autres de Schah Ismaïl 1'^ lïlles semblent remontei au commencement du xV siècle. Klles ont toutes été soigneusement enlevées sous la direction <lii i jeune persan » .\li-Mirza, un officier doublé d'un artiste de valeur, et seront, prochainement, dirigées sur Téhéran.
Cette découverte renouvelle la question de la peinture chez les musulmans. Elle atteste une (ois de plus la compréhension très large que, de tous temps, les Persans ont eue du fameux verset du Coran visant les statues et des non
EXPOSITION DES ARTS DÉCORATIFS A STOCKHOLM : LA COUPOLE CENTRALE [Ferdinand Boberg, architecte)
moins fameux liailiss ou préct'pte= oraux recueillis par les disciples du Prophète, visant la peinture.
Ouoitpie leur foi, à cause de certaines divergences portant sur l'héritage de Mahomet et la succession au khalifat, soit un schisme plutôt politique que religieux dans la croyance musulmane, il n'en reste pas moins acquis que leur religion, absolument identique à celle des Turcs et des Arabes, puise toutes ses sources dans l'Alcoran.
Cette question de filiation qui porte les Persans à considérer le gendre du Prophète, Ali, comme son héritier direct, en lieu et place d'Abou-Bekr, beau-père du Réformateur, n'ébranle pas, comme les hérésies chrétiennes, des lois fondamentales et n'infirme aucunement la révélation musulmane. Or, les Persans n'ont jamais vu dans le Livre-Saint un passage leur défendant la représentation de la forme humaine, même dans l'intérieur des mosquées. A l'exception d'Allah et de Mahomet, ils sont allés jusqu'à représenter leurs prophètes, leurs martyrs, leurs apôtres. Dans la mosquée de Vendredi, à Ispahan. on voit un tableau reproduisant la trinité du martyrologe persan : Ali, Hassan et Hussein.
Ils ont représenté leurs souverains. L'illustre Behzadé fit les portraits du Sultan-Hussein et de Chah-Ismaïl- Ibn-Haïdan. Sur les murs de la grande mosquée de la capitale, on admire, surmontant son tombeau, le portrait du monarque qui chassa les Turcomans, restaura le culte des .A.lides, rétablit la monarchie et, le premier, prit le titre de schah.
Depuis les khalifes à nos jours, les Persans ont cultivé la peinture. Ils ont eu des coloristes impeccables, des maîtres dessinateurs et des portraitistes de tout premier ordre.
Les miniatures de leurs manuscrits peuvent rivaliser avec les chefs-d'oeuvre du genre laissés par nos plus grands artistes. Abd-el-Rizan. cité comme un des plus habiles enlumineurs de la Perse, ne le cède en rien à Giulio Clovio. le célèbre miniaturiste italien de la Renaissance.
Leur école de peinture, l'école persane qui occupe, en Orient, la première place, s'enorgueillit, non sans raison, de noms comme ceux de Behzadé, de Dinanghir, de Bokhary, du célèbre Mani, et de Shoudja-el-Daoula, le Watteau persan, qui ne signait jamais sans ajouter à son nom la mention glorieuse : élève de Mii>7i.
De savants orientalistes opposent à cette anomalie, qui a suscité bien des controverses, des raisons très simples. Les Persans, déclarent-ils, accusant d'imposture — d'où leur schisme — les premiers khalifes, considérés par es Turcs comme les successeurs immédiats de Mahomet, n'acceptent pas les liadiss dont l'autorité s'appuie, précisément, sur ces premiers khalifes. Or, ce sont les hadiss et non l'Alcoran qui défendent la représentation de Dieu et de la figure humaine. Inde....
Ces raisons peuvent paraître plausibles à nous autres. Européens, mais elles sont de nulle valeur au point de vue oriental, au point de vue. surtout, de la religion musulmane, basée, entièrement, sur le Livre du Prophète, inspirée par .-\Ilah, et non sur les liadiss qui sont l'ouvrage des hommes et n'ont aux yeux des croyants que la valeur dogmatique qu'il convient à chaque confession de leur donner. Car si les Turcs considèrent les Persans comme des sectaires, la réciproque a lieu pour les Persans à l'égard des Turcs.
■ .\dolphe Thaiasso.