CRECELLE
PioA'enant du couvent d'Escaladieii. XT\'' siècle
bois naïfs qui montrent un pédant expliquant à des enfants le mystère des choses usuelles ! Peut-être V a-t-on gagné que souvent ces maisons de poupées , avec des reflets de l'art du temps où elles furent
Vienne, en contiennent de fort curieuses.
A côté du jouet d'enseignement, nos pères inventèrent le jouet de foi; à l'enfant sage on offrit le souvenir de la naissance de l'enfant Jésus. Une tradition veut que ce fût un grand enfant inspiré, François d'Assise, qui imaginât dans les Abruzzes, d'égayer de poupées pieuses la fête de la Nativité. De là les crèches, de là les santons de la Provence, de là ces poupées figurant la vierge, les Rois Mages, cet art populaire couvrant d'or et d'émeraude le Roi noir, plantant devant la crèche, les bras tendus et la figure extasiée, ce Ravi, personnage de la figuration provençale de Noël où tout est candeur et naïveté. Ce sont, espagnoles, allemandes, italiennes, provençales.
sont de petites merveilles d'art ; elles y perdent comme jouets, étant moins des jouets que des réductions de maisons, de chambres, de cuisines ; mais la matière plus précieuse, le détail plus fini en font des documents pour l'histoire de l'habitation et du mobilier. Les musées d'Allemagne, ou des galeries particulières, comme celle de M. Albert Figdor à
fabriquées, de somptueux jouets que les crèches, mais trop somptueux.
Baudelaire n'a-t-il pas vanté avec raison, le jouet simple, le jouet d'un sou, le jouet tiré de la nature même, ainsi qu'il l'a raconté par deux fois, dans im poème en prose, et dans son article sur la Morale du joujou ? Un rat vivant, emprisonné dans une cage.
LA BOUTIQUE DU COLPORTEUR D'après une image jîopulaire éditée à Metz, .\IX« siècle.
POUPEE DE MODES HABILLEE D ETOFFE Collection Henry-Renc D'Allemagne, X\ 111= siècle
peut séduire davantage l'enfant que le plus magnifique polichinelle. L'enfant abandonne volontiers le jouet pour le chien et le chat. Mais la société protectrice des animaux y trouverait des laisons de s'intéresser très fort à l'cirt du jou'?t. 11 ne faut pourtant point que le jouet soit troj) beau. Lors des Expositions universelles, les fabricants de jouets se surpassent et même se dépassent.
Mais les plus beaux jouets, ne sont-ce point ceux que des colporteurs d'antan poussaient tous sur une brouette vers les foires, vers les marchés, les poupées de carton, les pantins qu'une ficelle agitait rythmiquement en danses lentes et éperdues, raides et rapides ! Mais qu'importe qu'ils aient été les plus beaux, ils n'existent plus! on ne remonte jias le cours du temps !
En même temps que le jouet simple, les artisans qui le dressaient de leurs mains industrieuses et
naïves ont disparu. Dans les cités du jouet, dans un Nuremberg, des hommes patients taillaient les arbres, les moutons, ajustaient les montants de la bergerie ; des femmes as- .semblaient et habillaient la poupée ; des enfants peinturluraient de couleurs vives les créations des parents. La grande industrie s'est jetée là-dessus.
Une feuille de fer blanc passe sous une machine qui la troue d'intervalles réguliers, la replie, la plie encore pour la livrer au coloriste qui reçoit la carcasse de toute une série de wagonnets. De même la machine crée des automobiles. Ce n'est plus le jouet de luxe, le tour d'adresse réalisé par im voyant naïf que nous donnons en illustration d'après le livre de M. d'Allemagne, mais des petits automobiles de zinc auxquels l'industrie adjoindra un petit moteur. Les petites nefs d'autrefois aux cordages fins, aux poupes écarlates, surmontées d'un château doré, plein de marins de plomb et de soldats de plomb ont cédé le pas aux petits yachts qu'on lance sur les bassins des grands jardins, et dont l'élégance est plus austère. La matière du jouet a changé; ce n'est plus e bois. Avec la technique du bois, on faisait des jouets barbares dans des villages lointains. Au Tyrol, dans la Eorêt-Noire, aux heures d'hiver, avec le couteau, avec des outils primitifs de menuisier, le paysan fabriquait quelques jouets, qu'il vendait, un peu d'art populaire florissait là.
La substance actuelle du jouet, c'est le carton-pâte (le jjapier d'emballage macéré dans la colle), c'est surtout le fer blanc.
Le soldat de plomb, à qui l'esthétique réaliste de notre temps attribue, au lieu de sa minceur ancienne, un vrai torse et deux profils, est issu d'une vieille boîte à sardine, ramassée par le chiffonnier, parée pour les besoins de la cause par des industriels spéciaux.
Dans les petites villes miséreuses qui ceinturent Paris, dans les Montreuil ou les Romainville, dans des maisons basses et tristes,