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CHAPITRE III

LA PREMIÈRE CIVILISATION ETRUSQUE

Toutes les tombes à pozzo ne sont pas de la même époque, puisque, comme on l'a vu dans le chapitre précédent , il y a des localités qui plus longtemps que d'autres en ont conservé l'usage. Si donc nous voulons avoir l'aspect de la première civilisation des Etrusques en Italie, il convient de ne considérer que les. objets provenant à%?, pozzi les plus anciens. Il serait trop long de montrer ici par quelle méthode on arrive à classer les pozzi et à déterminer l'ordre probable de leur succession. La topographie des nécropoles, qui s'étendent régulièrement dans une direction donnée et dont on peut suivre par conséquent le développement progressif, fournit des indications sur l'âge relatif des sépultures, en même temps que l'étude comparée du mobilier funéraire permet de distinguer diverses périodes archéologiques.

La première période est représentée par plusieurs groupes de poz.?:i, qui se rencontrent au nord et au sud de l'Apennin, à Este, à Bologne (fouilles Benacci), à Bisenzio, à Vétulonia, à Chiusi et à Cornéto ; ce qui prouve, soit dit en passant, que la prise de possession de l'Italie centrale par les Etrusques a été assez rapide, et que s'il y a eu dans leur marche vers le midi quelques points d'arrêt, ces stations n'ont pas été assez prolongées pour que leur civilisation ait eu le temps de se modifier beaucoup dans l'intervalle.

Pour fixer les idées, il faut convenir d'une limite et dire jusqu'où nous étendons la première période des pozzi. Nous entendons par là tout ce qui précède la première ajiparition des tombes ù inhumation, en d'autres termes, tous les pazzi Ag Cornéto, puisque c'est dans cette

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nécropole que ce genre de sépulture a le moins duré, et, parmi les pozzi des autres localités, tous ceux qui paraissent se rap])orter au même âge que les pozzi Aq Cornéto.

La civilisation qu'ils nous font connaître est encore très élémentaire. C'est celle d'un peuple à demi barbare qui vit sous des huttes de jiisé ou dans des cabanes de bois d'une construction rustique, semblables à celles dont quelques urnes cinéraires nous offrent le modèle. Son patrimoine industriel est pauvre et son art des plus enfantins.

§ 1. LA lÉKA.MIi^ri:.

De toutes les matières celle qui se prête le plus aisément au travail de l'homme, la première qu'il songe à façonner pour son usage, c'est l'aro-ile : les peuplades les plus sauvages ont des poteries. Les Etrusques des pozzi en avaient beaucoup. Il est rare que leurs tombes ne contiennent pas, outre l'ossuaire et son couvercle, cinq ou six vases accessoires; il y en a qui en ont plus de vingt.

Ces vases sont d'une technique encore grossière. La pàto peu homogène et mal pétrie est mêlée de détritus de toute espèce et de matières volcaniques qui font un grain inégal. Elle est poreuse et se casse facilement : aussi pour donner aux parois une résistance sulHsante est-on obligé de les faire très épaisses. La façon vaut l'étoHe : elle est irrégulière et trahit une fabrication qui, ne coiuiaissant pas encore l'enqiloi du tour, est livrée au hasard d'une main plus ou moins jnaladroite. L'argile n'est pas cuite au four, mais à la tiannne libre d'un feu de boisqui l'enfume par places et lui doniienue ci)uk'ur indécise entre le rouge-brun et le noir.

]..es tonnes sont celles que l'un peut attemlre d'une technique aussi peu avancée. Elles sont lourdes, peu variées et en général très simples. Ce qui domine, ce sont les écuelles, les plats, les tasses, les pots, en un mot, cette vaisselle ctunniune et d'usage journalier (pii n'a pas, i\ i)roprement jiarler, de style et (pi'on retrouve ]iartout àrtuigine de.H civilisations, aussi bien en Amérique qu'en Europe, .le ne signalerai que quelques types caractéristiques, indépendainiuiiit de l'os-

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suaire, de réeuelle-couvercle, de runie caliane et du couvercle-casque dont il a été question plus haut. Ce sont :

Des tasses avec ou sans pied, munies d'une anse unique et verticale, laquelle est tantôt surmontée de petites cornes, tantôt renforcée en son milieu par une sorte de tenon (fig. 9 et 11) ' ;

Des tasses avec deux anses symétriques contournées eu torsades (fig. 10);

Des coupes en forme de calice évasé montées sur un pied en tronc de cône (fig. 24) ;

Des pots à large pause terminés en tronc de cône avec col évasé, garnis d'une anse verticale à tenon (fig. 26);

Des espèces d'amphores à large col avec anses en forme d'X (fig. 17) ;

Fig. 9. — Tasse de Cornéto. Monummti, XII, pi. 3, 25. Hauteur, 0»,063.

'ig. 10. — Tasse de Cornéto. J/o- pig. n. — Tasse de Cornéto. nnmf;i/i:, XII, pi. 3, 13. Hau- yolidt , 1882, pi. XIII. 15.

teur, 0",OC. Hauteur, O^.OOS.

Des plats creux, oblongs, en forme de barques, analogues au genre de vases que les Grecs désignaient sous le nom d'ax-axo;, tantôt apodes, tantôt montés sur un ou plusieurs pieds; souvent percés de trous permettant de les suspendre comme les plateaux d'une balance ; garnis quelquefois à leurs extrémités d'appendices figurant xxne tête d'animal (fig. 20,21);

Des plateaux, des écuelles ou des cuvettes, de formes variables plus ou moins évasées ou plus ou moins profondes , montées sur trois ou quatre pieds (fig. 18, 19) ;

Des vases à large panse surmontés de plusieurs goulots (fig. 28) ;

Des vases à récipients multiples (fig. 30 et 34) ;

Des vases en forme d'ampoules sphéroïdales avec goulot penché (fig. 12) ;

1. Ces tasses se trouvent fréquemment dans le Latium ; on. les désigne souvent par le terme de tasses de type lalial. L'anse à tenon est dite anse à double ouverture.

ART Érr.DSQUE. ;

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Des vases imitant plus ou moins grossièrement des formes animales, quelquefois montés sur des roulettes (tig. 27, 29).

Parmi ces poteries, les unes sont dépourvues d'ornements, les autres présentent quelpies dessins dont nous avons »lit un mot en décrivant l'ossuaire et dont les éléments sont exclusivement géométriques. L'aspect n'en est pas très varié et tout se réduit à un petit nomlire de types simples. Ces types sont le Z retourné et penché , la croix simple ou gammée, le méandre isolé ou formant avec d'autres méandres une liande continue, le carré, tantôt coujwpar des diagonales simples, doubles ou triples, tantôt encadrant un ou plusieurs carrés plus petits, le triangle, le chevron ou dent de loup, l'S couché horizontalement, le damier ; tout cela est entremêlé soit de petits cercles, inscrits à plusieurs cercles concentriques ou coupés par des rayons en étoile, soit de points <]ui se succèdent en lignes droites ou brisées, ou bien qui se groupent eu cercles ou en rosettes, pour renq)lir les espaces vides ou couronner les sommets des angles formés par les chevrons, les carrés, les méandres et les zigzags.

La combinaison de ces éléments varie d'un vase î\ l'antre. Tantôt l'ornementation se réduit î\ quelques croix ou carrés semés de distance en distance sur la surface lisse du vase. Tantôt elle est pins complexe et ])résente des dessins assez compli(piés où tous les éléments détaillés ]>Ius haut se mêlent et s'enchevêtrent, surtout près du cul et au milieu de la panse.

Les dessins .sont tracés en creux, soit avec une pointe sèche de bois, d'os ou de métal, soit avec une sorte de fourchette i\ deux uu trois dents promenée î\ main lilire sur la pâte encore fraîche de l'argile. L'irrégularité, l'indécision des lignes ne laisse aucun doute sur ce point, pourtant, si l'on observe de près certaines de ces poteries, on y reconnaît ipielques motifs de détail plus réguliers que les autres, et dont la régularité constante et uniforme ne peut s'expUipier que par l'emiiloi d'un j)rocédé mécanitpie, par reiiiploi irestanipilles. Ce sont des creux circulaires A fond jilat, faits sans doute avec lextrémité d'une tige cylindrique non taillée en ](ointe, des cercles doubles A filets concentriques, des cercles entonraiit ihnx diamètres croisés, des

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Fi^. 12-2!>. — Poteries des;

A'ofi:ie. 1881, pi. V: 1882, pi. XII XIII '■'* ; 1885, pi. IX; 1886, pi. III. An 1/6 d'exécution.

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c-ercles avec rayons en étoile, tles cercles enfin enroulés eu spirale et qui senililent imprimés avec la pointe d'un écrou '. Tous ces dessins sont très menus. Il est clair que le procédé par estampilles est encore rudimentaire. Mais il mérite qu'on le signale, parce quil y a là le commencement dune technique nouvelle qui se développera dans l'Étrurie circumpadaiie et que nous retrouverons plus tard, sous une autre forme, dans l'industrie céramique des populations de lEtrurie propre.

Il va des exemples, mais en petit uoinbre, de céramiques décorées au pinceau ■. Les dessins sont toujours géométriques, mais se détachent en couleur au lieu d'être gravés en creux. La coloration est peu variée et se réduit au blanc plus ou moins jaunâtre et au rouge brun. Encore le rouge brun est-il très rare. Cette ornementation est grossièrement appliquée et s'écaille au toucher. Ce sont les juemiers essais d'une teclini(|ue encore peu familière aux jHipidations étrusques et qu'elles ne pratiquent que par exception, diflérentes en cela des populations helléniques, dont les plus vieilles poteries, celles de Santorin et de ^lycènes, sont déjà couvertes de peintures.

Les céramiques des 7>o.-s/ présentent certaines particularités qu'il est intéressant de remarquer. Telles sont, par exemple, les deux petites cornes, symétriquement dispo.sées en croissant à la partie suj»érieure de l'anse, (''est le ty|ie de ce qu'on appelle l'anse lunulée, type très ancien, qui se trouve fréquemment dans les dépôts des terramares "' et qui était familier aux populations italiotes primitives (fig. 0 et 30). La raison d'être de ces cornes est difKcile à déterminer. Etait-ce un simple ornement? Etait-ce un point d'appui pour le pouce, afin qu'on eût le i)Ot bien en main quand il était renq)li de liquide':' Etait-ce le souvenir d'une technique antérieure remontant à ré|ioque où les anses étaient rapportées et faites de tiges flexibles dont les bouts se croisaient près du col? A l'apimi de cette dernière hypothèse, on peut remarquer (pie lesva.ses des y/r<;.t<' ont souvent des anses dont les torsades font penser à des anses de panier et trahissent l'imitatinn il'un ouvrage

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