BnUrlUin. 1879, p
:.. Hnllrlinn, 1«80. p. Î09.
L'AriCHITECTUIÎE FUNERAIRE. 191
arclutectoniques intéressants. Considérons par exemple la tombe dite des Tarqiiins, à Cervétri'. Nous sommes loin du caveau aux quatre murs nus, avec une banquette le long des parois et un plafond plat ou bombé en berceau. Ici la banquette est double, c'est-à-dire qu'elle se compose de deux larges degrés. Tout alentour de la chambre les parois sont régulièrement percées de cavités rectangulaires plus larges que hautes , formant une série continue de trente-cinq niches
•^ ,-JV.^v r'/r.->^
iuti-rieuri; de ki tonilje dite iIks Ttii-'^tdns. à Cervi-tri. DtniiU. I, p. Ï42
dont quelques-unes pouvaient contenir deux corps l'un à côté de l'autre. Ces niches sont séparées les unes des autres par des pilastres dont les détails sont peints en rouge. Des traits de couleur dessinent sous chaque niche le bois d'un lit, et au pied un tabouret allongé : on a évidemment voulu reproduire l'aspect d'un lit dans une alcôve ". Deux gros piliers carrés, décorés, eux aussi, de dessins en couleur, se dressent au milieu de la pièce. La partie du plafond sous laquelle chacun d'eux vient s'appuyer est taillée dans le tuf de façon à simuler
1. Canina, Elrtcria maritima, I, pi. LXII. 1 ne subsiste plus qu'une faible trace de la décora-
2. Le stuc sur lequel la plupart de ces détails tion. étaient peints s'est détaché en maint endroit et il 1
LA HT ETRUSi.'UE.
deux maîtresses poutres , dont la portée s'étend sur toute la longueur de la chambre. Des chevrons simulés, eux aussi, et relevés par des traits de couleur rouge couvrent l'espace compris entre les maîtresses poutres et les parois parallèles, reproduisant l'aspect intérieur d'un toit en charpente à deux versants '. Dans le plafond, entre les deux piliers, à l'endroit où dans les maisons étrusques était ménagée sans doute une clieminée, s'ouvre un puits qui établit une communication directe eutre la chambre et la surface du sol. Des encoches sont ménagées de distance en distance pour donner aux pieds et aux mains de ceux qui descendent un point d'appui.
L'aménagement de la tombe dei liHievi k Uervétri ra|ii)elle celui de la tombe des Tarquius, mais avec quelques moditications de détail et nue plus grande richesse de décoration ". Comme celle-ci, elle a une banquette, deux piliers carrés, et des niches ménagées dans l'épaisseur des parois. Mais la banquette, au lieu d'être à deux degrés, est simple. Elle présente de plus cette particularité, qu'elle est beaucoup plus large que les banquettes ordinaires des caveaux étrusques, lesquelles ne sont souvent qu'un rebord destiné à recevoir des corps étendus parallèlement au mur, ou bien, comme à Volterra, de petits sarcophages. Ici les corps devaient être couchés perpendiculairement aux parois. Des filets ménagés -X la surface du tuf limitent la place que chaque corps devait occuper : il y a ainsi, jiréparées sur la bainiuctto, oiî couches funéraires contiguës.
Les niches ou alcôves sont au nomliro de V). Chacune d'elles représente un lit avec son oreiller taillé dans le tuf et peint en rouge foncé. Elles sont séparées les unes des autres par un pilastre cannelé, avec chapiteau i\ volutes et fleurs de lotus. Au-dessus des niches et î\ la lisière du plafond court une frise ornée d'armes de toute espèce, sculptées et peintes, casques, épées, ])0ucliers, jambières, etc. Au-dessus de la porte d'entrée, la frise est garnie d'une patèro !\ libations avec deux têtes de taureau ornées de bandelettes, souvenirs du sacrilitc qui ac-
1. A vrai dire, on ne voit pa< les chevrons, mais le> planche' '(ui les relient deux & deux et qui forment lo plafond, éU-int clonécH .iltcrnatircment
au-dciiious et nu-dcun' des chevron".
•2. DcnnU, I, p. JfiO. Ue» Verger». III, p. ï, pi. n, m. .li.Mo/i, 1S.-,J, p. !,!>.
compaguait les funérailles. Le long des montants de la porte et sur les piliers sont reproduits, toujours en relief et relevés de couleurs, une multitude d'objets domestiques, ce qu'on pourrait appeler le ménage d'un Etrusque opulent : des armures, des harnais, des objets de toilette, des ustensiles de vaisselle, des animaux familiers, chien, oie, tortue. La niche qui fait face à la porte d'entrée, au fond de la salle, et qui au moment de la découverte contenait encore un squelette de guerrier dans son armure, est garnie d'un lit richement décoré. C'est la place d'honneur, celle qu'occupait dans la maison antique le lit nuptial , désigné pour
t »*,^ï-- -=si9
4 / /,v/ ',//i,w///ii'/ /,/,// ///,>///////< /////////////:mw//.iy//':K'''///''(w/////>/////'///v///////^^^^
Fis:. 150. — Coupe verticale d'im caveau de Cervétrl avec niche centrale et pilastres. Caniiia, Elruna mantima. 1. pi. LXVII.
cette raison sous le nom de lectus adversiis \ et qui dans le tombeau, image souterraine de la maison , était sans doute réservé au chef de famille. Les montants du lit sont finement sculptés et peints de vives couleurs ; au pied est un escabeau allongé, derrière lequel on voit représentées sur le mur les figures de Cerbère et de Charon. Tout à côté, le tuf taillé simule la face d'une sorte de coffre- fort revêtu d'appliques métalliques et fermé par une serrure.
Dans une autre tombe de Cervétri (fig. 150) la chambre présente, au lieu de niches, une banquette à droite et à gauche, assez large ])our recevoir des corps étendus perpendiculairement aux parois. Le milieu de la chambre, ce qu'on pourrait appeler la nef centrale, se divise en
1. Cicéron, j>rc C'Iiient., 5. Servius. cl yKu.. VI. W.i. Properce. V, 11, Sô. Horace, ÉpUres, 1, 1, 87.
L'ART ETra'SQUE.
deux parties : en avant, une sorte de graud vestibule carré avec deux piliers quadranjrulaires ; en arri^re, une petite chapelle ou nlla , où l'on ])énètre par uue porte étroite entre deux pilastres et au fond de laquelle est un lit taillé dans le roc et sculpté. Le défimt était là comme en un sanctuaire, avec les membres de sa famille ensevelis sur les bas côtés. Les pilastres et les piliers sont du même type : le fût, ijui repose sur un socle assez élevé et sur une base à moulures, est cannelé de rainures profondes, analogues ù celles des triglyplies lielléni<iii<-. et surmonté d'un chapiteau historié qui rappelle le protil du dorique toscan (fig. 151). Nous retrouvons là cette combinaison d'éléments hétérogènes que nous avons déjà signalée plus d'une fois dans l'architecture étrusque. Nous nous arrêtons ici dans la description des clianibres sépulcrales ; aussi bien n'oflrent-elles, jiour la plupart, aucune particularité architectonique, en dehors de quelques encadrements ou de quelques moulures tracées au pincean. Les seules qui à cet égard soient dignes d'attention sont celles qui ont un plafond sculpté dans le tuf et reproduisant plus ou moins fidèlement l'aspect des diverses charpentes étudiées plus haut, des charpentes à solives croisées, à caissons, à échine, en abat-jimr nu en tronc do pyramide. Les types les plus ordinaires sont ceux du jiiafdud à échine et du i)lafond à caissons. Les caissons surtout sont d'un emiiloi très fréquent. Ils servent non seulement à couvrir des chambres carrées, mais encore à boucher les vides que laissent entre eux les chevrons ou les planches obliques des plafonds à échine. J^à où il n'y a i)as de cais.sons, il semble <iue les jours soient aveuglés par des jjlanches clouées sur les chevrons. Une disposition curieuse et diint on n'a encore qu'un exemple est celle qu'on observe dans une chamltre de Vulci couverte d'uiiç charpente à solives croisées (lig. 153j : les com))artiments carrés que forment les pièces de bois assemblées .sont remplis par une sorte de lattis en diagonale,
Fig. 151.— Pilastre de la tombe précédente. Caninn, Eiruria mirUima, I, pi. LXVII,
composé de baguettes rondes parallèles, alternant avec des demi-rè-
L'ARCHITECTURE FUNÉEAIIiE.
gles, dont l'arête fait saillie entre les profils arrondis des baguettes '.
Cette décoration est complétée par des tons rouges, blancs ou noirs, qui soulignent les profils et rendent plus manifestes encore les détails de la construction simulée. En gé- .,
néral, la couleur joue un grand rôle .^ ft jT-î^^
dans l'ornementation des chambres j ?:1
funéraires. Beaucoup d'entre elles.
notamment à Cornéto , ne sont ciuc . o.- , ;:«,.„i,i«, *,:,i,i,,iiï
peintures du haut jusqu'en bas. .ii:Wci,iue
La disposition des corps dans les caveaux était loin d'être uniforme. Quand il y avait des niches, comme dans la grotte des Tarquins, ils étaient étendus dans ces niches soit à découvert comme sur un lit, soit enfermés dans un cercueil de bois, soit cacliés dans une cavité et recouverts d'uiu' dalle, comme cela se pratiqua plus tard à l'époque chrétienne, dans les catacombes. Parfois ils
étaient ccnichés dans des niches superposées deux à deux, comme les couchettes d'un paquebot ".
Quand les chambres n'avaient pas de niches, c'étaitsurla banqtteue
Fi^'. 153. — Plafond k solives croi3-.>es avec lattis en tli.vgonale. Coupe d'i 'le Vulci. Moniimenli, I, pi. XLI, 10.
). Parfois des reliefs simulent des boiseries légires appliquées le long des parois au passage des portes ; mais c'est là une disposition très rare et qu'on ne trouve que dan.s les chambres couvertes d'une demi-coupole en iiarasol (Dennis, I. p. 3!)2.
448; II, p. -274).
2. Cette disposition s'observe à Sutri (Dennis, I, p. 77), à Saturnia {Nolhk, 1882, pi. X, i), k Cività C'astellana(.V(.«i>!(>, 1887, p. iG3 et suiv.).
196 LAKT ETKUSvlE.
en fer à clieval que les corps étaient placés. Mais ici encore le mode d'ensevelissement variait, soit qu'on les laissât à découvert, soit qu'on les enfermât dans un cercueil de bois ou dans uu sarcophage, soit quentin, comme à Volterra, leurs restes réduits en cendres fussent mis dans un sarcophage en miniature. Dans une tombe de Cornéto ', qui contenait trois cadavres, l'un était couché à découvert sur la lianquette du fond, tandis que les deux autres, sur les banquettes latérales, avaient été ensevelis dans une caisse de tuf fermée par une dalle. Habituellement les corps sur les banquettes étaient étendus parallèlement au mur; quelquefois, comme dans la tombe deiIiilievi,À Cervétri, ils l'étaient perpendiculairement ■.
Quand les chambres n'ont pas de banquettes, ce qui arrive quelquefois, les corps sont ou bien dans des sarcophages placés autour de la salle, ou bien dans des fosses creusées dans le sol. Ces fosses sont tantôt parallèles aux parois et deux à deux ^ tantôt groupées an centre de la pièce et divergentes '; toutes étaient recouvertes d'une dalle.
La variété de ces dispositions était telle (pie nous ne saurions les passer toutes en revue. Je n'ai indiqué que les principales. Elles dépendaient d'une multitude de convenances jiarticulières. Ici on se réglait d'après ce qui restait de jilaces libres dans le tombeau; 1;\ on tenait compte du rang du défunt. Il est vraisemblable que les niches étaient réservées aux personnages plus considérables, et que les autres membres de la famille occupaient les banquettes. Il est possible aussi que dans bien des cas on n'attachât qu'une importance .secondaire au mode d ensevelissement et qu'on ne se préoccupât que d'une chose, c'était de replacer d'une manière ou d'une autre le défunt au milieu des siens, pour qu'il eût sous la terre l'illusion toujours présente de l'existence domestiqTie.
J'ai dit que les corps étaient stiuvent enfermés dans des sarcophages ou dans des urnes cinéraires. Les sarcoj)hages ont tous à peu près la même forme. Ce sont de grandes cuves rectangulaires, en pierre,