APPLIQUES EX FEUILLES MÉTALLIQUES ESTAMPÉES
Quand les Étrus<|ues commencèrent à faire leur apprentissage métallurgique, les peuples méditerranéens avec qui ils entretenaient des relations commerciales, et qui leur fournissaient i\ la fois la matière ]iremière et les modèles, avaient l'habitude de travailler le bronze, l'or ou l'argent avec le marteau, d'employer les métaux réduits à l'état de feuilles. Cette méthode avait donné naissance à un système d'ornementation en placage. Dans les édifices, par exemple, on clouait le long des murs, en guise de tentures, des lames de bronze ou de bronze doré : on revêtait de même les peaux des boucliers, le cuir des ceintures, le bois des sièges, des lits, des chars, des coffres, des cassettes '.
La pratique des placages métalliques ]>assa, nous l'avons vu, en Etrurie, comme elle avait du reste passé en Grèce", et même il est probable que les Grecs contribuèrent autant «pie les Phéniciens à l'y acclimater, cette pratique étant très en faveur t\ Corinthe et dans les colonies corinthiennes \ A l'origine, on se servit des feuilles métalliques que le commerce apportait toutes jiréparées et qu'on n'avait plus qu'à poser : c'est ainsi qu'une tombe très ancienne de Bomarzo contenait des plaques de bronze avec figures estain]iées, qui semblent bien être d'origine péloponnésieune, i\ en juger par la nature dos sujets et le style des reliefs '. Mais, si pendant (juelque temps les Etrusques durent se faire, pour les a])pliques de ce genre, les tributaires de l'étranger, leurs ateliers métallurgiques finirent par se familiariser avec la technique du martelage et du laminage et i>ar fabriquer eux-
1. Nous .iTon.« parlO plus haut de deux coffrets plaqués d'argent, qui proviennent l'un de Palestrina, l'autre, de Vétulonia, et qui sont certainement d'origine phénicienne.
2. Voir enr cette question Curtius, Archaîtcht Bronstrtlir/niit Olympia. Helbig, ffomtrtiche Eimi, p. 8», 82l-a3l.
3. Le» Komaius appelaient cirinihxa les chapiteaux revOtus de bronze et désignaient les placages métalliques sous le nom de Syra<ii»aiia tiijitrUcirt (Pline, //. A'., XXXIV, 13).
•1. Ces pLiques sont au Muséo Grégorien. Elle» se trouvent rcproiluites dans les .l 'ilUr Priilmiilrr, L pi. XXI.
LA METALLURGIE.
mêmes les doublures métalliques destinées à la décoration des appartements et des meubles.
On a trouvé dans les tombeaux de la Toscane d'assez nombreux débris qui attestent la prospérité de cette industrie spéciale chez les Etrusques. Mais la plupart sont insignifiants, ce qui se comprend aisément si l'on songe que le métal, aj^ant une très faible épaisseur, devait fatalement se briser et tomber en poussière avec le bois qui
Fig. 347. — Fenilles de bronze avec figures reponssées, provenant d'un char. Musée de Ttrouse. Micali, ihn. ptr seri:, pi. XXVIII, 1, 2.
lui servait de soutien. Les seuls morceaux intéressants que l'on ait conservés proviennent tous de la trouvaille de San Mariano, près de Pérouse, et sont aujourd'hui dispersés les uns à Munich, d'autres à Londres, d'autres au musée municipal de Pérouse. Ils ne sont pas tous du même style, ce qui s'explique si le dépôt de San Mariano était formé, comme on a lieu de le croire, d'un amas d'ex-voto d'âges différents, mis au rebut.
Je citerai d'abord plusieurs fragments qui selon toute apparence servaient jadis de revêtement au bois d'un char'. On y observe un
1. Micali, Mon. per sert:, pi. XXVIII. Le char i revêtud'appliques analogues. (Plutarque, Tiomii/us. d'airain de Romulus était probablement un char I '24 )
AKT ÉTHUSQUE. 05
mélange bizarre de figures inytliologiques, daiiiniaux féroces ou fantastiques, de scènes réelles, le tout repoussé dans la feuille de bronze, avec des contours accentués au liuriu. Une plaque montre une Gorgone accroupie étouffant de chaque main un lion ; ime autre, un sphinx et un lion accroupis, se tournant le dos; une troisième, Hercule (?) armé d'une épée et tenant en laisse deux lions; une quatrième, une chasse au sanglier : cette dernière est d une composition curieuse, parce qu'elle présente à la fois dajis le cadre d'une scène très vivante certaines figures conventionnelles de la décoration orientale, notamment un hippocampe et un monstre marin à tète de fennne (fig. 347); il semble que l'ouvrier ait cherché à remplir tant bien que mal le champ du métal. La facture est lourde et incorrecte ; elle trahit une main encore peu exercée: mais sous les gaucheries de l'exécution se découvre un sentiment très vif de la réalité, ce sentiment que nous avons déjà ])lus d'une fois signalé dans les œuvres de l'art étrusque.
Sur un autre fragment du musée de Pérouse on voit deux guerriers coiffés d'un beau casque à aigrette, armés de javelots et d'un bouclier rond, marchant côte t\ côte j\ la rencontre d'un archer, ])eut-être d'Hercule, qui s'apprête à lancer contre eux sa flèche. De larcher il ne subsiste que le buste et une partie du visage et des deux guerriers la tête. Le travail du repoussé est fait avec beaucoup de soin; les retouches au burin sont Hues. Dans les profils on sent ipie l'ouvrier a cherché à reproduire les ligues régulières du type grec; l'œuvre pourtant n'est pas grecque : la main étrusque se laisse deviner à certaines irrégularités, à certaines exagérations, à certaines maladresses caractéristiques '.
Jusqu'ici je n'ai mentionné que des appliques de bronze. Les Etrusques en fabriquaient aussi avec d'autres métaux, avec de lor ou de l'argent. En fait d'appliques d'or, il ne nous reste ijue des feuilles de très petites dimensions, destinées h être cousues sur des vêtements, comme étaient les feuilles d'or que Wm a trouvées sur le cadavre de la tombe Regulini-Galassi. Mais en argent nous avons conservé deux