AU GR.AND PALAIS : VUE D ENSEMBLE
y OUVERTURE du Salon de l'Automobile a eu '*■' cette année l'aspect d'une véritable Fête nationale ; et il serait puéril de vouloir contester, aujourd'hui, l'importance au point de vue social d'une des plus admirables conquêtes du génie français au cours de ce dernier siècle. Cette découverte est peut-être une de celles qui doivent le plus transformer les conditions de la vie moderne. Totichant à toutes les branches de l'activité humaine, l'automobilisme va transformer tout ce qui l'approchera et ce ne sera pas un de ses moindres
enseignements, de constater que tout un art jeune et libre va le suivre, entraîné dans le sillon de son mouvement vertigineux.
Les artisans et les artistes de l'art décoratif trouveront là un milieu nouveau et débarrassé des formules et de l'esprit routinier, qui, jusqu'ici l'ont empêché de se développer normalement.
Il sera curieux de constater que l'automobilisme, une des principales causes de la transformation de la vie sociale à notre époque, aura fait davantage pour l'art appliqué que certaines associations soi-
« LA BL'IRL
disant créées pour le protéger, par exemple l'Union centra'e des Arts décoratifs.
Cette constatation n'est pas faite pour nous dévci plaire. Elle nous prouve une fois de )lus, s'il' en était besoin, que l'évolution artistique aura tôt ou tard raison de la routine, du parti pris et des intérêts particuliers, ligués contre elle.
Nous allons rendre compte d'une visite que nous avons faite à ce Salon de l'Automobile et nous allons essayer de noter les efforts qui furent faits par certains grands industriels pour présenter artistiquement, et surtout avec un goût très moderne, dans des stands aménagés avec une note d'art exquise, les produits de leur fabrication.
Nous voulons de suite oublier deux ou trois installations faites dans le style Louis XVI et des colonnes en ruines, enguirlandées de lierre ! — des ruines, fâcheux symbole.
— - Certaines de ces installations, colonnes corinthiennes en bois peint de couleurs trop vives, ressemblent davantage à des manèges de chevaux de bois qu'à des stands d'exposition industrielle.
A part ces exceptions, tous les exposants ont compris que l'Industrie automobile, caractéristique s'il en fût de l'évolution moderne, devait se présenter dans des cadres essentiellement nouveaux, d'où seraient bannies toutes réminiscences des styles passés ; ils ont aussi com-
pris tout le ridicule qui s'attacherait à un industriel qui exposerait une automobile dans un milieu Louis XV ou Louis XVI, — pourquoi pas gothique ?
Toute discussion semble en effet superflue à ce sujet, et voici pour les artisans et les artistes une admirable leçon de choses.
Presque tous les exposants ont employé le fer pour la décoration de leurs stands.
Lorsque nous disons « Stand » nous employons un terme impropre, c'est plutôt enseigne qu'il faudrait écrire, car cette exposition ressemble à un gigantesque concours d'enseignes, mais d'enseignes modernes, dont quelques-unes, d'un goût admirablement approprié, font des marques de fabrique les armes parlantes et en quelque sorte les blasons de la grande industrie moderne.
Voici d'abord la marque « La Buire », grand motif en fer forgé agrémenté de parties lumineuses, et qui affecte une forme de coupe gigantesque à la ligne gracieusement stylisée.
La maison italienne Fiat a exécuté un grand portique, composé d'ime ossature en fer très élégante, rehaussé de motifs de vitrail disposés pour