Dennis, I, p. 171 ; II, p. lôl-lj
». Bulltlino, 1885, p. 197.
y. BiilUlhio, 184", p. 128 et bhït.
L'AECHITECTUlîE EN ETRURIE,
Il est difficile de dire à quel moment cette forme tomba eu désuétude. Toujours est-il qu'à peu d'exceptions près tous les monuments qui correspondent à l'époque du développement de l'art en Toscane, en d'autres termes les monuments postérieurs au sixième siècle, sont généralement rectangulaires. Quelle a été la raison de ce changement? Il est possible qu'il y ait eu là un de ces effets dont l'histoire de l'industrie humaine offre tant d'exemples, et (pie la forme se soit modifiée parce que les matériaux avaient changé. On sait que de nos jours les types de l'architecture se sont transformés (|uand le fer s'est substitué au bois. jj^mf f^^^— ^^-£^^- II se produisit peut-être quelque chose d'analogue en Etrurie.
Quand lesEtrusques eurent été .amenés, par les progrès de la charpenterie, à remplacer le fragile clayonnage de leurs cabanes
primitives par des poutres de bois régulièrement assemblées, ils durent s'apercevoir que, de toutes les formes, la forme circulaire était celle qui se prêtait le moins aux combinaisons de la charpente, et inversement que la forme rectangulaire était celle qui s'y prêtait le mieux. Peut-être aussi y eut-il d'autres raisons que des convenances techniques. Quand on parle de l'antiquité, il faut toujours se demander si la religion n'entre pas pour quelque chose dans la conduite des hommes. On sait quel soin prenaient les Grecs et les Romains d'associer les dieux à toutes leurs entreprises. Leurs villes et leurs temples ne s'élevaient que sur des emplacements choisis ou agréés par la divinité, soit qu'elle eût d'elle-même révélé sa volonté par un
Fig. 126. — Tombeau en forme de tour, taillé ilans le roc pris de Castel d'A5S0. Monumnli, I, ijI. SLI, 15.
oracle, un songe ou un prodige, soit que la vertu toute-puissante de certaines prières l'eût amenc^-e à se déclarer '. Si tel;» étaient les Grecs et les Romains, tels étaient à plus forte raison les Etrusques, peuple religieux par excellence" qui avait fait de la superstition une science et dont les haruspices avaient réduit en formules l'art de deviner la pensée des dieux. Ils avaient certains principes d'orientation sacrée qui peuvent n'avoir pas été sans influence sur les formes de leur architecture. Avant de fonder une ville, un sanctuaire ou un autel, ils ne manquaient jamais de soumettre à une observation méthodi(]ue l'étendue de la voûte céleste, persuadés que l'espace était un vaste et mystérieux tableau où la divinité traçait ses volontés, et que le vol des oiseaux, les éclairs, les coups de foudre étaient autant de signes livrés par elle à l'interprétation des hommes. Ces signes étaient donc précieux à recueillir. Mais comme pour les comprendre il fallait les classer, et «jue pour les bien classer il fallait orienter les observations, on partageait le champ visuel en plusieurs régions distinctes : armé d'un bâton recourbé {lituus) que l'on voit parfois représenté sur les monuments figurés, le devin traçait au-dessus de sa tête deux lignes imaginaires (|ui correspondaient l'une à la ligne jnéridieime {cardo), l'autre i\ la ligne est-ouest {decumanus), et cjui .se croisant à angles droits divisaient le ciel en quatre secteurs. La voûte céleste ainsi coupée s'ai>pelait un femphim". Mais comme le point d'observation était sur la terre et que l'examen des signes avait pour but final la consécration d'un terrain ou, pour mieux dire, la prise de possession d'un emi)lacement avec l'assentiment des dieux, l'orientation céleste n'était pas suffisante. Il en fallait une autre qui en fût la contre-partie sur le sol. De li\ vient (ju'au templum idéal découpé dans le ciel correspondait un templum réel, sorte de projection graphique du premier, avec son cardo et son dccumaima, dont l'intersection {tlecussis) était au imint même où le devin se tenait debout. La seule différence entiv K-s
1. Voir Fiutel de Coulangcs, lu Cité antique ("' i<l.), p. ISI tt siiir.
2. Tltc-LÎTC, V, 1,6: O'tiit.., anie omiiu aliat to ttiaffii dfdita retit/ionibtu, quwl tjrctthret artt cotenili tai. Aroolic (VII, 2fi) appelle l'Étruric « In
mire dei iiiptrilitiouê n.
8. Lo mot pnratt iVjuivaloir au grec Tt|i('0; loque! peut être mpprocbii de t(|ivci), coupir (Curtiu*. O'iitcli. Etymol., p. 220).
deux templa coDsistait en ce que le premier n'avait pas de limitation extérieure, ou plutôt avait pour limites celles de l'horizon, tandis que le second, qui ne ]xiuvait pas s'étendre à l'infini, était nettement circonscrit : ou désignait, en prononçant certaines formules, les points extrêmes où il s'arrêtait. Cela posé, quelle forme devait-il avoir? La même évidemment que le templum céleste dont il reproduisait l'image en projection. Or celui-ci était rond, puisque le ciel était considéré comme une sorte de coupole et que la ligne de l'horizon est une circonférence. Donc le templum terrestre devait être rond, et de fait il semble qu'il l'ait été à l'origine. Plutarque, parlant de l'enceinte primitive de Eome, dit qu'elle était tracée eu cercle suivant le rit étrus(|ue'. D'autre part nous voyons que les plus anciens sanctuaires itahques étaient ronds ; quelques-uns, ceux de Yesta notamment, le sont toujours restés. Mais, pour des raisons que nous ne connaissons pas, il arriva qu'un jour le temphun terrestre figura non plus un cercle, mais un rectangle. Toutes les fois que les textes nous parlent d'un templum, ils laissent entendre qu'il s'agit d'une enceinte rectangulaire. La vieille Rome du Palatin était carrée, Eovia quadrata. Peut-être avait-on reconnu par la prati(|ue que le tracé d'un périmètre circulaire était chose malaisée, surtout quand le terrain était accidenté, encombré d'arbres et de rochers. En revanche, rien n'était plus simple que d'obtenir un rectangle en joignant deux à deux les extrémités du cardo et du decumanus'-.
Ainsi, à une époque que nous ne pouvons pas préciser d'ailleurs, les usages de l'orientation religieuse se sont modifiés en Etrurie, et de rond le templum est devenu rectangulaire. Or il est inadmissible que, dans un pa3-s qui attachait tant d'importance à la fondation rituelle des sanctuaires et des villes, la forme des constructions n'ait pas été plus ou moins en rapport avec la forme du templum. Bâtir, c'est donner une enceinte matérielle à l'enclos imaginaire tracé par le devin d'accord avec la divinité. Il s'ensuit que