Dictionnaire historique des peintres, Paris
jeter une certaine lumière sur ce petit maître si longtemps ignoré; et ce sont ces documents que nous reproduisons ici, en les entourant seulement des considérations absolument indispensables.
Le premier a été relevé par nous sur les Puiboeken de la ville d'Amsterdam. Nous avons dit autre part ce que sont ces Puiboeken^ nous n'y reviendrons pas. Ce document, c'est l'acte de mariage de Pieter Codde ; en voici la teneur :
14 viai i63j,
Comparee7\icn als 7'ooî^en Pieter Codde j'ûji A, ont 2'j jaer geassister^ met :{yn vaadcr Marten Codde woonen : inde caîverstraat. Ende Catharixa de Witt van A^ ont 25 jaer geaas''^ met M"" Jan de Witt haer i^aader ivooii : op de N. Z. achterburgwal.
C'est-à-dire :
« 14 mai 1637,
({ Comparaissent comme plus haut, Pieter Codde, d'Amsterdam, âgé de 27 ans, assisté de son père Marten Codde, demeurant dans la Caîverstraat^ et Catha- RiNA DE Witt, d'Amsterdam, âgée de 25 ans, assistée de M" Jan de Witt, son père, demeurant sur le Nieiuve "{ijds achterburgwal. »
Certes, voilà une pièce importante, puisque du premier coup elle nous donne non seulement la date du mariage de notre peintre, le nom de sa femme et le domicile qu'il habitait en 1637, mais encore nous révèle le nom de son père, le lieu de sa naissance et la date de sa venue au monde; car il est évident que si en 1637 il avait vingt-sept ans, c'est qu'il est né en 1610.
PIETER CODDK. 143
Mais, dira-t-on, cet acte ne porte aucune mention professionnelle. Est-ce bien de notre maître qu'il s'agit ici ? Il nous semble qu'il ne peut y avoir à ce sujet la moindre hésitation. Il est bien clair, en effet, que malgré l'omission de la qualité professionnelle, c'est bien de notre peintre, de PieterCodde l'artiste, qu'il est question.
Et en effet, il est à remarquer tout d'abord que le nom de Codde n'est point commun en Hollande. Il v est même excessivement rare, si bien que dans toutes mes recherches je ne l'ai rencontré que quatre fois. Or la seule mention où il soit accompagné du prénom Pieter est précisément l'acte dont je viens de donner la copie.
En second lieu, la date de ce mariage se rapporte admirablement à toutes celles relevées sur les ouvrages du maître. Entre les unes et les autres, il y a concordance parfaite, absolue, et il est certain que le peintre qui a signé en i()36 le petit Bal du Mauritshuis a fort bien pu épouser, en iGSy, M"® Gatharina de Witt.
Ajoutez à cela que le quartier habité par notre marié, et celui où logeait sa fiancée, situés au centre de la ville, dénoncent une certaine fortune, tandis que le titre de Meester attribué au beau-père^ nous révèle une notoriété suffisante, pour qu'il ne soit pas nécessaire d'avoir recours à une désignation professionnelle devant fixer l'identité du futur époux.
Enfin, rien ne nous dit que Pieter Codde ait exercé le métier de peintre, et puisqu'il semble avoir été riche, on peut admettre qu'il n'a fait de la peinture que par goût; ses ouvrages, du moins, sont assez rares pour le laisser supposer.
I. J'ai de fortes raisons pour présumer que ce M*= Jan de Witt était chirurgien.
Mais toutes ces raisons viendraient-elles à nous manquer qu'un argument plus puissant, et je dirai même irrésistible, nous resterait encore. Je veux parler de la signature apposée sur le registre de l'état civil, signature élégante, très remarquable, éminemment personnelle, qui est bien la même que celle qu'on retrouve sur les tableaux de l'artiste et qui suffirait, à elle seule, pour détruire tout soupçon s'il en pouvait subsister.
Voici le calque de cette signature :
Au-dessous du paraphe du mari se trouve la signature de sa jeune femme, d'une écriture moins distinguée, plus ordinaire et telle qu'on en rencontre assez souvent sur les registres de ce temps, en voici également le facsimilé :
Ce premier point établi, passons, si vous le voulez bien, au second document.
En poursuivant mes recherches dans les Piiibockcn d'Amsterdam, j'ai rencontré sur le registre n** 20 une autre mention où se trouve de nouveau consigné le nom de Codde :
5 jîilj' i666^
Coniparccrdoi voor de H" D. Spici^cl en Abba commissaris : Frederick Bloem.maert van Utrecht criij'denier
PIETER CODDE.
oiid 25 jare ouders doot geast : met syii sivager Jan van Papenbroek, jpoon^ op de Zingel en Maria Codde van A oud. 24 jare geass^ met Jan de Swaen liaer voogt, oicders doot, 7V007it op de Zingel.
Je traduis :
u Comparaissent devant MM. Dirck Spiegel et Abba, (( commissaires, Frederick Bloemmaert d'Utrecht, épic cier, âgé de 25 ans, sans ascendants, assisté de son « beau-frère Jan van Papenbroek, demeurant sur le (( Singel^, et Maria Codde d'Amsterdam, âgée de 24 ans. (( assistée de Jan de Swaen son tuteur, sans ascendants, « demeurant sur le Singel. )>
La réunion de ces deux noms d'artiste sur un même acte d'état civil ne vous semble-t-elle pas curieuse ? Car il n'y a point à en douter, malgré sa profession vulgaire, Frederick Bloemmaert d'Utrecht était fils du graveur Frederick Bloemaert et petit-fils du célèbre peintre Abraham Bloemaert-.
Quant à Maria Codde, âgée de vingt-quatre ans en 1 666^ elle était née par conséquent en 1642, c'est-à-dire cinq ans après le mariage de Pieter Codde; il y a donc grande probabilité qu'elle fut sa fille, de même que Karel Codde, né en 1640, a bien l'apparence d'avoir été son fils.
Ainsi donc, en groupant ces divers éléments, nous pouvons restituer un commencement de biographie à un peintre sur l'existence duquel, jusqu'à ce jour, tout était mystère.
1. Le Singel est l'ancien fossé de la première enceinte d'Amsterdam. Aujourd'hui il forme un canal au centre de la cité, lequel aboutit à la fameuse tour de la Monnaie.