SUISSE
y ES expositions ont été le mois dernier en Suisse •*■' peu nombreuses et peu importantes. Je ne vois à vous signaler qu'une petite exposition de noir et blanc à la salle Thélusson récemment ouverte à Genève, et au Kûnstlerhaus (Maison des Artistes) à Zurich, l'exposition de quelques œuvres du paysagiste W. Lehmann et de M. E. Kreidolf. Cet illustrateur de contes qui fait la joie des petits et des grands enfants par ses dessins pleins d'humour et de fantaisie, avait envoyé, avec les aquarelles originales de ses illustrations, un certain nombre de paysages qui ont eu un succès de curiosité.
Profitons de la placidité, nullement extraordi-
naire d'ailleurs, du « mouvement artistique », pour dire quelques mots de nos musées. Les plus importants d'entre eux sont actuellement en pleine voie de transformation, de développement et d'activité. Il y a dans le besoin qu'éprouvent simultanément les principales villes suisses de reconstruire, de transformer ou de mieux aménager leurs musées, un symptôme réjoui-ssant de l'intérêt plus vif que notre petite démocratie, si active, si industrieuse et si positive, commence à vouer aux choses de l'art. Partout on s'ingénie à mieux loger les œuvres d'art héritées du passé, à en augmenter le nombre par des acquisitions nouvelles et à faire mieux connaître et appré-
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cier du jjublic les trésors trop longtemps enfouis dans la pénombre des portefeuilles et des armoires.
Si la Confédération ne possède pas encore en propre un musée des Beaux-Arts, elle consacre du moins les revenus de la fondation Gottfried Relier (environ 50 à 60 000 francs par an) à l'achat d'oeuvres d'art ancien et moderne qu'elle confie en dépôt aux collections publiques des divers cantons. Les objets d'art acquis jusqu'à ce jour par la fondation Gottfried Relier, et exposés naguère publiquement à Zurich, forment déjà le noyau d'une belle et importante collection nationale. On peut espérer qu'après les flottements inévitables du début, les hommes consciencieux et compétents dont se compose la commission sauront discerner clairement le but à atteindre et nous y mener d'une main ferme.
Dans ce domaine, le meilleur exemple est donné à l'autorité centrale par l'heureuse émulation qui anime, en ce moment, les gouvernements cantonaux et les autorités municipales.
A Genève, on construit un vaste musée central dont les diverses salles doivent recevoir toutes les collections artistiques et historiques appartenant à la ville et qui sont aujourd'hui dispersées en divers locaux : musée Rath, musée archéologique, musée Fol, collection des armures à l'arsenal, musée des arts décoratifs.
Rendue possible par le legs considérable d'un citoyen généreux, M. Charles Galland, la construction dirigée par M. M. Camoletti, architecte, n'est encore achevée qu'aux deux tiers. On prévoit, d'autre part, que l'aménagement intérieur de ce vaste édifice et l'installation de collections si diverses exigeront encore un ou deux ans, au moins, avant l'ouverture définitive du musée central.
Le nouveau et zélé conservateur du musée des Beaux-Arts (musée Rath), M. Daniel Baud-Bovy, l'historien de notre ancienne école genevoise de peinture, n'a pas voulu attendre ce moment pour donner à la collection qu'il dirige une impulsion décisive et pour ramener sur elle l'attention du public cultivé et ami des arts. Non content de mettre en valeur et en lumière, par un heureux aménagement des salles, les quelques chefs-d'œuvre et les nombreuses œuvres de valeur que contient cette collection, il a ouvert dans le sous-sol du musée Rath, deux salles nouvelles. L'une de ces salles a reçu les dessins et les études de nombreux artistes suisses, et l'autre renferme d'excellents moulages de statues antiques qui doivent être l'embryon d'im instructif musée de sculpture comparée. Enfin, M. D. Baud-Bovy vient' d'imprimer un catalogue exact et complet du musée Rath, qui a, entre autres mérites, celui de mettre en lumière l'importance et l'intérêt des dons faits en 1S04 par
Napoléon !«"■ à la ville de Genève. Ce sont ces toiles enlevées par l'empereur aux musées de l'Italie et d'Espagne, qui ont été l'origine et le noyau de la galerie genevoise installée, vingt-deux ans plus tard, dans le musée fondé par la famille du général Rath et inauguré en 1826. Peut-être me sera-t-il permis de revenir un jour, à loisir, sur ces dons vraiment princiers parmi lesquels se distinguent une Annonciation de Fra Bartolomeo et M. Albertinelli, un Saint Réiny de Philippe de Champaigne, une Mise au tombeau de Véronèse, etc. Disons seulement que le catalogue du musée Rath ainsi rajeuni fait faire aux Genevois mainte découverte imprévue et charmante.
A Lausanne, le musée Arlaud qui, de 1841 à 1904, contenait les collections artistiques du canton de Vaud, a clos ses portes le 15 octobre 1904. On installe actuellement dans les salons, la galerie et le hall de sculpture du nouveau Palais de Rumine, les objets d'art qui s'entassaient dans le vieil édifice. L'excellent conservateur du musée Arlaud, M. Emile Bonjour, n'a pas voulu fermer l'ancien musée sans prononcer son oraison funèbre et sans retracer son histoire. C'est ce qu'il vient de faire dans une intéressante monographie, illustrée des portraits des meilleurs peintres vaudoisduxix^siècle, au premier rang desquels se distingue Charles Gleyre. L'inauguration du Palais de Rumine me donnera, un jour, l'occasion de vous parler de la collection vaudoise, et spécialement de la salle consacrée à Emile David (1824-1891), un peintre trop peu connu, et bien digne de l'être par son amour de la beauté antique et par sa noble interprétation du paysage classique. On lira avec intérêt, même hors de la Suisse, le Catalogue des œuvres d'Emile David qui vient d'être publié avec une notice bibliographique (Lausanne, Payot et C''=).
Le musée de Berne s'est enrichi dernièrement de toute une série d'œuvres importantes du peintre F. Hodler.
Le musée de Zurich, après de longs débats et de vives querelles, a enfin trouvé l'emplacement définitif qu'il méritait d'avoir.
Et le musée de Bâle a fourni la meilleure partie des beaux dessins des maîtres suisses du xV^ au XVIII'-' siècle que publie le savant conservateur de ce musée, M. le professeur Paul Ganz. La première série de cette publication monumentale, qui a seule paru jusqu'ici, se compose de 60 planches in-folio, dont seize sont des reproductions de Holbein le jeune, six de Urs Graf et six de Nicolas Manuel Deutsch. Cette publication fait grand honneur à la commission bâloise des beaux-arts qui en a pris l'initiative.
Gaspard Valette.
Echos
des Arts
SIRENE-ARGOXAUTE
A U .Ml'SÉE DES ARTS DÉCOR.\TIFS. —
"^^ La direction de l'Union centrale des mis décoratifs, toujours en quête des éléments d'art les plus dignes de figurer dans son superbe Musée de la rue de Rivoli, installé avec un goût si parfait, vient de s'enrichir d'une nouvelle vitrine consacrée à l'exposition d'une suite de pièces céramiques (faïences à reflet) dues au D'' Pierre Delbet, professeur agrégé à l'École de médecine. Depuis longtemps déjà, le jeune et célèbre chirurgien était, connu comme artiste par le public des vrais amateurs, grâce à ses grès et à ses verreries du Musée du Luxembourg et aussi aux sculptures, aux pastels et aux peintures qu'il expose assez régulièrement aux Orientalistes : rapides ébauches de