VUES DU MUSEE RODIX A MEUDON
BUSTE (bronze)
Laurens, etc.. sont ainsi représentés comme les forçats de la pensée....
connaisseurs s'arrêtent pensifs devant ces témoignages extraordinaires d'une tension cérébrale presque surhumaine.
Rodin y met vraiment la quintessence de sa verve bouillonnante.
Des corps de femmes se présentent dans les mouvements les plus audacieux, se roulent dans de frénétiques contorsions, se courbent, se ploient, se contractent, se mettent en boule. Les plus effarantes démences sont consignées sur ces feuilles où le crayon du maître a jeté des traits qui semblent frémir, où son pinceau a lancé des balafres endiablées d'une seule venue depuis la tête jusqu'aux pieds pour colorer ces visions trépidantes... Des couples s'enlacent et se désunissent. Les fantaisies les plus secrètes, les folies les plus cachées tournoient dans une sarabande démoniaque... Et puis, il y a aussi d'éperdus élans vers la pureté mystique, des extases, des contemplations surnaturelles !
Un mélange de boue et d'azur !...
Assurément ces étranges esquisses ne sont pas supérieures aux sculptures de Rodin, parce qu'elles n'en ont pas la beauté achevée, mais elles y ajoutent quelque chose qu'on ne trouve nulle part
Non, ce n'était pas ainsi que les artistes grecs ailleurs... Ce sont comme les notes où un esprit
figuraient Périclès, Alcibiade ou Démosthènes. Mais, après tout, est-il certain que leur idéal ait été plus beau que le nôtre ? La tragique tourmente dont nous sommes les jouets n'est-elle pas aussi sublime que le calme souriant de la raison antique ? Ce sourire même du paganisme ne nous paraît-il pas irritant parfois à nous devant qui se posent désormais tant d'affolantes énigmes ? Et ne serions-nous pas fondés à préférer notre dramatique inquiétude à une sérénité qui nous semble naïve ?
Rodin me montre ses dessins.
Il les exécute pour se reposer de la statuaire et aussi pour s'exercer à saisir des mouvements rapides qu'il lui serait malaisé de noter au moyen del'ébauchoir.
Il en fait des multitudes...
Il les encadre tous, et nul ne peut trouver qu'ils ne soient tous dignes de cette sollicitude... Il en conserve la majeure partie dans une grande maison sise au bas de la pente où s'étend son jardin, ime ancienne blanchisserie qu'il a transformée en musée.
Ces dessins !... beaucoup de spectateurs frivoles s'en gaussent dans les expositions : la fureur enragée de l'exécution et l'extrême liberté des attitudes déroutent en effet les habitudes du public moutonnier. Mais les vrais
génial a relaté pour lui-même des impressions si fugitives, si spéciales et parfois si risquées, qu'elles
BUSTE (bronze)
ne peuvent prendre place parmi ses productions officielles.
Et dans ces audaces d'observation l'on reconnaît encore, l'on reconnaît même plus que dans tout le reste de l'oeuvre du maître son ardeur à scruter le tréfonds de l'individualité humaine, son incro^'able divination de l'abime intérieur où se débattent la brute et l'ange....
Sublime fièvre qui portera devant la postérité le plus sincère témoignage de notre époque.
Car notre temps, n'est-ce pas justement l'exaltation de la personne s'ef forçant de garder jalousement la jouissance d'elle-même en face de toute la société ? Et le maître qui célèbre si fougueusement cette personne jusque dans ses replis les plus intimes, presque dans ses déviations les plus morbides, n'est-il pas le représentant le plus autorisé
de l'esprit contemporain ? Oui, c'est bien là l'es- rait de ro sence même de la pensée moderne en face de la vérité la pensée antique pour laquelle, au contraire, nouveaux
clichés Vizznvotta.