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L.\ DEMEURE DE RODIN A MEUDON V.\L-FLEURI

Le Mois Artistique

EXPOSITION Nico JiNG.NrANN (Galerie Georges Petit). — Un dessin minutieux, précis, n'omettant aucune des rides de la peau des vieux, la patiente et sincère observation d'un Holbein.et, sur ces dessous de science et d'étude, des lavis rapides, fougueux, la vision juste de couleur rendue dans l'instantanéité de l'impression; de la Hollande, de la Bretagne, de la première surtout, les types pittoresques apparaissent, vivants, vrais, non pas comme des modèles posant devant l'artiste, mais comme des êtres saisis au passage parmi la i-éalité de leur existence journalière; et de. ce naturisme émane une émotion parfois intense, telle simple paysanne avec son enfant a la sérénité d'une Vierge maternelle, égale la piété des œuvres de Primitifs, tel visage de fillette aux grands yeux limpides, francs, larges ouverts, est synthétique de la jeunesse pure et charmeuse. D'une indiscrétion implacable sur la décrépitude ravinée et tannée des vieillards, Nico Jungmann est un compréhensif attendri des petits, de cette touchante réduction d'Humanité qu'est l'enfance ; ces gamines traînant leur poupée, celles-ci (Flirt) groupées et babillantes, cette autre {en extaxe), celle-là {en prière) méritent bien ces titres qu'affectionne leur peintre, il les appelle « une toute petite, une jolie petite... » Et leur éveil d'intelUgence, leur mignardise rustique, leuis gentilles poses, n'empêchent pas le coloriste de s'intéresser aussi à l'exactitude du costume, aux bleus campagnards des étoffes, aux rayures des fichus et des guimpes, aux tuyautés des coiffes, même à des coins de paysage, de maisons en bois enchevêtrant leurs poutrelles sur le ciel gris de Vollandam ; après qu'il eut découvert ce pays si particulier, Nico Jungmann eut de nombreux imitateurs, et dans les Salons annuels maintenant débarque de la pacotille hollandaise ; cette contrefaçon nous fait admirer davantage encore les œuvres réunies dans l'exposition actuelle, de l'art pur, exquisement intimiste, d'une belle saveur originale.

Quinzième Extosition annuelle des Femmes- Artistes (Galerie Georges Petit). — Beaucoup d'appelées, quarante-cinq, mais peu d'élues, une sélection s'imposerait ; on a dit qu'il y avait trop d'expositions, il y a aussi trop d'e.xposants, et d'exposantes, nous en trouvons la preuve ici ; cette observation étant faite, et il ne serait pas courtois d'insister, nous pouvons citer : Mlle Adour, aquarelliste sans mièvrerie, sait dégager de paysages âpres des hoiizons décoratifs, portraicture avec émotion de vieilles chaumières, rend la vastitude

morne et aérée des dunes ; Mlle Carpentier, dans des petits panneaux à l'huile, très lumineux, prouve ses qualités de peintre, La vieille Foulai ne en Alsace. zébrée de soleil. Les Nénuphars, d'une intimité très douce ; Mlle Desjeux, touriste, rapporte, surtout du port de Gênes, des notations prestes . Mme Dethan-Roullet qui voit bien la chair saignante des dahlias et des cactus, élargit sa manière dans un Paysage d'Eté, avec l'or des moissons blondes ; Mme Delvové-Carrière, dont on sait l'àme attendrie devant des fleurs de rêve, s'attarde au crépuscule, en hiver, devant Le Bassin, parmi le parc, évoque la maîtrise paternelle ; ilmc Dubois-Schotsmans se promène, au soleil couchant, sur des Bords de Canal ; Mme Marie Duhem simplifie jusqu'à la vacuité ses modèles accoutumés, fait un tableau avec une tasse à lait et un rond de serviette ; Mme Galtier- Boissière a une palette très moderniste, une vision juste d'impressionniste, intéresse avec une harmonie verte de meubles, avec un store baissé devant le soleil ; Mlle Marcotte envoie Un Philosophe déjà vu, peut-être faut-il en dire autant de La Serre aux Plantes ; Mlle Maréchal doit certainement aimer les romances automnales et fadasses d'Emile Adam ; Mme Nanny Adam, qui fait éclater une bombe ensoleillée boulevard de la Madeleine, a vu une Venise papillotante ; Mme Séailles, qui apprit de Carrière l'éloquence significative des volumes dans les visages, ajoute cette fois de très intéressantes notes de paysages prises à Barbizon; Mme Vallet-Bîsson met un faste bientôt monotone dans ses portraits, jadis plus sincères ; à la sculpture, Mlle Jozon demande au bon céramiste Lachenal de parer des statuettes amusantes de petites bretonnes.

Tableaux et esquisses des régions polaires, PAR Alex.\ndre Borissov (Galerie des Artistes modernes). — On a d'abord la sensation de se croire convié à une exposition d'ethnologie et d'ethnographie ; le catalogue décrit au reste des aventures d'explorateur, et dans les notices des tableaux, l'artiste lui-même dît : « Mon expédition n. Malgré l'inédit du décor fantastique qui nous est révélé, malgré les rigueurs exceptionnelles du climat, malgré les conditions pénibles du travail, malgré les aventures de ce Nansen russe, comme l'a appelé Ilia Répine, le critique d'art ne saurait s'intéresser à ces 227 toiles de toutes grandeurs, si Alexandre Borissov ne s'y révélait pas, en certains morceaux, un véritable peintre ; telle maison rouge, ou telle grisaille très fine suffisent à faire oublier le découvreur de glaciers jusqu'alors ignorés, et on ne consi-

dèfe plus que l'œuvre colorée de ce paysan du gouvernement de Vologda, artiste d'instinct, dont le grand-duc Vladimir favorisa les dispositions, et pour qui Novaïa- Zemlia semble devoir être la Venise de Ziem. Tandis que dans les tableaux, plus puissants, plus intenses, de Mme Boberg, — des questions de température autorisent ce rapprochement, — on sent parmi la nature farouche sourdre la vie des êtres, on voit les barques rudoyées par la tourmente, on devine des demeures enfouies à ras du sol, chez Alexandre Borissov c'est ainsi que dans des photographies de la lune, la solitude absolue, l'immensité vide, l'étendue implacable, et près d'une épave de bateau des ossements gisent...

D'un Océannoir des banquises bleues émergent, des amoncellements gigantesques de glaces sont fissurés de blessures profondes, le ciel est sans lumière comme l'horizon est sans limite, les nuages sous l'éclipsé ont des noirceurs d'encre, les icebergs, colosses flottants, prennent des formes fantomatiques, la neige inlassablement tombe, enlinceule l'atmosphère: à la clarté lunaii'e des ours passent ; dans une baie, des phoques reposent ; et voilà un site qui s'appelle le Royaume de la Mort. « J'ai fait des esquisses par 23 degrés de froid, et trois ou quatre par 30 degrés Réaumur. Il m'a fallu tenir le pinceau avec la main couverte de fourrure et le conduire avec énergie. Le pinceau se brisait, les mains refusaient de servir, mais, je peignais avec le désir ardent de fixer sur la toile tous ces phénomènes fantastiques et obscurs de l'extrême Nord, pleins de charme saisissant. » Ce charme très spécial, Alexandre Borissov a su le rendre de façon éloquente, et, ce qui nous importe davantage, picturale.

Grès cérames et faienxes a couverte stanxi- FÈRE, d'Etienne Moreau-Nél.-\ton. (Galerie Druet.) — Contre les murs où nous vîmes accrochées tant de peintures, sont cette fois des vitrines renfermant des poteries, et, derrière les glaces, sur les tablettes, les couleurs harmonieuses chantent, les formes rythmiques s'évasent, se bombent, se creusent, s'accroupissent, les ornementations de la faune ou de la flore historient des bibelots, et tout cela a un aspect d'ensemble de choses rares, délicates, riches. On comprend qu'un peintre puisse s'en-

RENNES en sentinelle, par ALE.\A.\DRE BORISSO\'

thousiasmer pour la céramique au point d'en vouloir faire, à cause de la merveilleuse intensité des tons, à cause de cette somptuosité, de cette rutilance de palette que seul donne le feu ; c'est une surprise et un enchantement, ce collaborateur malaisément discipliné a des trouvailles sans cesse inédites, il y a toujours de l'imprévu à l'ouverture du four. Néanmoins le travail de l'artisan, — et le céramiste peut revendiquer ce titre — a son importance, des personnalités de haute valeur affirment leur signature, tels le maître Chaplet, Moreau-Nélaton, entre autres.

Pots aux coulures veinées, aux glissements de lave, ou bien au fond vert moucheté de noir, grande vasque enguirlandée de feuillages, théières à la peau satinée sur laquelle la lumière glis.se comme une caresse , tasses fragiles aux contours menus, ce sont tous objets de collection plutôt que d'utilité usagée, et on les acquiert pour la joie de les regarder, de les toucher, bien plus que pour s'en servir, même à mettre des fleurs. La série blanche où se trouve alors de la sculpture est particulièrement intéressante avec ces statuettes de garçonnet, ici lisant, là appuyé contre un âne, là encore en compagnie de son chien ; à citer aussi l'homme à la hotte, l'échiné pliée sous le faix. Puis, allant où sa fantaisie le mène. Moreau-Nélaton imagine des assiettes décorées d'imageries d'une rusticité voulue, d'une naïveté de coloriage et de légendes amusantes ; enfin il simule la réalité par son canard, son dindon, l'éloquente allure vériste exprimée dans une belle matière, chaudement teintée. La réunion de ces pièces forme une exposition très précieuse.

vie Exposition intime, peinture, objets d'art

(chez Rivaud, bijoutier). — Cette intéressante manifestation annuelle a lieu dans une vieille demeure de la rue de Seine, entre « le bon vieux palais gardé par deux lions », selon la description de l'Institut par \'ictor Hugo et le petit passage noirâtre immortalisé par Thérèse Raqiiin. Le catalogue, cette fois, est sommé d'un très beau dessin de Jeanês; ce salonnet est supérieur à ses aînés, les œuvres moins nombreuses, et d'une sélection attachante : de Baignières, un portrait de femme à la sanguine, d'un dessin précis ; de Dauchez, des paysages brutalement farouches ; de Georges Desvallières, qu'on sait élève de Gustave Moreau, une grande toile, Vers l'idéal, et une tète de Christ d'un mysticisme douloureux ; de Suzanne Frémont, des petites pochades de nature, vibrantes d'impressions ; de P.-A. Laurens, les promeneuses en robe blanche sous la feuillée soleilleuse ; de Jeanès, visionnaire original, un Lac de Garde, et une Maison normande qui fait songer à la Maison folle du même artiste, achetée récemment par M. Dujardin-Beaumetz, à l'Exposition internationale des aquarellistes ; de René Ménard, la terre antique, évocation de poésie calme ; de René Piot, de l'orientalisme d'une crudité intransigeante ; puis, les autres exposants se nomment Caro-Delvaille, Colle, Cottet, du Gardier, Morrice, Prinet, Prouvé, Simon, Thizy, Ulmann. De Robert, forgeron, une griUe d'un joli rythme; de Delaherche, une vitrine de ses pots habituels; de Ch. Rivaud, entin, de précieux bijoux, n'ayant pas l'irréalité coûteuse de ceux de Lalique, mais restant tout ensemble des parures féminines séductrices et de réelles œuvres d'art.

Exposition Ernest Chev.\lier. marines et PAYSAGES (Galerie Georges Petit) . — Des maîtres comme Théodore Rousseau et Corot sont venus à La Rochelle faire de petites toiles demeurées célèbres, il est des artistes comme Ernest Chevalier qui y naquirent [et tentent de suivre la trace des aînés. Le paysagiste dont on avait déjà remarqué les envois à la Nationale, nous fait, par son exposition actuelle, voyager de façon agréable tour à tour sur la côte de La Rochelle, sur celle de Bretagne, de GranvillC: en Vendée, au Havre, à Yport, à Boulogne, aux bords de la Seine.

A une recherche intéressante des heures, notamment crépusculaires, des reflets et des rides de l'eau, il joint une vision aérée, malgré certaines sombreurs qu'il affectionne (Goélette échouée. Marine de nuit, Soir de novembre dans le port. Les Courants de marée), une jolie finesse de tons [Grève d^ Yport, Sortie du bassin du Roi, CMteau-Gaillard, Brume matinale), une préoccupation louable des ciels {La Côte à Esnandes, Orage à Angoulins, Du l'élit de la Hève. Temps calme) ; mais, plus

que dans le tableau refait, recomposé, • travaillé à l'atelier, — un est très bien cependant, Port de la Rochelle au crépuscule, sous une lueur mauve — c'est dans les petits panneaux enlevés en une séance devant la nature, instantanés d'impressions vives et justes, qu'il faut apprécier le peintre, même quand il se hausse à y mettre des personnages [Au pardon de Sainte-Anne-la-Palud, Embarquement des sardiniers de Trcboul) ; il garde là toute la fraîche saveur d'émotion de la rencontre soudaine avec un site, un aspect, un coin de paysage ou de marine [Môle de Vile Tristan, Cabanes de pécheurs à Chauscy. Les Falaises dans la brume, Un Menhir, La Seine en igoo), il en rend les colorations subtiles, les lointains ensoleillés ou enténébrés, la jolie buée chaude des midis, la fine brume des soirs, la silencieuse torpeur des nuits piquées de lucioles qui sont un phare de la côte, le falot d'une barque, la vitre d'un cabaret du bord. Des dessins au fusain, et teintés d'aquarelle, ont une rudesse séduisante [Hameau près de Tréboul, Ferme bretonne).

Exposition Lucie Cousturier (Galerie Druet). — Des iris, des pivoines, des anémones, des bégonias, des chrysanthèmes, des volubilis, des boules de neige, des roses, et aussi des pommes, des oranges, et encore des choux, des tomates. L'artiste est une passionnée de la couleur, partout où elle la trouve, mais tandis que pour les fruits elle se souvient des desserts de curé de Cézanne, devant les fleurs eUe se laisse aller à la joie expansive de sa palette, elle rend d'un pinceau hardi la chair saignante et parfumée, la pulpe vivante ; certaines de ses toiles sont une merveilleuse féerie de tons ; « d'une fleur tout le charme est évoqué, d'un fruit sera rendue toute la splendeur rien que par des tons francs, clairs, joyeux, qui chantent en somptueuses harmonies >', a écrit Georges Lecomte dans la préface du catalogue. Malgré que la vision s'attarde parfois à de jolis miroirs d'eau sur lesquels pleurent des branches d'arbres, les paj-sages de Suisse, d'Auteuil, du Bois de Boulogne et de Saint-Tropez ne sauraient nous plaire autant, avec leur imprécision, certes voulue, puisqu'à côté des dessins au fusain sont d'une vigueur intéressante. Un bouquet dans un vase, devant la clarté soleilleuse d'une fenêtre, et cela suffit à Mme Lucie Cousturier pour prouver qu'elle est un peintre, et un bon peintre.

Cercle artistique et littér,\ire (rue Voneyj. — Ces Salonnets, très choyés du snobisme, sont comme une réduction préalable des Salons, par la variété et l'inégalité des œuvres exposées ; il s'y rencontre rarement des merveilles, de l'inédit presque jamas, on y retrouve avec ou sans plaisir des signatures habituelles : un paysage automnal d'Emile Barau. un intérieur de cuisine et de jolis

bibelots de taience de Bergeret, une brutale et lourde vue de Venise de Bompard qui a une touche plus fine dans Le pont de Vérone, épigraphiéde la chanson de Miarka « Si l'eau qui court pouvait parler » ; de Bouchor, L' Arc-en-Cicl, avec une nuée farouche ; de Brispot, la vignette accoutumée ; de Brugairolles, La cathédrale d' Abbeville, sommée d'un effet de soleil ; de Cadel, du Charles Jacque par un élève de Jean Veber ; Jules Cayron.avec \\n corsage noir. une gorge audacieusement nue, et un contournement de coquetterie perverse essaie, inutilement, un raccrochage boldinesque ; Cesbron écrabouille des prunes ; Charpentier s'apparente à Chevalier dans ses tableaux de Dieppe ; Chigot poétise son petit coin fleuri ; Cormon, sous un très vaste ciel bouleversé de nuées fait s'agiter de menues marionnettes, hommes et bêtes, du temps des cavernes ; Dameron se promène par une matinée d'automne an fond du parc de Monfbard ; Damoye suit le cours de l'Isole et du Thouet ; Adrien Demont semble se souvenir d'Emile Breton avec sa toile enneigée ; Devambez, qui voit souvent ses personnages de haut, est allé cette fois les étudier au haut d'un théâtre, et son Public du dimanche a, par endroits, des intensités de types à la Daumier ; Flameng, égaré dans la friperie de Roybet, y a perdu son aisance desomptuosité, surprend par son peu d'éclat ; Fournier a étudié consciencieusement un nu en plein air ; Gosselin nous dit la fin de l'été en Seineet-Marne, Gaynor-Frank recommence l'Homme à la fenêtre de Meissonier (!) ; Guay fait joli sur les bords de l'Izel ; GuiUonnet manque de souplesse à La Fontaine sur la route; Horton découvre en ses voyages des sites curieux comme ce Liniburg (dans Limburg il y a burg), qui se profile dans une claire atmosphère ; Laparra compense les crudités de Manoel y su novia par un exquis Clair de lune à la villa Médicis ; Léandre, rondouillard, fait une étude d'enfant qui semble plutôt d'im petit vieux ; de Le Fournis, avec une palette bleutée, Le pont d'Auteuil et An Port; Le Goût-Gérard continue sa marque ; Albert Maignan s'amuse à des silhouettes féminmes contemporaines; Nozal fixe la buée blonde d'une matinée et rend bien la vastitude plate des environs de Berck-Authie ; de Rémond, Crépuscule et à l'Ile grande, des paysages d'émotion prenante; Saint-Germier est d'une observation attentive dans cette Cour à Tunis où l'on égorge des moutons; Séguin-tsertault anecdotise les promeneurs et promeneuses du jardm du Luxembourg ; de Trigoulet, une fine impress'on en grisaille, l'Épi à marée basse ; Alexis Vollon fredonne une romance doucereuse dans un effet de Bail : Weerts ajoute à sa collection de petits portra-ts celui d'un généra. 1 souriant, et celui d'une Romanichelle bien distinguée pour courir les grandes routes; Raymond Woog, avec le Portrait

de Pablo Cazals évoque un Coquehn cadet tragique, et nous fait respirer un bouquet d'oeillets qu'il n'aurait osé envoyer au Salon à cause de son peu d'importance, c'est ici une agréable aubaine ; Zvviller continue la contrefaçon hennerienne.

A la sculpture, Chalon fait un presse-papier de boudoir avec une femme à plat ventre ; Dubois réalise en plâtre uh Fauconnier arabe de Fromentin ; Hugues allégorise sans harmonie un surtout de table ; Loysel étudie sans distinction et sans rythme des Mouvements de danse; Sicard fond à la cire perdue une monstruosité; Landowski falguiérise la Danseuse aux paons ; Le Coûteux, avec ses marrons sculptés et décorés d'ornements stérilisés est peutêtre le plus intéressant de tous ; Scheidecker découpe à souhait le cuivre pour Un service à thé et une Boîte à biscuits.

Exposition Paul Signac (chez Bernheim). — Le temps est passé des polémiques enthousiastes, des ironies et des sarcasmes, on ne se bat plus pour ou contre; le néo-impressionnisme, le pointillisme, etc., etc., s'ajoutent aux théories de Schaunard dans La Vie de Bohême, ce sont là des étapes , ou mieux des déliquescences ; l'aventure se pare de vérité scientifique (division du ton, mélange optique), le résultat auquel s'entêtent les Signac et les Cross nous apparaît une sorte de mosaïque patiente et inutl'e, une traduction longue et pénible quoi qu'en dise Paul Adam dans la préface du catalogue : « Cet art est en corrélation étroite avec lii jihilosophie, la biologie et la physique contemporaines, niant l'objet, déclarant la matière simple apparence du mouvement vibratoire dont naissent nos impressions, nos sensations, nos idées ». On serait tenté d'en appeler de Signa'" à Signac luimême, de celui qui avec un parti pris dont il exploite le brevet s'attardeen ses grandes toi es à la facture que l'on sait à cdui qu'il faut admirer sans réserve dans ses Notations à l huile et ses Notations à Vaqua relie. Encore qu il consente à les exposer, il semble y attacher une moindre importance, et cependant de son œuvre, c'est sans nul doute le meilleur. Ses belles qualités de vision s'y révèlent, l'intensité de son coloris y es" en puissance, avec une verve féconde, une liberté vivante, c'est d'un charme absolu, d'une séduction indéniable. Venise, Marseille, Antibes, Provence, ces esquisses à l'huile sont toutes à retenir, leur léger frottis contient tout de l'impression \Taie et franche. Parmi les 39 aquarelles rapportées de Rotterdam, d'Overschie, de Maassluis, de Venise, de Saint-Tropez, de Marseille, de Toulon, de Paris même, le choix ne sait où se fixer, tant chacune est un régal, à la Jongkind, mais avec plus de chaude couleur, d'intensité de tons, de vitalité vibrante, certaines sont maculées

d'indications au crayon qui montrent les efforts du procédé de transcription pour le tableau, à quoi bon ? l'œuvre est complète ainsi, et définitive, et parfaite.

Exposition de la société de la miniature. DE l'aquarelle ET DES ARTS PRÉCIEUX. (Galerie Georges Petit.) — L'enluminure et la miniature étant des arts désuets, cette Société que préside Horace de Callias en anive à nous montrer maintenant de simples aquarelles et des objets de toUette comme on en peut voir aux vitrines de l'avenue de l'Opéra ; les brosses en thuya incrusté d'or appartenant à il. Pierre Margueritte sont peut-être en contrebande dans tme exposition purement artistique, bien que M. Linzeler fasse de jolis objets tels que chocolatière et boîte à poudre.

Ceci dit, et la remarque revient parfois sous la plume du critique, notons 'donc, parmi les aquarelles : d'Ivan d'Assof, élève de 'Vignal, V Intérieur des Arènes d'Arles et le Vallon des Ritffes; de Bellanger-Adhtmar, la Seine, avec deux chevaux de halage qui évoquent 'VejTassat ; de Bo}er-]\Iennegay, une marine ; de Brugairolles, une jolie et douce impression du fameux pont fleuri de \'enise, Rio Albrizzi, que copient tous les peintres; de Léchât, ses toujours très minutieuses vues de petite ville, toute la province rendue par une ruelle aux habitations serrées ou par les ormes du mail laissant filtrer le soleil; de Gabriel Rogier. des taches amusantes, les Cabines, Coin de Plage à Saint-Qtiay, et le Chemin, acquis par l'État ; de Lalauze, des sol-

dats de Détaille pour les expositions où le maître n'envoie plus ; enfin, de Jacques Simon, de très jolies notations àesBords deSeine, a.vec les fuméesde Paris sur le ciel gris, et d'un coin de Bretagne avec les fenêtres allumées au long du quai tout noir.

Parmi les miniaturistes, citons Mme Bever de La Quintinie, d'une recherche parfois archaïque; Mme Debillemont-Chardon dont toute l'œuvre présente un intérêt de charme et de perfection ; Mme ]Marie Laforge et la Leçon de Lecture; Maurice Renders et le Portrait de la Poupée; Mme Maryiieritte Rossert et ses études d'enfants, le Favori, la Lecture.

M. Alfred Chanz}'. qui a bien expruné le clairobscur dévotieux de l'intérieur d'église à Condé-les- Vouziers (Ardennes), traite habilement l'iUustration de la Légende de sœur Béatrix ; Horace de Callias, avec le Château de la Belle au Bois Dormant, ne fait pas oublier la merveilleuse illustration de Gustav-e Doré ; Anatole Foucher ornemente, pour un cadeau de mariage, un velin à la façon d'Atala3-a ; FeuiUâtre a un joli émail, une coupe au fond de laquelle rougeoie une tête de coq parmi un semis de monnaies'du pape ; Mlle Georges profane spirituellement la miniature ; Kaulfmann colorie des illustrations ; Mme Lauth-Sand contourne avec grâce des feuUlages aux doigts d'une main en cne ; Mme Lecreux imagine une curieuse reliure pour le Poinct de France ; M. Leliè\Te a une réduction d'étalage ; M. Métivet s'essaie vainement à du Jean Veber dont il ne possède ni l'esprit délicat ni le métier très artiste.

ilAURicE Guillemot.

VÉLAZQUEZ

La Reine Marguerite d'Autriclie

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