L'EMBUSCADE
Tableau de Wiertz.
i Vierge, la jeunesse abondante Brille à ton front, brûle en ton cœur -, L'œil timide, la main prudente, Approche-toi, cueille la fleur.
« La rose, si fraîche & si belle, Semble avec toi rivaliser •, Sa douce odeur, d'où lui vient-elle?
D'où vient le feu de ton baiser?
« Cueille ! elle eft ta sœur, elle eft née Pour décorer ton sein charmant ; Puis, tu la laisseras, fanée, Tomber sous les doigts d'un amant.
« Mais que tes mains blanches & fines, Délicates, prennent la fleur !
Car'les roses ont des épines, Comme les vierges la pudeur.
GENRE 2g
« Elles blessent la main brutale, Elles cèdent au respect doux, Et leur haleine virginale Embaume un amant à genoux. »
Jeanne hésite, elle croit entendre Le murmure des doux aveux; Elle ose : la voix eft si tendre !
Et la fleur brille en ses cheveux.
Point ne déchira ses doigts roses, Mais le petit cœur fut piqué ; Car, sous le frais buisson de roses, L'amour se tenait embusqué.