Voir le Catalogue de la vente du cardinal Fesch
BARTHOLOMEUS BREENBERGH.
Pour la commodité du lecteur, je traduis :
Du 27 août 1 633,
Ont comparu comme plus haut , Bartholomeüs Breenborgh, de Deventer, peintre, sans ascendants, assisté de Jacobus Breenborg, son frère, demeurant sur YOostermark't, et RebeccaSchellingwouw, d’Amsterdam,
âgée de , sans ascendants, assistée de Tryntien
Schellingwouw, sa sœur, et d’Heyndrick Bouwer, son beau-frère, dans la Dyckstraat.
Et les deux époux ont signé.
Nous voici donc maintenant avec une date de naissance certaine. Qu’on ne vienne point, en effet, se prévaloir de la syllabe finale pour supposer qu’il s’agit ici d’un autre peintre. Tous ceux qui connaissent les différences de prononciation des diverses provinces néerlandaises, savent que cette finale en borch, fréquente dans l’Overyssel, se trouvait modifiée en burg ou en berg par la plupart de ceux qui quittaient Zwolle, Deventer ou Kampen pour se diriger vers l’Ouest. Un exemple, illustre entre tous, de cette transformation nous est fourni par Ter Borch, originaire de Zwolle, et qui n’est connu des biographes que sous le nom de Terburg. Breenbergh lui-même a souvent signé ses tableaux du nom qu’il
L’ART HOLLANDAIS
apposa au bas de son acte de mariage, et le musée de l’Ermitage possède de lui un Sacrifice païen , signé en toutes lettres B. Breenbokch.
Le doute n’est donc pas permis. C’est bien notre peintre, c’est bien notre Breenbergh, c’est bien l’artiste italianisant qui peignait, en i632, le beau tableau de la galerie Fesch, et, en 1 636, le Paysage antique du musée de l’Ermitage; c’est bien le graveur dont la pointe exercée commençait, en i638, la série si remarquable d’eaux-fortes cataloguées par Bartsch,que nous venons de retrouver; et c’est pour moi un plaisir d’autant plus grand de pouvoir le restituer à la jolie ville de Deventer, que j’ai gardé de cette hospitalière cité le plus aimable et le plus charmant souvenir.
ADRIEN VAN OSTADE
e ne sais rien qui montre mieux le peu de créance qu’il faut accorder aux dires des biographes hollandais, que la vie des Ostade, telle qu’elle a été écrite jusque dans ces derniers temps.
Avec Adrien et Isaac van Ostade, nous ne nous trouvons plus, en effet, en face de demicélébrités, d’artistes de talent méconnus durant leur vie, peu goûtés après leur mort, et qui ont dû attendre de la postérité une sorte de réhabilitation. De leur vivant même, les deux frères, auxquels on pourrait appliquer les vers qu’Ampzing adressait à Frans et à Dirk Hais,
Gebroeders in de Konst, gebroeders in het bloed,
Van eener Konsten-min en moeder opgevoed i ,
jouirent, nous le savons, d’une réputation méritée, et si Isaac mourut trop jeune pour avoir pu amasser une
I. « Frères dans l’art, frères par le sang, ils ont été nourris du même amour de l’art et par la même mère. » Beschryvinge ende lof der stad Haarlem in Holland, etc., door Samuel Ampzing; à Huarlem, 1628, p. 371.
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grosse fortune, du moins avons-nous aujourd’hui la preuve qu’ Adrien fut riche et considéré. Leurs ouvrages, recherchés de leur vivant, atteignirent après leur mort des prix considérables1, et depuis n’ont pas fléchi. Leur mérite a continué d’être estimé à sa juste valeur; il n’est pas de musée qui ne s’enorgueillisse de posséder quelqu’un de leurs chefs-d’œuvre; enfin, ils ont eu cet honneur, et c’en est un grand, de voir leurs tableaux catalogués par Smith, rendant hommage à la juste estime dont on entoure leur talent2. Eh bien, malgré cela, tout ce que les biographes du siècle dernier ont raconté sur leur compte n’est qu’un tissu de fables.
Cependant entre la mort d’Adrien van Ostade et le temps où Houbraken prit la plume pour écrire son Groote Schouburgh, il s’était à peine écoulé trente années. C’est, en effet, le 2 mai 1 685 que les amis du peintre reçurent le billet suivant 3 :
« Vous êtes prié d’assister, mercredi deux mai, à deux heures précises de l’après-midi, à l’enterrement d’Adriaen van Ostade, demeurant Mieuwe Kruysstraet; entrer comme ami dans la maison mortuaire, vêtu du long manteau. »
Église Saint-Bavon.
Et, en 17 18, Houbraken publiait son premier volume,
1. T émo'mY Estaminet hollandais, payé 5i,5ooliv. à la vente Patureau.
2. « His superior genius led him to invent a style of his own, which assiduity in the study of nature carried to the highest perfection. His profound knowledge of chiara-scuro, and of ail the various reflections and refractions of üght, enabled him to give a charm to his pictures, which no other artist’s works possess in an equal degree. » Catalogue raisonné of the works of the most eminent dutch, flemish and frencli painters. 182g, t. I, p. 107.
3. Voir les Artistes de Haarlem, Notices historiques avec un précis sur la gilde de Saint-Luc, par A. van derWilligen. La Haye, 1870, p. 238.
ADRIEN VAN OSTADE
celui précisément où se trouve la biographie de notre peintre. Depuis bien des années déjà, il était donc en possession des matériaux et des renseignements qui devaient lui servir de canevas. Le temps qu’il dut mettre à exécuter ces magnifiques portraits qui sont un des attraits, et non le moindre, de son livre, prouve assez qu’il était depuis longtemps à la besogne. Que nous dit-il cependant ?
Il raconte qu’Adriaen et Isaak van Ostade passèrent la plus grande partie de leur existence à Haarlem1, mais qu’ils sont nés à Lubeck. Il est vrai qu’il ajoute <c Zoo ik’twel lieb », c’est-à-dire « si je ne me trompe », mais cette restriction n’a point empêché son dire de faire le tour de l’Europe et de prendre pied dans toutes les biographies postérieures.
Pour ce qui regarde les derniers temps de la vie d’Adriaen, il n’est guère mieux renseigné que pour les commencements. Il nous le montre, en 1662, réalisant sa fortune, tourmenté par la peur de la guerre, obsédé par la crainte d’être pillé par les Français, et prêt à s’aller réfugier à Lubeck, quand, passant par Amsterdam, un amateur l’engagea à demeurer chez lui, lui montrant quels avantages il aurait à se fixer dans une ville riche, où les arts étaient en honneur et ses ouvrages estimés2. Autant de fables qui ont eu la même fortune que les assertions relatives à la naissance de notre peintre.
Il fallut qu’avec une patience, un soin, une méthode
1. « Adriaen en Isaak van Ostade. Deze waren, zoo ik’t wel heb, Lubekkers van geboorte, maar hebben hunnen meesten levenstyd tôt Haarlem gewoont. » Houbraken, Groote Schouburgh, t. Ier, p. 347.
2. « Deze maakte in den jare 1662 al zyne konst en huisraad, dien hy had tôt geld, en kwam van Haarlem met dien buidel naar Amsterdam, met voornemen, om daar mee (beducht voor de geweldenary der Fransen) naar Lubek te vluchten ... etc. » Ibid.
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qu’on ne saurait trop louer, M. A. van d.er Willigen retrouvât, dans les méandres de l’état civil, leurs extraits de baptême; qu’il reconstituât, morceau par morceau, la généalogie de leur famille ; qu’il les suivît tous, père, mère, frères, sœurs, fils et filles, depuis le berceau jusqu’à la mort, pour arriver à démontrer la fausseté de ces assertions.
On comprendra que je ne veuille point ici reprendre ni même analyser le beau travail de M. A. van der Willigen. Les Ostade sont deux très grands peintres, deux figures considérables, qui demandent autre chose qu’une étude rapide et sommaire comme celles que j’enferme dans le cadre un peu étroit que je me suis tracé. Dans un genre secondaire, en ne traitant que ce que Descamps et ses contemporains appelaient des « sujets bas », Adriaen van Ostade s’est élevé par la magie de son pinceau, par le génie de sa couleur, à des hauteurs magistrales. Comme paysagiste, Isaac, son frère, est demeuré un des maîtres les plus parfaits qu’on connaisse. Il ne faut donc toucher qu’avec précaution à l’œuvre de pareils artistes. Aussi mon but aujourd’hui est-il simplement de compléter, par quelques documents inédits, les belles découvertes de M. A. van der Willigen.
Grâce au savant auteur des Artistes de Haarlem, nous savons déjà qu’Adriaen van Ostade, né en décembre 1610, épousa en premières noces, le 26 juillet 1 636, et par-devant les échevins, Machtelgen Pieters, dont il eut une fille qui reçut les prénoms de Johanna-Maria. Cette union dura quatre années. Le 27 septembre 1642, Machtelgen Pieters étant morte, son mari demanda pour elle l’ouverture d’une tombe à l’église Saint-Bavon de Haarlem. Elle fut enterrée dans la chapelle du centre et les frais mortuaires s’élevèrent à dix florins.
ADRIEN VAN OSTADE
Ici je cède la parole au fidèle biographe de notre peintre :
« J’ignore la date du second mariage d’ Adriaen, écrit M. van der Willigen, quoique je puisse assurer qu’il se maria une seconde fois. Le registre des décès nous apprend que, le 24 novembre 1 666, il fut demandé de nouveau une ouverture de tombeau pour son épouse, en la nef du milieu, n°4ii. Les frais qui résultèrent de ces funérailles et qui montèrent à 24 fl. (ainsi que ceux qui furent faits lors de son enterrement, c’est-à-dire 16 fl.), sont si considérables en comparaison de la plupart des dépenses annotées dans le registre, qu’ils nous fournissent la preuve qu’Ostade appartenait à la classe très aisée. »
Eh bien, c’est cette date du second mariage d’Adriaen que n’a pu découvrir M. A. van der Willigen et le nom de sa seconde femme que j’ai été assez heureux pour retrouver dans l’état civil d’Amsterdam. C’est sur le Puiboek, n° 23, à la date du 26 mai 1 65 7, qu’est inscrite la mention vainement cherchée par l’auteur des Artistes de Haarlem. En voici la transcription :
Den 26 may.
Compareerden aïs vooren en syn op d’acte van Ibe.ining secretaris tôt Haerlem ingeteekent ; Adriaen van Ostade, jvedmvenaer van Haerlem — Anna Ingels, jonge dr van A.
C’est-à-dire :
Du 26 mai.
Ont comparu comme plus haut, et suivant acte dressé par Ibenning, secrétaire, à Haerlem, enregistré; Adriaen
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van Ostade, veuf de Haerlem et Anna Ingels, jeune fille d’Amsterdam.
Pour qui sait l’extrême exactitude qu’apportaient, dans leur travail et dans leurs informations, les scribes officiels d’Amsterdam, la mention « van Haerlem » viendrait encore, s’il était besoin, confirmer la certitude produite par les découvertes de M. van der Willigen. C’est, en effet, le lieu de naissance que l’on mentionnait toujours à la suite du nom sur l’acte de mariage. Le lieu de domicile ne venait qu’après; il fallait donc qu’Adriaen van Ostade eût déclaré être né à Haarlem, pour que la mention fût tracée comme on l’inscrivit.
Le second point que nous allons aider à éclaircir est celui qui touche aux dernières années de notre peintre. Houbraken raconte que, en 1662, la crainte des Français fit fuir Adriaen, qui s’en vint habiter Amsterdam. On a fait fort judicieusement remarquer qu’en 1662 on était en pleine paix avec la France, et que dès lors notre artiste n’avait rien à redouter des Français. Mais ce que ni M. van der Willigen ni aucun biographe, à ma connaissance, n’ont constaté, c’est que, dans un autre passage de son livre, Houbraken s’inflige à lui-même un formel démenti.
A la page 58 de son second volume, après avoir raconté qu’Adriaen Verdoel vint s’établir à Flessingue et qu’il fut admis comme membre de la chambre de rhétorique de cette ville, il ajoute : « Jan de Groot, né à Flessingue en i65o, l’eut pour premier maître dans son art. Plus tard, en l’année 1666, il prit des leçons d’Adriaen van Ostade et finalement de Frans de Jong de Haarlem L »
1. « Jan de Groot geboren tôt Vlissingen in den jare i65o, heeft hem tôt eerste onderwyzer inde konst gehad. Naderhand inden 1666, Adriaen
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ïl est bien clair après cela que notre peintre résidait encore dans sa ville natale, sans quoi Houbraken n’eût pas manqué de dire qu’il vint à Amsterdam pour prendre ces fameuses leçons, et, en tout cas, on ne s’expliquerait pas qu’ayant résidé à Amsterdam, où les maîtres ne manquaient pas, il fût retourné à Haarlem suivre les cours de Frans de Jong, peintre fort ordinaire. C’est du reste en cette même année, le 24 novembre, que l’aîné des Van Ostade faisait enterrer sa seconde femme à l’église Saint- Bavon. En 1666, il n’avait donc point encore abandonné Haarlem. Maintenant voici un document qui prouve qu’en 1668 il y demeurait encore.
Ce document provient de la Chambre des Orphelins; j’ai eu cette bonne chance de le découvrir dans celui des livres de tutelle1 qui va de l’année 1 65 3 à l’année 1671. Il est inscrit au folio 147 v° et conçu dans les termes suivants :
« Les maîtres des Orphelins ( Weesmeesters ) de la ville de Haarlem2, premiers tuteurs de Hendrick Jansz van Ostade, fils mineur de Jan van Ostade et de Annetje Huybrechts dr van Berckel et pareillement de deux enfants du même Jan van Ostade et de Lysbeyth van Riewenhof, ensemble héritiers de la somme de cinq cent vingt-cinq florins, provenant de l’héritage de Maria de Leuteringh, fille de Hiéronimus de
van Ostade, en eindelyk Frans de Jong van Haarlem. » Groote Schouburgh, etc., t. II, p. 58.
1. Register van de Voochdyen van Weescamer. 1653-1671, aux archives royales de la Haye.
2. Jan van Ostade, frère puîné d’Adriaen, né en 1616, mort en i665, fut tour à tour boulanger, fabricant de toiles, et messager sur la Zélande. Il se démit de ces dernières fonctions en 1664. De son premier mariage naquirent quatre enfants : Johannes, 1642; Huybert, 1645; Hendrick, 1647; Saartje, 1 653 ; de son second mariage il eut encore Janneke, i663, et Johannes, i665.
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Leuteringh, autorisent le sieur Adriaen van Ostade, maître peintre, pour la portion revenant audit Hendrick Jansz van Ostade, aussi bien que pour celle revenant aux deux autres enfants, de toucher ladite somme de 525 florins des mains de l’exécuteur testamentaire du susdit Hiéronimus de Leuteringh, et de sa fille Maria de Leuteringh, etc., etc. — Daté du 24 novembre 1668. » Adriaen van Ostade, tuteur des enfants de son frère Jan, mort en 1 665, se trouvait donc, par suite de la lourde charge qu’il avait acceptée, empêché de quitter sa ville de résidence. Il n’avait même pas la ressource d’emmener avec lui les orphelins confiés à ses soins, car leur mère, Lysbeyth Riewenhof, leur demeurait, et nous savons qu’elle mourut à Haarlem, en octobre 1702. Ce document vient donc ajouter un puissant appoint à la quasi certitude résultant déjà des découvertes de M. van der Willigen et s’inscrire en faux contre le récit de Houbraken, controuvé aussi bien à la fin qu’au commencement.
BREKELENKAM
lu an-tin
LA CONSULTATION (Louvre - Galerie LaCaze)
QUIRING BREKELENKAM
l existe au Louvre, dans la galerie Lacaze, à peu près au milieu de la salle, sur le panneau de droite et au second rang, un délicieux petit tableau d’une tonalité discrète, d’une coloration exquise, plein d’harmonies contenues, qui peut compter parmi les meilleurs ouvrages hollandais que possède notre riche musée.
Deux personnages animent ce petit tableau. Une femme déjà sur le retour est assise au milieu de la composition. Elle est tournée à gauche, vue de trois quarts de face, la tête coiffée d’un béguin blanc, un fichu autour du cou. Un manteau fourré est jeté sur les épaules. Ses jambes sont couvertes d’un jupon brun verdâtre. Le second personnage est un cavalier debout, vu de profil, avec une grande collerette blanche, un chapeau à larges bords et tout de noir vêtu.
La femme, la tête légèrement inclinée sur l’épaule droite, a un air dolent, fatigué, affaissé, qui indique une
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personne malade. La main gauche appuyée sur son genou, elle abandonne sa main droite au grave docteur (car l’homme en noir n’est autre qu’un médecin), qui lui tâte le pouls.
Le disciple d’Esculape, le chapeau gaillardement planté sur son chef, la moustache sous le nez, la barbiche au menton, drapé magistralement dans son court manteau à la mode du temps, tient de sa main droite le poignet de la malade et lève la main gauche, comme pour faire une observation et peut-être un reproche. Il semble gourmander sa cliente de quelque imprudence commise, de quelque violation au régime ordonné.
Au premier plan, un tabouret avec un chandelier de cuivre et certain vase d’étain dont l’usage se devine, indiquent assez la nature de ses préoccupations. Au fond, un mur gris, borné à droite par les rideaux roux d’un lit, à gauche par une porte de même couleur, est coupé au milieu par un grand tableau, paysage montagneux, un peu roussâtre, qui pourrait bien être de Wynantsz.
Cette petite scène naïve, simple, je dirais même vulgaire, si l’art ne parvenait à ennoblir tout ce qu’il touche, est enveloppée dans une belle lumière ambrée, d’une douceur infinie, où tout se modèle avec une force et un naturel exquis. Il est impossible de rien percevoir de plus harmonieux que cette symphonie de tons discrets, baignant dans le jour incomplet et diffus d’un « intérieur » faiblement éclairé. Les verts, les bruns, les roux et les noirs y chantent à l’unisson une mélodie exquise, rendue plus agréable encore par les deux notes rouges fournies par les bas et le corsage de la malade, par les blancs de son bonnet et de la collerette du docteur, qui sont, en quelque sorte, les « lumières » du tableau.
Pour enfanter, avec un sujet aussi modeste, une œuvre
QUIRING BREKELENKAM.
aussi parfaite, il faut être un bien grand artiste. Voyons donc un peu ce que dit de ce peintre si fin, si délicat, si maître de ses effets, si puissant, le catalogue du musée Lacaze1 :
« N° 46. — ■ Brekelenkamp (< Quirpi van) travaillait en 1668. »
C’est peu ; mais le catalogue du musée Lacaze est beaucoup trop laconique. Celui du Louvre, plus complet, moins sommaire, ne nous ménagera sans doute pas autant les détails2 3. Consultons-le donc.
« Breckelencamp ou Breklincamp ( Quirin van) vivait en 1660 et en 1668 (École hollandaise). On ignore la date de sa naissance, celle de sa mort et le nom de sa ville natale. Quelques auteurs le disent élève de Gérard Dov, sans donner aucune preuve à l’appui de leur opinion, et seulement parce qu’ils croient trouver dans ses travaux une imitation de la manière de ce maître. Les dates des peintures de ces deux artistes prouvent seulement qu’ils étaient contemporains. »
Voilà encore qui est bien maigre. Ainsi, à Paris, on ne sait rien sur ce peintre aimable, on n’est pas même fixé sur l’orthographe de son nom. Peut-être, dans son pays natal, sera-t-on mieux renseigné. Mais non ; le catalogue du Trippenliuis 3 se borne à mentionner seulement le nom de notre artiste, en l’orthographiant d’une façon nouvelle,
1. Notice des tableaux légués au musée du Louvre par M. Louis Lacaze. Paris, 1873.
2. Notice des tableaux exposés dans les galeries du Louvre, par Frédéric Villot, conservateur des peintures. 2e partie, Écoles allemande, flamande, hollandaise; ge édition
3. Notice des tableaux du musée d’Amsterdam. Amsterdam, 1876.
Brekelenkam. Et même, si nous en croyons le catalogue du musée de Berlin1 2, ce serait là la véritable orthographe. MM. Julius Meyer et Wilhelm Bode n’en reconnaissent pas d’autre \ Quant aux indiscrétions biographiques, ils se montrent tout aussi parcimonieux que leurs collègues d’Amsterdam et de Paris. « Les détails de son existence et le lieu où il travailla sont inconnus. Les peintures datées de sa main sont comprises entre les années 1 65 3 et 1669 3 » ; et voilà tout.
Cette absence de tout commencement de biographie n’était pas sans chagriner les amateurs et sans'1- contrister les critiques. L’un d’eux, et des plus compétents, M. Paul Mantz, avait même, à différentes reprises, témoigné son mécontentement de ne pouvoir percer l’obscurité qui continuait d’envelopper Brekelenkam. Dans un excellent article publié en 1874, à propos de la collection Suermondt4 5, il avait adressé un premier appel à tous ceux qui pouvaient éclairer la vie de ce peintre si intéressant, de cet artiste si précieux. En 1878, à propos du musée d’Augsbourg, il invoquait de nouveau le secours de ses confrères, et même dans un passage charmant, où il dépeint magistralement le talent du maître qui l’inquiète, passage que je demande la permission de reproduire ici8, il prenait directement à partie l’auteur de ces études.
« Quiryn Brekelenkamp, disait M. Paul Mantz, ce