‹ L'art étrusqueChapitre 325 sur 357 · De Witte, CalihiH Durand, n"' lOl'l · texte numérisé non relu

De Witte, CalihiH Durand, n"' lOl'l

Musée Grégorieu, a une forme ovale et se compose d'uu disque avec une grappe de trois lentilles tangentes (fig. 380).

Un type très fréquent en Etrurie à partir du quatrième siècle est celui de la boucle avec pendeloques. Sa forme ordinaire est celle d'uu anneau creux dont l'épaisseur atteint quelquefois 6 millimètres, et qui est fait d'une feuille d'or mince enroulée sur elle-même. La moitié de

cet anneau, celle qui se trouvait eu arrière quand le cercle était plaqué sur le lobe de l'oreille, est dépourvue d'ornements; au contraire la moitié antérieure est Î'^jj W ; / IVlV^ ^'"^'^ chargée : ce sont des bor-

Uf iLlI ¥1 i dures de perles repoussées, des

dessins variés en filigrane ou en granulé, qui s'épanouissent dans tous les sens, augmentant sensiblement l'épaisseur de l'anneau à cet endroit et lui donnant l'apparence d'une trompe ou d'une chenille'. Ce gros anneau ne constitue qu'une partie du bijou :

à la partie inférieure il porte une ou plusieurs pendeloques de formes très diverses. Ce genre de pendants nous est connu par un grand nombre d'exemples. Quelques-uns sont particulièrement remarquables par l'énormité de leurs dimensions. Celui dont nous donnons ici la figure provient de Vulci ^fig. oSl)''. L'anneau se termine à son extrémité élargie par une lentille creuse entre deux petits manchons de cordelé; toute la surface antérieure

Fig. 380, — Face et profil d'an poiiJaut d'oreille. Masi^ Grûgoricn. Grandeur ivelle.

1. D'après no récent ouvrage (Fontcnay, ht Bijniu- aiicitiittl moltrnt). p. 90), ces objets ne neraieotpna des pendants d'oreilles, mais des pendants de coifTnrcs. L'nnncaa i>e serait attachiandcssona des tempe, en avant do l'oreille, & une lioucle de cheveux, iv l'une de ces boucles qui étaient maintcnne> fn'ie» p.ir une !"piralc métallique. Lc« arguments fournis par M. Fontenay ne me paraissent pa» convaincants. San^ doute l'an-

neau est trop gro!> pour pa-'^ser dan* le lobe de l'oreille. M;iia comme il e^t toujonre ouvert (c'est par suite d'uoo restauration du bijon qu'il e«t fermé sur notre 6(,'iire), rien n'cmpéchc de croire qu'il ait été suspendu i un petit anneau passé dans l'oreille.

î. ralal'M/ne .Ir, l„;.„ix <l<i mu„\ X,,-lr,m lll. n» 178 il».

LA BIJOUTERIE

(le l'anneau est garnie de motifs repoussés et ciselés qu'encadre une bordure faite d'un petit tube creux. Un peu en avant de la lentille, une ileur épanouie porte un petit anneau formé de deux agrafes en fil d'or entrelacées. Dans cet anneau passe un troisième cercle plus petit que le cercle supérieur et qui se compose de quatre tubes creux. Enfin à ce dernier cercle est suspendue par deux bélières une amphore ornée de petites fieurs à pétales, de perles et d'enroulements en filigrane. Les nécropoles étrusques ont fourni d'autres exemples plus curieux encore de ce type, qui paraît avoir été à la mode au troisième siècle. Dans une tombe de cette époque, découverte à Pérouse et qui a livré un riche assortiment de bijoux, on a retrouvé le même genre de pendant, un gros cercle chargé d'ornements sur la moitié antérieure et tenant suspendue, au lieu d'une amphore?

une tête de jeune fille, tenant elle-même en suspension plusieurs ])etites pendeloques piriformes'. Le bijou tout entier a 10 centimètres de haut. Une pièce à peu près identique, mais plus riche encore, existe au musée de Pérouse. Le cercle se termine par un mufle de lion et présente sur la face antérieure une garniture de perles petites et grosses formant comme des nervures verticales' : en haut se dresse en guise d'antéfixe une tête de femme se détachant devant un demi-cercle de perles , entre deux fleurs épanouies. Eu bas trois petits anneaux portent à droite et à gauche une pendeloque en forme de torsade avec une poire au bout et au milieu une tête de femme en or repoussé qui a en guise de boucles d'oreilles deux pendeloques en torsade, identiques à celles dont je viens de parler, et un col-

, 381. — Pendant d'oreille trouvé à Tulci ilaSL'e du Louvre. Gmudeur rielle.

1. ^fittheilunr/en (^Romc), I, p. "228. i d'une boucle sans pemleloques trouvée à Jlaiv.abot-

2. Les ornements de perles ressemblent à ceux I to. Gozzadini, Ulteriori scoperle, pi. XVII, II, III.

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LART ETnUSgUE.

lier eu fil tl'or (.l'où pendeut plusieurs amphores entourant une splière'. Toutes ces combinaisons sont ingénieuses, mais l'ensemble est lourd et d'assez mauvais goût. Il faut que les femmes étrusques aient bien aimé à étaler l'or pour avoir pu se décider à porter de pareils pendants qui leur battaient les joues et descendaient jusqu'aux épaules. A côté de ceux-là on trouve eu Etrurie beaucoup de pendants d'oreilles d'une composition délicate et d'un luxe plus discret. Les uns ne sont pas autre chose qu'une torsade de lîls d'or qui s'élargit en forme de trompe et se termine soit par une tête de lion en or " (pi. 1, 13), soit par une tête humaine taillée dans un morceau d'ambre et q«i ]>orte une perrucpie en cordeléd'or (fig. 382). Les autres se composent d'un petit disque élégamment décoré de reliefs en filigrane, auquel pendent des chaînettes à gland et entre les chaînettes un objet quelconque, une amphore par exemple (pi. I, 7), ou une pyramide renversée que décorent des figures d'Amours en relief (pi. I, 5), ou un cygne (pi. I, 9), ou un paon (pi. I, 10), ou bien Fig. 3S2.- Boucle doreiiic eucorc uuc grappe de raisin (pi. I, 1). La pen-

cn conlelé tl*or avec ti-te

d'ambre. Mus'^c dn Lou- dcloquc cst souvcut, couinio OU le voit sur notre

vrc. Grondeur ri'cllc. * «i i ^ /-\ i

planche, recouverte d un email colore. Quelquefois le disque supérieur est remplacé par un croissant servant de monture à un grenat, et la pendeloque principale est aussi un grenat liiriforme, qui avec sa monture présente l'apparence d'une amphore (pi. I, 3).

La plupart de ces |ieudauts, (pii en général ont de petites dimensions, sont d'une facture très soignée et d'un art exquis. Mais en ce genre rien n'égale un délicieux bijou du Louvre, découvert en 1801 dans une tombe de Bolséna (pi. I, 2). C'est un croissant avec une bordure d'anneaux en astragale, dont les cornes sont garnies d'une palniette identique j\ celles du diadème décrit plus haut (pi. I, G).

1. Concst.-ibilc, Mimumtnii di PtrnijUi, IV, 1.. I7J, pi. LXXX-CVI, 2.

'-'. Sur 1.1 planche, l.i figure cxt rctonmic. Ia tor-;i.lc en B'aminci.«!-nnt ac reliait i\ un fil d'or qui pa-'ait dan» le trou de roreille. Sf. Foulcnay

(fii/iiirjT nni-iriijt ri mo'lrrurr, p. lO.'i) croit que le» boucles do ce t.vpo sont aunai de* .innenux de clic- \'eux. Jo ne roiv aucune rninon ]<our ne pas les cousidOrcr comuio des pendants il'oreille».

LA BIJOUTERIE. 571

Au-dessus du croissant s'élève comme du fond de l'iiorizon un char attelé de quatre chevaux, le cliar du Soleil, conduit par le dieu luimême, reconnaissable à sa tête radiée. Au-dessous est attachée une sorte de coupole conique, ornée de fleurs et de feuilles en cordelé, sur laquelle se tiennent dressées, de chaque côté du croissant, deux petites Victoires ailées portant une fleur d'une main et un trophée de l'autre. Du sommet de la coupole pend une chaînette avec une perle en pâte de verre rouge et blanc. D'autre part le bord de la coupole est muni tout alentour d'une série d'anneaux qui portent alternativement ime ampliore et un groupe et cinq chaînettes terminées l'une par une amphore, une autre par une rosette, une troisième par une palmette et les deux autres par une perle de verre. Le pendant tout entier a tout au plus trois centimètres et demi de hauteur. C'est dire combien les détails en sont petits. Ils n'en sont pas moins exécutés avec leurs proportions justes et admirablement modelés. C'est un chef-d'œuvre d'élégance et de délicatesse.

3° Colliers. On peut dire du collier que c'est le bijou étrusque par excellence : presque tout le monde en avait, les hommes, les enfants, aussi bien que les femmes. Il suffit de rappeler ici plusieurs des bronzes que nous avons cités plus haut, l'enfant assis du Vatican, l'enfant à l'oie du musée de Leyde, l'Apollon de Ferrare et les figures du miroir représentant la réunion de Bacchus et de Sémélé. Certaines statues ont jusqu'à deux et trois colliers '. L'élément principal d'un collier étrusque, est ce qu'on apjtelle la bulle, sorte de capsule lenticulaire, k laquelle ou attachait une vertu préservatrice et qu'on tenait à porter sur soi, comme aujourd'hui les populations de l'Italie méridionale ont H leur chaîne de montre ou à leur bracelet une petite corne de corail destinée à les garantir du mauvais œil. L'usage de ■ la bulle paraît remonter à une époque très ancienne. Dans les tombes voisines de la période àe?, pozzi, il n'est pas rare de rencontrer, mêlées à des débris de collier, une ou plusieurs coquilles marines, de forme circulaire, qui ont dû servir de pendeloques puisqu'elles sont tou-

1. B'dkUlno, 1877, p. 199. ilicali, Monummli i>i:r Siriiirc, pi. LX, CV.

L'ART ETRL':SnrE.

jours percées d'un trou '. Ces coquilles, qui proviennent d'espèces étrangères à la Méditerranée et n'ont pu venir en Italie que par l'intermédiaire des marins phéniciens, peuvent être considérées comme le prototype de la bulle. On remarque en effet qu'un collier trouvé à Bologne ", et tout entier formé de morceaux dambre, se compose d'une série de bulles parfaitement caractérisées, alternant avec d'autres iiièces, de niOmes dimensions, déforme identiijue, mais légèrement échancrées sur leur pourtour comme si l'on avait cherché à reproduire les nervures d'une coquille.

A l'origine les bulles sont en ambre ou eu bronze, ilais s\ partir du septième siècle, quand l'usage des métaux précieux ee répand en Etrurie, on les foit généralement en or. Le tyjie en est souvent très simple, sans aucun ornement sur la capsule, tout le décor consistant en quelques fils de cordelé soudés sur la bélière ". Les bulles riches ont sur la face antérieure des figures repoussées ou gravées, une tête humaine par exemple, ou un masque de Gorgone, ou bien un sujet mythologique. Une bulle du Cabinet des médailles offre ainsi une composition représentant la naissance de Bacchus '. Celle (pie reproduit la ligure 3S.] montre trois personnages assis, un homme, une femme et un génie ailé; le fond en est pointilh' et la bordure dessine une ligne de postes. Les colliers n'avaient (lUL-lquefois pas d'autres jiendauts que des bulles. Celui que portent les statuettes d'enfant mentionnées plus

Fig. 3fi3. — Bullo d*or avec ciselures trouvi-o i\ Vulci. Mu3ô« Gr.'gorien, Grandeur rt-clle.

1. .V.,/;.-,>, 1««2, p. 19.% 2n-J, -iOn. Bulltllinn, HT-.', p. .1.1; 1871, p. 88; 1881, p. 131. Goiwidini, lii un iiiilirn necrnpoli, p. 60.

2. GotBidini, Srjmlcr! icarali urIV A rtenalt. l>. II, planche, n" 2.

8. Micali. M;uumfiit; j>fr >nr„f. pi. XI.Vl. 11. Ficoroni. IjiMIa <ron> drijancintli xoiili mmani, Rome. IT:i2.

■1. Chal)Oiiillct. CoiiiU^j'ir, 25;.l.

LA BIJOUTERIE

liaut a nue bulle eu tout et pour tout. D'autres en avaient trDis suspendues à une certaine distance les unes des autres'. Celui de l'Apollon de Ferrare en a cinq, dont denx de forme allongée, de même qu'un collier d'or, à peu près identique, qui se trouve, comme l'Apollon, an Cabinet des médailles'. Un autre collier, qui provient de Cervétri, n'est pas autre chose qu'un chapelet de bulles, serrées les unes contre les autres et qui formaient comme une collerette''.

Mais c'étaient là des parures relativement simples. La coquetterie des femmes toscanes ne s'en contentait pas d'ordinaire. L'idéal semble avoir été pour elles d'avoir la gorge couverte d'un attirail de

Fig. 384. — CoUiti- de ieime fille t:-(

Mu<J*e du Louvre. Gi-andeur réelle.

breloques. Au temps où l'Étrurie encore barbare n'avait ni or ni argent, elles aimaient à se mettre autour du cou des verroteries, des coquillages, des dents de castor, des débris d'armes de pierre, des morceaux de bronze, en un mot une multitude d'objets plus ou moins baroques, analogues à ceux qu'aujourd'hui encore les populations sauvages recherchent avec tant d'empressement. Voici, par exemple, la composition d'un collier trouvé à Cornéto dans un pozzo'' : neuf tubes de bronze renflés au milieu et de longueur variable, les plus petits ayant trois centimètres et demi, les plus grands six'centimètres ; deux tubes cylindriques plus gros et plus courts que les précédents ; deux ])endeloques ù crochet, l'une en fornije de lioule, l'autre en forme

1. Micali,jl/bn!imen<iper lervire, pi. XLIII; J/omimenli inediti, pi. XXVI. Gerhard, Jitrusk. Spie- !iel, pi. CCCLXV.

•1. Chaboaillet, Catalogue, 2511.

3. Amiali, 1875, p. 222; Monnmenti, X, planche XXIII. Ce collier est en bronze.

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